Quarantaine jours 3 à 7

les propositions d’écriture pour les jours 3 à 6 sont les suivantes

 

jour 3 beau comme un camion

jour 4 le texte doit commencer par la phrase :

par une belle journée d’avril

jour 5 : le texte doit se terminer par la phrase

et il monta dans le train

jour 6

proposition : un, deux, trois

jour 7

parler de lumière ou d’une lampe

 

et nous serons presque à mi course du confinement annoncé

 

a vos plumes et nous écrirons ensemble avec plaisir

Odile des plumes

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21 réponses à Quarantaine jours 3 à 7

  1. Odile zeller dit :

    Jour 6

    Impromptu

    Un deux trois nous …. un craquement violent, une vibration… une explosion là dans la rue…
    Maman maman … elle abandonne la corde à sauter, court en hurlant Maman.
    Elle se précipite dans la maison, court, tombe se relève. Maman maman…
    Maman n’a rien entendu Maman téléphone, elle ne comprend rien Maman, elle la repousse même quand elle lui tire la manche pour attirer son attention. C’est l’heure de Papa, Papa qui est si loin, qui travaille là bas au bout de la grande ville. Mais ce n’est pas Papa elle en est sûre et pourtant elle a entendu un mon chéri, elle n’est pas sure.
    Maintenant on entend des sirènes, on dirait les pompiers
    Et Maman qui bavarde
    Maman Maman
    Laisse moi tranquille ! Qu’est-ce ce que tu as ? Va jouer !
    Dehors …
    Quoi dehors ?
    L’explosion …
    Mais non une moto qui pétarade… va jouer maintenant …
    Si les pompiers sont là
    Tu vois … je parle à Mamie va jouer

    Elle s’en va … ce n’était pas Mamie à cette heure là Mamie dort en France.

    Elle repart un deux trois … c’est pas sa faute. Elle a eu peur et Maman …son cœur a battu très vite. Elle a faim de chocolat mais y’a plus personne à la cuisine
    Quatre cinq six des cerises
    Sept huit neuf des œufs en neige
    Dix onze … rien du tout
    Maman cause cause encore ….

  2. Odile zeller dit :

    Jour 7
    Texte de Janine

    7 – La cave, il me fallait mettre de l’ordre à la cave. Comme je m’y attendais j’y trouvai un véritable capharnaüm, mon père était pourtant ordonné, mais il ne jetait rien. Par quoi commencer ? Indécis, je balayai du regard l’espace autour de moi. Tiens, c’est quoi cette boîte à chaussures sur l’étagère avec cette inscription «Archéo» au feutre noir ? Se pourrait-il… en l’ouvrant j’y découvris avec émotion divers objets insignifiants pour quiconque, mais pas pour moi. Mon père les avait conservés et rangés. Il connaissait leur valeur à mes yeux, ils étaient à l’origine de ma vocation.

    Je renversai la boîte sur le vieil établi. Quelques petits cubes de marbre, blancs et noirs, un fragment de verre irisé, une coquille de murex, un clou tout rouillé et une petite anse en terre cuite. Je les avais glanés, adolescent, dans un champ proche d’un site archéologique, en Italie où nous avions passé des vacances. Des débris comme ceux-ci, il y en avait en abondance, personne ne s’en préoccupait et je les avais pris par jeu, comme on ramasse des cailloux. L’anse surtout m’avait intrigué car je ne comprenais absolument pas ce que c’était.

    Lorsque je montrai ces trésors à mon père il ne m’avait pas réprimandé, après tout ces pauvres restes n’avaient aucune valeur, ce n’était pas bien grave, mais pour moi ils avaient la valeur de reliques : des fragments d’époque romaine ! Des Romains les avaient fabriqués, tenus dans leurs mains, utilisés et lorsque je découvris avec l’aide de mon père que l’anse provenait d’une petite lampe à huile, j’en fus bouleversé.

