20 janvier un groupe, une famille

Une œuvre de Lim, une rue de Jakarta pour vous inspirer à écrire sur un groupe, une famille, une foule …

écrire chaque activité ou la foule dans sa vie propre …

Bonne inspiration et à vos plumes 

6 réponses à 20 janvier un groupe, une famille

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    La foule

    Qu’est-ce que j’étais donc venue faire à Nueva Pompeya, ce quartier populaire de Buenos Aires ? Dès la sortie de la gare je m’étais posé la question. On y célébrait la fête de Notre Dame du Rosaire de Pompei, très vénérée parmi les habitants, en partie descendants d’immigrés d’origine campanienne. J’avais pensé que cela pouvait être intéressant, une manière de meubler un dimanche après-midi.
    J’étais arrivée trop tard pour la procession mais il y avait quantité de stands d’objets d’artisanat que j’appréciais particulièrement, je trouverai sûrement un objet à mon goût, les artistes de rue s’exhibaient chacun dans sa spécialité et la foule bigarrée était déjà un spectacle en soi.
    L’atmosphère était bon enfant, gaie, les gens riaient, plaisantaient, les enfants se goinfraient de sucreries. Cependant le bruit et l’agitation croissaient et la foule augmentait à vue d’œil. Je n’étais pas encore inquiète mais je n’étais pas tranquille non plus.
    Bientôt je fus happée, tiraillée de tous côtés, emportée par le fleuve humain qui descendait l’avenue. C’est alors que je ressentis la foule comme un boa constrictor qui resserrait ses spires autour de moi et m’étouffait. Je décidai de fuir. D’autant plus que dans ma tête venait de retentir la sirène d’alarme dont j’avais appris à écouter. Je me mis alors à jouer des coudes, indifférente aux insultes et je parvins au prix de maints efforts, à m’extirper de cette glu. Une ruelle partait sur la droite, je l’empruntai aussitôt et en quelques minutes je regagnai la gare où je pus enfin m’asseoir et me détendre.
    Le journal télévisé donna la nouvelle en ouverture. Quelqu’un avait fait éclater un pétard. La foule avait été prise de panique, les gens s’étaient mis à courir de tous les côtés en hurlant. Certains avaient perdu l’équilibre et avaient été piétinés. Il y avait eu de nombreux blessés.

  2. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    Des voitures garées le long de la route en rase campagne, des silhouettes regagnant une ferme… la curiosité me pousse à suivre la foule. Effectivement il se passe quelque chose la bas. Les arrivées se multiplient. Je n’ai pas le bon look. Le dresscode est cow boy, bottes en cuir, Stetton, jean et chemise ample à carreaux de préférence rouge et noir, le rouge étant un must. Mon intuition me souffle que les chevaux sont la clé de l’évènement. Effectivement j’arrive à une sorte de corral, entouré de barrières sur lesquelles le public s’est assis ou accroché. Un haut parleur égrène des chiffres à toute vitesse. Une vente aux enchères de chevaux. La liquidation d’un élevage ou d’une centre équestre ? J’écoute avec attention Charlie six ans jument très sage et docile conviendrait même à des débutants. Les centaines de dollars sont égrenés à toute vitesse, je suis les mains qui se lèvent et se baissent. A mille dollars le rythme ralentit, quelques intéressés persistent. Adjugée. 1300 … le suivant est un poulain de quatre ans déjà monté et ….
    Le public suit la vente avec attention, l’assemblée a un look amusant mêmes les petites filles ont chaussé des bottes de cuir rose décorées de broderies pink, elles coiffent un chapeau western qui irait à ravir dans un film sur le Far West. Pas de rodéo ici mais cette passion du cheval qui surprend loin de Calgary et à quelques Kms d’Ottawa.
    A la buvette le coca coule à flot et les Burger ont un format inhabituel.

