4 janvier troisième défi une rencontre

Dans une rue

Faites parler la vie urbaine. Une rencontre éveille votre intérêt :

un homme tatoué qui tricote en marchant, un mage indien dans le métro, une bicyclette qui fait manège pour les enfants, des musiciens qui jouent des instruments anciens …. votre mémoire vous aidera …

un arbre de Noël transporté à vélo ?

Bonne inspiration !

Lisez les textes d’hier c’est ici.

La plume

7 réponses à 4 janvier troisième défi une rencontre

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Loretta

    La joueuse de harpe
    Au fond de la rue, là où celle-ci débouche sur le Ring, frontière du 1er district, une station de métro, bus et tramways offre un échantillon bariolé de curiosités viennoises. Le stand de saucisses absolument indigestes pour estomacs sensibles est un des pôles d´attraction de l´endroit et rivalise – en clientèle et en effluves – avec le stand avoisinant de pizzas, Kébabs et quelques autres spécialités turques. L´arrêt étant plutôt grand et couvert, il offre un abri pratique en cas de pluie ou de neige et toutes sortes de passants y trouvent un refuge plus ou moins provisoire: Les SDF du coin, par exemple, bien calés entre un pylône et la tôle du kiosque, y font une sieste réparatrice, un gobelet en papier bien en vue devant eux, sait – on jamais …
    Les vendeurs sikhs de journaux du soir ne se lassent pas de proposer la dernière édition aux voyageurs distraits : jeunes filles coiffées d´écouteurs qui balancent leur tête aux rythme de notes dont elles seules sont à l´écoute, retraités avec autour du bras cabas ou sacs jaunes et rouges du supermarché du coin, jeunes couples poussant la voiture de leur bébé, hippies (ou ex) mendiant une cigarette et arborant sur leurs bras – même en cette saison froide – des tatouages de tous genres. En bruit de fond, un pot – pourri de langues aux inflexions orientales, entrecoupées d´annonces au haut – parleur sur la circulation des bus, en allemand cette fois mais en général incompréhensibles même pour les locaux.
    Et puis, voilà qu´elle arrive, menue, discrète, habillée pauvrement. Elle pousse un chariot de supermarché. Elle en sort doucement, délicatement, une harpe, puis un tabouret pliant qu´elle ouvre. Quels chemins parcourus jusqu´à cette station de bus? Où son état évident de dénuement a-t-il débuté ? Elle est en décalage avec le lieu. Elle prend place, apparemment toujours la même, enfile une paire de gants qui laissent libres ses doigts, ferme un instant les yeux. Les doigts commencent à glisser sur les cordes. Un son cristallin se dégage de l´instrument, s´élève au – dessus de la foule. Il est si pur, les notes sont si harmonieuses, le contraste avec tout ce qui l´entoure ne pourrait être plus frappant. Pendant une fraction de seconde, le silence se fait.

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Janine
    Le petit tailleur de Bangkok

    Mister Lee pédalait du matin au soir. C’était le tailleur le plus connu du quartier. Tous les matins il installait sa machine à coudre portable en plein air, près du pont de Ceylon Road, il ouvrait un grand parasol et, après avoir consommé une rapide collation commandée au restaurant d’à côté, assis sur un escabeau, il se mettait au travail. Et du travail il en avait à revendre. Car il avait bon pied bon œil, mister Lee. Imbattable pour évaluer les mesures des clients, il ne se servait du centimètre que pour confirmer ses intuitions, et il n’y avait pas plus rapide dans l’exécution des commandes. On les passait le matin, on retirait l’après-midi. Pas d’essayage et aucune retouche à faire. Ça tenait du miracle.
    La circulation bruyante et chaotique ne semblait pas le gêner, il ne se départait jamais de son calme et souriait toujours. Parfois on le voyait faire quelques mouvements de thai chi.
    Je n’ai jamais rien su de lui. Mister Lee ne devait pas être son vrai nom, mais il était facile à retenir. Il était sans doute marié et devait avoir des enfants qui allaient à l’école en uniforme. Habitait-il un de ces appartements aux balcons grillagés qui ressemblaient à des cages ? Ou en périphérie ? Son anglais rudimentaire ne facilitait pas la conversation, d’ailleurs il n’était pas bavard, même avec ses concitoyens. Quant aux étrangers, il semblait les deviner au premier coup d’œil et les mots devenaient inutiles.
    J’étais une de ses clientes assidues. Le marché de Pratunam me fournissait de beaux batiks et je les portais tout droit à Mister Lee. Robes, jupes, corsages, sarongs, j’ai vécu sur cette garde robe exotique durant de nombreux étés. Ces cotonnades étaient si agréables à porter ! Et avec elles remontaient les souvenirs des mois passés à Bangkok. Je repartais en voyage !
    J’ai retrouvé récemment une photo un peu fanée. On y voit le tailleur à sa machine, il a l’air jeune, un visage long et étroit, d’abondants cheveux noirs. A l’époque il devait avoir dans les trente ans, mais il est difficile de donner un âge exact à un oriental, ils semblent ne jamais vieillir. Pour moi il est toujours jeune et je suis sûre qu’il a encore bon pied bon œil !
    Janine

    • Odile zeller dit :

      Je le vois et je crois le connaître même sans être allée à Bangkok
      C’est un personnage clef de tant de bazars ou de marchés. Il acquiert une position centrale dans un marché, il facilite la vie de tant de familles.
      Merci

