3 janvier nouveau défi

 

Caravage martyre de saint Matthieu Rome

Deuxième défi

Un animal que vous avez rencontré lors de votre voyage ou que vous croisez en vous promenant dans votre ville.

A Rome ce serait les perroquets, à Bali les singes, au Canada les écureuils  par exemple …

a vos plumes, soyez inspirés !

Les textes du 2 janvier sont ici.

une plume

6 réponses à 3 janvier nouveau défi

  1. Marc dit :

    Elle avait mis bas quatre chatons dont trois survécurent malgré l’aspect famélique de leur mère. La veille, elle avait péniblement décapité un rat qui traînait sous les Grandes Halles et s’était régalée des entrailles chaudes de l’animal. Le combat avait laissé des séquelles et une vilaine plaie à l’arrière de son cou était venue compléter la panoplie des cicatrices qui marquent la vie d’un chat errant comme autant de bâtonnets sur les murs de la cellule d’un prisonnier. Le mâle qui l’avait engrossée était un de ces matous bien gras qui se vautrent sur les sofas des maisons cossues du bas de la rue, et qui ne connaissent des souris que celle de l’ordinateur de leur maître. Elle avait erré dans la nuit, à la recherche d’un coin propice à la naissance de ses petits et s’était faufilé à travers un grillage pour pénétrer péniblement dans une cabane de chantier déserte. Dans un angle, un tas de chiffons avait fait office de nid douillet et pour la quatrième fois de son existence elle avait expulsé de son ventre résigné, quatre boules de poils roux, trempées et gluantes. Quand elle eût terminé de faire la toilette des ces trois petits toujours en vie, elle transporta délicatement jusqu’au dehors le cadavre du quatrième qu’elle enfouit sous un tas de feuilles sèches. Elle s’étendit sur le flanc de tout long laissant les chatons s’emparer de ses mamelles et téter avidement un lait tiède et aigrelet. Un bon mois durant elle avait arpenté le quartier en quête de nourriture suffisamment riche pour assurer la production d’un lait de qualité. Par bonheur, deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche, les poubelles du marché rengorgeaient de têtes de poissons qu’elle disputait vaillamment aux autres chats du quartier et dont elle faisait un festin. Quand le temps le permettait, les trois chatons l’accompagnaient au dehors et s’ébattaient dans les herbes hautes de la grande maison abandonnée.
    Jamais elle ne les quittaient des yeux et, à la moindre inquiétude, en les saisissant un par un par la peau du cou, elle les mettait prestement à l’abri dans la cabane de chantier.
    Un soir de juin, ayant perçu une présence humaine qui s’approchait elle avait furtivement déposé sous le plancher de la cabane, deux de ses petits sans pouvoir récupérer le troisième qui était resté tapi dans le tas de chiffon poussiéreux.(…)

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    Le buffle aux cornes bleues

    Il fait encore nuit lorsque le Shatabdi Express quitte New-Dehli mais très vite une lumière étrange éclaire le ciel. C’est une aurore comme je n’en ai jamais vu. Elle n’est pas rose comme celles de nos régions, elle est d’un vert très clair, un vert très dilué couleur de l’eau.
    De la brume matinale émergent peu à peu des scènes de la vie quotidienne. L’une d’elles me frappe, je ne sais pas pourquoi.
    Une jeune femme, vêtue d’un sari aux couleurs éclatantes, est en train de brosser un buffle au pelage noir et brillant. Les cornes de l’animal, en demi-cercle au-dessus de sa tête, sont peintes en bleu. La vision est fugace mais d’une beauté calme et si parfaite qu’elle s’est imprimée dans ma mémoire.
    Au cours de mon séjour au Rajasthan je verrai d’autres buffles noirs et brillants mais aucun ne m’est apparu aussi beau que celui qui émergeait de la brume, ce matin-là, dans la lumière étrange d’une aurore couleur menthe à l’eau.

  3. loretta Loria - Riedel dit :

    Je crois me souvenir de ce jour, en tout cas nous avons croisé un castor une fois. Bravo pour cette description psychologique plus que physique du castor, on devine aussi la nature canadienne qui sert d´arrière plan à l´épisode. Et encore bien des souvenirs évoqués!
    Loretta

  4. Odile zeller dit :

    Texte de Loretta

    LE CHAT

    Quelques courageux rayons de soleil, en cette froide matinée d´hiver, étaient parvenus à percer l´épaisse couche de nuages et, sur le rebord d´une fenêtre d´un rez-de-chaussée anodin, un gros matou noir et blanc s´était accaparé de l´un d´entre eux.
    Il s´était frayé une place entre l´orchidée rose et l´arrosoir en laiton et, enroulé sur lui – même, béat, il se laissait chauffer par le rayon bienfaisant qui faisait reluire son poil bien soigné. Il gardait les yeux mi – clos, les moustaches toutefois restaient alertes à la moindre sollicitation de l´intérieur comme de l´extérieur.
    La plupart des passants ne lui prêtaient aucune attention, il leur rendait d´ailleurs souverainement la pareille. De temps à autre l´un d´eux le découvrait, moi – même par exemple (j´ai développé au cours des ans une sympathie profonde pour ce félin dont l´intelligence perçante associée à la douceur m´ont toujours tenue sous le charme et je ne peux résister à la vue d´aucun minet). Le promeneur s´attardait alors un instant pour admirer l´animal. Le voilà alors qui redresse la tête, ouvre grands ses yeux aux reflets émeraude, se lève sur ses quatre pattes, fait le gros dos et se prépare à affronter celui ou celle qui a osé rompre le charme magique de l´instant. Il ne reste plus alors au passant que de se retirer en bonne et due forme, comme pour s´excuser de l´intrusion dans un monde qui n´est pas le sien. Hélas, ce bref moment a suffi au rayon pour se cacher à nouveau et le chat, déçu, rejoint d´un bond le fauteuil tout proche. Là, il se remet à rêver du prochain rayon.

  5. Odile zeller dit :

    Une rencontre

    Je marchais au bord d’un sentier et je l’ai vu. J’avais rêvé de cette rencontre mais les pronostics étaient pessimistes. Il était craintif, sortait plutôt de nuit, préférait nager…
    J’en avais aperçu un qui plongeait dans un lac… un instant de surprise.
    Il bûchait, concentré sur son travail il ne m’avait pas vu venir, n’avait pas entendu mes pas. C’était un magnifique castor mâle, costaud dans la force de l’âge. Il était très occupé à abattre un bouleau d’une taille conséquente et avait orienté ses coups de dent de manière à ce que l’arbre tombe dans le sens de la pente.
    Une branche a craqué et il s’est retourné, mécontent. Je le dérangeais. Ce n’etait pas un moment de gruge, où les castors se liment les dents. Non il travaillait, il œuvrait pour améliorer l’installation familiale. Ce n’était pas le bon moment. Il était noir et son œil noir me détaillait. Il avait l’air mauvais, il me jaugeait … quel était mon degré de nuisance ? A quelle distance ma présence devenait-elle un danger ? Je ne bougeais pas. Une autre marcheuse m’approcha. Il nous jeta un dernier coup d’oeil agacé avant de partir lentement pour nous signifier son mépris pour notre intrusion. Il semblait nous expliquer par sa progression lente et lourde son dédain pour notre manque total de savoir vivre. Vraiment déranger un castor en plein buchage, comme s’il n’avait que cela à faire. Cela n’avait pas d’allure.

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