Défi 2 de l’été 2019

Défi no 2

Inspirez vous de cette photo pour continuer le texte précédent, celui du premier défi.

Si cela ne fonctionnait pas, écrivez un texte qui serait inspiré par cette photo et intégrez le en amont de votre premier texte.

Nommez votre texte Texte 2 s’il prend la suite, texte 0 s’il vient avant

à vos plumes !

 

25 réponses à Défi 2 de l’été 2019

  1. Odile zeller dit :

    Texte 2
    Loretta

    Texte 2
    Les chats, ils ne faisaient décidément pas défaut dans le village. Chats de gouttière tigrés, noirs, blancs, mouchetés … tous rusés, impossible de les attraper : Leurs gènes devaient avoir enregistré une loi ancestrale selon laquelle on ne pouvait s´attendre à rien de positif venant des humains, petits ou grands soient – ils. Et comme – contrairement à la coutume établie à Rome, où les « gattare » rivalisaient pour nourrir les félins de la Capitale – ici personne n´aurait songé à laisser au coin d´une rue, à leur bénéfice, quelques surplus de poisson ou de viande, toujours qu´il y en eut, il ne leur restait, aux pauvres minets, qu´à pourvoir par eux – mêmes à leurs besoins: inutile de préciser que les souris et les rats avaient la vie dure dans ce recoin isolé de la Péninsule ….
    Tiens, un chat noir et blanc. On n´en voit pas souvent par ici … minou ! minou ! … Il n´a pas l´air effarouché, il lève la tête vers le gamin qui l´appelle, je guette la scène de ma fenêtre. Il se laisserait caresser pour peu qu´on s´en approche. Mais non, l´enfant ne s´y essaie même pas et voilà qu´il s´assied sur le seuil de ma maison, une flûte à la main et se met à improviser, au bénéfice du seul matou, un petit concert en solo…. L´animal s´arrête, comme ensorcelé. Sont – ils seuls tous les deux? En face d´eux, la porte, elle aussi, se met à l´écoute.

  2. Odile zeller dit :

    Texte 2 de Janine Magnani

    Xavier posa le plateau du petit déjeuner sur la table du jardin et il se préparait à attaquer sa pile de tartines lorsqu’un miaulement plaintif attira son attention. Un petit chat noir et blanc, très maigre, cherchait clairement à l’apitoyer. Il versa du lait dans une soucoupe qu’il posa à terre, l’animal le lapa en un clin d’œil, failli même s’étouffer puis s’éloignant de quelques pas il s’absorba dans sa toilette.

    Bien, se dit Xavier, pensons aux choses sérieuses. La porte. Ce matin de gré ou de force elle va s’ouvrir. Pas de clé, pas la peine de huiler la serrure. Reste la manière forte. Un pied de biche, peut-être, mais où en dénicher un, ce n’était pas le genre de la famille. Cependant il trouva dans la remise une barre de fer. Il monta dans la tour et s’arrêta devant la porte. Un bon coup d’épaule, un grand coup de pied. Inutiles. Il ne réussit qu’à se faire mal. Restait la barre. Après quelques efforts, avec un craquement sinistre, l’obstacle céda bien à regret.

    Une forte odeur de renfermé s’exhala de la pièce alors que s’ouvrait le battant fracturé. Il s’attendait à voir un amoncellement d’objets et de meubles hétéroclites, au contraire la pièce avait un aspect quasi monacal. Une petite armoire, un lit, un bureau, une chaise. Au mur une grande photo dans un cadre en bois. On y voyait un gamin assis sur quelques marches de pierre. Il jouait du pipeau. A ses pieds un chaton noir et blanc le regardait.

    Curieux, le visage de cet enfant lui disait quelque chose, il avait l’impression de le connaître. Il ouvrit l’armoire, elle contenait surtout de vieux jouets et quelques livres pour la jeunesse. Dans le tiroir du bureau il trouva des cahiers et un album. Il se mit à le feuilleter à la recherche d’indices. Sur presque toutes les photos on voyait deux enfants, depuis la naissance jusqu’à plus ou moins dix ans. L’un d’eux, il le reconnut sans peine, c’était son père. D’ailleurs il y avait son nom, Olivier. L’autre presque identique s’appelait Arnaud. Or il ignorait que son père avait ou plutôt avait eu un frère. Cette pièce avait tout d’un sanctuaire.

