Témoignage de notre gagnante 2018

Témoignage de notre gagnante 2018, Axelle Besson

Arrière de la Villa Bonaparte photo O.Zeller

Un bouton d’interphone ; une voix masculine :

– Si ?

–  J’ai rendez-vous avec Mme Zeller.

Le mécanisme qui ouvre un pan de la lourde porte en bois se met en route. Un porche sombre me mène à une grille en fer forgé derrière laquelle je devine un jardin italien. Une allée de gravier blanc m’entraîne dans ce parc, sillonné de haies de buis, de rosiers, d’acanthes, de cyprès et de pins romains.Deux petites fontaines plus loin, je pénètre dans la Villa Bonaparte. Il y a quelque chose de spécial ici, qui vous incite à la grandeur : on se tient plus droit, on parle moins fort, on ne se vautre pas dans le canapé du salon égyptien et on essaie, je dis bien on essaie, de ne pas jurer !

La première séance d’écriture débute au premier étage, sous une treille de bambou et de jasmin. Un buste de Louis XV me raconte un après-midi avec son sculpteur. Puis, les oiseaux d’une tapisserie m’énumèrent les merveilles survolées dans leur pays imaginaire. Finalement, la description d’un citron jaune me titille les papilles ; il est l’heure de passer à table.

D’un lieu unique à un autre, d’une séance d’écriture à une seconde, il n’y a que 24 heures et quelques kilomètres.
Le cloître de Bramante est à l’antipode de sa fourmillante voisine la place Navone ; le silence, la fraîcheur et la sérénité règnent ici. Je flâne dans le déambulatoire, j’admire les frises peintes dans chacun des arcs romans et c’est tout naturellement que j’entame un conte de fée. L’histoire se déroule à Rome et, comme il est de coutume pour ce genre littéraire, il démarre par “il était une fois”. La fin n’est pas encore écrite mais dans mes rêves les plus fous, elle pourrait ressembler à « elle vécut heureuse et eut beaucoup de romans ! ».

Une petite marche dans ce quartier touristique nous mène à l’église Saint Louis des Français. L’attroupement au fond de l’aile gauche indique l’emplacement des Caravage. Qu’on aime ou pas le style de ce peintre, la force, l’énergie et la lumière qui se dégagent de ces trois toiles sont indéniables. Le temps d’une séance d’écriture, Saint Matthieu reprend vie et me livre sa fatigue, le poids de la vieillesse et surtout ses peurs quant à la fin de son ouvrage. Finalement il est comme tous les écrivains : il doute ! Mais lui a un ange qui veille et le guide ; son animateur d’atelier d’écriture en quelque sorte !

Saint Louis des Français

La météo pluvieuse du jour suivant nous fait nous réfugier dans la sublime villa dicisun gigantesque canapé aéré et surtout sa vue imprenable sur Rome nous accueillent. Cet horizon magnifique me ferait presque perdre mon latin qui est d’ailleurs le thème de cette séance d’écriture. Je me transforme aujourd’hui en une athlète qui sillonne les rues de Rome, fatiguée, blessée mais triomphante. Comme les 20000 hommes qui m’accompagnent, je me dis, en passant la ligne d’arrivée : Veni, Vidi, Vici !

Et ce n’est que le début des réjouissances car cette journée se termine à la villa Bonaparte, par la remise des prix du concours “écrire au musée” de l’association Plumes d’ici et d’ailleurs : un discours émouvant d’Odile, un cocktail, des gens qui vous félicitent, de belles lectures de textes, la remise du recueil en main propre par M. Jacquot du Centre Saint Louis… Je n’arrive toujours pas à croire que ma petite muse ait fait mouche ! Pour conclure magnifiquement cette soirée unique, un orchestre, un chœur et ses solistes nous entrainent à travers des œuvres baroques et classiques en l’église Trinité des Monts.

Je savoure une dernière nuit sous le regard d’Atalante, d’Hippomène et de Minerve. Il est déjà temps de rejoindre la centrale électrique de Montemartini et ses œuvres d’arts qui accueillent mon ultime séance d’écriture romaine : ! Jeanine, Maria, Yvonne et Agnieszka se joignent à moi pour raconter l’histoire du train de Pie IX, mis au musée après des années de bons et loyaux services ! Puis ce sont les statues, les tombeaux, les membres désarticulés qui se livrent à nous, sans pudeur, sans honte ; chaque œuvre, chaque fragment de pieds ou de mains, aussi minime soit-il, a une histoire et nous la raconte ! C’est d’ailleurs ce que je retiendrais principalement de ce séjour romain et des conseils d’Odile : avec du travail, de la persévérance et de l’envie, tout s’écrit.

La « bulle technique » de la Villa Bonaparte, la gentillesse et la prévenance de mes hôtes resteront gravées dans mon cœur ainsi que, je l’avoue, la joie et l’émotion de voir mon nom écrit en toute lettre dans un recueil de nouvelles.

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