    Cette petite lampe à huile de rien du tout avait éclairé l’intérieur d’une maison romaine, elle avait offert sa lumière à une famille, à des enfants, elle avait vu leurs joies et leurs peines, en repoussant les ténèbres elles les avait aidés à vaincre la peur, elle avait éclairé leur chemin. Elle les avait aidés à vivre. Entraîné par mon imagination je les voyais, ils étaient là devant moi, réunis autour de cette lumière qui vacillait au moindre souffle, en train de parler, de rire, de manger, au fait ils mangeaient quoi les Romains ?
    Mon père me poussa à faire des recherches et je m’y plongeai avec enthousiasme. Je voulais tout savoir, tout connaître. C’est ainsi que je devins imbattable en histoire et civilisation romaine et qu’après avoir voulu être successivement explorateur, pilote, puis psychologue, je devins… archéologue !

  3. Odile zeller dit :

    Jour 5
    Texte de Janine
    5 – A quelque temps de là on sonna un matin à notre porte. Mon père qui était allé ouvrir s’exclama bruyamment et un concert de voix excitées me poussa à aller voir l’origine de ce tapage.
    Il était en compagnie d’un homme d’allure sportive, au teint hâlé. Je ne sais pas pourquoi mais il m’inspira aussitôt une forte sympathie. Peut-être à cause de son sourire et de son regard pétillant. – Voilà Didier, me dit Papa, nous avons fait nos études ensemble. On ne se voyait pas depuis une éternité.»
    Tous deux semblaient heureux de ces retrouvailles. Maman qui était dans sa chambre descendit l’escalier, lentement, et Didier se précipita vers elle pour l’embrasser. Il la tint à bout de bras et plongeant son regard dans le sien il lui dit -Tu es toujours aussi belle !» Il me sembla que leurs joues s’étaient légèrement colorées.
    Didier était de passage pour régler des affaires de famille, il resterait quelques jours dans la région. – Pas d’histoires, tu vas déjeuner avec nous, dit Papa.
    N’ayant jamais entendu parler de lui auparavant j’étais curieux d’en savoir plus et je n’arrêtais pas de me mêler à la conversation malgré les réprimandes de Maman surtout lorsque j’appris qu’il était pilote de ligne et qu’il avait bourlingué dans le monde entier. Moi qui avais une passion pour les avions ! Je posais des rafales de questions auxquelles il répondait de bonne grâce, la situation l’amusait.
    La journée passa à une vitesse supersonique et après son départ je me retrouvai tout-à-coup très seul. Maman était remontée dans sa chambre et Papa s’était enfermé dans son bureau.
    Didier revint nous voir un après-midi où Papa était absent mais Maman m’envoya jouer dehors. J’en conclus qu’ils avaient des choses à se dire. Après son départ j’observai Maman, elle semblait songeuse mais je n’osai la questionner.
    Mon imagination se mit à galoper et j’échafaudai toute une série
    d’ hypothèses. Puisque c’était un compagnon d’études de Papa, lui et Maman logiquement s’étaient connus. J’avais remarqué que Didier laissait souvent glisser son regard sur elle. Je me demandais s’il n’avait pas été amoureux de Maman, oui, sûrement, mais elle avait préféré Papa et il était alors parti courir le monde, pour l’oublier. Ça devait être ça. Décidément le monde des adultes n’était pas si simple et il semblait renfermer bien des secrets. J’en saurai peut-être plus lors de la prochaine visite de Tante Alice, je m’arrangerai pour espionner leurs conciliabules.
    Un soir au dîner Papa annonça que Didier viendrait déjeuner le dimanche suivant avant de quitter la région. Nous passâmes une belle journée au cours de laquelle notre hôte ne se fit pas prier pour parler de pays lointains et de peuples inconnus aux noms mystérieux. J’étais fasciné par ses récits. – Moi aussi un jour je serai pilote ! annonçai-je avec emphase, ce qui fit rire tout le monde.
    Papa décida de raccompagner Didier à la gare et j’insistai pour me joindre à eux. J’avais du mal à le voir partir aussi nous le suivirent sur le quai. Il me serra très fort contre lui avant de déposer deux baisers sonores sur mes joues – Nous nous reverrons bientôt mon bonhomme, promis !» Et il monta dans le train.

  4. Odile zeller dit :

    Jour 6
    Texte de Janine
    6 – Depuis quelque temps une foule de souvenirs remontent à ma mémoire. Je dois vieillir. Mais il est vrai aussi que je me trouve dans la maison de mes parents et les évènements grands et petits qui ont fait notre histoire ont laissé leur empreinte. Les lieux se souviennent et parfois ils nous parlent. Ma sœur et moi avions décidé de la vendre mais je ne sais pas si je vais pouvoir m’y résoudre.

