Atelier Quarantaine suite

Bonjour à tous

la suite des propositions

16 logorallye

insérer les titres suivants

la Traviata, don Juan, les noces de Figaro, numéro 5, L’empereur, Nabuchodonosor

17  le sujet est noir et blanc

18 écrivez le dialogue entre deux poubelles qui se racontent leurs devoirs quotidiens

19 écrire la suite du texte

L’heure pressait. Vienne, écrasée sous les mortiers de l’artillerie ottomane, n’était plus qu’un champ labouré par l’explosion continue des bombes ; les églises, les monastères, le palais de l’empereur, les quartiers entiers de la capitale fumaient d’un éternel incendie ….

Alphonse de Lamartine

20 Cluedo

A 8.00 on retrouve le corps de Madame Blanche dans la bibliothèque tuée d’un coup de couteau …. servez du jeu de Cluedo ou de cette amorce pour écrire la suite

 

À vos plumes

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28 réponses à Atelier Quarantaine suite

  1. Odile zeller dit :

    Jour 20
    Texte de Janine

    20 – MADAME BLANCHE

    On l’avait retrouvée allongée dans une mare de sang sur le parquet de la bibliothèque, un coupe-papier planté en pleine poitrine.
    Le commandant Maurel avait fait délimiter la scène de crime et l’équipe scientifique effectuait déjà les premiers relevés d’empreintes.
    A l’écart, effondrée sur une chaise, une femme pleurait et gémissait.
    – Elle était si gentille madame Blanche, qui a bien pu faire ça ?
    – C’est vous qui l’avez découverte ? Demanda un jeune inspecteur.
    – Oui, dit-elle en reniflant, j’en suis encore toute retournée. Je fais le ménage avant l’ouverture au public et le matin j’arrive à 8h. C’est madame Blanche qui a les clés. Si elle n’est pas encore arrivée je l’attends en prenant un café au petit bar, en face. Mais j’ai vu que la porte était ouverte alors je suis entrée et je l’ai appelée pour lui dire que j’étais là. Mais elle a pas répondu.
    – Qu’avez-vous fait alors ?
    – J’ai cru qu’elle était allée au vestiaire poser son manteau mais elle n’y était pas. Alors je suis allée au cagibi, là au fond du couloir pour prendre les chiffons à poussière, l’aspirateur et tout ce qu’il me faut pour nettoyer, quoi. Qui aurait pu imaginer…
    – Et après ?
    – Ben, j’ai commencé mon boulot par la grande salle comme d’habitude, et c’est là que je l’ai vue… par terre, avec tout ce sang… j’ai paniqué, j’ai même failli tomber dans les pommes, et puis j’ai appelé monsieur Beaufort, le directeur, il m’a dit de toucher à rien qu’il allait appeler la police et qu’il arrivait.

    Maurel s’approcha de l’homme qui attendait à l’écart. Il était très pâle et visiblement secoué.
    – Monsieur Beaufort, vous avez une idée de ce qui a pu se passer ? Quelqu’un lui en voulait ?
    – Pensez-donc, une femme si gentille, discrète et très consciencieuse dans son travail. Rien à dire, elle était absolument irréprochable. Je ne peux pas imaginer que quelqu’un ait pu lui en vouloir au point de… c’est horrible… excusez-moi… Il sortit un mouchoir et essuya ses lunettes, ses mains tremblaient.
    – Vous pouvez me donner son adresse ? Elle avait de la famille, des proches ? Et faites-moi savoir si quelque chose d’anormal vous revient en mémoire. Que sais-je, des fréquentations, des coups de fil… Chaque détail est important. Encore une question. La bibliothèque, elle ferme à quelle heure ?
    – Pour le public à 18h30. Ensuite madame Blanche contrôle… contrôlait que tous les livres empruntés avaient été rendus, elle rangeait et elle fermait à clé en partant.
    – Vous avez remarqué si quelque chose a été volé ?
    – Qui viendrait voler des livres ? Nous n’avons rien de précieux, ici.
    – Vérifiez quand même. Elle aurait pu surprendre quelqu’un. Vous n’avez pas de système d’alarme en cas d’intrusion ? Pas de caméra de surveillance ?
    – Ça n’a pas été jugé nécessaire par la municipalité.
    Le commandant lui demanda de se tenir à disposition, il aurait d’autres questions à lui poser, puis il se dirigea vers le médecin légiste.
    – Alors, tu me dis quoi sur la victime ?
    – Pas de traces de lutte. Elle s’est pas défendue, on peut penser qu’elle connaissait le meurtrier. En tout cas il l’a pas ratée. Un seul coup, mortel, porté avec violence par une arme improvisée trouvée sur place. Pour ma part j’exclurai la préméditation. Sûrement une impulsion, un accès de colère, de rage.
    – Tu peux me dire à quand remonte le décès ?
    – Probablement à hier soir, je t’en dirai plus après l’autopsie. Mais y a un truc là, regarde. Son index droit est taché de sang, tu le vois ? On dirait qu’elle a essayé d’écrire quelque chose, regarde, on dirait une lettre… un L, peut-être ?
    – Oui, on dirait. Ça pourrait être un début de piste. Dites, monsieur Beaufort, vous ne connaitriez personne dans son entourage dont le nom commencerait par un L ?
    – Vous savez, je ne la fréquentais pas en dehors du bureau, je sais qu’elle était veuve, sans enfants, c’est tout.

    Oui, se dit le commandant, et qu’elle était irréprochable, on le sait. Mais on ne se fait pas assassiner comme ça. Doit bien y avoir un lézard quelque part. Il poursuivit à haute voix – Il faudrait savoir si elle connaissait quelqu’un dont le nom commence par un L…
    A ces mots la femme de ménage poussa une exclamation – Un L, vous dites ? Y a bien Lucas le serveur du bar mais y ferait jamais ça !

