Atelier 7-11 mai

Bonjour,

certains sont confinés d’autres moins.

Une si belle lune nous convie à la rêverie

 

proposition du 7 mai

Ecrire un texte « dans la lune » « dans les nuages «  Vous partez dans un pays imaginaire comme Alice

 

8 mai

décrivez une petite victoire dont vous êtes fière

 

9 mai

Deux oiseaux bavardent perchés dans un lilas en fleurs …..

 

10 mai

un masque … n’importe quel masque …. faites les parler

11 mai

La rue est animée … mais vous ne reconnaissez plus ni le boulanger ni le libraire, ni le boucher … eux vous connaissent ….

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7 réponses à Atelier 7-11 mai

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    11 Mai – TERRE INCONNUE

    Dès le réveil une étrange sensation m’avait envahie que je n’aurais su définir, comme une angoisse, une menace, comme s’il allait se passer quelque chose.
    Une fois pris sans entrain mon petit déjeuner j’étais sortie sur la terrasse, arrosoir en main, pour passer en revue plantes et fleurs. A première vue tout semblait normal… sauf le ciel.
    Opaque. Jaunâtre. Lourd. Il charriait le sable très fin porté de Libye par le sirocco et aussi le pollen qui tombait des pins parasols en rafales jaune safran. Je n’aimais pas ça du tout, allergies en vue. Une journée à me terrer à la maison et faire le dos rond en attendant que ça passe. Mais voilà, le garde-manger criait famine. Bien obligée de sortir pour m’assurer un minimum de ravitaillement, mais après tout cela servirait peut-être à me changer les idées.
    Et bien pas du tout, cela ne fit qu’augmenter mon angoisse, ma détresse. Je me crus soudain dans une autre ville, sur une autre planète. J’étais partie en voyage et je ne m’en étais pas aperçue. J’avais émigré en terre inconnue. Je ne connaissais personne !

    Qui était donc cette femme renfrognée qui remplaçait ma gentille et souriante marchande de journaux et depuis quand ce boulanger au poil noir avait-il pris la place de mon boulanger éternellement saupoudré de farine ? Ça ne collait pas avec ma réalité de tous les jours. J’allais de surprise en surprise. A la boucherie elle fut plutôt agréable, le boucher ventripotent avait fait place à un grand gars musclé, changement appréciable, ne serait-ce que du point de vue esthétique.
    Mais le pire dans cette mystérieuse histoire c’est qu’ils semblaient tous me connaître. Bonjour, madame Dumont, comment allez-vous ce matin ? Vous semblez préoccupée. Et votre fille, toujours en Australie ? Vous n’avez pas l’air dans votre assiette aujourd’hui ! Quelque chose vous tracasse ? Madame Dumont, vous êtes bien pâlotte, ça ne va pas ? Vous voulez vous asseoir ?

    A coup sûr un complot, une coalition. Ou alors on m’avait jeté un sort, j’étais victime d’une macumba, un marabout m’avait envoûtée… J’avais la sensation de pédaler dans le coaltar, de perdre pied, je m’enfonçais, je suffoquais déjà.
    Vite, vite, demi-tour avant qu’il ne soit trop tard et retour accéléré à la maison. Ouf, m’y voilà. Fermer la porte à double tour. Me précipiter dans la chambre, m’enfouir sous les couvertures…

    Quel est ce bruit strident, insistant, cette sonnerie désagréable ?
    – Allô, t’en as mis du temps à décrocher, tu dormais ? Déjà que tu n’appelles jamais, si en plus tu ne réponds pas au téléphone… Ah, je peux mourir, tu t’en fiches bien… Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour avoir une fille aussi peu aimante, aussi ingrate, aussi…
    Retour en fanfare à la réalité, merci Maman ! Tu ne le sauras jamais, mais tes récriminations ont brisé une malédiction !
    Cauchemar envolé, sérénité retrouvée !

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Janine
    10 Mai –

    Il est le maître du Feu. La pénombre recule devant la lumière au fur et à mesure que l’homme dont je recouvre le visage allume les torches sur les parois de l’antre. Puis il brûle de l’encens et contrôle le feu sur l’autel.
    A la lumière vacillante des torches la végétation peinte sur les parois semble onduler comme sous l’effet d’une légère brise et crée l’illusion d’une nature riche et féconde.