  3. Marc dit :

    Avant de retrouver Mokthar, Titi décida d’aller faire un tour du coté du magasin dont on avait fracturé la devanture et dévalisé le fond. Il déposa son sac de linge dans le réduit qu’il occupait clandestinement, enfila une chemise et un pantalon propres et, toujours en compagnie du chaton, prit la direction du dépôt d’électro-ménager. En chemin, il s’était demandé comment et pourquoi, son ami kabyle s’était retrouvé mêlé à une affaire aussi louche. Mokthar était certainement un vieux filou, capable d’arnaquer plus filou que lui, mais jamais il n’aurait volé un honnête commerçant. Une camionnette de la gendarmerie stationnait devant ce qu’il restait de la vitrine et un homme rondouillard d’une cinquantaine d’année semblait répondre aux questions d’un jeune capitaine fiché d’un adjoint qui prenait des notes. Titi constata que les murs de la façade avaient été attaqués au burin et qu’on avait ; là aussi, descellé le rideau de fer. Il compris très vite qui était à l’origine de cet enlèvement. Des débris de verre jonchaient encore le trottoir. Il allait quitter les lieux quand il sentit deux petites mains agripper le bas de son pantalon.
    – Tu me le prêtes ton chat ? dit, d’une mini voix, une bille d’ébène hérissée de petites nattes tenues par des élastiques multicolores et éclairée par deux yeux grands ouverts, intensément noirs et insolemment rieurs.
    Titi reconnu une des gamines avec qui le chaton avait joué le soir de la fête de la musique. Juste derrière elle, quelques centimètres plus haut, une autre bille noire semblable à la première le regardait fixement, puis une troisième, dépassant les deux autres d’une tête. Surplombant tout le monde, leur mère dans un boubou éclatant comme son sourire, cachait un ventre rond prometteur.
    – Quelle surprise ! dit-elle, voilà le Monsieur qui parle avec son chat !
    – Bonjour, dit Titi amusé. Vous avez de belles filles, elles sont toutes à vous ?
    – Elles sont plus à moi qu’à leurs pères, dit-elle riant aux éclats. Je m’appelle Fatou, je vous ai vu à la fête dans la vieille usine.
    – Titi, avait-il répondu en serrant la douce main que Fatou lui tendait.
    Les trois filles étaient coquettement vêtues. Elles portaient de ravissantes robes à smocks et des soquettes roses et blanches dans de jolis souliers vernis, ce qui fit dire à Titi qu’on devait être dimanche et qu’elles se rendaient à la messe.
    – Exactement  ! dit la mère des trois adorables fillettes. Mais, mon patron a voulu que je vienne nettoyer le dépôt qui a été cambriolé, avait-elle ajouté manifestement contrariée. Je n’avais personne pour garder les enfants alors je les ai prises avec moi.
    Titi libéra le chaton qui passa de bras en bras avec pas moins d’égard que s’il s’était agi d’un bibelot de porcelaine.
    – Ils ont même pas fouillé le bureau, remarqua Fatou, et le camion a disparu lui aussi.
    Titi regardait les filles jouer avec le chat ; il les trouvait particulièrement belles et joyeuses. La plus grande avait des attentions touchantes pour ses deux sœurs et les préservait des petits coups de canines que le chaton avait encore tendance à donner. Elle devait avoir sept ou huit ans et courait sans la gaucherie habituelle des enfants. Elle esquissa deux pas de danse et fit tourner sa robe. Les petites l’imitèrent dans un tourbillon coloré et les trois sœurs entamèrent une ronde autour du petit chat qui, aplati au sol les regardait mi-amusé, mi-inquiet.
    – Tous les soirs, le patron le gare devant l’entrepôt, avait rajouté Fatou. Je le vois quand je rentre chez moi après mon ménage à la banque. Le soir du cambriolage le fourgon n’était pas là. Peut-être que le patron était allé à la fête de la musique avec, ou un truc comme ça, dont il ne dit rien à sa femme.
    Titi releva la petite qui était tombée, souffla sur un supposé bobo et lui demanda son prénom.
    – Malaïka ! répondit avec le plus grand sérieux la petite fille.
    – C’est un très joli prénom, avait ajouté Titi.
    Il fit un bisou à chacune des filles, salua Fatou et empocha son animal
    – T’en as toi des enfants? avait demandé le chat.

