16 janvier une musique, une chanson

Une musique, une chanson, un hymne …

Puisez dans votre mémoire, cette note d’ambiance si importante. Fermez les yeux et cet air lancinant hispano-mauresque vous emmène au Maroc alors que les harmonies sourdes du gamelan vous transportent en Indonésie …

au plaisir d’écrire et de vous lire !

la plume   

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5 réponses à 16 janvier une musique, une chanson

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    A quatre mains

    C’était une toute petite rue, que les habitants du quartier appelaient impasse des Artistes car elle comptait bien cinq musiciens (quatre pianos et une contrebasse,) un peintre et une danseuse, ça faisait beaucoup dans un espace si restreint.
    A l’angle avec la rue des Trois Fontaines habitait une famille arrivée de fraîche date, une famille mystérieuse et invisible. La mère ne sortait même pas pour faire les courses, la fille non plus et le père contrôlait, avant de sortir, que la rue soit déserte.
    Mais si on ne les voyait pas, on les entendait. Ça oui, on les entendait. Toujours dans l’après-midi et surtout lorsque soufflait le vent d’Autan.

    Ça commençait par les hurlements du père qui traitait sa fille de tous les noms, mais surtout de putain. Des mots qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre dans une rue si calme, des mots qu’un père ne devrait jamais dire à sa fille. Puis venait le bruit des coups, les cris et les pleurs de la malheureuse. Enfin, après un crescendo, le silence retombait et le père sortait comme s’il s’enfuyait, tête baissée, col remonté, couvre-chef rabattu.

    Alors éclataient les notes du piano car, après les coups, la fille jouait pendant des heures, frappant les touches avec violence pour exprimer sa douleur, sa colère, sa révolte. Elle jouait pour alléger les blessures de l’âme, outre celles du corps. Car dans les mots du père il y avait quelque chose d’inquiétant, de trouble et de malsain qui devaient la blesser plus encore que les coups. Les voisins se taisaient. On ne se mêle pas des affaires des autres.

    Quelqu’un cependant écoutait. Presque en face habitait un jeune homme, un garçon très sérieux et très bien élevé, qui faisait la fierté de ses parents. Lorsqu’il jouait du piano les gens ralentissaient le pas pour l’écouter, reconnaissant son talent.
    Lui, la révolte de la fille il la ressentait, son désespoir et sa solitude aussi. Alors il se mettait à son tour au piano et, après avoir plaqué quelques accords, il se jetait dans la tempête, il pénétrait dans ce déluge de notes qui se déversait comme un torrent en crue, il le soutenait, l’encourageait, l’amplifiait et, lorsque le fracas arrivait au paroxysme, il commençait à diminuer le rythme endiablé et peu à peu il parvenait à endiguer la déferlante, à atténuer la violence de cette musique folle, à apaiser et apprivoiser l’âme douloureuse.
    Ainsi le vacarme devenait symphonie et, à distance, ils jouaient à quatre mains.

  2. Ludmilla dit :

    Le son du silence
    Au premier temps du Boléro, la timbale ouvre le rideau musical, je me mets en place à la barre et la flûte traversière vient me chercher. Ravel m’appelle. Je ne peux pas résister à cette invitation. Je me libère de tout ce qui peut m’entraver et je cours vers elle. Notes courtes et appuis longs règlent mes battements de jambes et déplient mes bras en arabesques. La belle attitude est en place.
    Au second temps du Boléro, le saxophone et le trombone viennent corser le rythme ; j’appuie mon effort sur les pliés et entrechats sur les pointes. Je me grandis, je prends tout l’espace.
    Au troisième temps du Boléro, le son devient jazzy ; c’est le moment des grands battements, des grands pliés, des assemblés et des déboulés. Tout mon corps est en accord.
    Au quatrième temps du Boléro, le crescendo orchestral me mène définitivement jusqu’à l’abandon corporel dans le « tutti ». Mon souffle devient court, mes muscles se tendent jusqu’à être meurtris. Tous les instruments mènent la danse qui est en moi, qui ne suis plus que danse.
    Et la phrase musicale revient, irrésistible, entêtante, obsédante. Les quatre temps du Boléro ne font plus qu’un. Et mon corps inondé de musique n’est plus que danse envahissante.
    Je cherche à entendre le violoncelle, le contrebasson, la clarinette. Je ne parviens pas à les isoler. Ils sont en harmonie comme l’est aussi mon corps. Je ne contrôle presque plus rien.
    Je fais le vide. Je fais silence. Immobile, je respire. Ma cage thoracique peu à peu ralentit ses soubresauts. Mes cheveux collent à mon visage. Je suis seule, la musique n’est plus là. La timbale a donné sa dernière note. Mon corps n’est plus en mouvement. Mon esprit touche le son du silence bienvenu.