    Ils entrent deux à deux en procession et prennent place en silence sur les banquettes qui longent de part et d’autre le corridor. Leurs tuniques de couleur vive ont des reflets chatoyants. Le Père de la petite communauté attend devant la statue de marbre blanc illuminée par le rayon de soleil qui tombe de la lucarne juste au-dessus.

    Une clochette tinte, comme un signal, alors sur le seuil de la chambre secrète apparaît un homme vêtu d’une longue tunique de lin immaculé et soudain éclate un vacarme assourdissant. Au son des cymbales et au cliquetis des sistres qui chassent les mauvais esprits se mêlent des croassements et des rugissement, ces derniers poussés d’une voix de stentor par l’homme dont je recouvre le visage.
    L’homme sur le seuil, un instant décontenancé, cligne des yeux, car il vient de passer de l’Ombre à la Lumière. Il avance et prend place au côté du Père. Le vacarme cesse et le banquet peut commencer.

    Mon rôle n’est pas de provoquer la frayeur, bien que je sois impressionnant, il faut le reconnaître, avec ma tête de lion sauvage et mon abondante crinière jaune doré. Je représente la constellation du Lion et je symbolise le quatrième degré d’initiation. Le seuil de l’Incommensurable.

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    9 mai – Deux oiseaux sur une branche

    – T’es qui toi ?
    – Moi ? Une perruche, pourquoi ?
    – Je me disais aussi, quel bagout ! Quel verbiage ! Quand vous commencez, toi et tes copines, vous arrêtez pas. Faudrait des boules Quiès !
    – Et alors ? On est une grande famille et on a besoin de communiquer. Surtout en ce moment.
    – Elle est un peu confuse votre manière de communiquer, quel charabia, et doublé de cacophonie. C’est insupportable !
    – Oh ça va, tout le monde peut pas faire des trilles, des arpèges et des vocalises comme toi. Mais je dois reconnaitre que t’es plutôt doué pour le chant. T’as pris des leçons ?
    – Bien sûr que non voyons, c’est naturel, on est tous comme ça dans la famille, et moi, le soir je chante pour les amoureux.
    – Ah c’est toi qui t’égosilles quand les autres voudraient dormir ?
    – Même pas capable d’apprécier le bel canto ? Le maximum que tu sais faire c’est jacasser.
    – Oh, arrête de te monter la tête, rossignol de mes amours…
    – Alors t’es au courant qu’un grand chanteur a parlé de moi dans ses chansons ?
    – Ya des légendes qui courent… Allez, fais-moi un peu de place sur ta branche, j’ai besoin d’une planque.
    – Pourquoi, qu’est-ce que t’as fait ?
    – J’suis en cavale ! Me suis évadée.
    – Ah bon ? Comment t’as fait ?
    – C’est le chat, il a fait tomber la cage pour me choper, le portillon s’est ouvert et je lui ai filé sous le nez ! Allez, on bavarde, on bavarde, faut que je me dégourdisse les ailes.
    – T’éloigne pas trop, quand même, t’es sympa, j’aimerais bien te revoir. Et si tu veux je te donnerai des cours de chant !

  4. Marie-Pierre dit :

    10 mai

    J’ai la couleur des nuits d’été : claire avec une pointe d’obscurité. Je respire le mystère et l’interdit des nuits de carnaval. En moi résonnent les rires d’Arlequin. Comme lui j’ai plusieurs facettes : intriguant, séduisant, farceur… Mais si l’on me garde ainsi suspendu au mur c’est parce que j’ai le goût de la fête, le goût de Venise. Approchez et caressez ma texture unique : douce et solide… Approchez que je vous amène danser le long du Grand Canal.

