Semaine de la francophonie : cinquième défi

Un Botero ou presque
Oz

Cinquième défi

Toujours notre semaine de la francophonie et voici le cinquième défi.

Une intrigue émerge peut être, dans ce cas, ne tenez pas compte de cette suggestion et écrivez tout simplement la suite.

Cette proposition fait remonter dans le temps. Vous écrirez ce qui s’est passé avant la photo qui sert de support à cette session d’écriture.

La scène peut se situer lors de l’installation de l’exposition, lors de la création de la poupée ou juste avant votre premier texte.

les textes du quatrième défi sont ici.

A vos plumes !

de Rome sous le soleil.

Les droits sont réservés sous la forme CC Creative Commons

6 réponses à Semaine de la francophonie : cinquième défi

  1. Emilie dit :

    Le soir avant de m’endormir je repense à Baptiste et surtout à sa mère. La pauvre, du jour au lendemain tu te retrouves dans le noir total, le choc. Maman n’a pas été épargnée elle non plus. Les larmes me montent aux yeux. Chienne de vie. Pourquoi certains morflent et pas d’autres ?
    Le lendemain au bahut, chacun fait sa vie, Baptiste au fond de la classe à glander, moi au premier rang à écouter. A la sortie je le vois qui attend sur mon chemin, il me regarde. Je me dirige vers lui et nous commençons à marcher côte à côte.
    – Désolé pour hier, je t’envoie bouler et après je te déballe mon sac.
    – No problème, y a pas mort d’homme. J’ai repensé au boucher, j’ai des petites idées pour secouer un peu son magasin. Ma mère est pas encore rentrée, tu viens à la maison ?
    Nous marchons et contrairement à l’impression qu’il donne il a écouté les cours que nous avons eu aujourd’hui et les commente avec moi.
    Arrivés chez moi nous nous attablons autour d’un goûter improvisé.
    – J’ai pensé qu’il fallait tenter de le discréditer, jeter un doute sur lui et ses produits. Qu’est-ce que tu en penses ?
    – Ouais je suis ok mais comment tu comptes t’y prendre ?
    – Un petit coup de fil aux services d’hygiène et aux services vétérinaires ça pourrait avoir son petit effet. Ils seront obligés de faire une inspection. Rien que de savoir ça dans le village ça va inquiéter les gens.
    Il réfléchit et enchaine.
    – Bonne idée ! et on pourrait en rajouter une couche en créant sur internet un compte #mon bouchervenddelaviandeavariée. Pourquoi pas aussi quelques affiches accrochées sur la place comme ça on est sûr qu’un max de gens seront au courant.
    – Ça me parait jouable, sans trop de difficultés.
    Je continue.
    – Pour ce qui est du chirurgien…
    – Ah ouais t’as pensé à tout en fait.
    – Soit on fait les choses à fond soit on les fait pas.
    – Vas-y je t’écoute !
    – Je pensais aller le voir sous prétexte d’un article pour l’école pour faire connaitre son métier. Au cours de l’entretien, l’air de rien, je l’interroge sur les erreurs médicales, je teste un peu sa réaction voir comment il prend la question. Et ensuite je lui demande si ça l’intéresserait de devenir donateur pour une association qui s’occupe de personnes aveugles, surtout celles qui ne naissent pas comme ça, qui le deviennent par exemple. L’idée est qu’il comprenne où je veux en venir sans que ce soit dit. Je veux la jouer « toute ressemblance avec des personne connue serait totalement fortuite », tu vois ?
    – Ouais et c’est quoi le but ?
    – Qu’il donne de la thune à l’asso qui a aidé ta mère, ça me parait juste.
    – Pas mal, ça me plait.
    – Si on arrive à faire ça, tu seras « vengé » ?
    – Ouais je pense que ça me ferait du bien.
    Il reste un instant pensif.
    – Et toi il te faudrait quoi pour te venger ?
    – De quoi tu parles ?
    – Arrête, toi aussi t’as la rage, tu l’exprimes pas de la même façon mais je la sens.
    – Tu t’es pris pour Psychologie Magazine ou quoi ?
    – Ça va, détends-toi ! Tu m’aides, moi aussi je voudrais t’aider.
    – Laisse tomber, des fois y a rien à faire qu’à serrer les dents.
    Il n’insiste pas.
    – J’ai un grand frère de 30 ans, ma mère l’a eu jeune. Il est trisomique. Maintenant il vit dans un centre spécialisé. Il est heureux là-bas. Son père a tenu le coup un moment et puis il s’est barré. Ma mère lui a consacré tout son temps quand il était petit. Plus tard elle a rencontré mon père, elle y a cru une nouvelle fois, mais lui non plus n’a pas tenu la distance. Depuis ma mère se crève au travail pour pouvoir payer le centre. Aide-soignante la journée, couturière la nuit. Je n’ai personne à qui en vouloir, la faute à pas de chance. Quand on se retrouve tous les trois et qu’on rigole, je reprends un peu goût à la vie. C’est pour ça que j’étudie, je veux avoir un métier qui me permettra d’aider maman financièrement et d’assurer les vieux jours de mon frère quand elle ne pourra plus.
    – Effectivement toi aussi t’as bien morflé.
    – Bon aller on le met à exécution ce plan ?!