    En faisant quelques pas dans le quartier ce matin je suis passé devant la maison où habitait Emma. Des enfants jouaient sur un toboggan.
    …C’était il y a longtemps. Un après-midi j’étais allé étudier chez elle et une fois les devoirs expédiés nous avions couru au jardin pour jouer à cache-cache derrière les arbres. Nous avions tant d’énergie à dépenser. A moment donné j’avais voulu impressionner Emma et j’étais grimpé sur le mur du fond. -Descend idiot, tu vas tomber ! – Pas du tout, regarde-moi, je suis un avion, à 3 je m’envole !» J’étendis les bras, hurlai – 1, 2, 3» et…. m’affalai piteusement au sol. Emma se précipita – je te l’avais dit, ce que tu es bête ! Tu m’as fait une de ces peurs ! Tu t’es rien cassé au moins ?»
    Non, à part mon amour-propre un peu amoché et quelques contusions, rien de grave. Mais j’avais lu de l’angoisse dans les yeux d’Emma et ça m’avait bien plu, alors quelques bleus, ce n’était rien, j’étais même prêt à m’en faire d’autres !
    – Hé, les casse-cou, venez donc goûter.» Sa mère qui avait assisté de loin à mon exploit, nous appelait. Elle mit un peu de mercurochrome sur mes éraflures puis nous servit une tasse de chocolat et une délicieuse tarte aux fraises. La meilleure que j’ai jamais mangé. Et puis… si Emma avait eu peur pour moi c’est qu’elle tenait à moi ! Rien ne pouvait me rendre plus heureux !

  5. Janine dit :

    Jour 4
    Texte de Janine

    4 – Par une belle journée d’avril je sus que le printemps s’était enfin installé pour de bon. Jusque-là il avait fait semblant, passant d’un jour de plein soleil à un jour de pluie, les températures aussi se balançaient dans l’incertitude, au point qu’on avait vu fleurir les cerisiers en février et geler en mars. Les rhumes sévissaient, les douleurs s’installaient, les pharmaciens se réjouissaient.
    Ce jour-là j’avais senti une agréable douceur frôler ma peau et une subite gaîté me poussait à chantonner. Les oiseaux s’en donnaient à cœur joie animant les frondaisons de trilles et de roucoulements, la saison des amours commençait et je guettais le moment où les merles, brindilles au bec, se cacheraient dans les laurières pour y faire leur nid.
    Maman qui avait un proverbe pour chaque situation comme Mamie, tradition familiale oblige, n’arrêtait pas de me répéter – en avril ne te découvre pas d’un fil, Nicolas remets ton gilet.» Mais je faisais la sourde oreille, je ne pensais qu’à m’échapper dans le jardin pour courir y surprendre son réveil et redécouvrir ses merveilles endormies depuis si longtemps, voir les abeilles butiner nos fleurs, toutes sortes d’insectes sortir de terre, les fourmis s’affairer en un incessant va-et-vient.
    Il faudrait demander à Papa de nous emmener un de ces jours à la campagne et pourquoi pas faire un pique-nique au bord de la rivière, n’importe où pourvu que nous ne restions pas à la maison avec le beau temps désormais bien installé. J’avais besoin d’air, je me sentais étouffer. Claire, elle, s’en fichait, elle ne pensait qu’à son fiancé en souriant d’un air niais. Papa m’écouterait, c’est sûr, lui aussi voudrait sortir, je le voyais souvent se planter devant la fenêtre et regarder dehors, l’air absent, tandis que Maman de son fauteuil soupirait, sans joie.
    J’avais envie de les secouer, de les faire bouger, de leur crier que j’existais moi, que j’en avais assez de leurs problèmes.

