11 janvier…. de l’eau

L’eau comme élément est vital. Vous en avez partout. Les formes divergent …

faites vivre l’eau dans un texte : la pluie, la mer, un moulin ….

À vos plumes !

Les textes d’hier sont ici.

 

Bord de mer

7 réponses à 11 janvier…. de l’eau

  1. Marc dit :

    Titi s’était réveillé brutalement et une question vrillait encore son esprit embrumé. De quelle manière Momo et son balourd de frère avaient-ils bien pu dérober et transporter sans encombre le rideau de fer de ce pauvre Mokthar ? Il s’assit sur la couche qu’il avait improvisée dans la nuit, et jeta un regard circulaire dans la pièce. Il s’arrêta un instant sur la masse noire de l’étui à violon qu’il avait extrait hier soir, du bric-à-brac de la remise. Le chaton s’était roulé en boule dans un coin de son oreiller et son poil roux se soulevait avec la régularité d’un métronome. Titi s’allongea à nouveau et, dans la position d’un gisant, croisant les doigts sur sa poitrine, il fixa intensément le plafond dont la peinture écaillée dessinait une improbable topographie montagneuse. Il discerna nettement les contours du petit lac de montagne, aux eaux profondes et noires, qu’il connaissait bien et qui surgissait au détour de sa rêverie matinale. Tapi au fond d’un cirque rocheux, un édredon de brume s’élevait doucement au dessus du lac et masquait un pâle soleil de mai. Titi était arrivé par le sentier de Moirans, portant en bandoulière une grosse caisse en bois, gravée de ses initiales d’alors et qui contenait l’essentiel des ses outils. Il avait retiré ses souliers, et les avait laissés en évidence sur la grève, pensant que c’était un geste ridicule mais que peut-être Sabine saurait ce qu’il était advenu de lui. L’eau était glacée et le froid enserra ses chevilles. Il progressa encore jusqu’à mi-cuisse dans la pente qui devenait plus abrupte. Ses pieds heurtaient les gros galets ronds jonchant le sol qui le faisaient trébucher à chaque pas. La caisse flotta un moment encore et s’emplit peu à peu de l’eau du lac. Pesant davantage sur son épaule, elle libérait de grosses bulles qui éclataient à la surface. Quand il eut de l’eau jusqu’au dessus de la taille, Titi se laissa mollement glisser au fond et s’immergea totalement emporté par le poids de sa caisse. Il ferma les yeux et agrippa la lanière de cuir qui s’était soudainement tendue lui fracassant la clavicule. Il voulut pousser un cri de douleur, mais un torrent de liquide froid pétrifia ses poumons. La lanière de cuir céda soudain entraînant ses outils dans les profondeurs du lac alors que, sous l’effet de la rupture brutale de la bandoulière, il remonta à la surface comme un bouchon de liège qu’on aurait maintenu sous l’eau. Il hoqueta vivement quelques secondes et rejoignit la rive en partageant ses pleurs entre le dépit morbide de son échec et la souffrance qu’occasionnait sa blessure. Sa clavicule brisée l’avait rattaché au dernier lambeau de sa vie auquel il s’était agrippé désespérément. A nouveau, le prénom de Sabine glissa sur ses lèvres.
    – Ça fait deux fois, avait dit le chat.