    Maurel traversa la rue au pas de course.
    – Non, Lucas n’est pas là aujourd’hui, dit le barman, il a téléphoné qu’il avait la fièvre. Qu’est-ce que vous lui voulez ? C’est un bon gars, vous savez. Il a fait quelque chose ?
    – Vous le connaissez bien ?
    – Ben, il est pas très bavard, mais je sais qu’il vient de la DDASS. Jamais eu de chance, c’est pas toujours marrant les familles d’accueil, il en a bavé. Ça fait six mois qu’il bosse ici et j’ai jamais eu à m’en plaindre.
    – C’est quoi son nom de famille et son adresse ?

    Lucas n’était pas chez lui. L’appartement était en désordre, ça ressemblait à une fuite précipitée aussi Maurel lança un avis de recherche.

    On retrouva le jeune homme le lendemain sur signalation de la police des frontières. Il s’apprêtait à passer en Espagne. C’est vrai qu’il avait l’air d’un bon gars. En tout cas il était du genre émotif et il ne résista pas longtemps à l’interrogatoire. Très vite il avoua avoir tué madame Blanche. Il avait l’air sincèrement désespéré.

    A la demande de Maurel il raconta les circonstances, des sanglots dans la voix. Depuis plus d’un an il avait commencé des recherches pour retrouver sa mère biologique. Ça faisait longtemps qu’il voulait la connaître, ça tournait à l’obsession. Grâce à la nouvelle loi il avait obtenu de la DDASS de pouvoir consulter son dossier c’est comme ça qu’il avait appris son nom. Marie-Thérèse Blanche. Elle l’avait abandonné à la naissance. Il avait continué à chercher et il avait fini par découvrir qu’elle était bibliothécaire ici. C’est pour ça qu’il avait voulu travailler au bar en face de la bibliothèque, pour se rapprocher d’elle et l’observer un peu avant de la contacter, pour voir comment s’y prendre. C’est délicat comme démarche. Il ne voulait surtout pas la brusquer, lui faire peur. Dès qu’il l’avait vue il avait commencé à s’y attacher. Elle avait l’air tellement gentille. Il avait du mal à croire qu’elle ait pu abandonner son enfant. Mais allez savoir les circonstances de sa grossesse. Elle avait dû être obligée. En tout cas il n’éprouvait pas de rancœur, il était prêt à lui pardonner. Il ne voulait qu’une chose, qu’elle lui dise qu’elle regrettait, rien d’autre.
    Mais malgré lui il s’était fait tout un cinéma dans sa tête. Peut-être qu’avec le temps elle finirait par l’aimer. Il fallait juste qu’ils apprennent à se connaître. Il espérait, il en rêvait. Vingt fois il avait pensé lui parler. Mais il n’avait pas eu le courage. Jusqu’à l’autre soir.
    Il était allé récupérer le plateau avec les tasses avant la fermeture de la bibliothèque. Elle était seule et elle l’avait accueilli avec le sourire, alors il en avait profité. Il lui avait dit qu’il était son fils, qu’il l’avait tant cherchée, qu’elle lui avait manqué. Mais… ça ne s’était pas du tout passé comme il l’avait imaginé. Non seulement elle ne l’avait pas cru ou pas voulu le croire, mais son visage s’était fermé, son regard était devenu dur, presque méchant, il ne l’avait jamais vue comme ça. Elle avait dit d’un ton méprisant – C’est de l’argent que tu veux ? Espèce de petit voyou, file ou j’appelle la police. Et ne remet plus les pieds ici !
    Un arnaqueur, voilà ce qu’il était pour elle, un sale petit arnaqueur.
    Sur le bureau, il y avait le coupe-papier. Il l’avait saisi et il avait frappé. Un seul coup. Lui, ce qu’il voulait c’était juste l’entendre dire qu’elle regrettait, qu’elle lui demande pardon, rien de plus.
    Maurel, pensif, referma le dossier. Il soupira. Irréprochable, madame Blanche ?

  2. Claude Klein dit :

    Elle gisait-là. Devant sa table de travail. Son corps recroquevillé semblait avoir tenté de se protéger de quelque chose qu’elle avait soudain vu venir. Quelque chose d’effrayant. De dangereux. Il était en boule comme celui du hérisson apeuré qui présente ses piquants à son agresseur. Là, pas de défenses pointues. Le dos arrondi hébergeait encore le couteau à saigner de 25cm planté en dessous de l’omoplate gauche. Son visage crispé indiquait la peur qui l’avait envahie. Sa bouche béante appelait encore à l’aide. Ses yeux grand-ouverts disaient une espèce d’incrédulité face à l’improbable qui se réalisait alors. Car, oui, Madame Blanche était bel et bien morte assassinée alors qu’elle se trouvait dans sa bibliothèque. En paix, espérons-le. Personne ne l’avait encore trouvée ce matin-là. Il était 8 a.m. et tout était paisible alentours. Berthe Blanche aurait sûrement aimé ce silence, cette quiétude automnale, la campagne ensoleillée dont elle ne pouvait évidemment pas se repaître. Elle était morte.
    Quelqu’un avait décidé de la rayer du monde des vivants. De son propre chef, quelqu’un de bien impérieux l’avait fait passer de vie à trépas. Le couteau étant ressorti par le sein gauche, une grande force devait animer ce meurtrier. Dextre, devait-il être et connaisseur d’anatomie. Il avait touché le cœur sans tergiversations inutiles. Un artiste, qui avait fait son travail proprement.
    L’Inspecteur Manigonds arriva sur les lieux du crime à 9H30. Il jeta un regard englobant sur la pièce agréable où se trouvait le cadavre .
    – Dommage pour le tapis afghan ces gouttes de sang…
    Se reprenant, il examina les restes de Madame Blanche consciencieusement. Le légiste et les services techniques lui donneraient les informations dont il aurait besoin pour commencer son enquête. En attendant, il s’approcha du bureau et se mit à lire une lettre inachevée. Un énorme pâté d’encre noire cachait en partie l’épitre commencé. Stylo Mont Blanc, papier à lettre japonais, sous-main en lézard… Un décor qui avec les collections reliées dorées sur tranche situaient Berthe Blanche dans la catégorie des esthètes aisés.
    – Blanchard, vous m’envoyez vos conclusions au plus vite s’il vous plaît.
    Et l’inspecteur Manigonds sortit par la porte-fenêtre dans le jardin, où les couleurs chaudes d’octobre se mêlaient au vert d’un pelouse se prolongeant loin devant lui. Au bout, Le Lac. Une colonie de cygnes exceptionnellement nombreuse était cause de sa renommée. Toute la région en parlait. Manigonds soupira. Il n’avait pas le temps d’aller admirer ces oiseaux qui, jadis, faisaient les délices des tables royales.
    Le 11 avril 2020

