5 janvier habitude

notre nouveau défi :

décrire une habitude, un usage, un rituel propre à une région, à une ville ou à une autre culture.

 

Étonnez vous et étonnez nous !

A vos plumes

la plume     

6 réponses à 5 janvier habitude

  1. Marc dit :

    Titi était remonté jusqu’aux Grandes Halles. En passant devant le bar PMU il avait eu la confirmation que Rico l’attendait sous les platanes de la place d’Armes. La douceur de cette belle soirée de juin avait drainé, sous les lampadaires urbains, ce que la ville compte de boulistes et d’aficionados du cochonnet. L’assemblée, très majoritairement masculine, bruissait calmement, indifférente à la nuée d’insectes qui virevoltaient autour de la lumière jaune des candélabres. Rico, d’un signe de tête invita Titi à le rejoindre et fit les présentations. Saul, un quadragénaire ventripotent, aux mains larges comme des battoirs, transpirait à grosse gouttes qui lui coulaient dans le cou et dont il tentait d’endiguer le flot à l’aide d’un mouchoir aux teintes douteuses. Lui et son frère Momo étaient inséparables. Momo était chétif, souffreteux et gris, mais c’est lui qui, semble-t-il, avait l’ascendant sur son frère.
    – Cinquante cents le point d’écart, dit Rico, cinq parties pas une de plus.
    – Nous, on ne joue pas à moins d’un euro, dit Momo, et OK pour cinq parties.
    Rico attrapa le regard de Titi qui sourit, acquiesça et sortit de sa poche un minuscule chaton qu’il caressait dans le creux de sa main.
    – On a déjà un cochonnet, rigola Saul
    La partie allait commencé, et déjà Titi avait ôté sa vareuse et posé délicatement dessus le chaton au pied d’un antique platane.
    – Bouge pas ! avait dit Titi
    – T’inquiète, avait répondu le chat.
    A pile ou face, c’est Rico qui emporta le soin d’envoyer le cochonnet. En bras de chemise, les yeux fixés sur d’hypothétiques et incertaines trajectoires, les boulistes ponctuaient leurs parties d’interjections encourageantes ou découragées selon les cas.
    – C’est à qui de jouer ? demandait Saul,
    -Toujours au con qui demande ! répondait Titi, qui de temps en temps jetait un œil sur son chat tranquillement lové sur le manteau de son nouveau maître.
    A chaque fin de partie, un verre de rosé venait sceller le compte des points que Rico inscrivait scrupuleusement sur une ardoise. Les scores étaient serrés, les gains seront maigres, mais les pertes aussi. Un peu partout sur la place, les joueurs se déplaçaient avec lenteur, se baissaient pour mesurer les écarts entre leur boule et le cochonnet. Les tireurs prenaient leur élan de plusieurs mètres, et après l’avoir consciencieusement essuyé, ils envoyaient leur missile contre les boules adverses qu’ils projetaient hors du jeu… ou non.
    Peu à peu la place se vidait laissant quelques uns achever leurs ultimes parties ou finir leurs derniers verres.
    Rico faisait les comptes, Saul vérifiait l’ardoise pour la forme.
    – On vous doit sept euros, dit-il, ça vous dit une andouillette ?

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Loretta

    La « Gasthaus »
    Quand on ne connait ni la langue, ni les coutumes locales, il est difficile de se repérer dans les menus qu´on vous propose dans les « Gasthäuser », pas vraiment restaurants mais plus que cafés, traduit littéralement, ça donne « maisons d´hôtes ». Aujourd´hui, avec le développement du tourisme, la plupart des hôteliers se sont mis à la page et proposent, en général, des menus en anglais mais jusque dans les années ´80 la ville sommeillait, engoncée dans ses habitudes, provinciale. Toutefois, c´est le même air qu´autrefois qu´on respire encore dans ces restaurants typiques. On peut toujours y goûter les plats traditionnels, les coutumes sont dures à mourir dans la gastronomie locale et les innovations en la matière ne se frayent un chemin que très lentement. Le bio, la cuisine végane ou la nouvelle cuisine ont ici la vie dure.
    C´était en 1979, à la fin de l´hiver. Nous entrons dans la salle (double porte, un rideau épais après la seconde, en souvenir du temps où les hivers pouvaient encore se dire tels), l´ambiance y est chaleureuse, décoration rustique, tables en bois brut, nappes à carreaux, serviettes en papier. Nous prenons place après nous être dûment débarrassés de manteaux, châles, bonnets, pulls (un peu comme au ski, il ne manque que les bottes). La serveuse – nous avons eu de la chance, nous avons pu l´admirer en costume typique, le « Dirndl », tradition oblige – s´approche pour prendre la commande des boissons. Elle nous tend les menus dont la couverture a connu des temps meilleurs et nous laisse abandonnés à notre sort. Tous les quatre, interdits, nous interrogeons sur les prochaines étapes à suivre.
    Seule de la compagnie ayant des connaissances de base d´allemand, je prends mon courage à deux mains et déclare être prête à assumer l´entière responsabilité de l´ordre. Mes yeux parcourent les feuillets protégés par des pochettes plastiques vaguement graisseuses sur les bords. « Palatschinken », voilà quelque – chose qui doit avoir rapport avec du jambon. Risque minimum. Concertation générale, le plat fait l´unanimité.
    Nous sirotons la bière, excellente, en attendant l´arrivée du plat. Nous discutons, rions, oublions presque l´appétit que nous avions en entrant. Le « Dirndl » réapparaît soudain, tel un jongleur, portant en équilibre sur bras et mains quatre plats contenant chacun … deux énormes crêpes saupoudrées de sucre glace et entourées d´une montagne de crème fouettée, un pot de compote de prunes dans chaque assiette. Nous échangeons, en silence, des regards qui en disent long, subjugués cependant par la vue du met. Un éclat de rire suivi de trois autres brise le charme.

