14 janvier autour du livre

Et voguent les histoires
Oz

notre défi du jour tourne autour du livre, un livre, la lecture … peut être cette manière qu’ont parfois comme sur cette photo les livres de voyager qu’on nomme en anglais crossbooking et qui existe dans sa version française.

Votre livre préféré, le livre qui a bercé votre enfance ou un récit de voyage, un roman ouvert sur d’autres horizons … comme vous voulez

Les textes d’hier sont ici

à vos plumes.  

6 réponses à 14 janvier autour du livre

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    Un coup de vent peut-être…

    Elle était là toute seule, abandonnée sur le trottoir. Je suis passée sans m’arrêter. Mais il m’a semblé entendre comme un appel muet. Alors je suis revenue sur mes pas et je l’ai ramassée.
    C’était la page 477, envolée d’un très vieux livre à en juger par sa couleur jaunie et ses bords dentelés. Un coup de vent peut-être. Il avait soufflé de la mer pendant plusieurs jours et il y avait du sable jusque sur la chaussée. Le feuillet en était couvert et je l’ai secoué pour l’en libérer. Quelqu’un avait dû jeter des livres, sacrilège impardonnable ! Et cette page s’était échappée.
    En Amérique du Sud on dit que si vous trouvez quelque chose c’est qu’il vous est destiné. Alors si cette page orpheline s’est trouvée sur mon chemin c’est qu’elle voulait me dire quelque chose, me transmettre un message. Mais quoi ?
    Je me suis assise au soleil sur un banc et j’ai commencé à lire.
    «Viens dans la Catacombe, dit Morosow à Ravic, on a bien besoin d’un Calvados !»…
    Un groupe d’hommes, des Juifs se cachent. Il y a deux rabbins, Wiesenhoff, Ruth Goldberg, Finkenstein, Seidenbaum, Rosenfeld, quelques couples et une demie douzaine d’enfants.
    Dans un coin un homme, miroir à la main, regarde pousser sa barbe. Dans l’autre il tient le passeport d’Aaron Goldberg qu’il a acheté deux mille francs à sa veuve. Il faut que sa barbe pousse vite pour qu’il ressemble à la photo, alors il tire dessus !
    Finkenstein suggère d’aller en Espagne. Quelqu’un lui répond bien sûr, les fascistes embrassent les juifs quand ils arrivent !
    Kate Hegstrom part ce soir pour New York avec le «Normandie», Morosow va l’accompagner à Cherbourg.
    «…L’air était lourd et mort dans la Catacombe. La pièce n’avait pas de fenêtres. Sous le palmier artificiel empoussiéré, immergée dans la tristesse qui
    l’entourait…»
    Qui entourait qui ? Je l’ignore. Comme j’ignore toujours pourquoi cette page m’était destinée et de quel livre il s’agit.

