8 janvier une boutique / un commerce

Aujourd’hui, votre promenade, votre exploration vous conduit dans un magasin, un commerce … un bazar comme jadis, une cordonnerie, un antiquaire …

Nous avons tous en mémoire ce commerce …qui nous a déplu ou nous a fait rêvé. Une ambiance …

A vos plumes !     

ici les textes d’hier.

 

 

4 réponses à 8 janvier une boutique / un commerce

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    La Bella Cravatta

    «Comment ? Tu ne connais pas «La Bella Cravatta» ? Ça m’étonne, toi qui es toujours tiré à quatre épingles! C’est pas sur ton chemin mais ça mérite le détour. Tu verras ! Je t’en dis pas plus !»
    Il trouva tout de suite la petite boutique, via di Santa Cecilia, au Trastévère, refaite mais pas trop. Décorée avec goût. A l’intérieur, une dame d’aspect avenant rangeait des rouleaux de tissu sur des étagères.
    A la vue d’un possible client un large sourire illumina son visage de pleine lune. Pas grande, un décolleté en pointe sur des formes rebondies, le cheveu oxygéné. Pas terrible, mais sympa. A cause de son sourire qui s’éteignit lorsqu’elle posa les yeux sur la cravate de Marco. “Dites-donc, qui vous a appris à faire vos nœuds de cravate? Il est tout de travers le vôtre. Regardez-bien, je vais vous montrer, c’est comme ça qu’on fait. Et d’abord, savez-vous d’où viennent les cravates ? De Croatie, monsieur, de Croatie…”
    «Merci pour la leçon, mais je suis venu pour vos cravates !» «D’accord. C’est pour une occasion importante ? Pour aller au bureau ? De quelle couleur le costume ? Et la chemise? C’est important les couleurs pour comprendre le caractère ou l’état d’esprit d’un client. La préférence d’une couleur, ou son refus, reflète une situation, un état psychique, voire un équilibre hormonal. Un déprimé ne mettra jamais une cravate jaune. C’est une couleur solaire. Il choisira du violet. Et les signes du zodiaque, hein ? Une Balance ne mettra jamais la cravate d’un Scorpion ou un Bélier celle d’un Sagittaire.”
    Et d’abord c’est quoi votre profession ? Un avocat ne mettra pas la même cravate qu’un architecte. Un médecin ne choisira pas les mêmes couleurs qu’un épicier…»
    Un cas, cette femme. Un personnage. Tout en parlant elle s’anime, se transforme, devient presque belle. Cette flamme dans le regard, sans doute.
    “Désormais elles viennent de Taïwan les cravates, taillées au machete, cousues avec les pieds. Au jour d’aujourd’hui qui vous les fait plus sur mesure, à part moi ?»
    Soudain elle plonge sous la table et en ressort une grande boîte en carton contenant, bien rangés, des petits paquets d’étoffes, enroulés comme des crêpes et enveloppés de papier kraft fermé par une épingle.
    “Ça, dit-elle en frappant fièrement sur le couvercle, c’est mon ordinateur. Chaque paquet, un client ! J’en ai des centaines comme ça. Je note tout, le nom, l’adresse, l’âge… au jugé. Le téléphone, la profession. Vous voyez ce qu’il y a écrit là sur chaque paquet ? Les mesures du client. D’abord le tour du cou. Normal. Certains ont des cous de taureau, d’autres des cous de cigognes. Logiquement la cravate n’aura pas la même longueur. Et c’est pas fini, il faut aussi voir la longueur du buste. Un type d’un mètre soixante n’aura pas le buste d’un gars d’un mètre quatre vingt. Et il cavallo ? L’entre-jambe? Vous y avez pensé ? Faut un équilibre entre le buste et l’entre-jambe !
    Moi j’ai un truc. Je multiplie la longueur de l’entre-jambe par la longueur du buste, j’ajoute le tour du cou et je divise par 3,1416. Ça donne la longueur idéale de la cravate. Génial, non ? Celui qui a un métier dans ses mains ne meurt jamais de faim ! Une vraie science, la cravate. Méconnue. Incroyable les aspects psychologiques qui se cachent derrière le choix d’une cravate. Savez-vous que les hommes et les femmes ont des goûts radicalement opposés ? Quand un couple vient ensemble, c’est la panique ! On assiste même à de véritables scènes de ménage. Ça tourne parfois au drame. Tenez, je me souviens un jour…”
    Sous une telle avalanche de mots, impossible à endiguer, Marco s’est installé dans un fauteuil en rotin au fond du magasin. Il laisse errer son regard sur les étagères qui croulent sous les rouleaux de tissus chatoyants rangés par couleurs, bleu clair, bleu foncé, rouge, Bordeaux, gris, vert, jaune… et pour chaque couleur quelle variété de motifs, à pois, rayés, quadrillés, à fleurs.
    “…Lui il la voulait bleue, avec un motif discret, elle, elle insistait pour un motif à fleurs…”
    Bercé par le babillage de la dame, il finit par s’assoupir. Pour les cravates, on verrait plus tard.

