Semaine de la francophonie 2018

Photo o.zeller

Bonjour à toutes et tous

Nous ouvrons ici notre semaine de la francophonie. Un défi chaque jour de la semaine et  à la fin une nouvelle.

La photo ci dessus servira de prétexte à  votre écriture.

Le premier défi est donc de décrire cette œuvre originale.

Il s’agit d’une version moderne, parodique de la tentative d’Arcimboldo de portraiturer des notables, des contemporains en utilisant fruits, légumes. Cet artiste baroque très connu a enfreint les interdits en mélangeant humain et végétal, utilisant formes et couleurs avant de donner corps au portrait par le biais de son pinceau.

Pour décrire cette œuvre vous avez tous les droits : dialogue, analyse pièce par pièce de la poupée, description enfantine….

faites preuve de créativité et écrivez !

Ne vous préoccupez pas de l’avant et de l’après, laissez vous porter par l’originalité de l’artiste, par le plaisir d’écrire.

Vous mettrez vos textes en commentaires ou les enverrez à notre messagerie plumesdicietdailleurs@gmail.com

à vos plumes !

Les droits sont réservés sous la forme CC Creative Commons

12 réponses à Semaine de la francophonie 2018

  1. Emilie dit :

    On est samedi, Maman est partie travailler à la maison de retraite où elle s’occupe des personnes âgées. Encore une fois je me retrouve seule au milieu de tout son fatras de couture, sur lequel elle s’éreinte toute la nuit, reprisant, retouchant, raccommodant de ses doigts de fée qui foulent le tissu. Je m’ennuie, j’en ai marre de rester là avec pour seule compagnie la télé et mes devoirs. Je m’approche de la table du salon sur laquelle nous ne mangeons plus depuis longtemps, encombrée en permanence et transformée en atelier de couture. Je m’assoie à sa place, l’assise du fauteuil a pris la forme de son corps. Je caresse les accoudoirs en velours.
    Aujourd’hui c’est son anniversaire. Je n’ai plus l’âge de lui faire un dessin mais pas encore celui de sortir lui acheter quelque chose. J’ai envie de lui faire une surprise, lui montrer que je pense à elle. J’aimerais lui décrocher un sourire ce soir quand elle rentrera épuisée de sa journée. J’ai déjà fait un gâteau mais c’est le minimum, elle s’y attend. Je farfouille dans ses affaires, rassemble des chutes de tissus, du fil, des rubans. Hier soir j’ai vu un reportage sur le carnaval de Nice, les élèves d’une école faisaient des grosses têtes en collant des bandes de papier mâché sur un ballon de baudruche bien gonflé. Je sais qu’il en reste un dans la réserve, je le gonfle et le cale sur un socle en carton. Je l’enrubanne pour faire la peau, des boutons pour les yeux, une bobine pour le nez, une autre pour la bouche, des tissus crêpés pour une tignasse africaine et colorée, une jupe vert acidulé, directement accrochée au cou, le mètre ruban en guise de collier. Je joue des ciseaux, épingle, taille, fixe, prends du recul et modifie, retouche. Quelque chose prend forme, apparait, comme une poupée. Je me surprends à lui parler. J’ai l’impression d’être Robinson Crusoé avec son ballon. Tellement seuls qu’on se fabrique une présence. Moi elle me plait ma nouvelle copine.

  2. martine dit :

    Martine dit
    Ce coupon de soie verte, je l’avais élu parmi de nombreux autres dans une panière du marché Saint Pierre, posée par terre, -à ma portée à l’époque-, et dans laquelle je fouillais avec un plaisir exultant. Comme je ne voulais pas le lâcher, Suzanne me l’avait acheté. Suzanne, la couture avait été son métier, demeurait sa passion. Longtemps elle avait fait partie des petites mains de la Haute-Couture, la confection pour hommes. Longtemps, jusqu’à sa retraite. Ensuite , alors qu’elle me gardait , elle m’emmenait flâner dans les jardins du Sacré Cœur de Montmartre et finissait souvent dans les magasins de coupons où elle dénichait des merveilles pour me confectionner des vêtements. J’enfouissais les mains dans les paniers plus grands que moi et en sortait les pièces qui deviendraient quelques jours plus tard mes nouvelles tenues de princesse.
    Mais là, Suzanne n’avait pas envie de m’habiller dans un vert si cru et si voyant . Aussi me proposa t-elle de me confectionner une poupée. Elle disposa la soie verte en une ample jupe plisséeautour d’un rouleau de carton recouvert de tissu couleur chair, fixa la jupe avec une ceinture faite d’un de ses nombreux mètres de couturière, d’une bobine de fil rouge fit une bouche provocante, d’une grosse rose le nez, plaça deux yeux en boutons couleur turquoise , s’amusa à plier des rubans de satin noirs , rouges , rose et bleus en une savante mise en plis , rajouta une ceinture orangée et un petit jabot rouge. J’assistais à la scène fascinée : ma poupée était née, je ne m’en séparerai plus