  5. Marc dit :

    Samedi 9 mai

    ̶ Il y aura le temps d’après, a dit le merle en inclinant un peu la tête.
    Sans doute l’odeur suave et légèrement enivrante du lilas, l’avait-elle rendu plus sociable et plus enclin à l’empathie qu’à son ordinaire. On en voulait pour preuve qu’il était perché sur sa branche depuis plusieurs minutes et qu’il résistait à son impérieuse envie de voleter dans tous les sens comme à l’accoutumée.
    ̶ Je vous trouve de bien bonne humeur ce matin, dit la merlette, en sont-ce les prémices ?
    Le merle sourit intérieurement mais ne put s’empêcher de bougonner dans le seul but de ne pas entacher de faiblesse sa solide réputation de mâle dominant du taillis. Il contempla le paysage, lissa quelques plumes rebelles et envisagea d’aller vérifier qu’aucun intrus ne cherchait à s’approprier le petit carré de fraises qu’un soleil de printemps poussait au rougissement.
    ̶ Vous pensez que nous allons vivre autrement dans les temps à venir ?
    Tout en arborant une apparente placidité, la merlette détestait cette période durant laquelle sa condition l’obligeait à rester de longues heures, immobile, inconfortablement installée sur une demi-douzaine d’œufs qu’il fallait coûte que coûte maintenir au chaud. L’humeur guillerette du merle l’avait surprise, elle y voyait un signe que, peut-être, les choses allaient vraiment changer.
    ̶ Il le faudra, ma bonne amie, dit le merle, notre monde ne peut vivre éternellement de la sorte et nous allons devoir trouver de nouvelles ressources, inventer de nouvelles façons de nous nourrir tout en préservant le milieu naturel.
    La merlette ne voyait pas très bien où le merle voulait en venir mais crût prudent d’acquiescer.
    ̶ Eh bien oui ! dit-elle, peut-être allons-nous changer notre façon de penser et envisager un monde plus juste dans lequel les passereaux s’uniraient contre les corvidés, un monde où il y aurait des graines ou des chenilles pour tous…
    Le merle ajouta qu’il faudrait revoir le rôle de chacun dans la haie, pour qu’elle retrouve la biodiversité mise à mal par les tailles abusives du propriétaire.
    ̶ Et… repenser les rapports de domination dans le couple, dit la merlette tournant un regard dubitatif vers le merle.
    ̶ Vous avez raison ma bonne amie, menez cette couvée bien à son terme et en nous reparlerons, dit-il juste avant de quitter le lilas pour passer en rase-mottes au-dessus des fraisiers.

  6. Marie-Pierre dit :

    9 mai

    − Ils reviennent, soupire Monsieur Roitelet en s’installant sur la branche.
    − Bonjour à vous aussi, rétorque Madame Rouge-gorge.
    − Pardon, j’oublie mes manières, mais… leurs cris, leurs engins grognant…
    − Tout passe. Ces semaines de calme et d’air frais étaient merveilleuses, mais c’est terminé… Et chaque chose a ses bons côtés, maintenant qu’ils dérangent à nouveau les insectes, je peux plus facilement ramener de la viande aux enfants.
    − Je ne sais pas comment vous pouvez rester si calme.
    − La méditation, rétorque-t-elle avec un air supérieur.
    − Rien ne peut vous toucher, vraiment ? insiste Monsieur Roitelet.
    − Rien.
    − Même pas qui vous savez ?
    Madame Rouge-Gorge se tourne vers Monsieur Roitelet avec un air contrarié. Il incline son bec comme pour sourire.
    − Ils sont privés de liberté. Je les vois derrière les fenêtres.
    − Vous n’avez pas peur qu’ils reviennent eux aussi ?
    − Pourquoi reviendraient-ils après les autres ?
    − Parce que ce n’est pas encore leur tour….
    Le regard de Madame Rouge-Gorge s’emplit de terreur mais elle continue à raisonner.
    – Ridicule… Ces monstres se prennent pour des créatures supérieures, ils vont toujours les premiers… Regardez là-bas il y en a un… Un rouquin… Regardez son air triste…
    – Vous savez que ce sont de très bons comédiens…
    Madame Rouge-Gorge ne trouve plus ses mots… Monsieur Roitelet se délecte de voir sa sérénité s’effacer…
    – Regardez il lève la patte, commente l’oiseau affolée. Elle a l’air si inoffensive vu d’ici…
    – Il veut vous dire qu’il revient bientôt…
    Madame Rouge-Gorge va rétorquer mais un scintillement à la fenêtre ne l’empêche. Le monstre roux a sorti ses griffes. Terrorisée même à distance, elle s’envole.
    – Bonne journée à vous aussi, s’exclame Monsieur Roitelet ravi.

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