    Xavier comprenait mieux certains silences, cette manie d’éluder ses questions. Parents et grand-parents décédés qui pourrait désormais lui apporter des réponses ? La porte était ouverte, mais le mystère demeurait.
    Il n’allait pas en rester là. Il y aurait bien au village quelqu’un pour le renseigner ou le mettre sur la piste. Les archives de la mairie, le curé, les vieux… Demain. Aujourd’hui il voulait se consacrer au jardin.

  3. Clementy dit :

    Corentin avait franchi la porte aux côtés de Korian, cela, il s’en souvenait. Ensuite il avait sombré dans les ténèbres.
    Corentin s’était réveillé d’un bond. La noirceur de la nuit était à peine déchirée par quelques étoiles qui, têtues, avaient réussi à percer les lourds nuages. Il devinait une présence à ses côtés, Korian, sans doute, mais surtout il entendait une musique assourdie, à peine audible, masquée par les frondaisons luxuriantes. Il se sentait évoluer dans un brouillard épais qui l’enveloppait d’une humidité froide, uniquement guidé par le son cristallin d’une flûte. Il se disait qu’il devrait prévenir Korian, lui dire qu’il allait retrouver la source de la mélodie enchanteresse. Pourtant il continuait d’avancer, seul, courageux, dans l’obscurité, incapable de résister à l’appel de cette musique qui l’entourait de ses harmonieuses volutes. Il espérait avoir trouvé le messager qu’ils recherchaient et qui devait les mener vers le dangereux mage Zeniac. Il marchait d’un pas souple, délié et silencieux. Tel un félin, à l’affut des bruits ennemis, il s’avançait vers la musique céleste, les sens aiguisés. Tout lui paraissait prendre du relief, le frémissement des feuilles sous le souffle du vent léger, le craquement sec d’une branche de bois mort, le ululement plaintif d’un hibou isolé, mais surtout ses yeux traversaient l’obscurité comme en plein jour. Il percevait la moindre ondulation de l’air, la plus petite vibration d’une aile d’insecte.
    « Viens par-là, joli chat, tu es perdu ? Viens, n’aies pas peur, je ne te ferai pas de mal, tu sais… »
    A quel chat parlait cet enfant ? Corentin ne le comprenait pas, mais une chose était certaine, il avait trouvé la source de cette musique envoutante. Les doigts de l’enfant volaient à une vitesse vertigineuse sur la flûte taillée dans un bois clair et sonore. Corentin s’approcha et demanda à l’enfant où ils étaient exactement, s’il connaissait la demeure du mage Zeniac que Korian et lui recherchaient. Seul Zeniac, retiré du monde, saurait leur donner la clé qui leur permettrait de restaurer la paix dans le royaume des Collines d’or. Mais l’enfant jouait sans relâche et Corentin ne savait pas où était passé le chat qui avait attiré l’attention du petit flûtiste.
    Corentin continuait d’avancer. L’enfant ne lui répondait pas. Pourtant Corentin lui demandait sans relâche :
    « Bonjour ! Tu pourrais me dire où nous sommes exactement ? Tu sais comment aller chez le mage Zeniac ? »
    Il se tenait devant lui, à le toucher, et pourtant l’enfant ne lui répondait pas. Il jouait, jouait sans discontinuer cette musique endiablée et infernale. Corentin voulait se fâcher et taper du pied pour appeler l’enfant à un peu plus de respect envers un chevalier, fidèle serviteur du prince Korian, mais il ne réussit qu’à lancer un long miaulement épouvanté.