  6. Odile zeller dit :

    Texte de Janine jour 3
    BEAU COMME UN CAMION

    ​Le dîner fut égayé par le babil incessant de tante Alice. Elle avait toujours des histoires drôles à raconter, des anecdotes et elle me faisait rire. Heureusement, car sans elle le dîner aurait été bien silencieux. Mon père, que j’observais à la dérobée, semblait perdu dans ses pensées, peut-être aussi dans des souvenirs car je voyais passer sur son visage comme de légères vagues de joie vite réprimées et ma mère avait cet air boudeur qui me tapait sur les nerfs et lui donnait un air borné. J’avais du mal à croire qu’elle et tante Alice étaient sœurs. Aux antipodes l’une de l’autre.
    ​Ma sœur, sitôt le dessert avalé, se précipita dans sa chambre afin de poursuivre son idylle téléphonique avec son cher Antoine. Papa se retira dans la bibliothèque, il avait des copies à corriger. Jamais plus je n’entendis prononcer le nom de madame Morange.
    ​Le lendemain tante Alice me dit «ta maman est fatiguée aujourd’hui, elle va se reposer, on va sortir tous les deux. Que dirais-tu d’aller au cirque cet après-midi ?» «Oui, super ! Est-ce qu’on pourrait dire à Emma de venir avec nous?» Elle accepta, bien sûr, je savais bien qu’elle ne me refusait jamais rien. Emma c’était ma compagne de classe préférée et par chance elle habitait près de chez nous.
    ​Après le déjeuner je courus me préparer apportant un soin tout particulier à ma toilette, je réussis à discipliner les épis de mes cheveux avec une généreuse couche de gel et m’arrosais d’eau de toilette. Lorsque tante Alice me vit descendre l’escalier arborant ma plus belle chemise et mon blouson tout neuf elle s’exclama «Mais qu’il est beau mon Nicolas, beau comme un camion ! Toi, je crois bien que tu es amoureux, je me trompe ?» Mes joues s’enflammèrent aussitôt mais je répondis promptement – un camion ? N’importe quoi ! Je préfère ressembler à un avion, c’est bien plus beau !»
    ​Puis je repensais au soin qu’apportait parfois mon père à sa tenue avant de sortir. Je compris que je me rapprochais de plus en plus de lui. Et c’est ce qui me procura le plus grand plaisir.

  7. Marie-Pierre dit :

    Jour 7

    La lampe se morfond sur le bureau.
    Le printemps est arrivé tôt cette année et elle déteste le retour des beaux jours : le soleil se lève plus tôt, se couche plus tard. C’est à peine si on l’allume dans la journée. Elle aime l’hiver quand le jour se cache jusqu’à dix heures pour disparaître à quatre. Alors elle se sent indispensable. Elle participe à la naissance des meilleures idées. Le matin, elle s’attendrit en les voyant éclore et avancer maladroitement hors de leurs coquilles. Puis elle s’étonne de les retrouver le soir si fortes, si épanouies. Avec une fierté toute maternelle, elle songe que sans sa lumière, elles n’auraient pas vu le jour.
    Mais depuis une semaine, personne n’est venu l’allumer. Personne ne s’est assis au bureau. Pas un bruit dans les couloirs, pas un bruit dans la rue. Où sont-ils tous passés ? Sont-ils tous malades ? Partis en vacances ?
    La lampe s’ennuie et se demande si on aura encore besoin de ses lumières. Elle se rassure en songeant qu’elle doit leur manquer.

  8. Odile dit :

    Jour 5
    En fuite
    La foule se pressait aux abords de la gare de Keleti Michka poussait sa grand mère devant lui sans la bousculer. Elle lui servait de bouclier. Peu de vieilles dames ici dans cette cohue. Avec son petit chapeau et son manteau de fourrure elle faisait comtesse en promenade allant faire du shopping à Vienne. Elle n’avait qu’un petit sac et Michka le sien avec de quoi manger pour le trajet. Ils progressaient lentement. Dehors on entendait au loin des détonations et un roulement sourd. Michka frissonnait le train partirait il ? S’il,fallait refaire le même chemin en sens inverse Mamie supporterait elle la fatigue. Il ne lui avait rien expliqué. Une visite à Vienne Herz sa cousine rien de plus. Elle n’avait pas posé de questions. On verrait plus tard, il serait bien temps.
    Dans la voiture elle avait demandé pourquoi les gens étaient si nombreux sur les trottoirs à emporter des valises. Cela lui rappelait l’exode massif à l’arrivée des soviétiques. Elle avait probablement saisi que quelque chose se tramait. Elle aurait préféré rester au château même occupé par une autre famille. Avec sa mauvaise vue elle ne lisait plus la presse depuis des années.
    La foule s’agglutinait autour d’eux, les escaliers seraient périlleux. Il,sera fort le bras de Mamie. La descente vers le quai prit plus d’une heure. Il fallut hisser Mamie dans le wagon, la faire progresser jusqu’en tête du train. Le compartiment était complet mais elle put s’asseoir à sa place. Michka avait suivi mais le marche-pied lui semblait inaccessible. Tant pis … il serait pris, jugé et probablement condamné … Mamie elle serait sauvée … quand le train commença à rouler il profita du recul de la foule pour s’agripper, un bras l’aida a se hisser et finalement à la dernière minute il monta dans le train.