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    L’accabadora

    Ils attendent. Ils se sont tous réunis autour de l’âtre, en silence. Elle va venir. Ils l’ont faite appeler. Elle vient de loin. Désormais elle est la seule dans toute la Sardaigne à pratiquer ce rite ancestral. On l’appelle quand il n’y a plus rien à faire, lorsqu’il y a trop de souffrance et que le temps s’éternise.

    Le bruit d’une charrette sur le sentier. La femme qui se tient sur le seuil est âgée, habillée de noir de la tête aux pieds et enveloppée dans un grand châle qui lui couvre la moitié du visage. Elle tient quelque chose dans ses mains, sous le châle. On la conduit devant la porte de la chambre d’où filtre l’odeur de mort. On a ôté toutes les images pieuses et le crucifix car c’est un rituel païen qui va être pratiqué. Un rituel très ancien dont l’origine se perd dans la nuit des temps.

    Elle entre seule. Personne ne doit assister à ce rite secret. Le grand-père gît sur le lit, il souffre et gémit, il voudrait partir mais les jours passent et il n’en finit pas d’agoniser.
    La femme s’approche du moribond et se penche sur lui.
    Quelques minutes à peine et elle sort de la chambre.
    Muette elle est arrivée, muette elle repart.
    Elle a accompli son devoir. Le mourant s’en est allé, libéré de la souffrance et purifié de ses péchés par son intervention.

    L’enfant, qui avait surpris les conversations à voix basse des grands, voulait savoir, découvrir le secret. Alors il s’est caché dans l’armoire pour observer le rituel. Il raconte ce qu’il a vu. Elle a sorti de sous son châle unu jualeddu, un joug, grand comme ça, il écarte les mains d’une quarantaine de centimètres. Et puis elle l’a mis sous le cou du grand-père en disant des mots que je n’ai pas compris. Et il a cessé de vivre.
    L’accabadora, à l’aide du joug, objet sacré, a rétabli l’équilibre des forces rompu par des fautes graves, comme un sacrilège et cause des souffrances infinies.
    Les femmes prennent place autour du lit et entonnent les chants funèbres.

  4. loretta Loria - Riedel dit :

    Le froid, un peu de suspense!!! Bien “emmailloté” Odile, bravo!

  5. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    Souvenirs d’hiver
    Au début on ne comprend pas pourquoi dans les jardins les arbres se trouvent emmaillotés dans des guenilles, des toiles, des restes de tissus et jusqu’au sommet. On se demande même d’ou viennent ces statues abstraites qu’on n’avait pas remarqué jusqu’alors. Et puis on interprète … l’arrivée de l’hiver, les espèces gélives … on admire la prévoyance des jardiniers. Et puis les lacs prennent glace, certains se risquent à traverser les plus petits à pied. On tente l’expérience plus tard incités par des canadiens expérimentés. Marcher sur l’eau qu’on voit par transparence … une aventure délicieuse. Et puis un jour la ville se mobilise, s’active sans qu’aucun événement ne soit au calendrier, un samedi, tout le monde sort, heureux, euphorique, très couvert de la tête au pied et chacun porte à la main un sac plastique qui semble contenir la clef du mystère. Tous se portent dans la même direction et par curiosité je fais de même.
    Le trafic piétons se densifie … un match de hockey … mais quand même toute cette foule et … personne n’en a parlé. C’est là au bord du canal … la qu’on chausse les patins qu’on se croise, qu’on se salue … le canal Rideau est ouvert, la plus grande patinoire du monde sur des kilomètres est accessible à tous et toutes. C’est la fête. Toute la ville des grands aux plus petits va se lancer librement, pratiquer le patin gratuitement, manger et boire … rire et danser ….
    On vient de loin, de tout le Canada pour patiner, même les Mennonites … mais le premier jour, les habitants d’Ottawa et de Gatineau sont heureux la piste est ouverte rien que pour eux… l’attente , la mesure de l’épaisseur de la glace … les autres auront bien sûr l’information, ils arriveront dans l’après-midi , plus tard…

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