    • Claude Klein dit :

      Est-ce possible de remplacer le texte Cluedo du 21 avril par le suivant ? Merci d’avance.

      “Elle gisait-là. Devant sa table de travail. Elle semblait avoir tenté de se protéger de quelque chose qu’elle avait soudain vu venir… Quelque chose d’effrayant. De dangereux. Son corps recroquevillé était en boule comme celui du hérisson apeuré présentant ses piquants à son agresseur. Pas de défenses pointues, ici. Le dos arrondi hébergeait encore le couteau à désosser planté en-dessous de l’omoplate gauche. Son visage crispé indiquait la peur qui l’avait envahie. Sa bouche béante appelait encore à l’aide. Ses yeux grand-ouverts disaient une espèce d’incrédulité face à cet impossible qui se réalisait dans sa bibliothèque. Car, oui, Madame Blanche était bel et bien morte assassinée dans la pièce qu’elle préférait, et, à huit heures du matin en ce samedi 17 octobre 2001, personne ne l’avait encore trouvée.
      Tout était paisible alentours. Elle aurait sûrement apprécié ce silence de cette quiétude automnale ensoleillée qui habitait la campagne environnante. Elle ne pouvait évidemment pas s’en repaître. Elle était vraiment morte. Quelqu’un avait décidé de la rayer du monde des vivants. Quelqu’un de bien impérieux, qui derechef l’avait fait passer de vie à trépas. Ce meurtrier, une grande force l’animait certainement, le couteau était ressorti par le sein gauche. Dextre, il devait l’être, et, connaisseur d’anatomie aussi. Il avait touché le cœur sans tergiversations inutiles. Il avait fait son travail proprement. Un artiste en somme.
      L’inspecteur Magimond arriva sur la scène du crime à 9H20. Il jeta un regard circulaire sur la pièce agréable où se trouvait le cadavre.
      -Dommage pour le tapis ces gouttes de sang.
      Se reprenant, il examina les restes de Madame Blanche consciencieusement. Le légiste et les services techniques lui donneraient les informations dont il aurait besoin pour continuer son enquête, mais il voulait d’abord s’imprégner de l’atmosphère des lieux. Il se rapprocha du bureau et se mit à lire une lettre inachevée. Un énorme pâté d’encre noire cachait en partie l’épître commencée. Stylo Mont Blanc, papier à lettre japonais, sous-main en lézard. Décor, qui avec les collections reliées et dorées sur tranche situaient Madame Blanche dans la catégorie des esthètes aisés.
      -Blanchard, vous m’envoyez vos conclusions au plus vite s’il vous plaît.

      Et, l’inspecteur Manigond sortit par la porte-fenêtre dans le jardin, où les couleurs chaudes se mêlaient au vert d’une pelouse anglaise. Elle s’étendait loin devant lui jusqu’à un lac. Le Lac. Une colonie exceptionnellement nombreuse de cygnes était cause de sa renommée dans toute la région. Manigond détourna les yeux. Il n’avait pas le temps d’aller admirer ces oiseaux qui, jadis, faisaient les délices des tables royales.

      -Monsieur l’Inspecteur? Le rapport du légiste. Il semble que cette enquête présente quelques éléments peu ordinaires. La mort a bien été causée par le couteau. Le coup a été porté sans hésitation et avec force Mais, à ce moment, la victime était déjà dans un coma assez avancé. Ses poumons contenaient une importante quantité de gaz moutarde… Facile alors pour le meurtrier de terminer le travail, non ? J’ajoute que notre homme s’y connaissait en anatomie. Il est allé droit au palpitant.

      -Ça ira. Merci Blanchard.