    • Marie-Pierre dit :

      C’est important de penser à d’autres époques et de penser à ceux qui les ont vécues. L’effet de suspense : prendra—t-il le train ? est réussi. Une hidtoire bien ficelée.

  9. Marie-Pierre dit :

    Jour 6
    Eva s’ennuie toute seule dans le jardin où Maman vient de l’envoyer prendre l’air. Elle dit que c’est parce que c’est bon de prendre l’air mais en fait elle veut pouvoir téléphoner à sa collègue Jeanne-Marie pour lui demander comment faire un truc super compliqué sur l’ordinateur.
    Au début, Eva pensait que ce serait chouette de ne pas aller à l’école et de travailler dans le salon à côté de Maman. Mais elle en a assez des exercices du Bescherelle et des problèmes de robinet, assez d’être envoyée dehors à chaque fois que l’ordinateur de Maman fait des bips énervés.
    Eva songe que Julien avait raison : c’est nul d’être une fille unique et ne pas avoir de Papa. Nul d’avoir personne pour jouer au ballon, nul de devoir laisser Maman travailler car sinon elles se retrouveraient sans rien, nul d’entendre la famille d’à côté jouer au Uno et au Twister.
    C’est nul d’être Eva.
    La petite fille commence à pleurer sans bruit. Elle déteste ce virus qui a gâché sa vie. Elle déteste Papa qui est parti. Elle déteste les voisins, elle déteste Julien, mais surtout elle déteste sa vie.
    Soudain elle entend un oiseau chanter. Elle lève la tête vers le ciel et le voit passer. Alors elle remarque les nuages de toutes les formes. Parfois quand Maman a le temps, elles jouent à deviner les formes dans les nuages. Toute seule elle trouve ce jeu ennuyeux… Mais elle a une autre idée.
    Et si elle jouait à Un, deux, trois, soleil avec les nuages ?
    Elle ferme les yeux et commence à compter : Un, deux, trois… Soleil !
    Le dragon a bougé, le nounours par contre s’est figée, la sirène aussi…
    Elle ferme les yeux et crie plus fort :
    – Un, deux, trois… Soleil !
    Eva a retrouvé le sourire.