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    L’eau vive

    C’est dans les montagnes que je vois le jour. Tout petit déjà je m’amuse à courir, sauter sur les cailloux, bondir, dévaler les pentes, j’ai mes chemins secrets et mes cachettes sous terre. J’adore me chauffer au soleil, mais le froid ne me fait pas peur, au maximum il me durcit.
    Si rien ne vient perturber mon cours, je coule une enfance heureuse et insouciante, me prélassant dans mon lit.
    On m’apprécie dès mon plus jeune âge car je me révèle déjà très utile, je désaltère et tous ceux qui me goûtent ne tarissent pas d’éloges sur ma fraîcheur et ma légèreté, je nourris et fertilise aussi.
    Je grossis vite et en prenant de l’ampleur, je change de régime… et même de sexe, on me féminise, de ruisseau, parfois torrent, je deviens rivière et je poursuis mon rêve, atteindre la mer.
    Je suis encore joueuse, capricieuse et fantasque et je saute parfois de haut, me transformant en cascade. La lumière met en moi des arcs-en-ciel irisés du plus bel effet et je deviens alors un spectacle fascinant.
    Dans mon ventre je nourris des poissons qui à leur tour servent de nourriture à d’autres êtres vivants. Une véritable chaîne !
    Lorsque je prends de l’ampleur et que je m’étale dans les plaines, je deviens fleuve, parfois interminable et j’ai alors droit à des adjectifs dithyrambiques, comme majestueux, impétueux, somptueux. On m’admire et ça me rend fier.
    Les voyages font partie de ma vie, je traverse des régions entières, parfois même je passe les frontières visitant plusieurs pays.
    J’adore ma compagne la terre, même si parfois je la taquine en la grignotant un peu !
    En grossissant ma force augmente et je deviens utile et exploitable. Même trop parfois. Les hommes ne connaissent pas la juste mesure.
    Comme je suis devenu puissant, on me craint pour mes colères qui peuvent être dévastatrices. C’est leur faute, aux hommes car ils me manquent de respect et je me venge. Après ils se plaignent, les ingrats, comme toujours. Mais à force de vouloir m’endiguer, me réduire en esclavage, ils me blessent, gravement parfois, et du coup ils font aussi du mal à ma compagne. Mais notre mère, la Nature, reste la plus forte et elle nous aide à résister, d’une manière ou d’une autre.
    Un jour enfin, j’y suis, je la sens de loin, son parfum iodée me parvient et me stimule. J’arrive au bout du voyage et je me jette dans la mer avec joie et volupté !

  3. Ludmilla dit :

    (pour sourire !)
    L’amour à l’eau – séquence vidéo
    Histoire d’inaugurer sa nouvelle caméra vidéo numérique, l’idée est venue à Jean-Yves d’aller au jardin, près du bassin où une colonie de grenouilles a décidé d’élire domicile, et réaliser le dernier documentaire qui lui a été demandé par une association écologique “Protection des bêtes à pattes de nos bassins d’agrément”.
    Le campement est dressé et prévu pour durer plusieurs jours. Tout y est, caméras et trépieds, objectifs de différentes focales, spots et parapluie, sans oublier ce qu’il faut pour se restaurer et s’hydrater pendant la durée du tournage. Le temps est clair, l’humeur est bonne et tout le monde est prêt.
    Le décor est on ne peut plus simple (images champ et contrechamp) : bassin rond de 3 mètres de diamètres et 50 centimètres de profondeur, entouré de pierres grises aux formes inégales. Un vieux saule aux branches dégoulinantes lui confère un abri et une lumière tamisée. Non loin de là, une rocaille fournit un habitat idéal à toutes sortes de bestioles, majoritairement des escargots qui font la navette et assurent ainsi un parcours qui brille au petit matin de ce premier jour.
    Pas d’inquiétude à avoir et nul besoin de « crapauduc », tout ce petit monde de crapauds, grenouilles et salamandres connaissent le chemin et, dès le printemps, à la saison de reproduction, ces amphibiens migrent en chantant vers la mare. (Traveling et séquences fixes)
    Coâ Coâ ! L’amour à l’eau !
    – tout le monde est prêt ? demande Jean-Yves. “Moteur !”
    Jean-Yves et son équipe sont concentrés, immobiles et silencieux. “Ça tourne !”
    La femelle n’a que l’embarras du choix, pas moins de cinq mâles paradent et lui font une cour assidue, une vraie cacophonie ! Celui-ci chante si bien et si fort que le choix est facile, il doit être particulièrement viril ! (au montage : couper la musique de la bande son lors des coassements).
    D’un bond le mâle élu saute sur la femelle, s’installe et s’aplatit sur elle, glisse ses pattes avant sous ses aisselles. Ainsi soudés, leur étreinte peut durer plusieurs jours (plan fixe – vérifier la lumière).
    L’amour à l’eau, tel que pratiqué chez les grenouilles, est difficilement perceptible à l’œil, quel que soit l’angle. C’est très frustrant. Aucun signe de frémissement, de battements de paupières, de coassements tant du mâle que de la femme. Et si peu de mouvement ! Alors, il faut tout imaginer. Que peuvent donc ressentir ces amphibiens et là, chacun de nous à son idée sur la chose. On sait seulement quand ça commence et quand ça finit !
    Des heures, des jours passent. L’attention, l’impatience, l’énervement presque sont extrême. Et voilà, tout arrive à son heure. C’est le moment crucial et souvent douloureux pour la femelle, celui où le mâle se détache de la femelle, détacher toutes les brosses qu’il a sur la peau, soudant ainsi les deux partenaires et suscitant chez eux un réflexe d’étreinte. C’est ça l’amour à l’eau !
    Dès que la femelle expulse ses œufs, (téléobjectifs et Frédo à la caméra sous marine), le mâle les féconde de son sérum audacieux. Un pour cent de ces œufs finira têtard, dans plusieurs mois. (Clap de fin)
    Six jours plus tard, l’équipe technique de tournage est toujours au complet, les acteurs eux, s’en sont allés, le couple de batraciens s’est même séparé définitivement. C’est le moment de visionner les rushs.
    Gigi, sa scripte préférée, note les prises à couper, numérote et chronomètre les plans à conserver. Frédo, son fidèle assistant caméraman, n’en finit pas de râler, « c’est trop lent, y a pas d’action ! ». Ce à quoi rétorque aussitôt Jean Yves, le documentariste-réalisateur-producteur : « et alors, tu t’attendais à quoi, je t’avais prévenu que l’amour chez les grenouilles était un sujet tranquille, pas de stress… t’es servi pour une fois, ça te change des lapins qui se sautent dessus à tout bout de champ !
    Gigi restée silencieuse, réagit tout à coup furieusement : « t’aurais peut-être voulu qu’on fasse une expérience ? Tiens, imagine par exemple : la femelle est en place et le mâle prêt à bondir ; on coupe une patte arrière au mâle et on lui dit de sauter. Il saute, mais à côté. Raté ! Autre solution : on lui coupe une patte avant et on lui dit de sauter. Il saute, mais ne peut pas se stabiliser sur la femelle. Raté !
    Conclusion : faut laisser faire la nature, dit Jean-Yves, le prochain documentaire sera sur les escargots, t’as intérêt à te calmer Frédo ! “