  3. Grands yeux bleus, bouche framboise coquine, nez rose mutin, sous des boucles brunes sagement mises en plis, ample jupe froufrou de satin vert chou ceinturée d’un ruban crème et corsage au décolleté voilé d’un léger châle rose-orangé, suis-je la plus belle pour aller danser ? en tout cas, j’ai mis du coeur à l’ouvrage parce qu’au départ, ce n’était pas gagné… Il faut dire que je ne suis pas un canon, comme disent les gars du village. De stature plutôt courte et robuste, une peau rose cochon de lait malgré les heures passées dehors aux travaux des champs (je me protège un max !), des mains plus habituées aux claques sur les croupes des bêtes qu’aux caresses, des pieds oubliés sous des chaussettes de grosse laine dans des bottes de caoutchouc, voilà le matériau de base. Heureusement, j’ai deux atouts: une taille fine et des cheveux noirs de geai, ça compense, alors je n’avais pas le choix, il fallait que je mette ça en valeur. Une touche de maquillage couleur et hop! roule ma poule. Alors, serai-je la plus belle au bal des pompiers ?

  4. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    L’étrange créature

    ​Ce matin-là ma mère avait touché mon front et décrété que je n’irais pas à l’école. J’avais la fièvre. Chouette, j’allais pouvoir lire. Dans l’après-midi elle sortit pour aller acheter des fournitures et je décidai d’aller à l’atelier. J’en aimais l’ambiance car les ouvrières étaient gaies et chantaient, sauf quand ma mère les houspillait. Je gagnai ma place préférée, sous la grande table, car on m’y oubliait et j’écoutais les bavardages des unes et des autres.
    ​Mais je commençai vite à m’ennuyer. Alors j’ouvris le grand sac dans lequel étaient conservés les restes d’étoffes, les échantillons et matériaux divers qui pouvaient servir et je me mis à fouiller.
    ​Tiens, ça ce sont les restes des corsages et des jupes que Mme Morel fait faire pour Nanou. Tous les week-ends elle va à une surprise partie. Elle ne peut pas s’y présenter habillée toujours pareil, voyons !
    ​Les étoffes étaient chatoyantes, douces au toucher, de la soie, du satin, du velours, de la moire.
    ​J’en sélectionnai quelques unes, sans idée précise, puis inconsciemment je me mis à fabriquer une poupée car… on avait oublié de m’en acheter une.
    ​Dans un coin de l’atelier je découvris un rouleau de carton et je me mis à froncer tout autour une bande de faille vert salade, ce serait la jupe. Pour le corsage j’utilisai un reste de soie grège complété par un col corolle et un jabot dans ce tissu couleur de l’automne. Et la ceinture ? Tiens ce ruban jaune, torsadé, ne me déplaît pas mais si j’y ajoute le centimètre en toile qui traîne là c’est plus marrant.
    ​Complètement absorbée par ma création j’en oubliai l’heure du goûter. Il va quand même falloir lui fabriquer une tête. Ce n’est pas très difficile, carton plus tissu beige. Pour les yeux je cherchai dans la boîte des boutons et en trouvai deux d’un bleu vif, très joli. La bouche ? Un petit tubino en carton entouré de fil rouge. Pas mal. Le nez ? Plus difficile, un autre tubino couleur chair. Un peu gros, mais tant pis. Maintenant les cheveux. Je cherchai un morceau d’astrakan qui restait d’une réparation mais ne le trouvant pas je me mis à fabriquer des papillotes avec des bouts de tissu de différentes couleurs, ça ferait une coiffure originale. Quant à ces boutons blancs ils feraient l’affaire pour les oreilles.
    ​Très fière de moi je posai mon étrange créature sur la grande table. « D’après moi, dit la première main, c’est une danseuse cubaine » « Pas du tout, tu ne vois pas qu’elle a une barbichette ? Et ces cheveux frisés, pour moi c’est un sorcier africain ! » répliqua une autre. « Mais non, dit l’apprentie, c’est un épouvantail à moineaux! »
    ​La porte d’entrée claqua. Ma mère pénétra dans l’atelier.
    « C’est quoi cette horreur ? » « C’est ma poupée, et elle est très belle ! » Éclats de rire des ouvrières.
    ​Ma créature bizarre fit-elle passer un message ? Le Noël suivant apporta une poupée.