  3. Marc dit :

    La réponse ne tarda pas à se faire entendre. Un très léger ronronnement se faufila au-dessus de Titi et le souffle des orgues vint envahir brutalement la nef en se répercutant à l’infini contre les murs épais de la cathédrale. Les basses qui émergeaient des bourdons firent se terrer le petit chat au plus profonde de la poche de l’ancien luthier et l’église se détacha soudain de son enveloppe minérale au profit d’une atmosphère céleste. Titi reconnut les premiers accords du concerto pour violon, cordes et orgue de Vivaldi que l’organiste semblait vouloir répéter seul. Malgré lui, Titi recomposa dans sa tête la partie réservée au quatuor et, les yeux fermés, construisit intérieurement l’intégralité du morceau. Il percevait sur sa peau les modulations sensibles du violon qui entraient en harmonie avec le vibrato des orgues, un intense plaisir mêlé d’une sombre mélancolie le saisit et, quand l’organiste entama le mouvement lent, il crût entendre un instant la respiration légère de Sabine s’insinuant entre chaque coup de son d’archet. Elle remontait d’un rapide mouvement de tête sa chevelure qui, sous la cadence et la vivacité du balancement de son corps, était parfois déséquilibrée et semblait vouloir s’immiscer dans le rapport intime qu’elle avait avec son violon. Le violon. Il l’avait façonné de ses mains à l’image de son amour ; puissant et tendre, chaleureux et sobre. L’orgue marquait les temps de longs soupirs dans lesquels s’insérait la partie des cordes que Titi, de mémoire, faisait revivre en battant la mesure très discrètement du pied.
    – C’est beau, avait dit le chat.

  4. Odile zeller dit :

    Texte d‘Odile

    Sur la promenade près de l’écluse et du canal cet air de cornemuse. Pourtant nous n’étions ni en Bretagne ni en Ecosse. Je m‘arrêtais devant une stèle aux Écossais morts dans l’édification du Canal. Je vis alors arriver le militaire en kilt menant au son de sa musique un petit escadron. Il progressait sur le pont, au pas. C’était un air entraînant, gai, une chanson au rythme de ritournelle enfantine. Une musique qui me semblait incompatible avec la guerre et la mitraille. Et pourtant la cornemuse avait été de toutes les tueries et ces Écossais avaient avancé en musique au mépris des balles. Mais là il me semblait amusant et bon enfant. Je grimpais l’escalier pour les suivre, me doutant de leur destination et qu‘ils offraient l’été à cette heure la parade sur la pelouse en contrebas du Parlement.
    Un autre Canada m’apparaît porteur de traditions où tout ce que les pionniers avaient apporté dans leurs maigres bagages fait partie du patrimoine.
    Un autre jour en plein hiver ce furent les danses écossaises, ce jeu de figures qui vont du quadrille au moulinet. On se croise, on se salue, on passe devant ou derrière, on s’avance et on recule et quand on se trompe on en sourit. On danse ensemble sous les ordres d’un meneur de jeu qui dictent ses ordres dans un français d’ancien régime. C’est toute une joie de vivre, le plaisir de se retrouver et de fêter.

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