  3. Marc dit :

    Titi marchait vite et fredonnait- aujourd’hui la vie était belle- et la chanson qui lui trottait dans la tête donnait aux rayons du soleil couchant une douceur toute particulière. Il transportait à bord de ses deux poussettes empilées l’une sur l’autre, la totalité de sa fortune dont l’essentiel était composé d’une lourde couverture, d’un oreiller et de plusieurs épais manteaux indispensables à la confection d’une couchette chaude et confortable. Les passants qui l’apercevaient de loin changeaient prestement de trottoir et ceux qui n’avaient pas anticipé l’inéluctable croisement portaient au loin leurs regards se gardant à tout prix de le mêler à celui du sans-logis. Dans un juron, une jeune femme pressée évita la collision de sa poussette hi-tech avec celles de Titi dont la trajectoire rectiligne n’avait pas bougé d’un pouce.
    Il cherchait un repli sûr pour la nuit, à l’abri des punks à chiens qui se saoulent jusqu’à pas d’heure et dont la musique assourdissante lui vrillait les tympans. Il mettrait ses affaires en sécurité et partirait ensuite à la recherche de Rico et de ses potes. Il s’engagea dans la rue du Conservatoire et glissa son chargement à travers le trou d’un grillage sensé protéger un chantier à l’abandon. Du pied, il poussa la porte d’une vieille cabane autrefois occupée par les ouvriers, il hissa ses deux poussettes jusqu’à l’intérieur négligeant l’oppressante odeur d’urine qui stagnait dans l’air et engloba d’un seul regard l’ensemble de la pièce. Dans l’angle opposé à la fenêtre, un tas de chiffons frémit. Titi s’empara d’une tige de fer qui bloquait la porte et s’avança déterminé à occire la famille de rats qui avait probablement élu domicile dans ces immondices. En soulevant précautionneusement un vieux morceau de tissu crasseux, il aperçut deux minuscules phares bleus incrustés dans une boule de poils aussi roux qu’hérissés et deux canines prêtes à défendre chèrement la vie de leur propriétaire.
    – Eh ! T’es qui toi ? demanda Titi.
    – Miaou ! , répondit la boule de poils toujours un peu agressive.
    – T’es tout seul le minou ? Qu’est-ce que tu fais là ?
    – Miaou ! insista le chaton.
    Titi avança la main. L’animal y planta aussitôt ses deux crocs acérés et Titi tout en poussant un cri de douleur, d’une baffe expéditive envoya le chat voler à l’autre bout de la pièce. Un peu sonnée, la bête leva les yeux vers l’homme qui pointait la barre de fer dans sa direction.
    – Ne refais jamais ça, sinon je te… vociféra Titi.
    – Miaou ! supplia le chat.
    Prudemment Titi le saisit par la peau du cou et planta ses yeux dans les siens.
    – Toi le greffier, si tu veux qu’on reste potes tous les deux, va falloir voir à me respecter, lui dit-il d’un air faussement menaçant. Toi et moi, on n’a plus de famille, on dort dans la crasse et la misère et on a sans doute autant de puces l’un que l’autre.
    Il fourra le chaton dans sa poche, cala la porte avec la barre de fer et partit à la recherche de Rico.
    La nuit était tombée et l’air de juin embaumait la rue.
    – Non mais t’as vu ça ? dit-il au chat qu’il caressait en permanence et dont la chaleur et les frémissements le raccrochait subitement à la vie. La dame avec ses cabas… elle avait des ailes dans le dos !
    -Un ange, dit le chat.

  4. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    Je l’ai rencontré au sconewitch un café à scones à Ottawa sur Beachwood. Le public essentiellement féminin vient y boire un café, manger le midi entre les courses et le retour des enfants ou pour papoter. C’etait U
    L’une de nos destinations favorites après la marche ou quand la météo…

    Avec ses tatouages sur les bras, son béret sur la tête, sa fonction de plongeur ou de femme de ménage, il n’allait pas dans une ambiance plutôt cosy. Mais bon … ce n’était pas les affaires et en tant qu’expatriée… en plus il parlait français, oh pas tout fort non à voix basse, comme le complice d’une infraction…linguistique.

    C’est là que le personnage a commencé à m’intriguer. Un matelot à la retraite, un délinquant sorti de geôle et sans vrai travail ? Un jour à ma grande surprise, une dame tout à fait comme il faut à traversé le café pour s’adresser à lui et rien qu’à lui. Il a sorti du find d’un sac des chaussons tricotés à la main, de différentes tailles, de quoi habiller les pieds de toute une famille du grand au petit. Les couleurs fluorescentes m’ont émerveillée et la publicité pour le produit vraiment ergonomique et conseillé par les médecins.
    Il tricotait, lui le petit bonhomme râblé, trapu, moustachu, tatoué, oui il tricotait des chaussons même pour les bébés. Il travaillait de l’aiguille aux heures creuses, à l’arrêt de bus. Il tricotait même en dansant, il me l’a un jour avoué. Pas moyen d’en savoir plus …ce qu’il faisait avant, d’où il venait … il souriait d’un air malicieux de ma curiosité. Il semblait s’étonner que je l’ai remarqué et que je m’intéresse à lui. Si j’avais commandé des chaussons là peut être … mais non je ne voulais pas de chaussons, je les tricotais moi même. Juste pour savoir… il avait hoché la tête, avait souri, repris son air malin et répondu qu’il avait beaucoup de travail. Ce qui était vrai. Je suis revenue souvent. Mais je n’en ai jamais su plus. Il ne voulait pas entrer dans ma galerie de portraits ou peut-être me laisser libre de lui trouver une biographie, marin à la retraite à cause des tatouages et parce que dans la Marine on tricote parfois pour tromper l’ennui des longues traversées.

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