  2. Marc dit :

    Fatou et Myriam expliquèrent à Titi comment elles avaient connu Xinh dans l’atelier de couture de Sylvain Palivot. Elles dressèrent de lui un portrait qui le fit, immédiatement se classer parmi les êtres odieux et détestables. La nuit allait tomber, Momo et Saul vinrent à la rencontre de Titi qui les informa de l’inquiétude régnant dans le petit groupe.
    – On s’y connaît un peu dans les disparitions. On va faire un tour ajouta-t-il mystérieusement et si on entend parler de mademoiselle on vous fait… Xinh !
    Les filles, que ni la plaisanterie ni l’aide de ce gros monsieur et de son frère maigrichon n’avaient rasséréné, décidèrent de se rendre au défilé de couture auquel Palivot s’était inscrit et pour lequel elles avaient confectionné la plupart des modèles.
    On avait installé un long plateau à travers la salle de réception d’un grand hôtel et la foule, agglutinée de chaque côté, dans un brouhaha constant, attendait l’ouverture officielle du dix-septième concours de mode de la ville. Un speaker à la voix étonnamment sourde annonça le début du défilé et les mannequins s’avancèrent l’une derrière l’autre évoluant dans un roulis de hanches qui donnerait le mal de mer aux plus chevronnés des marins bretons. Chaque concurrent présentait cinq ou six tenues complètes et, à l’issue de sa présentation, venait saluer le jury, composé d’une dizaine de notables qui prenaient des notes et s’échangeaient des paroles secrètes. Le commentateur faisait un descriptif détaillé des robes, pardessus et autres cardigans et précisait avec expertise la nature des tissus qui les composaient. Titi, qui s’était mêlé à la foule des curieux, ne connaissait pas grand-chose au monde de la mode mais trouvait que le vocabulaire n’était pas dénué de charme. Il avait particulièrement aimé la jupe tulipe et la jupe crayon, le pantalon cigarette, la manche chauve-souris et les poches passepoilées. Ces mots, débordant de poésie, l’incitaient à la rêverie et la voix, légèrement soporifique du commentateur allait l’assoupir quand on le tira pas la manche.
    – Je crois qu’une petite perle noire veut te parler, a dit le chat.

  3. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    _ Voilà
    _ Ici ? oui dans le carré, tout est prévu.
    Un premier carton pour le cube de verre. Ensuite une deuxième pour la base et dans le dernier, plus petit : l’oeuvre.

    _ Une poupée et … ce vert ! La commissaire de l’exposition a bien précisé : pas d’alarme, pas de sécurité juste un spot par dessus pour créer un halo de lumière.
    _ Moche ce vert mais ça attire l’oeil. Originale ! Faut aimer !

    Leurs commentaires… pas très aimables, une affaire de goût. Moi je m’aime et d’autres aussi. La preuve, je suis ici, en point final de l’exposition Arcimboldo, une première à Rome. Je les laisse dire. Ma créatrice parle d’installation, ni poupée, ni statue.

    _ Elle est de qui ?
    _ de qui quoi ?
    _ la poupée
    _ t’as pas trouvé le cartel ?
    _ y avait pas de cartel. Rien de rien. Ni carton ni rien.
    _ perdu on l’aura perdu. On perd toujours un petit truc. Faut pas oublier de le signaler.
    _ ah justement madame la commissaire. Aucun cartel pour la poupée.

    Madame la commissaire soupire et murmure :
    Pourvu que … si je l’ai laissé dans mon bureau … avec cette panne d’ordinateur et mon IPad oublié à Roissy … merci Messieurs je vais faire le nécessaire.

    Perdu mon cartel … je n’ai plus ni nom, ni titre, ni créatrice … Noémie, elle m’a appelée Noémie. Traduit en italien, je ne sais pas … et pour ma créatrice c’est essentiel d’être identifiée. Elle compte sur cette exposition pour accéder à la célébrité, trouver de nouvelles commandes et pas dans des boutiques de jouets haut de gamme. Non faire reconnaître son art …

  4. martine dit :

    texte de Martine

    Nous avions réussi à sortir du cimetière Silvia et moi . Avec le tapage que nous faisions et les cris que nous avions poussés, le gardien était revenu de quelque part en râlant et nous avait ouvert. Nous avions redescendu la colline et nous marchions désormais sur la promenade des Anglais où étaient installées les grosses dames enjouées aux maillots multicolores de l’artiste Niki de Saint Phalle que la ville de Nice exposait ce mois de juillet. Elles contribuaient à nous rendre très gaies et Silvia, à qui je décrivais mon hôtel eût envie de venir le visiter et dîner dans le jardin. Elle s’extasia bruyamment sur son charme, sa beauté, le croquant des salades , le parfum exquis des tomates, la subtilité du fenouil cru citronné, la fraicheur de la dorade. Tout en descendant à un bon rythme le rosé provençal qui l’accompagnait . La soirée fut légère et joyeuse, nous parlâmes à peine du congrès , beaucoup de nous. Elle voulut voir ma chambre et à peine entrée s’exclama sur le Quichotte au mur « je vais revenir cet automne dans cet hôtel là et cette chambre là avec ma fille » . puis , apercevant la poupée qui trônait sur le lit . ö que linda ! elle est sublime ! elle est belle et horrible à la fois ! il y en a en Argentine sur les temples des morts . Je suis née le jour des morts alors on m’en a offert pour la chance, j’en ai une collection, tout un temple. Celle là , elle est géniale »
    J’étais légèrement offensée, je n’avais jamais envisagé ma poupée sur un temple des morts même latinos et coloré. Elle était comme un double de moi même fabriqué pour moi jadis au fond de l’enfance par ma nourrice, « la tata » qui m’aimait . Elle ne se rendait pas compte mais c’était comme un crime de lèse-majesté. Je réalisais qu’il faudrait désormais que ma poupée reste dans un jardin secret, dans un temple caché des reliques magiques de mon enfance. Silvia posait sur le monde son regard d’artiste et je découvrais à mes dépends qu’un regard d’artiste est toujours quelque part irrévérencieux.

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