Défis 10 janvier et plus

Voici la suite de nos défis : le 10 janvier, notre neuvième défi

Il s’agit de raconter une surprise …

Dans tous les voyages mais aussi dans votre quartier, le métro vous avez eu des surprises : un passager original, un musicien excentrique …   faites marcher votre mémoire …

et racontez, faites vous ce plaisir de vous surprendre …

les textes d’hier sont ici

A vos plumes 

5 réponses à Défis 10 janvier et plus

  1. Marc dit :

    De peur qu’il n’attrape froid, Titi avait calé le chaton dans la poche intérieure de sa vareuse et déposé le reste de la bouteille de lait dans le cageot. Il était remonté sur le vélo que lui avait prêté Saul et avait l’intention de retrouver son abri de fortune, rue du Conservatoire.
    – Faut qu’on se parle tous les deux, avait dit Titi.
    Mais le chaton ne répondit pas et Titi pensa qu’il s’était assoupi, bercé par le déhanchement paisible que produisait chacun de ses coups de pédale. Il regagna la cabane de chantier dans laquelle il avait laissé les deux poussettes transportant ses uniques biens et, à l’aide d’une vielle lampe torche, il entreprit d’explorer un peu les lieux. Une porte entrebâillée donnait sur un débarras encombré de tout un tas d’objets hétéroclites, et son regard fut immédiatement attiré par le profil familier d’une boite noire, coincée entre la carcasse d’une antique machine à coudre et un carton débordant de manuels scolaires périmés. Il avait hésité et envisagé d’abandonner la boite et son probable contenu dans les décombres de son passé.
    – T’as les jetons ? avait demandé le chat que l’immobilité soudaine de Titi avait réveillé.
    Haussant les épaules et s’emparant de la boite, Titi su tout de suite qu’elle n’était pas vide. Il l’épousseta rapidement et, fébrilement, fit sauter les deux fermoirs légèrement rouillés qui n’opposèrent aucune résistance. Une fois encore, Titi avait hésité. Il savait qu’il s’exposait à la résurgence d’émotions dont il avait pourtant fait le deuil et qui risquaient de le plonger dans une mélancolie dévastatrice.
    Le violon reposait dans son cercueil de velours grenat. C’était un violon d’étude, de bonne facture bien que sans véritable valeur. Il constata que la volute était belle mais qu’elle comportait quelques traces d’outils. Les vernis, qui couvraient la table, un peu épaisse, semblaient de bonne qualité et donnaient à l’ensemble une couleur cuivrée et chaude. L’archet avait une hausse en ébène ; il paraissait neuf. Titi se demanda pour quelle raison, son propriétaire avait abandonné cet instrument et effaça rapidement de son esprit la cascade de ses propres renoncements qui défilaient douloureusement dans sa mémoire. Il trouva dans l’étui un petit bloc de colophane ambrée et un jeu de cordes que, d’une main experte, il installa sur le violon en remplacement des cordes endommagées. Il réajusta le chevalet et, presque mécaniquement, accorda le violon en faisant jouer les quatre chevilles qui auraient eu bien besoin d’un soupçon de graisse. Le chat, qu’il avait déposé dans la boite, fixait intensément l’instrument et inclinait la tête chaque fois que Titi, augmentant la tension des cordes, faisait riper les sons jusqu’à en obtenir une note juste. Il ficha le violon dans le creux de son épaule et fit glisser l’archet qu’il tenait délicatement entre ses doigts. Les premières notes du concerto de Mendelssohn envahirent le petit local lui donnant soudain une dimension extraordinaire. Titi réprima une grimace et sentit instantanément un grand vide l’envahir. L’âme de ce violon, n’était plus à sa place. La sienne d’âme n’était plus ; elle avait volé en éclats quand il avait, un jour, précipité tous ses outils de luthier dans les eaux noires d’un lac du Haut Jura.
    – T’aurais peut-être pas dû, avait dit le chat.

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    Stupéfiante rencontre

    C’était l’automne. Il avait fait un temps maussade toute la journée aussi Pepita et moi avons décidé de nous remonter le moral avec un bon chocolat à la chantilly dans un bar du Paseo de Gracia. Il faisait nuit lorsque nous en sommes sorties et il s’était mis à pleuvoir aussi nous avons arrêté le premier taxi qui passait.
    Pepita descendit bientôt et je donnai mon adresse au chauffeur.
    − Vous êtes Française, n’est-ce pas ? J’aime beaucoup la France. J’y ai vécu quand j’étais jeune et j’en garde un excellent souvenir. De quelle ville êtes-vous ?
    − De Toulouse.
    − Toulouse ? Moi j’étais dans un petit village pas loin, Bruguières.
    − Bruguières ? C’est là que j’ai passé mon enfance ! Que faisiez-vous là-bas ?
    − J’avais quitté l’Espagne à dix-sept ans, après la révolution, et j’avais trouvé du travail dans une ferme. Peut-être que vous voyez laquelle, juste à l’entrée du village, sur la droite, c’est la seule.
    − Mais… c’est la ferme dans laquelle j’ai été élevée.
    − Alors… vous devez être Janine !
    − Quoi ? Vous me connaissez ? Comment est-ce possible ?
    − Je me souviens de votre arrivée, vous étiez bébé, et aussi de vos parents qui venaient vous voir parfois le dimanche. Votre mère était très belle avec son beau chignon, elle avait un atelier de couture. Votre père était très distingué mais il m’impressionnait, il avait l’air tellement sévère. Il aimait aller pécher à l’Hers. Un jour il a pris un brochet grand comme ça. Votre sœur, Andrée, a dix ans de plus que vous. C’est bien ça ?