  5. Marc dit :

    Nous étions à deux jours du défilé de clôture, et pas un des modèles de la collection n’était achevé. Dans le petit atelier de la rue de la Tour, une ambiance tendue, pesante et délétère, transpirait sans qu’aucun bruit ne vienne perturber l’ouvrage en cours. Chacune des filles œuvrait autour de la table en prenant soin de baisser la tête pour, surtout, éviter de croiser le regard du « Maître », qui s’en prenait aussitôt à celle qui avait l’audace de lever le nez.
    – Mais où vous croyez-vous ? postillonnait-il vers l’une qui quittait, son labeur des yeux.
    – Ce plissé est à refaire, vous maniez l’aiguille comme… comme un évêque le marrrrteau piqueur! mademoiselle, comme…comme…comme une danseuse étoile, la batte de base-ball ! hurlait-il d’une voix suraiguë très spécifiquement crispante.
    Et il tournait en rond, se dirigeait vers les repasseuses, agitant sa tignasse crépue et tirant sur sa barbichette très Napoléon III.
    – J’exige que tout soit par-fait, chaque coup de fer doit être millimétré et doit trrrranscender l’ouvrage et son essence ! La couture est un art au service du… des… de la postérrrrité !
    Le Second Empire était, pour cette année, sa principale source d’inspiration, mais il ne lui avait pas déplu d’entremêler les époques.
    – L’anachronisme, pontifiait-il en ouvrant tout en grand les yeux qui lui sortaient presque des orbites, c’est l’aboutissement sensuel de l’interrraction du temps avec le corps sublimé de la femme.
    – Sublimé ! mes fesses ! dit tout bas Fatou dont les doigts agiles achevaient de marquer le pli d’un poignet mousquetaire, il se prend pour Coco Chanel ou quoi le Jean-Paul Gauthier à jabot ?
    Sylvain Palivot, coiffeur de son état, rêvait de remporter le premier prix du dix-septième concours des créateurs qu’organisait la ville à l’occasion de la Grande Braderie de la Saint Martin. Il avait, pour cela, réquisitionné une demi-douzaine de petites mains qui avaient trouvé, avec lui, l’occasion d’arrondir leurs fins de RSA. Pour cinq jours, Palivot avait fermé son salon et prétendait régner en maître sur ces femmes, d’ordinaire joviales et truculentes qui, sous le joug du petit despote, ne pipaient mot, et attendaient impatiemment l’heure de la pause de midi durant laquelle il rentrait déjeuner chez sa maman. Dès qu’il franchissait la porte, un souffle d’air frais envahissait l’atelier, les rires fusaient et chacune partageait avec les autres le repas qu’elle avait dans son panier.
    Fatou découpa en six parts égales l’immense tarte qu’elle avait cuite la veille.
    – Qui aime les fruits secs ? demanda Myriam, Mokthar les a rapportées du bled la semaine dernière.
    Pendant qu’on servait le café, Fatou manipulait les petites caissettes de papier noir qui emballaient les dattes et les figues de Myriam. Machinalement elles les assembla pour en faire une boule qu’elle posa sur son poing et qu’elle agita devant l’assemblée.
    – La tarte à la courgette, dit-elle d’une voix haut perchée, c’est.. une… le… la… quintessence suprrrrême de l’érrrrotisme féminin !
    Calmant le fou rire qui la gagnait, Myriam entoura un bobineau de carton d’un morceau d’étoffe et y cousit deux énormes boutons bleus et une canette de fil rouge en guise de bouche. A l’aide d’une serviette en papier qu’elle entortilla soigneusement , Xinh fabriqua une barbichette qu’elle colla sur le visage en préparation. Le sac qui avait servi d’emballage à la tarte de Fatou, fit une très élégante cape verte et Margot prêta son mètre ruban pour parachever l’œuvre à laquelle on n’oublia pas d’ajouter un nez proéminent. Lorsque la porte s’ouvrit, Fatou eut juste le temps de dissimuler la marionnette dans les replis de son boubou. Palivot était revenu plus antipathique et plus tyrannique que jamais. Xinh qui s’était levée pour débarrasser la table des restes du déjeuner allait en faire les frais.
    – Mais où elle va, celle-là ? commença-t-il, avant de pousser un cri déchirant plaquant ses deux mains sur ses cervicales qui se plièrent sur le côté comme le rabat de la couverture d’un livre.
    Tordu de douleur par la fulgurance du torticolis, il se pelotonna dans un fauteuil et, petit tas de chiffons frissonnant, supplia qu’on appelle sa mère.
    Quand il quitta l’atelier, Fatou délivra de sa cachette la poupée de carton et la déposa sur la table de travail.
    – J’ai retrouvé mon aiguille, dit-elle en la retirant sana ménagement du cou de la figurine.

  6. Odile zeller dit :

    Vous me remarquerez tout de suite. Sans que j’ai besoin de prendre la pose. Pas jolie, mais pas vilaine, enfin restons modeste plus originale que belle. Des yeux bleus immenses, des cheveux auburn piquetés de papillotes de soie rouge et parme. Une collerette verte en plissé Fortuny serré au cou par un mètre de couturière piquée d’une paire de petits ciseaux de dentellière. Voilà vous avez compris la créativité est mon atout, mon talent. Je ne suis pas n’importe qui. J’en jette. On se retourne sur moi. Teint clair et bouche pulpeuse d’une couleur framboise.
    Mon seul complexe c’est mon nez. Je le trouve trop gros, un peu fort et sans aucune distinction. Bref j’aurais besoin d’une retouche. J’hésite à m’adresser à un chirurgien esthétique. Personne n’est parfait et la perfection est d’un ennui… je plais, on me regarde. Que demander de plus ? J’ai du succès et j’en suis fière … regardez moi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.