12 janvier : travailler c’est trop dur ….

Le travail comme défi d’aujourd’hui !

Kurelek big Family Teamwork

Ces travailleurs que nous croisons, ces métiers oubliés, ces activités originales que nous croisons en voyage … les passeurs de traversier … le tailleur, le vendeur de snacks avec sa voiture à bras … le rétameur….

À vos plumes, laissez travailler votre mémoire !

les textes d’hier sont ici

8 réponses à 12 janvier : travailler c’est trop dur ….

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Loretta

    UN TRAVAIL COMME UN AUTRE

    Ils ont fait leur apparition depuis relativement peu de temps dans le panorama citadin. C´est vrai, les « clochards », SDF comme on dit aujourd´hui, il y en a toujours eu, cette ville ne fait pas exception. Et les vitrines des magasins exclusifs du centre – ville, reflétant un luxe croissant et où les biens exposés ne sont à la portée que de ces seuls touristes pour lesquels l´argent ne compte pas, sont trompeuses. La pauvreté est bien là, nichée dans certaines parties du territoire urbain qui semblent avoir été conçues à cet effet. Mais eux, ils se distinguent parmi les autres refusés, les exclus, ceux livrés à la générosité des passants. Eux, ils ne mendient pas, ils vendent. On les trouve debout, à l´entrée des métros, devant certains supermarchés, aux arrêts des bus les plus fréquentés ou tout simplement marchant dans la rue, une pile de journaux sous le bras : « Augustin!» lancent – ils aux passants, dans l´espoir que l´un d´entre eux attrape le mot au vol.
    « Augustin », c´est LEUR journal, ils le produisent eux – mêmes, en écrivent les articles dont la qualité toujours étonne, souvent intrigue. Un numéro par mois, le prix de vente va pour 50% au vendeur, le reste à l´organisation des sans-logis. Les bénéfices ? Pas seulement un repas chaud, un café, une douche ou un abri pour la nuit : ce journal, c´est aussi, surtout, leur voix, leur point de vue sur les problèmes quotidiens de la ville. Leur expérience, ils la mettent à disposition du public et voilà qu´ils dénoncent, mettent le doigt sur un manque, sur une plaie.
    Quels hasards de l´existence ont donc fait basculer ces hommes et ces femmes dans la catégorie des marginaux ? Un travail perdu, la promesse d´un proche non maintenue, un mariage raté …. C´est en tout cas toujours avec le sourire qu´ils vous souhaitent le bonjour et vous remercient de votre réponse, même si vous ne leur achetez rien. C´est ce même sourire qui éclaire votre journée qui commence, il est de bon augure si vous courez à votre prochain rendez – vous (mais pourquoi courez- vous, au fait?) et ce sourire, encore, a le pouvoir parfois de figer momentanément vos pensées. C´est alors qu´« Augustin », l´espace d´un sourire, toujours lui, vous dévoile la précarité de toute construction humaine.