  4. Ludmilla dit :

    Secret de septembre
    C’était au cours d’un de ces étés délicieux dans la campagne champenoise de mes grands-parents que papi et moi avons découvert le secret de mamie. J’avais 8 ou 9 ans et la pluie qui tombait à verse ce jour-là nous avait empêchés d’aller au jardin. Que faire ? Quelques parties de bataille, de mikado et de puces avaient usé la douce patience de papi. Mamie, elle, avait abandonné depuis longtemps et était partie à la cuisine préparer une brioche pour le goûter. Je me régalais à l’avance de déguster aussi sa fameuse boisson au sirop de groseilles du jardin.
    Nous rangions tous ces jeux dans le bas du buffet de la salle à manger lorsque je vis, là en bas à droite, un gros livre de cuir noir. Curieuse comme toutes les petites filles, j’ai demandé ce que c’était et si je pouvais le regarder. Papi resta muet. Comme j’insistai, Mamie donna son accord depuis la cuisine car il fallait attendre encore une petite heure avant le goûter. Papi se saisit du livre avec précaution, s’installa confortablement dans son fauteuil Voltaire et commença à feuilleter les premières pages. Je sentais venir un moment de délice et de complicité. Je le regardais faire, debout et silencieuse, les deux mains sur le bras du fauteuil, légèrement penchée vers le livre ouvert : un album de photo. Papi s’arrêta longuement sur une page, prenant à deux mains la photo sortie de ses quatre coins transparents et laissant de côté un papier sali par les pliures du temps.