      Une femme pourrait-elle en être l’auteur ? Sans doute, oui, à condition d’être suffisamment musclée. C’est vrai qu’un corps détendu par l’effet du gaz rend plus aisé l’utilisation du couteau. La lame effilée d’un désosseur pointu n’a rencontré aucune résistance de la part de cette pauvre Madame Blanche. Manigond soupira. Tout à fait le genre d’affaire qui se résout d’un coup de dés. Il ne me reste plus qu’à invoquer le Hasard. Et puis, non. J’arrête tout.
      Assez de ces spéculations sur les stratégies d’un tel, les motivations de telle autre. Finies l’étude des histoires familiales et des attitudes à risque susceptibles d’avoir provoqué l’acte parce que le portrait psychologique d’un désespéré en fait un tueur potentiel. Sans oublier qu’une fois le véritable assassin découvert, ses motifs s’expliquent par les affects, et, pourquoi pas, les réactions épidermiques! Après tout, cette célibataire millionnaire de quatre-vingts ans vivait entourée de ses dix neveux et nièces. Leur affection ne se démentait pas. Ils l’entourait à qui mieux mieux pour se l’attacher en vue de la réunion post-décès de chez le Notaire. Le plus tard possible car tous l’aimaient bien évidemment. Chacun à sa façon, cela va de soi.
      L’argent, l’avidité ou la nécessité sont mobiles récurrents. La vengeance aussi bien-sûr. Le sadisme ? Plus souvent qu’on ne le pense.
      Et puis les couilles quoi! Pour tuer, il en faut. Toujours le vieux concept de virilité. L’obsession millénaire d’un homme maître de la vie et de la mort parce qu’il est physiquement et mentalement inoxydable. Rien ne le fait dévier de son dessein mûrement planifié. Dans ce cas, il s’agit de traquer le grain de sable qui enraye le mécanisme habituellement sans faille. Et toucher du doigt cet empêcheur de tourner en rond relève de la rareté d’une illumination remontant des grandes profondeurs de l’Inconscient. De l’intensité de la mixture, qu’il concocte avec subtilité et concentration surgit la solution. Ah, j’oubliais les projections personnelles.Importantes, celles-là. Et pas qu’un peu!

      Comprenez-vous, maintenant pourquoi, je démissionne en cette matinée revigorante d’octobre ? Je laisse la suite de l’enquête à qui voudra bien s’y plonger. La nature m’appelle. Elle me signale qu’en moi sommeille un prédateur, un seul. Le chasseur de champignons exige son dû. Adieu.”

    • Odile zeller dit :

      On aimerait la suite bien sur
      Le décor et les personnages sont bien posés et intéressants.
      Madame Blanche Berthe … c’est amusant et très bien adapté à la fiction autour du jeu.
      Merci

  3. Marie-Pierre dit :

    A 8.00 on retrouve le corps de Madame Blanche dans la bibliothèque tuée d’un coup de couteau. A 9.00, j’achète la rue de la Paix dans l’espoir d’y bâtir un hôtel. A 10.00, je cherche au fin fonds de mon cerveau une ville qui commence par Q. A 11.00, je me détends les doigts en attrapant un papillon chatouilleur dans l’estomac.

    A 12.00, c’est la pause déjeuner.

    Une fois le lave-vaisselle lancé, je dois vite installer les enfants devant leurs devoirs car à 14h30, j’ai rendez-vous en ligne avec les collègues pour une belote. Ensuite, tante Odile va m’appeler pour jouer aux échecs. Après, je me débrouille pour enchaîner les 6 et finir la partie de petits chevaux à temps pour aller applaudir les soignants sur le balcon.

    Depuis que nous sommes confinés, les enfants et moi, dans notre appartement, ma vie s’est remplie. Je suis tour à tour enquêtrice, magnat de l’immobilier, institutrice, docteure, stratège, jockey et maman. Avant, j’étais juste une maman fatiguée à qui on demandait des signatures, des nouvelles chaussures et le nouveau mot de passe du Wifi. Je n’avais jamais le temps de jouer : je courais entre le bureau, le collège et le supermarché.

    Maintenant je joue toute la journée et le soir, je télé-travaille. Je vais plus vite, j’ai plus d’idées, pourtant je dors deux heures de moins.

    J’espère qu’après la crise sanitaire, les choses ne redeviendront pas comme avant.

  4. Marie-Pierre dit :

    Jour 19
    L’heure pressait. Vienne, écrasée sous les mortiers de l’artillerie ottomane, n’était plus qu’un champ labouré par l’explosion continue des bombes ; les églises, les monastères, le palais de l’empereur, les quartiers entiers de la capitale fumaient d’un éternel incendie ….

    Partout des cris retentissaient… Des noms, des adverbes… Les enfants appelaient leur mère, les mères leurs enfants. Certains tendaient d’organiser la fuite en hurlant des directions. Ça courrait à droite, à gauche. Ça sentait la peur, la mort et les cendres.

    Franz contemplait le désastre assis dans le parc de la Hofburg. Ses moustaches lui transmettaient des signaux de panique et de mouvement. Tous les oiseaux avaient déjà migré vers l’ouest, les rats s’étaient terrés dans les sous-sols et les chiens songeaient à dévorer leur maître.

    Franz attendait serein. Il avait encore cinq vies devant lui et il n’avait pas besoin des humains quand ils étaient ainsi affamés et effrayés. Il se débrouillerait bien seul pour survivre. De plus, on disait que les envahisseurs aimaient les chats. Il verrait, mais par principe il se méfiait toujours des humains.

    Il avait le temps. Il s’étira, fit un brin de toilettes et se dirigea en ronronnant vers le palais abandonné. Une bonne odeur de souris lui chatouillait les narines.

  5. Odile zeller dit :

    Jour 19
    Texte de Janine
    19 –

    L’heure pressait, Vienne écrasée sous les mortiers de l’artillerie ottomane n’était plus qu’un champ labouré par l’explosion continue des bombes ; les églises, les monastères, le palais de l’empereur, les quartiers entiers de la capitale fumaient d’un éternel incendie…
    Après deux mois de siège ce n’était que décombres, partout des cadavres sans sépulture, des blessés agonisants. Plaintes, cris et gémissements, partout la souffrance et l’odeur de la mort.
    L’espoir avait déserté les cœurs. La fin était proche, Vienne allait succomber et avec elle l’Occident.

    Alors que tout semblait perdu l’armée alliée descendit des collines. A sa tête un homme fort et audacieux, rompu aux techniques de la guerre, un stratège avisé, le roi de Pologne Jean Sobieski, qui avait exigé le commandement suprême de l’armée.
    Il lança une première offensive qui déstabilisa l’armée ennemie pourtant supérieure en nombre. Sa réputation le précédait et son nom semait la terreur. Une deuxième charge massive de sa cavalerie anéantit définitivement l’armée ottomane. Les cadavres jonchaient le sol par milliers. Les fuyards étaient taillés en pièces, les blessés achevés. Des rivières de sang.
    Jean Sobieski, surnommé le Lion du Léchistan par les Ottomans, en ce 12 septembre 1683 sauva Vienne. Et la civilisation occidentale.