    • Behel dit :

      L’univers devient vraiment interressant, des choses plus profondes peuvent en émerger, la tonalité faussement naïve de l’enfance est grattée et tend à se déchirer… Hâte de lire la suite

  4. MADELEINE BRINKMANN dit :

    Texte 2
    Après un bref coup d’oeil par dessus mon épaule, je vis que la petite toux sèche, ce n’était finalement que la vieille dame qui m’avait presque rattrapée et qui, hors d’haleine me fit encore cette recommandation en levant en l’air son index :
    – Veillez à bien fermer le portail pour que les chats ne viennent pas salir les tombes ! Les jeunes passeront mais les gros matous, hé, ce sera déjà plus compliqué…
    Et comme pour illustrer ce qu’elle venait de me soumettre, un adorable petit chat tigré passa allègrement entre les barreaux en sautillant. Après avoir salué la dame qui, le dos courbé, rebroussait chemin, je me suis mis à explorer ce jardin romanesque qui avait dû jadis, on le devinait aisément, connaître son heure de gloire. À présent, seules des sculptures envahies depuis longtemps par le lierre et d’autres plantes, pointaient ici et là le bout de leur nez.
    Tout à coup je m’arrête net. Un air à la flûte de pan résonne au loin et semble attirer mon petit compagnon à la mine curieuse. Après avoir tergiversé, le petit félin avait décidé de suivre mes pas puis tout à coup de me dépasser. Y avait-il un amoureux de chats qui s’amusait à les attirer en leur jouant des mélodies envoûtantes ? Cet endroit m’intriguait de plus en plus…

  5. Clementy dit :

    Texte 2
    Corentin avait franchi la porte aux côtés de Korian, cela, il s’en souvenait. Ensuite il avait sombré dans les ténèbres.
    Corentin s’était réveillé d’un bond. La noirceur de la nuit était à peine déchirée par quelques étoiles qui, têtues, avaient réussi à percer les lourds nuages. Il devinait une présence à ses côtés, Korian, sans doute, mais surtout il entendait une musique assourdie, à peine audible, masquée par les frondaisons luxuriantes. Il se sentait évoluer dans un brouillard épais qui l’enveloppait d’une humidité froide, uniquement guidé par le son cristallin d’une flûte. Il se disait qu’il devrait prévenir Korian, lui dire qu’il allait retrouver la source de la mélodie enchanteresse. Pourtant il continuait d’avancer, seul, courageux, dans l’obscurité, incapable de résister à l’appel de cette musique qui l’entourait de ses harmonieuses volutes. Il espérait avoir trouvé le messager qu’ils recherchaient et qui devait les mener vers le dangereux mage Zeniac. Il marchait d’un pas souple, délié et silencieux. Tel un félin, à l’affut des bruits ennemis, il s’avançait vers la musique céleste, les sens aiguisés. Tout lui paraissait prendre du relief, le frémissement des feuilles sous le souffle du vent léger, le craquement sec d’une branche de bois mort, le ululement plaintif d’un hibou isolé, mais surtout ses yeux traversaient l’obscurité comme en plein jour. Il percevait la moindre ondulation de l’air, la plus petite vibration d’une aile d’insecte.
    « Viens par-là, joli chat, tu es perdu ? Viens, n’aies pas peur, je ne te ferai pas de mal, tu sais… »
    A quel chat parlait cet enfant ? Corentin ne le comprenait pas, mais une chose était certaine, il avait trouvé la source de cette musique envoutante. Les doigts de l’enfant volaient à une vitesse vertigineuse sur la flûte taillée dans un bois clair et sonore. Corentin s’approcha et demanda à l’enfant où ils étaient exactement, s’il connaissait la demeure du mage Zeniac que Korian et lui recherchaient. Seul Zeniac, retiré du monde, saurait leur donner la clé qui leur permettrait de restaurer la paix dans le royaume des Collines d’or. Mais l’enfant jouait sans relâche et Corentin ne savait pas où était passé le chat qui avait attiré l’attention du petit flûtiste.
    Corentin continuait d’avancer. L’enfant ne lui répondait pas. Pourtant Corentin lui demandait sans relâche :
    « Bonjour ! Tu pourrais me dire où nous sommes exactement ? Tu sais comment aller chez le mage Zeniac ? »
    Il se tenait devant lui, à le toucher, et pourtant l’enfant ne lui répondait pas. Il jouait, jouait sans discontinuer cette musique endiablée et infernale. Corentin voulait se fâcher et taper du pied pour appeler l’enfant à un peu plus de respect envers un chevalier, fidèle serviteur du prince Korian, mais il ne réussit qu’à lancer un long miaulement épouvanté.