    – Dis papi, tu les connais tous ? C’est drôle comme vous êtes habillés. Je peux m’asseoir sur tes genoux ?
    – Viens là Suzette, voyons cela. Et bien, ce n’est pas la plus récente mais en tout cas c’est la plus facile à raconter. Tu vois ces murs, et bien ils existent toujours et…
    – Mais papi, la photo, les gens… et puis ces murs ils n’ont même pas de couleurs !
    – Dis donc Zette, on ne t’a jamais dit qu’il ne fallait pas couper la parole aux grandes personnes ! Si tu veux que je continue il faut te taire.
    – Oui, pardon papi, les murs c’est pas intéressant mais les gens c’est qui ?
    – Maintenant, tu restes tranquille et tu écoutes. Allez, viens sur mes genoux, je vais te raconter. Alors tu vois, ces murs justement, ils sont importants, je te disais que tu les connais. C’est le fond du garage de mes parents, le mien maintenant, l’endroit précis où l’on refaisait la peinture de la carrosserie des voitures. Comme tu peux t’en douter, les voitures étaient presque toutes à cette époque-là ou blanche ou noire et, selon le cas, on plaçait la voiture du côté du mur qu’il fallait, blanc ou noir.
    – Papi, tu en as peint toi aussi des voitures ?
    – Mais oui, seulement la photo que tu vois a été prise justement au moment où mon père, le grand monsieur, là avec la grosse moustache, venait de me transmettre son garage à l’occasion de mon futur mariage avec la belle jeune femme que tu vois à mes côtés.
    – Celle-là ?
    – Oui, tu vois comme elle était belle. Regarde bien, on dirait même qu’elle s’appuie légèrement sur mon épaule. C’est drôle, je ne l’avais jamais remarqué auparavant.
    – Papi, elle t’aimait comme ma maman aime mon papa ?
    – Oui, je pense qu’on peut dire cela mais tu sais, le monde d’aujourd’hui est bien trop moderne pour moi et puis je trouve qu’on montre un peu trop ses sentiments de nos jours.
    – Tu m’aimes quand même, dis papi ?
    – Bien sûr et ta mamie aussi.
    – Tu me fais un bisou ?
    – Voilà ! Dis donc, regarde bien, tu ne vois pas quelque chose de drôle, de coquin dans cette photo ?
    – Oh non ! ils ont tous l’air triste.
    – Regarde bien, regarde les mains…
    – Oui, et alors ?
    – Sois attentive voyons, c’est important ce que je te demande. Ne t’ai-je pas dit qu’on allait se marier ta grand-mère et moi ? Alors… tu as trouvé ?
    – Oh ! papi, on dirait qu’elle cache sa main sous la tienne !
    – Et bien, tu en as mis du temps. Tu vois Suzette, tu viens de trouver toute seule la magie qu’il y a dans cette photo.
    – Ah bon ! Où ça la magie ?
    – Et bien voilà : mon père venait donc d’accepter que j’épouse Henriette ta grand-mère et en cadeau de noces, il venait de nous donner son garage pour qu’on en fasse un plus grand, plus moderne et que surtout on puisse préparer certaines voitures pour faire des courses automobiles. Il en était déjà passionné et Henriette et moi l’avions rejoint dans ce projet avec autant de passion.
    – Elle sait conduire mamie ?
    – Oh oui ! Enfin avant, il y a longtemps.
    – Papi, et tous les autres c’est qui ?
    – Tu sais quoi, jeune fille, on va faire une pause. Il doit être l’heure de goûter pour toi et moi, je vais aller voir où en est ta grand-mère avec sa brioche ; tu sais, ça lui prend tous les ans à la même époque, en septembre. Elle dit que c’est la meilleure saison pour faire gonfler les brioches, le temps y est chaud et humide à la fois. On dirait… mais oui ! Je me souviens, cette photo date de septembre 1878, quelques jours avant notre mariage !
    – Alors, mamie elle fait des brioches tous les ans en septembre ?
    – On peut dire cela comme ça.
    – Mamie, mamie, on peut venir goûter avec papi ?
    – Oui, je vous attends. Mais qu’est-ce que vous faisiez donc tous les deux si longtemps, vous en avez un drôle d’air. Vous étiez si silencieux, vous avez dû faire quelque bêtise !
    – Mamie ! C’est toi qui as fait toutes ces petites boules dorées ?
    – Non mais, qu’est-ce que tu crois ma petite Zette, ta grand-mère, c’est quelqu’un !
    – Mamie, elles sont si appétissantes, tu as des doigts de fée… tu veux bien me montrer tes mains… elles sont si belles !

    Pendant que je dégustais ma deuxième brioche, j’ai vu mes grands-parents se rapprocher pour regarder ensemble la photo, puis la retourner. Leurs regards attendris et complices me comblaient de bonheur. Et puis, en une seconde, j’ai surpris mamie prendre le petit papier et le mettre dans la poche de son tablier, presque en cachette de papi. Que pouvait bien être ce papier, pourquoi le cacher, contenait-il un secret ? Je n’en sus rien de plus à l’époque.
    Restée sur la table de la salle à manger, j’ai pu me pencher et lire au dos de la photo :
    16 septembre 1878 à Châtillon – Pa et Ma, oncle Jean et tante Mimi, le cousin Fred – premier bonheur de notre longue vie ensemble.

    Bien des années plus tard, alors que maman et moi repensions au temps où ils étaient encore là, nous avons retrouvé le petit papier dans les affaires de mamie. J’ai dit à maman que je connaissais son existence, que cela me rappelait la photo, cette photo encadrée dans ma chambre, et puis les brioches, le sirop de groseilles et que ce devait être ça, le secret de septembre :
    Lucien, mon adoré,
    Je nous souhaite des petits déjeuners gais et langoureux,
    des matins ensoleillés, des fins de journées annonceuses
    de soirées intimes, des nuits douces à ton côté
    et le bonheur chaque jour renouvelé,
    sans oublier nos petits mots tendres
    et les brioches de septembre.
    Sois mon amour, sois ma vie,
    soyons toi et moi ensemble, à l’ infini
    Ton Henriette

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