  2. Marc dit :

    A cette heure de la nuit il n’y avait plus que Mokthar qui pouvait lui vendre de quoi nourrir son chat, alors, pour être certain de trouver encore ouvert le magasin du kabyle, Titi avait appuyé un peu plus sur les pédales du vélo que Saul lui avait prêté. Il cala la bicyclette contre le trottoir, bien en évidence devant la vitrine. Il ne fallait pas qu’on le lui vole et il n’était pas certain que Mokthar appréciât vraiment la présence de l’animal dans les rayons encombrés de son magasin. Il laissa le chaton dans son cageot et pénétra dans la boutique, véritable modèle réduit d’un souk algérien. On y trouvait de tout. De grands sacs de fèves, de semoule ou de café, étaient alignés le long d’un immense comptoir encombré des cohortes de savons, de piles, de confiseries, de briquets, de cartes postales, soigneusement alignés dans de petits casiers qui portaient chacun une étiquette indiquant le prix du produit. Sur de hautes étagères de bois foncé, les boites de conserves de toutes sortes composaient une mosaïque colorée et des guirlandes de casseroles en fer blanc, d’écumoires et de couscoussiers partaient du plafond et rejoignaient le sol tintant chaque fois qu’on tentait un déplacement dans le minuscule réduit. Dans un angle, une antique vitrine réfrigérée proposait des yaourts, du beurre, du lait et du fromage ; dans un autre, pommes, poires et cerises côtoyaient les mangues, caramboles, goyaves, les dattes, les figues et une montagne d’abricots séchés.
    Se frayant un chemin dans ce capharnaüm, Titi saisit une bouteille de lait et une boite de thon. Au bout du comptoir, à coté d’une balance Roberval, Mokthar taciturne, tapait le montant des achats sur une antique caisse enregistreuse dont le tiroir s’ouvrit dans le tintement aigrelet et métallique d’une clochette.
    – T’as l’air soucieux Mokthar, a dit Titi.
    – On m’a volé mon rideau de fer, a répondu Mokthar.
    Remontant sur son vélo et encore tout retourné par ce qu’il venait d’entendre, Titi racontait à son chaton la mésaventure de son ami.
    -Merde ! dit le chat.

  3. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile
    Entre laines et écheveaux

    Quand j’allais à Hintonburg j’allais toujours là bas, une boutique de laine. Toutes les pelotes exposées étaient si chères qu’un pull était d’un coût inaccessible. On y achetait de quoi tricoter un bonnet ou une écharpe. Ce qui m’étonnait ç’était cette ambiance chaleureuse, cette pratique conviviale qui menaient dans cette échoppe si loin du centre les débutants. J’y ai acheter de quoi filer la laine et une masse laineuse dont je n’ai jamais rien fait. Une vendeuse m’a expliqué la marche à suivre et sur place j’avais réussi à placer mes doigts comme il fallait et à obtenir un peloton minuscule. Arrivée chez moi plus rien n’allait. On trouvait des tricotins de toute taille, des métiers à tisser, des aiguilles de toute matière et de toute taille.
    A chaque passage j’observais ces femmes qui ne prenaient pas leurs aiguilles comme moi, qui exécutaient d3 mouvements incongrus mais qui montaient un tricot comme moi. La laine y était belle, somptueuse et je tendais la main vers des couleurs fortes, importables mais si belles. Des mohairs, des cachemires, des alpagas dont le moelleux et la douceur me faisaient rêver. Je garais tout prêt, c’etait gratuit. Il y avait juste à côté une taverne où nous allions le dimanche manger des huîtres et même le dimanche rien ne pouvait empêcher que je passe devant la vitrine. Mon mari m’avait un jour accompagné et encouragé à acheter le matériel pour filer.
    On y donnât des cours, j’ai dû être prise de l’envie de suivre l’un de ces cours où l’on apprend des techniques artisanales dont je n’avais pas idée. Je ne sais toujours pas ce qui explique ma fascination pour cet endroit. Cette communauté de femmes entre elles, cette bienveillance au delà des impasses linguistiques… peut être … une sorte de refuge où l’amour des travaux manuels, des belles matières me donnait l’impression du bien être.
    J’en ai trouvé ailleurs à Halifax en Nouvelle Ecosse, à Montréal, à Vancouver, à chaque fois, j’ai palpé les laines, manipulé les chaussettes faites main. J’ai souri au souvenir des chaussettes et des pulls de la grand-mère qui grattaient tant et que nous refusions de porter. Il y avait là comme dans certains musées en plein air une nostalgie de la vie des pionniers, le souci de conserver des savoir-faire ancestraux que personne en Europe n’avait le souci de préserver.

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