  2. Marc dit :

    A vrai dire, le désamour de Titi pour la fête de la musique lui était venu moins de son aversion pour les musiques actuelles que du souvenir de sa première rencontre avec Sabine. Quand elle était entrée dans l’atelier, il n’avait distingué qu’une ombre dans le contre-jour. Elle s’était avancée dans la lumière qui éclairait son établi, et il constata qu’il ne l’avait encore jamais rencontrée. Une vingtaine d’année. Grande. Mince. Une longue chevelure châtain clair, tenue par une grosse pince à dessin dans une tentative de chignon instable. Des yeux noisettes, rieurs et profonds à la fois et deux petites fossettes sur les joues qui accentuaient le caractère mutin de son sourire. Un T-shirt blanc sur lequel était dessiné un rocker jouant du violoncelle. Amusé, il avait lu : « La ziquemu c’est persu ! ». Sa jupe imprimée d’une foison de fleurs bleues cachait ses jambes que l’on devinait fines et longues. Pieds nus dans des sandales de cuir, elle tenait étui de violon et un livre dans chaque main.
    – C’est la mentonnière, avait dit Sabine.
    – Bonjour, avait répondu Titi qui, maladroitement, renversa à terre le petit pot de vernis qu’il était en train de passer sur la table d’un alto.
    – Pardon.. oui, bonjour ! C’est la mentonnière, avait répété Sabine.
    Confuse et troublée par le regard bleu turquoise du luthier, elle tendit vers lui le livre qu’elle serrait dans sa main. Négligeant les dégâts du vernis sur ses chaussures, il s’était saisi de l’ouvrage.
    – « Cent ans de solitude » avait-il lu, c’est une punition ?
    – Oh oui, bien sûr ! avait-elle rétorqué passionnément, une malédiction mais c’est aussi une récompense. C’est un hymne à la vie, une passion débordante, exubérante, expansive, c’est un feu d’artifice, un tourbillon époustouflant, une révolution.. une déclaration d’amour et un coup de foud…
    Elle s’arrêta au milieu de sa phrase, rouge de confusion et, pour se donner une contenance, attrapa un chiffon qu’elle tendit à Titi médusé qui voulut lui rendre le livre.
    – Gardez-le. Vous me le rendrez plus tard, avait-elle dit, vous voulez bien examiner ma mentonnière ?
    Titi ouvrit la boite de la jeune femme ; elle possédait un joli violon de luthier, à première vue de l’école viennoise. La mentonnière était juste desserrée, il la remis en place à l’aide d’une clé spéciale qu’il offrit à Sabine.
    – Gardez-la, lui avait-il dit et s’en voulut tout de site de l’avoir laissée partir.
    Il dévora le livre en une seule nuit. Jamais il ne s’était senti emporté de cette manière par l’ode universelle que Marquez avait composée. Il avait transpiré dans les déserts, grelotté dans les courants d’air; il avait aimé le corps des femmes et craint leur arrogance ; il avait honni les tyrans, admiré les rebelles ; il avait eu peur pendant les guerres, et faim dans les disettes. Il avait prié pendant les messes, pleuré aux enterrements, senti le parfum des jasmins, goûté les saveurs du thé et du chevreau grillé. Il avait vibré à toutes les lignes. « Les choses ont une vie bien à elles ; il faut réveiller leur âme. » avait-il lu, trouvant dans les mots de l’auteur, l’écho de ce que ses mains entreprenaient chaque jour.
    Titi, subitement réconcilié avec la fête de la musique, avait quitté la soirée africaine le cœur léger, des rythmes et des mélodies plein la tête. Il récupéra son chaton qui jouait sur une natte avec deux adorables bambins, il salua ses hôtes tellement accueillants et regagna son réduit, quelques instants avant l’aube.
    – On s’est bien marré, avait dit le chat.

  3. Odile zeller dit :

    Texte d‘Odile

    Pélagie la charrette …
    je l‘avais lu bien avant d’aller au Canada et plus encore dans son pays à la Maillet, à Bouctouche, chez elle. Toute à ma chance de voir sa bibliothèque, toucher ses livres, du bout du doigt parce que … inspecter ses dictionnaires, imaginer l’ambiance studieuse dans cette grande maison au bord de la mer. Ça m’a dit sa manière d’écrire, de vivre… la chaleur de son accueil. Les parquets qui craquent, les dentelles et les velours et l’escalier pour monter aux chambres… une maison vivante. Maintenant Antonine Maillet est montréalaise.
    C’était la fin de l’hiver, le tout début du printemps et dans son jardin il y avait encore des plaques de neige. Le village était au bout de la rue. Je crois me souvenir qu‘elle avait racheté un presbytère. On trouvait une statue de la Vierge au jardin regardant la mer, l‘océan. La terre était lourde de la neige fondante. Les arbres avaient secoué leur couverture de neige. On sentait que vivre icitte, tirer une charrette, mener sa vie, faire face, c’était une toute autre chanson que maintenant avec chauffage, électricité et 4×4.
    Un peu plus loin on rejoue le roman avec figurants, son et lumière et tout et tout …
    ça n‘a pas d‘allure dirait mes amies québécoises pour dire c’est ridicule … Oui et non, ça rapporte, ça anime, ça fait lire … mis pour sentir la vie d’autrefois, les grands villages avec de vraies maisons anciennes reconstruites donnent une meilleure idée. On y vit pendant les visites sans chauffage, sans électricité, sabots au pied … parfois ça pince bien vers Noël.
    Le livre je l’ai lu d’une traite entraînée par le destin de Pélagie, l‘acadienne, devenue esclave et qui décide comme tant d’autres de rentrer avec ses enfants chez elle, sur sa terre natale. Une épopée qui relate l‘odyssée tragique d’un peuple qu’on a chassé, trahi…
    Avec une langue qui chante, une autre le Chirac qui râpe vraiment et le beau récit et derrière toute une histoire.