    Tous ces détails ! J’ignorais pour le brochet, mais le reste était vrai. J’étais abasourdie.
    − Dites, qu’est-ce qu’ils sont devenus les gens de la ferme ? Je me souviens il y avait Maria si gentille, ses vieux parents et sa fille Marie-Jane qui était fiancée avec Louis, un gars de Saint-Sauveur.
    − Le grand-père et mémé Jane sont décédés. Tatie Maria va bientôt prendre sa retraite, Marie-Jane et Louis ont une fille, Michèle. Ils vivent ensemble.
    − J’ai bien regretté lorsque Maria a vendu la ferme. Elle a été obligée. Son mari l’avait quittée, ses parents étaient âgés et les jeunes ne voulaient rien savoir de travailler aux champs. Elle a acheté une maison au village, avec un grand jardin, je me souviens. Moi, j’avais trop de nostalgie de l’Espagne et mes parents me manquaient. Alors je suis rentré. Mais vous, qu’est-ce que vous faites à Barcelone ?
    − Je viens de finir un stage pour mon BTS et je travaille dans un bureau de l’ambassade. Mais parlez-moi de la ferme.
    Moi qui n’ai aucun souvenir de ma petite enfance jusqu’au moment où mes parents m’ont reprise, il fallait que j’aille à l’école, j’étais émue aux larmes de parler avec quelqu’un qui m’avait connue bébé et qui pouvait m’apprendre des choses sur moi que j’ignorais, quelqu’un qui faisait revivre en moi les personnes que j’avais le plus aimé.
    Après être rentrée chez moi après cette stupéfiante rencontre, je suis restée longtemps sous le coup de l’émotion, la gorge nouée, et c’est surtout le souvenir de mémé Jane qui ne me quittait pas. Son image s’imposait à moi. Je revoyais son sourire si doux, ses yeux fanés, sa peau lisse et fine. Il me semblait qu’elle voulait me dire quelque chose.
    Et cette rencontre, pourquoi ? Un pur hasard ? A Barcelone où circulent des milliers de taxis, arrêter justement celui dont le chauffeur vous a connue bébé, ça tenait du prodige.
    J’ai compris bien plus tard ce que voulait me dire mémé Jane. C’était une mise en garde. Un avertissement.
    J’étais à un moment de ma vie où je devais prendre une décision. Signer le contrat de trois ans qu’on me proposait ou rentrer en France. J’ai choisi de rester à Barcelone et, de fil en aiguille, je ne suis plus jamais revenue à Toulouse que pour de brèves vacances. J’ai fait ma vie ailleurs, mais jamais je n’ai oublié Bruguières.

    • Odile zeller dit :

      Un concours de circonstances d’autres parlent de hasard d’autres de synchronie… finalement la statistique elle n’y comprend rien mais elle identifie comme un possible une rencontre qui la défie … l’extraordinaire est bien décrit l’étonnement et le laisser faire puis dans la tête le commentaire. C’est bien écrit et comme on le dit la réalité dépasse souvent la fiction ?

  3. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    Une galette surprise

    C’était l’épiphanie et nous voulions tirer les rois. La surprise était pour une jeune Canadienne. J’avais déjà tenté l’expérience de la galette et le hasard avait couronné une Coréenne qui en avait rougi de fierté. Tout avait parfaitement fonctionné.
    Après le découpage, j’ai fini la première et l’attente a commencé. Idéalement l’un des invités devait avoir la fève. J’avais cru la donner à notre invitée canadienne mais à mesure que sa part se réduisait, l’espoir s’amenuisait de son côté. Ma fille me lançait des regards vaguement inquiets. Quand nos assiettes ont été terminées, personne n’avait rien trouvé. Sentant l’étonnement général, notre invitée se taisait.
    Il restait encore sur le plat une dernière part. Elle était si petite que j’avais peu d’espoir. Je distraiais ma nervosité en admirant la beauté de la table d’érable au bois clair, piquetée de petits noeuds.
    On nous avait vendu une galette sans fève, la pâtisserie était pourtant française. Un doute me prit soudain et je regardais le carton. Elle était là, la fève, scotchée au dos du couvercle.
    L’insérer dans la frangipane n’était pas assez sécuritaire, il fallait que quelqu’un de la famille sache où était l’objet qui pouvait provoquer un accident, être avalé par un enfant… Bref le pâtissier nous transmettait le risque … la fève était livrée, à nous de la cacher. Nous avons ri, un peu penauds de cette surprise ratée. Des années plus tard, la galette est au menu de notre petit fils franco-canadien, qui a la chance d’être presque toujours le roi.

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