  10. Marie-Pierre dit :

    Jour 5
    Quand il devint clair que les choses ne s’amélioreraient pas, il fallut reconnaître que le confinement était la seule solution. Le lycée fermerait, le groupe de prière se réunirait virtuellement et les parents télé-travailleraient.
    Dans notre famille, néanmoins, il n’était pas possible d’être tout simplement du même avis. Maman pensait qu’il fallait faire les bagages, sauter dans le monospace et s’installer à Arcachon : l’air y était meilleur et la salle de bains plus spacieuse. Papa, lui, arguait que le débit Internet était meilleur en ville et que la pollution de l’air allait diminuer avec tous les avions cloués au sol et les déplacements interdits. Maman insistait : à Arcachon, ils avaient un jardin. Papa du tac au tac lui rétorqua que certes, ils avaient un jardin, mais plus de jardinier.
    Mon frère se rangea du côté de Maman. Il avait besoin du jardin pour s’entraîner. A l’entendre, on aurait cru qu’il préparait les jeux olympiques. Il jouait au volleyball dans une petite équipe, mais il avait à cœur d’impressionner les filles avec son gainage et son endurance.
    Je m’en moquais. Papa finissait toujours par faire ce que Maman voulait. Si on m’avait demandé mon avis, j’aurais voulu me confiner dans un appartement avec ma meilleure amie Sandrine, son bichon frisé et Cédric.
    Cédric c’était presque mon petit copain. Si ce fichu virus était apparu deux semaines plus tard, nous aurions été ensemble au moment du confinement. Je tentais le tout pour le tout et lui envoyait un message :
    – On pourrait se voir avant d’être enfermés pour des semaines.
    – Si tu veux.
    Il me donna rendez-vous de bonne heure du côté de la gare. J’y allai avec des papillons dans le ventre.
    Il refusa de me faire la bise rapport aux consignes de sécurité. Il me rendit les BDs que je lui avais prêtées et me demanda si je pourrais l’aider en math à distance. Les papillons commençaient à s’envoler.
    Oui, bien sûr, je l’aiderais en trigonométrie et en géométrie.
    Alors, il regarda sa montre. Il avait un TGV à prendre. Il partait chez son père. Il ne supporterait pas d’être enfermé avec sa mère, son copain et leurs enfants. Il n’allait pas se transformer en instituteur ou en baby-sitter.
    Je l’accompagnai jusqu’à son wagon pour libérer les derniers papillons. Il me dit qu’il m’appellerait pour les maths et il monta dans le train.

    • Odile zeller dit :

      Une scène de vie très bien relaté. Le virus selon les adolescents dont la presse ne parle pas. Le focus ainsi placé est instructif. Ceux de ce texte sont bien élevés … d’autres certainement moins
      Merci

  11. Odile zeller dit :

    Jour 4

    Par une belle journée d’avril Hector et Juliette se promenaient main dans la main. Depuis deux semaines ils étaient amoureux. Il faisait beau c’était le printemps et rien que leur amour ne les atteignait …. pas d’internet pas de News. Je t’aime et je t’adore rien de plus. Des projets de voyages à deux Rome à Pâques, Londres en mai et Berlin en juin. Sur le chemin du retour ils chantaient à tue-tête toutes fenêtres ouvertes. Quand une moto les arrêta : vos papiers, votre autorisation de déplacement … la quarantaine … non ils ne savaient pas, non ils …. un virus ah bon dangereux ah bon … confinement. Ils éclatèrent de rire …confiner oui ils s’étaient confinés … le gendarme les raccompagna jusqu’à leur porte. La quarantaine … à deux ils devaient tout partager. Hector se révéla piètre cuisinier mais fin gourmet. Il répétait à chaque repas que sa mère … ils avaient fréquenté en amoureux tous les bistrots du quartier et maintenant les courses, le ménage, la routine, le banal. Ils n’étaient guère préparés. Les premiers désaccords et les réconciliations mais là distance préconisée freinait leurs ébats. En quelques jours ils n’étaient plus d’accord sur rien . Juliette était chez elle, elle n’aimait pas l’opéra ni la musique classique. Lui adorait. Le télétravail sauva une entente fragile mais une semaine plus tard ils étaient conf8nes et en chômage technique. La quarantaine continua et leurs différends s’accentuèrent. Ils tentèrent de trouver un modus vivendi … Juliette la cuisine Hector le ménage
    Juliette dessina, Hector écrivit et à deux ils créèrent une BD …
    deux mois plus tard leur œuvre commune gagna le prix … ils se retrouvèrent pour partager cet honneur parce qu’ils s’étaient séparés à la sortie du confinement se promettant de rester bons amis.

    • Marie-Pierre dit :

      C’est sans doute un texte un peu prémonitoire pour beaucoup de jeunes couples. J’aime bien la fin : réaliste mais optimiste.