  4. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile
    Que d’eau !

    Ah les lacs canadiens… la cabane de trappeurs avec ses rondins au fond de la forêt au bord d’un petit lac pour soi tout seul, les bouleaux, les canoës… on a tellement rêvé ! A chaque lac on s’écrie oh un lac. On les compte on les compare. Ensuite on essaie de les approcher, de se promener le long des rives. Difficile voire impossible à part pour certains grands lacs. On trouve des parkings, parfois payants, des chemins balisés. L’accès au monde sauvage, aux grands espaces est dangereux et limité. On s’étonne mais quand vient l’hiver on comprend que déneiger, protéger, donner accès, à tous,partout, est impossible.
    Le rêve canadien en la matière est l’accès à un lac privé, celui dont les abords sont réservés et colonisés par un club de connaisseurs. Pour y arriver le GPS ne suffit pas. Vous circulez,muni du plan qu’on vous a envoyé, dans un dédale de routes inconnues. Si vous vous perdez il faudra retourner à votre point de départ,pour qu’on vienne vous chercher, parce que vous êtes hors réseau.
    Vous découvrez alors tout au fond au bord d’un lac : un parking, des véhicules tout terrain et une cabane de rondins d’un format qui n’a rien à voir avec Davy Crockett. L’été, on vous invite au barbecue. L’hiver tout est fermé. A la nuit on vous raccompagne, vous déclinez cette aide pour ne pas déranger mais votre hôte sourit et vous suit. Très vite son aide se révèle précieuse pour déverrouiller les barrières. En sécurité et un peu prisonniers, en tout cas à l’abri des opportuns.
    L’été, le lac est toute la vie sociale des Canadiens. Ce sont les escapades en bateau, en canoë, les baignades, la pêche, la vie dans la nature, les rencontres avec tout une faune sauvage qui va de l’ours au tout petit écureuil tigré.
    A Thanksgiving on ferme la cabane , pour la rendre étanche aux importuns qui trouveraient refuge au chaud, chez vous. On ouvre à Pâques, inquiet des dégâts de l’hiver. On a l’eau … du lac et pas d’électricité juste le gaz.
    L’hiver c’est un autre monde autour du lac gelé : la pêche dans la glace, les motoneiges, le patinage, les raquettes, un univers feutré …
    La première baignade est un défi pour lequel il faut certainement avoir du sang canadien. On se risque dans une eau à 15° et on ressort, très fier, le corps rouge vif comme un homard …
    Entre neige, lacs, verglas, pluies verglaçantes, l’eau … le Canada n’en manque pas, un trésor à protéger !

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