  2. Marc dit :

    – Tu m’emmerdes ! avait dit Titi.
    Il s’était levé brusquement et il avait servi en maugréant un peu de lait, à son chat, dans la boite de thon qu’il avait achetée la veille. Il réinstalla le chat dans le cageot fixé au porte-bagages et monta tranquillement, jusqu’au bar PMU qui faisait l’angle avec la venelle Du Pasteur Leblanc, en poussant devant lui le vélo de Saul. Ce matin encore, le soleil avait élu domicile sur la ville et Titi avait chassé la plupart des nuages de sa nuit. Il commanda un café qu’il dégusta sur le trottoir et entreprit de rendre visite à Mokthar avant de restituer la bicyclette à son propriétaire. Mokthar fredonnait une mélodie kabyle au fond de sa boutique et son visage s’éclaira quand il aperçut la silhouette de Titi dans l’embrasure de la porte. La devanture du magasin portait toujours les stigmates du vandalisme dont le commerçant avait été victime et de nombreuses brèches indiquaient les endroits où le rideau de fer avait été descellé. Le travail qui avait demandé sans doute pas mal d’efforts avait dû être long et particulièrement bruyant, même s’il avait été exécuté au marteau et au burin.
    – Et tu n’as rien entendu ? avait demandé Titi.
    Mokthar, les traits tirés, regardait dans le vague et hésitait à répondre.
    – Tu sais comment vont les affaires, avait dit Mokthar, et les charges… et les impôts de ceci et les taxes de cela…et les assurances, je te fais pas un dessin. L’expert passe demain.
    Titi avait compris, il jura sur la tête de son chaton qu’il ne dirait rien.
    Momo s’était mis dans l’idée d’offrir à son frère le portrait qu’un inconnu avait tagué sur le volet roulant de Mokthar. C’était, parait-il, le visage de leur mère et ils en donnaient un bon prix. Mokthar avait négocié le paiement en liquide et les modalités de l’enlèvement qui devait se faire de nuit afin de simuler le vol. La compagnie d’assurance financerait un rideau neuf. A trois, ils avaient buriné et chargé le volet sur un camion emprunté pour la nuit et l’avait déposé dans l’appartement des deux frères. Titi éprouvait une certaine tendresse pour la folie de ces deux êtres si dissemblables et mus par la même culte du souvenir de leur mère. Lui n’avait connu qu’un père et un grand-père. Les femmes avaient déserté. Mortes ou enfuies, cela revenait au même. Le vide et l’absence.
    Mokthar proposait un thé et Titi, qui avait congédié tous ses chagrins, accepta autant pour honorer son ami que pour le parfum de la menthe qui embaumerait l’arrière boutique du kabyle.
    – J’ai un petit boulot à te proposer, avait dit Mokthar qui déversait le liquide brûlant plusieurs fois de suite dans un minuscule verre orné d’un filet d’arabesques dorées.
    – Hum ! avait dit Titi.
    – Hum ! avait dit le chat.
    L’idée des deux frères avait fait un émule et Mokthar avait envie d’aménager un petit hangar qu’il possédait en la périphérie de la ville. Il avait repéré une palissade et trois rideaux de fer aux motifs séduisants et considérait que, puisque les municipalités s’évertuaient à nettoyer les tags, ce nouveau petit métier, quoique illicite, faisait œuvre…
    (- C’est le cas de le dire, avait dit le chat.)
    – … d’utilité publique ! avait complété Mokthar.

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    Métiers de plage

    Bien installée sur mon transat je m’offre une sieste bien méritée après les fatigues de la journée, bains de mer et bains de soleil, lorsqu’un coup de sifflet
    me vrille les tympans. C’est le marchand de noix de coco qui s’annonce avec un plaisir sadique, hurlant à tout va «Coco bello, coco fresco…» Une fois de plus je me dis que je vais l’étrangler avant la fin de l’été.
    J’en suis à imaginer comment le faire souffrir le plus possible, c’est au tour du vendeur de «gratta-checca» de proposer sa marchandise : du sirop de menthe, de grenadine ou d’orgeat sur de la glace pilée. Plus tard, de toute façon il va repasser.
    Des marchands ambulants sur la plage il y en a de plus en plus et ni Dieu, ni Allah n’arrivent à les compter. Chacun a sa spécialité. Les Marocains vendent tout ce qui en tissu, torchons, draps, draps de bain, dessus de lit, paréos, maillots de bain, t-shirts. Pour les draps de bain mes amies et moi avons notre fournisseur, Moustapha, qui a l’air un peu triste et puis «Maroquì» qui navigue toujours entre deux bières et nous parle de sa femme et de ses sept enfants, là-bas, à Rabat.
    Les Sénégalais, qui vendent des CD ou des chaussettes, arrivent de vingt kilomètres à la ronde, car ils se sont passé le mot. Dans le campement des Françaises il y a une Sénégalaise, blanche et blonde comme les blés, qui parle sénégalais avec l’accent suisse ! Un cas ! Pour rien au monde ils ne rateraient ça.
    Vient le tour des Pakistanais. Eux sont spécialisé dans la bijouterie, des perles de ruisseau, de l’ambre et du corail en vrai plastique. Là aussi nous avons notre préféré, Wasimbari qui vend des bijoux indiens en argent. Nous avons toutes renouvelé notre stock de boucles d’oreille et de bracelets.
    Entre temps sont passées et repassées les Chinoises pour les massages. Agréables et efficaces.
    Notre parasol est régulièrement fréquenté par tout ce petit monde car il y a toujours l’une de nous qui se laisse tenter par quelque chose.
    Ça nous distrait durant nos dures journées de farniente et eux se reposent un moment à l’ombre.