    Dans une salle des Musées du Vatican un tableau immense, œuvre du peintre polonais Jan Matejko, occupe une paroi entière et célèbre la victoire et la libération de Vienne. A droite le roi de Pologne à cheval entouré de généraux et de soldats. Au centre le vizir Kara Mustafa, à cheval lui aussi, remet la lettre de reddition. A ses pieds gît l’étendard ottoman, hampe baissée en signe de défaite, cet étendard conquis par le roi lui-même et par la suite offert au pape Innocent XI. Dans le ciel, ailes déployées, une colombe blanche qui ressemble fort à la colombe du Saint-Esprit et un immense arc-en-ciel, comme un arc de triomphe.

    • Claude Klein dit :

      NO 19
      « L’heure pressait. Vienne, écrasée sous les mortiers de l’artillerie ottomane, n’était plus qu’un champ labouré par l’explosion continue des bombes ; les églises, les monastères, le palais de l’empereur, les quartiers entiers de la capitale fumaient d’un éternel incendie … »
      Lamartine est à sa table. Il s’est lancé dans un récit épique et exalté sur le spectacle de désolation prélude de la chute probable de Vienne aux mains des Ottomans. Aujourd’hui, trois siècles plus tard, c’est l’homme politique qui parle. Il veut faire œuvre d’historien. Il entend, soudain, venu d’on ne sait où, une supplique. Celle d’une femme dont la maison vient d’être touchée par une flèche enflammée, et, qui se bat attendant l’armée qui les délivrera :
      – Oh,, temps suspends ton vol et donne-lui le temps d’arriver pour libérer l’Autriche…
      En deux temps quatre mesures, le poète romantique resurgit. Foin des phrases grandiloquentes sur la guerre et ses atrocités. Son amour, Julie Charles est morte. Tout à sa tristesse, Lamartine compose son poème le plus romantique. Je vous le livre :
      Le Lac
      Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
      Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
      Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
      Jeter l’ancre un seul jour ?

      Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
      Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
      Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
      Où tu la vis s’asseoir !

      Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
      Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
      Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
      Sur ses pieds adorés.

      Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
      On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
      Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
      Tes flots harmonieux.

      Tout à coup des accents inconnus à la terre
      Du rivage charmé frappèrent les échos ;
      Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
      Laissa tomber ces mots :

      ” Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
      Suspendez votre cours :
      Laissez-nous savourer les rapides délices
      Des plus beaux de nos jours !

      …..
      Alphonse de Lamartine – Les Méditations poétiques

    • Marie-Pierre dit :

      Merci de nous faire découvrir ce tableau. Très bien vu.

  6. Claude Klein dit :

    NO 19
    -Hé, tu m’entends ? Kevin, tu m’entends ?
    -Crie pas. Tu vas nous faire repérer.
    – Depuis combien de temps on est dans le sac ?
    -Sais pas, Kad. Je capte plus rien. Même pas l’heure. Portable HS.
    -Ça fait dix minutes qu’on arpente le trottoir comme des malades. Ils ont sorti les poubelles. Les éboueurs vont arriver. Qu’est-ce qu’on fait ?
    -On arrête. Trop dangereux d’être jetés dans la benne. On regagne.

    Les 2K avaient mis au point un stratagème pour déjouer les restrictions de déplacement. Cachés dans deux sacs poubelles, ils jouaient aux ballons sauteurs. Le but ? Sortir de chez eux incognito, faire un aller-retour de leur immeuble au coin de la rue distante de cinquante mètres. Dans la ville vidée de ses habitants, on entendait venir de loin les voitures de police. Alors, vite, ils s’immobiliseraient jusqu’à ce que la voie soit libre. Ils n’avaient pas l’intention de se faire arrêter et condamner à payer une amende. Kevin avait failli se fouler la cheville en arrivant au bout du trottoir qu’il n’avait pas senti venir. Heureusement, son pied avait bien réagi au vide soudain et il avait réussi à reprendre son équilibre. Maintenant, les deux comparses se trouvaient à la sortie du garage de la résidence, à cinq mètres de la porte d’entrée. Il ne leur restait plus qu’à élargir les trous par lesquels ils pouvaient respirer et voir. Attention, l’action devait être rapide, précise. Personne ne devait les voir s’extraire du sac. C’était une autre condition du défi qu’ils s’étaient lancé.
    -On y va. Go !
    Sitôt dit, sitôt fait. Une fois les deux acteurs en sécurité dans le hall de l’immeuble, il ne restait, à côté des poubelles en attente, que quelques billes de polystyrène pour rejoindre les égouts de la ville.
    Jeff la Fouine se mit à rire tout seul. Sa vidéo allait déchirer. Il avait filmé toute la scène. Dix minutes en tout. En coupant la fastidieuse échappée un peu lourde, il pourrait mettre en ligne trois minutes quinze de cette contrevenance à la loi. Personne n’y trouverait rien à redire et il était sûr d’être transféré des centaines de fois. Il se mit au travail.

  7. Claude Klein dit :

    Smoking et queue de pie, chemises blanches et petite robe noire.
    Chocolat noir, chocolat blanc, gâteau marbré, gousses de vanille au noir brillant.
    Visages blancs et idées noires. Peau blafarde et lunettes noires.
    Contrastes des non-couleurs ombrant un fusain sur papier blanc de neige.
    Films anciens en noir et blanc où lumière et ombre se marient si bien.
    En bref, tout un dégradé de teintes variant du noir profond au blanc très pur
    Pour offrir à nos yeux éblouis la variété infinie de l’espèce humaine.