    • Ludmilla dit :

      A te lire Odile, j’ai hâte de découvrir l’écriture d’Antonine Maillet et on imagine très bien toute la mesure de l’attachement que tu exprimes pour ce roman. Merci !

  4. Ludmilla dit :

    Le poids du papillon
    (titre du roman d’Erri De Luca)
    Il me prend soudain une envie furieuse de vous parler de silence !
    C’est là-haut que je le trouve, lorsque la marche et le dénivelé arrivent à leurs termes. Peu importe l’altitude pourvu que je sois en haut, seule, et que se dévoilent des sommets que je pourrais presque toucher du doigt tant je me sens proche d’eux… des nuages légers… une brise fraîche. Je me sens tout autre dans ces moments où, là, je fais silence. Mes yeux se remplissent d’un spectacle unique, végétal et minéral, entre terre et ciel, entre deux mondes où je ne me sens pas perdue mais inondée de plénitude. J’oublie les choses du quotidien, Mon esprit se libère. Tout ce qui était fatigue, chaleur, muscles durs pour avoir été trop sollicités, épaules endolories par les sangles du sac à dos, tout est comme si ce corps ne m’appartenait plus tant mon esprit a pris le dessus.
    Ce jour-là, j’étais montée au Puigmal (1). Un peu moins de 1000 mètres de dénivelé en lacets, entre marche tranquille, faux-plats montants et quelques pierriers, et me voilà enfin à 2910 mètres. Ce ne sont plus mes pieds qui marchent, ce sont mes yeux. Et ma mémoire enregistre ce panorama somptueux. Mon regard, tour à tour fixe, puis lent, s’ouvre comme un éventail pour une vision à 190°.
    Au moment où je jetais les mots qui m’encombraient, un bruissement de feuilles, une ombre brune, là, en contre bas. Une branche bouge, un doux vent me caresse les épaules. L’isard (2) me regarde, je le regarde. Il est fier, et moi pas du tout. Je voudrais lui dire que je ne suis pas un chasseur, je ne veux que l’admirer, encore, encore…
    Je me souviens alors de ce petit livre offert par un ami guide de haute montagne qui m’a accompagnée de nombreuses fois. Un long moment j’ai pensé à ce roman. Les mots écrits par Erri de Luca dans « le poids du papillon » me reviennent ; ils sont précis, magnifiques, sincères et poétiques, ils embellissent l’histoire de ce roi des chamois qui se dispute la montagne alpine avec le roi des chasseurs. Ils se cachent, se traquent, s’observent, mesurent leur souveraineté, s’admirent… leur équilibre est précaire, immobiles vers une solitude annoncée. Un papillon blanc interrompt son vol, inattendu… (l’auteur écrit 🙂
    «… Il le chassa d’un léger mouvement, pour l’enlever sans le toucher. Son vol saccadé, en zigzag, était l’opposé de la balle de plomb chargée dans l’obscurité du canon brillant, avec sa ligne droite vers la grosse cible. Un papillon sur un fusil le tourne en dérision… »

    (1) Puigmal : le mauvais pic en catalan, ainsi nommé à cause des cailloux plats et glissants à son sommet
    (2) Isard : nom donné au chamois dans les Pyrénées

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