  12. Marie-Pierre dit :

    Jour 4
    Par une belle journée d’avril, Angèle décida de mériter son nom et de se comporter pour une fois comme un vrai petit ange. Elle se leva de bonne heure, fit son lit et ne laissa pas traîner sur la table son bol de céréales. Elle s’attendait au moins à un compliment, mais son père lui lança le même « Dépêche-toi » que tous les jours.
    Angèle s’habilla sans traîner, vérifia qu’elle n’oubliait rien et sortit de l’appartement avec deux minutes d’avance. Elle n’eut pas à courir pour attraper le bus. Comme elle n’était pas essoufflée, elle salua le chauffeur avec un beau sourire. Il se contenta de bougonner « Jour ».
    A l’école, elle salua Bérengère en l’appelant par son prénom et pas « Bergère ». Celle-ci ne la remercia pas de sa gentillesse remarqua au contraire : « Tu es mal coiffée aujourd’hui Diablesse ». Matthieu éclata de rire mais Angèle ne lui tira pas la langue. Elle n’essaya pas non plus de recopier les devoirs de Virginie. Elle leva la main pour participer au cours mais la maîtresse ne l’interrogea pas.
    En rentrant, elle s’arrêta au passage piéton pour regarder à droite et à gauche. Aucune voiture ne s’arrêta pour la laisser passer. Elle rata son bus. En rentrant à pied sous la pluie, elle arriva à la conclusion qu’être une bonne personne était ennuyeux. Non seulement il fallait faire toute une série de choses barbantes pour les autres, mais en plus ces autres vous ignoraient royalement.
    En rentrant à la maison, elle se mit à dessiner le monde égoïste et ingrat. Puis elle écrivit dans un coin : « Merci Maman ». Toute la journée, Maman ramassait les affaires des autres, se rappelait les obligations des autres et courrait faire les courses des autres. Pourtant elle ne se plaignait pas, souriait et racontait de jolies histoires le soir.

  13. Marie-Pierre dit :

    Jour 3

    Matthieu est très fier de sa tenue de vrai petit homme. Il va le montrer à toute la famille et recevoir des compliments. Il a un costume tout neuf comme celui de Papa : une chemise bleue, une pantalon gris, une veste assortie et même une cravate. Mamie dit qu’il est « beau comme un camion ». Elle a mis du gel dans ses cheveux pour qu’il soit parfait.
    Matthieu est content d’aller au mariage de Tante Virginie. Depuis le temps que tout le monde en parle, il a hâte d’y être. Il y aura des jeunes filles qui seront là pour s’occuper des enfants : toute la journée il jouera et mangera de très bonnes choses. Il y aura tous ses cousins et pleins d’autres enfants qu’il ne connaît pas encore. Ce sera comme l’école mais sans le maître et sans les leçons. Dans l’après-midi, il pourra jouer au foot mais il devra demander à Mamie de l’aider à changer de tenue avant.
    Le foot, ce sera après. D’abord, il y a la cérémonie où il faut être très sage et très propre. Voilà, Papa coupe le moteur. C’est là. Matthieu radieux descend de la voiture et prend la main de Mamie. Mais soudain il sent qu’il a envie de pleurer et il a mal au ventre. Il s’arrête. Mamie lui dit d’avancer qu’ils sont presque arrivés. Il demande si c’est là la cérémonie dans le grand bâtiment en pierre. Mamie confirme : le mariage de Tante Virginie a lieu dans l’église.
    Matthieu commence à pleurer. Il n’ira pas. La dernière fois qu’il est rentré dans cette grande maison de pierre, beau comme un camion, Maman était morte.

  14. Odile zeller dit :

    Jour 3
    Le tout petit garçon regarde fasciné, il ne bouge plus, la bouche grand ouverte et il se met à taper dans ses mains en criant Truck maman Truck. La maman entre café et smartphone n’a pas suivi. Elle capte le regard de son fils et sourit. Oui un camion, un truck. L’engin énorme, magnifique, rutilant en rouge et chrome stationne sur le parking, l’un de ses mastodontes qui traversent le continent américain sur les autoroutes de côte à côte. Le chauffeur, un athlète en T-shirt et blue-jean, une casquette de hockey sur la tête apparaît un café à la main. Remarquant la joie de l’enfant il lui fait un signe de la main. Le petit bonhomme hurle de joie quand son héros grimpe dans la cabine.
    Truck truck truck go maman !
    Le monstre rugit au démarrage avant de progresser doucement vers la sortie du parking pour regagner la voie rapide. La maman décide qu’il est temps de repartir. L’enfant est fou de joie quand il double le camion qui klaxonne gaiement.
    Le lendemain au supermarché rien ne peut le détacher d’un énorme camion rouge en plastique. Maman please le Truck, le truck truck rouge.

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