  8. Odile zeller dit :

    Jour 18
    Texte de Janine
    18 – Les poubelles

    − Eh ! Tu m’entends ?
    − Bien sûr, j’ai beau avoir des déchets plein les oreilles, suis pas sourde quand même !
    − Comment ça va de ton côté ?
    − Pas pire qu’avant, peut-être même mieux. Les restaus sont fermés ya moins d’ordures, on me remplit moins et on ne jette pas le trop plein à mes pieds comme d’habitude. D’après moi le service de ramassage est plus efficace, mais c’est juste parce qu’y z’ont a moins de boulot.
    − Par contre la cloche des bouteilles est archi pleines. Qu’est-ce qu’ils éclusent les confinés ! Surtout de la bière, t’a remarqué ? Même la poubelle du papier-carton est saturée. Ils lisent tous les journaux pour se renseigner sur le covid, la télé leur suffit pas. Au moins une activité qui marche vu que tout est à l’arrêt.
    − Moi, j’y parle pas à la poubelle du papier, trop intellectuelle ! Par contre j’aime bien celle des produits qu’on peut pas recycler. Ya chez elle une fantaisie, une originalité qui me plaît bien.
    − J’sais pas si t’es au courant mais j’ai entendu dire que dans certaines villes d’Espagne et de Turquie ya des poubelles ultra modernes. Comme des bornes en acier avec un portillon. On l’ouvre, on y jette les emballages en carton et en dessous ya un tapis roulant qui les achemine au dépotoir. On n’arrête pas le progrès !
    − T’as raison, mais ça chez nous c’est pas pour demain. Faut pas rêver !

  9. Marie-Pierre dit :

    Caroline, la vieille poubelle noire jeta un regard méprisant sur Zoé, la poubelle bleue. Hier elle avait piqué une crise parce que la nouvelle locataire qui sent le muguet l’avait remplie d’emballages plastiques.

    Caroline riait déjà en anticipant le jour où Zoé se retrouverait pleine de sauce tomate et de cartons graisseux. Peut-être même que les parents débordés du quatrième viendraient la bourrer de jouets cassés et de vêtements trop petits.

    – Quoi ? aboya Zoé en remarquant les regards en coin de son ainée.

    Caroline haussa du couvercle et soupira. Elle n’était pas d’humeur à faire la conversation, encore moins à se quereller. Elle avait entendu hier sur le trottoir Anatole, le conteneur du 26 annoncer une grève des éboueurs.

    – Quoi ? répéta Zoé.

    La jeune proprette commençait doucement à lui courir sur le haricot entre ses tirades écolos, ses jérémiades et ses bavardages.
    – Tu as entendu pour la grève ? demanda-t-elle, contrainte de faire la conversation.
    – C’est pour ça qu’Anatole criait hier…
    Caroline hocha du couvercle. Zoé n’avait pas l’air de comprendre la gravité de la situation et cela l’irritait.
    – Tu n’as jamais connu ça n’est-ce pas ?
    – Non. Ça veut dire qu’on ne nous mettra pas dehors pendant des semaines !

    Zoé traîna sur chaque syllabe dans une tentative pathétique d’imiter Anatole. Caroline songea qu’elle était idiote et eut envie de lui remettre le couvercle en place.

    – ça veut dire qu’on te remplira mais qu’on ne te videra pas… Ils commenceront par moi. Et quand je commencerais à sentir la pomme pourrie et le lait tourné, ils se tourneront vers toi. Et crois-moi pas pour te donner leurs vieux journaux !
    – Mais je suis faite pour recevoir les journaux, les magazines et les papiers, à condition qu’ils soient propres !
    – Cette règle ne vaut pas en temps de grève… Et quand nous serons pleines et puantes ils nous mettront dehors. Ils entasseront autour de nous tous leurs immondices… Nous deviendrons un repère pour les rats et toutes les vermines…

    La bleue Zoé devenait jaune de dégoût. Amusée Caroline ajouta des détails répugnants avant de porter l’estocade :
    – Quand la grève sera finie, tu seras bonne pour le centre de recyclage… Moi ils me désinfecteront… Je suis solide et ils sont habitués à me voir contenir du sale. Mais toi, pauvre Zoé, si fragile…

    Zoé commença à vomir de la bouillie de papier. Satisfaite, Caroline sourit et commença sa sieste.

  10. Odile zeller dit :

    Jour 17
    Texte de Janine

    17 – Noir et blanc

    Tout le monde le sait, dans la vie tout n’est pas tout noir, tout n’est pas blanc blanc. On peut le mettre noir sur blanc.
    Peut-on dire qu’un zèbre est blanc ou noir alors que son pelage a autant de noir que de blanc ?
    Tous les Noirs d’Afrique sont-ils noirs ? Et bien non, il y a des Noirs qui sont blancs ! Comme le chanteur noir Sélif Keita qui est albinos. Il se bat d’ailleurs pour faire accepter les Noirs blancs !
    Et n’oublions pas Michael Jackson, le Noir le plus blanc d’Amérique depuis qu’il s’est fait blanchir la peau à coup de produits toxiques.
    C’est pourtant beau une peau noire. Même si tout le monde n’est pas d’accord. Mais de toute façon nous sommes tous noirs quelque part, tout au fond de nos racines, puisqu’il y a 70.000 ans c’est d’Afrique qu’est parti l’homo sapiens pour se répandre dans toute l’Europe.

    C’est vrai, il y a beaucoup de préjugés sur le noir. On est parfois la bête noire de quelqu’un, on nous regarde d’un œil noir, on se met dans une colère noire et même l’humour peut être noir.
    Même un pauvre chat noir qui n’a jamais fait de mal à personne est censé porter malheur.
    On dit aussi que le diable est noir mais je vous le dit de but en blanc, Dieu est-il toujours blanc ?
    Comme dit un proverbe africain «on ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, ni du noir sur du noir. Chacun a besoin de l’autre pour se révéler.»