    • Ludmilla dit :

      Bravo Janine pour cet éventail de petits métiers de plage. Les descriptions et portraits sont si justes qu’on ne regretterait pas d’avoir loué un transat pour la journée pour être à tes côtés ! Certains de ces produits étaient bien délicieux, comme une cerise sur un gâteau… s’il n’y avait pas le sable pour tout compliquer !

  4. Ludmilla dit :

    L’ouvreuse
    (Hopper – New York movie)

    Les lumières de la salle vont s’éteindre au Circle Theater. Pourvu qu’ils soient nombreux ce soir, et un peu généreux.
    Ce boulot, elle l’a pris pour manger tous les jours, il fallait qu’elle décide quelque chose. Mais comment arrêter de faire du cinéma, de jouer à l’artiste quand on a cette si jeune et belle allure. La faute à la crise, à la récession, à ces quotidiens ordinaires qui minent tout un chacun. Bien triste sa vie d’artiste.
    Les trois coups vont sonner. Le temps est suspendu et le silence s’est fait. De l’escalier plus personne ne descend. Appuyée au mur, immobile, elle attend, essuyant de sa main une fois encore, des larmes de tristesse, de mélancolie et d’inquiétude.
    Elle veut encore rêver aux ordres des metteurs en scène, aux costumes, aux scripts, aux lumières, aux acteurs, aux maquilleurs, aux coiffeurs, aux rushs… à tout ce qui faisait ses habitudes de reine de “l’écran de toile blanche”.
    Dans le couloir, le pâle éclairage l’illumine et sa chevelure blonde capte toujours aussi merveilleusement la lumière. Mais son visage baissé laisse entrevoir toute sa peine à continuer d’exister.
    Elle attend que la lumière gagne sur l’ombre. Et revienne.

  5. Odile zeller dit :

    Je me présente Daniel Richer dit Lafleche, crieur officiel de la région de la Capitale Nationale. Dans les cérémonies officielles je crie, j’annonce… j’informe … mon métier n’est pas du tout en voie de disparition. Nous avons même une compétition de crieurs en Ontario. Avec mon bel uniforme, on me voit de loin. Cape bleue, tricorne noir à bord doré, jabot et culotte à l’ancienne et du rouge pour les parements et la doublure, je suis visible et reconnu.
    Je suis né dans le métier ma mère était crieuse. Je suis Abinaki, crieur depuis 36 ans, comédien de métier et crieur par vocation. J’ai 23 uniformes pour toutes les occasions. J’ai travaillé jusqu’a 305 jours l’année, ça fait pas mal de cris. J’ai une sonnette, un rouleau avec le texte que je lis en place publique.

    • Marc dit :

      Il y a un crieur à Lyon dans le quartier de la Croix Rousse. On lui laisse un message dans une boite conçue à cet effet et le jour du marché il le crie pour vous. J’aurais tant aimé crier à mon tour… autre que pour me colères! Merci de m’avoir rappelé ce souvenir. Il me semble aussi qu’un polar de Fred Vargas fait allusion à ce métier.

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