    En cette période noire, surtout ne broyez pas du noir. Les blouses blanches finiront par nous sauver de la nouvelle peste noire, c’est cousu de fil blanc.
    Alors nous pourrons de nouveau sortir et voir la vie… en couleurs !

  11. Odile zeller dit :

    Jour 16
    Janine
    16 – Logorallye

    Le parcours de mes rêveries nocturnes est parfois tortueux, souvent étonnant, car s’y mêlent des souvenirs de voyages, des personnages sortis de mes lectures, des extraits musicaux et même des fragments de l’actualité. Les époques et les personnages s’y mélangent d’ailleurs en toute liberté. Cette nuit a été particulièrement intense.
    Au cours de cette énième semaine de confinement j’avais passé du temps à écouter des airs d’opéra et terminé enfin un énorme bouquin sur les guerres de Napoléon.
    A mon grand étonnement j’ai été conviée aux Noces de Figaro !
    L’Empereur ayant remis son projet d’envahir l’Espagne, le mariage pouvait avoir lieu et le comte d’Almaviva avait offert le banque et fait les choses en grand, noblesse oblige. Il faut dire qu’il avait beaucoup à se faire pardonner après avoir tenté de séduire Suzanne.
    Séville en fête pavoisait, on dansait et on chantait à tous les coins de rue. Une movida comme la ville n’en avait jamais connu !
    Nabuchodonosor enfin rasséréné depuis qu’Abigaïl avait renoncé à lui piquer le trône, avait invité les jeunes époux à passer leur lune de miel à Babylone.
    En attendant les convives s’en donnaient à cœur joie, les calices se remplissaient et se vidaient à un rythme effréné «Libiamo ne’ lieti calici… Buvons dans les joyeux calices… Buvons dans la douceur des frissons… Buvons… ! L’amour aura des baisers plus ardents !»
    Avec toute cette effervescence et la chaleur aidant Violetta, tout juste guérie par un vaccin miraculeux mais encore fragile, se sentait défaillir. Toujours galant Don Juan avait passé son bras autour de sa taille et il l’avait menée à l’ombre fraîche d’une tonnelle. Émoustillé par les chansons à boire, il prêtait une oreille distraite à son babil et n’en pensait pas moins. Cause toujours ma jolie, d’ici ce soir tu seras dans mon lit.
    -Ma douce amie, quel est donc ce parfum qui me chavire les sens ?» – N°5, de Chanel, j’adore !» répondit-elle, des promesses plein les yeux.
    Incorrigible Traviata, elle avait encore de beaux jours devant elle !

  12. Claude Klein dit :

    – Ah, toutes ces amours contrariées dans les opéras ‘seria’ et ‘buffa’ des compositeurs
    du XVIIIè !… Tuberculose et conventions sociales dans La Traviata, cet opéra qui
    exprime à merveille les trois acceptions du mot ‘Populaire’ chez Verdi. A savoir :
    universalité, attachement viscéral aux racines et absolue sincérité de l’expression. En
    1955, la santé vocale stupéfiante de Maria Callas, lui permet d’interpréter le rôle de
    Violetta avec une aisance et une maîtrise insolentes et de faire passer sa conception
    personnelle du personnage de Violetta : jeune femme dotée d’une personnalité
    exceptionnelle et possédant une stature quasi tragique. Maria Callas en fait une
    victime de la société.
    – Oui, oui, oui, mais écoute-moi, j’ai quelque chose d’import…
    – Et que dire de ‘Don Juan’ ? Il meurt englouti dans un enfer de feu. La Morale est
    sauve mais, encore une fois, l’Amour disparaît derrière les amours de toutes sortes
    dans cet opéra tragi-comique de Mozart.
    Vienne… Vienne encore pour ‘Les Noces de Figaro’ dans lequel Lorenzo da Porte fait
    ressortir la part la plus humaine du texte de Beaumarchais. L’amour, toujours
    l’amour dans l’opéra bouffe.
    – Mais écoute-moi donc ! J’en ai marre de tes exposés sur le XVIIIè siècle et sa
    musique. Reviens un peu sur terre. Tu sais quel jour nous sommes aujourd’hui ?
    Allez, un p’tit effort. Oui, le 4 avril. Oui. C’eeeest ?… Ah! Une lueur. Oui, c’est notre
    quinzième anniversaire de mariage. Par les temps qui courent, accrochons-nous à la
    durée.
    Tiens, parfume-toi. Un Channel NO 5 ça résiste à tout. Il te plaît ? C’est ton préféré,
    non ? Allez, arrête L’Empereur. Beethoven ne t’en voudra pas. Je te le promets !
    Viens ici. Regarde. C’est avec ce Nabuchodonosor que nous recevrons nos amis dès
    que les feux seront au vert. Est-ce que ça te va ?

  13. Marie-Pierre dit :

    Jour 17

    Un matin, Magali se réveilla dans un monde où la couleur avait disparu. Elle se retrouvait donc dans un vieux film des années 30 en noir et blanc.

    En réalité, c’était un abus de langage de parler de noir et blanc… C’était en réalité des milliers et des milliers de nuances de gris… Peu importait. Magali trouvait que c’était aussi ennuyeux que cette série de romans pseudo érotiques dont le titre annonçait des nuances de gris.

    Elle alla trouver tous les docteurs de la planète pour qu’on lui rendît les couleurs. Le mauve qu’elle adorait, mais aussi les rouges criards et le vert caca d’oie qu’elle détestait. Dans ce monde gris, ses émotions étaient anesthésiées. Elle pleurait beaucoup mais elle ne savait pas pourquoi.

    Les docteurs ne purent rien faire. Magali continuait à vire dans ce monde en noir et blanc où plus rien n’avait ni goût ni odeur.

    Désespérée, elle alla trouver Fabrizio, le peintre.

    Il l’écouta avec attention, lui posa quelques questions sur l’apparition des symptômes et lui prescrivit une cure d’expositions.

    « Basquiat et Warhol pendant une semaine, quelques gouttes de Sonia Delaunay après le dîner. Puis pendant deux semaines, Van Gogh et Frida Kahlo, matin, midi et soir. »

    La troisième semaine, Magali commença à avoir du jaune… et même un peu de rouge…

    Fabrizio hocha de la tête et lui écrivit une autre ordonnance :

    « Continuez Van Gogh le matin pendant trois semaines. Matisse le midi jusqu’à la guérison et Chagall le soir pendant deux semaines. »

    Et c’est ainsi que Magali retrouva les couleurs.

  14. Marie-Pierre dit :

    C’est un texte drôle. Merci.

  15. Marie-Pierre dit :

    Jour 16

    Hélène retrousse son petit nez et soupira. Valérie devine tout de suite que quelque chose n’allait pas.

    – C’est la Traviata, n’est-ce pas ? Elle a montré des signes de rechute ?

    Hélène secoua la tête en touillant son thé.
    – Oh non, elle a l’air vraiment remise… Son appétit a augmenté et elle a tourné toute la journée dans sa roue.
    – Don Juan alors ?
    – Non, lui aussi est en pleine forme.

    Valérie demeure perplexe alors que le regard d’Hélène se perd dans la contemplation du dehors. Elle se demande ce que sa collègue lui cache.

    – Ah, lance soudain Hélène, nous pouvons exclure la stérilité et célébrer les noces de Figaro. L’empereur est en fait une impératrice qui a accouché hier d’une tripotée de petits sujets.

    Valérie sent une bouffée de colère : comment Hélène ose-t-elle lui annoncer platement qu’une étourderie, une erreur sur les sexes des cobayes, ruine toute son expérience.

    – Il va falloir tout recommencer ! s’exclame-t-elle. Figaro était sensé s’accoupler avec le cobaye numéro 5.

    Hélène termine son thé s’en s’émouvoir et hausse les épaules. Ce n’était pas son problème, ce n’était pas son erreur. Elle montre du doigt le laboratoire d’en face…

    – Tu peux prendre la nouvelle bête que nous avons reçue pour recommencer… Ivan l’a appelé Nabuchonodosor. Tu sais combien je suis superstitieuse, j’ai peur que cela me porte malheur si je l’utilise… J’ai proposé à Ivan d’arrêter d’utiliser les opéras et de piocher les noms de nos cobayes dans les contes de fées, mais il ne veut rien entendre.

    Valérie n’écoute plus. Elle ne pense qu’à chauffer les oreilles du laborantin qui n’a pas remarqué que l’empereur était une impératrice… Comment s’appelle-t-il déjà? Roméo? Othello?

  16. Claude Klein dit :

    NO 18
    – Dis donc, voisine, tu as vu ces deux sacs poubelles qui se crapahutent par petits
    bonds et s’arrêtent dès qu’une voiture du gendarmerie passe dans notre rue ? On
    dirait bien qu’ils sont habités.
    – Tu crois que les rats peuvent réussir de tels sauts ? Avec nos efforts pour les
    empêcher d’entrer dans le local, ça m’étonnerait beaucoup. On dirait plutôt des
    gamins faisant une course en sac comme ça se faisait autrefois les jours de fête.
    – Tu as peut-être raison, vieille branche. Mais en attendant, nous voici obligées
    d’attendre qu’ils se ramènent avant de nous installer confortablement au bord du
    trottoir pour faciliter la tâche des éboueurs ! Leur courir après, pas notre boulot.
    – Tu vois, je suis souvent éberluée par la désinvolture des habitants de l’ immeuble.
    Ils savent bien que nous avons des horaires précis à cause du passage programmé
    des camions poubelles. Qu’est ce que ça leur coûterait de nous confier leur sac de
    détritus à l’heure ? Il faut toujours qu’un ou deux se prévalent de la sacro-sainte
    Liberté pour faire exactement ce qui leur plaît et imposer aux autres leur conduite
    fantaisiste, non ? Et quand ils se décideront enfin à les apporter, ils seront si
    pressés que notre couvercle et nos flancs souffriront de leur précipitation à
    enfourner leurs saletés en appuyant de toutes leurs forces pour tasser le plus
    possible. Et puis, notre toiletteur pourrait envoyer des jets d’eau moins ravageurs.
    Notre revêtement en est tout terni. Vraiment, quel sans-gêne.
    – Evidemment, nous pâtissons de la brutalité de ceux qui oublient à quel point nous
    sommes sensibles aux gestes amicaux. Quand on sait comme nous nous
    démenons pour garder l’arrière-cour propre et combattons les mauvaises odeurs,
    un peu de considération ferait bien dans le décor. Ah oui, alors!
    – Au fond, ce n’est pas bien méchant. Je crois que ces deux sacs sauteurs sont le
    moyen idéal trouvés par nos propriétaires pour échapper aux règles de
    confinement imposées. Tant qu’ils restent enrobés de plastique, ils ne
    contaminent pas les voisins. Le sport est interdit. Ils en font sans provocation.
    Et, crois-moi, une longueur de trottoir en ballon sauteur, ça, c’est de l’exercice !
    – Ouais, t’as raison. Et puis c’est marrant ces deux sacs poubelles classiques qui
    bondissent avant de se recroqueviller bien en boule dès que passent les
    municipaux. Allez, c’est pas tout ça. Moi de m’installe pour les éboueurs. Salut,
    ma belle.

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