  6. Fiorelia dit :

    Texte 2
    Jo relève la tête vers moi, l’air interrogateur.
    Après un temps de réflexion, elle murmure la voix enrouée :
    “Jack ? Jacqueline ! Mais quelle surprise !”
    Flûte ! Jo a décidément une bien meilleure mémoire que moi. Elle se souvient de ce prénom que j’abhorre. Mais, dans ma famille, et ce depuis des générations, l’aîné des enfants reçoit le prénom de Jacques. Alors quand mes parents ont découvert que j’étais une fille, ils n’ont pas voulu remettre en cause la tradition ni faire preuve d’imagination et m’ont affublé du prénom de Jacqueline.
    Depuis, je joue et jongle avec les diminutifs : Jack, Jacky, Line et d’autres moins évidents. Une attitude qui confine à la schizophrénie. Un jour c’est décidé, j’irai consulter…

    “Tu peux continuer à m’appeler Jack. Ça me rappelle de si bons souvenirs.
    -On ne s’est pas vu depuis combien de temps ?
    -Je dirais une petite quarantaine d’années ?
    -Dis-moi je descends à la prochaine station. Ce soir, 19 h chez moi ? Me propose Jo qui a extirpé de son sac une carte de visite.
    -D’accord avec plaisir.
    -Prépare-toi car je te réserve une petite surprise, conclut-elle tout sourire en se dirigeant vers la sortie du métro.

    A 19h pile, je sonne à la porte de l’appartement de Jo. Elle m’ouvre et me mène au salon où un homme de dos débouche une bouteille. Il se retourne et me sourit.
    Je me sens rougir jusqu’à la racine des cheveux.

    C’est Paul. Notre complice de l’époque, le troisième larron de notre équipe. Paul dont je me souviens parfaitement du prénom alors que je n’ai toujours pas retrouvé celui de Jo…
    Je revois notre première rencontre comme si c’était hier.
    Jo était venue chez moi à Bordeaux. Nous habitions près des ruines du palais Gallien. Un endroit interdit colonisé par les chats sauvages. Pas très éloigné du jardin public que je voulais faire découvrir à Jo.
    Sur le chemin, nous avions rencontré Paul. De loin, très loin, on l’avait repéré. Il était assis sur deux marches de cette belle pierre blonde d’Aquitaine. Un petit chat noir et blanc, les oreilles dressées levait son petit museau rose vers lui. En fait, c’est surtout le chaton qui avait attiré notre attention. Il était adorable. Mais face à lui, se tenait un petit garçon, peut-être un peu plus jeune que nous. Paul, pieds nus, jeans remontés au dessus des genoux et tee-shirt blanc sans manche, jouait de la flûte. On aurait dit qu’il voulait apprivoiser le chat et semblait bien sur le point d’y parvenir.
    Nous nous étions approchées et arrêtées, le minou s’était enfui et nous avions entamé la conversation.
    Comme le chat, Paul nous avait littéralement séduites.
    Nous lui avions dévoilé très vite nos surnoms de garçons et il en avait choisi un de fille : Lorelei. Un prénom que j’aurais rêver de porter…
    Là c’est décidé je prends rendez-vous chez la psy dès que je rentre à la maison.
    Puis il nous avait fait découvrir les ruines du palais Gallien et une portée de chats à qui il apportait des soucoupes de lait.

    Mais que faisait-il donc chez Jo ?

  7. Emilie KAH dit :

    Texte 2
    Par chance, je portais un pantalon et des baskets ; les ronces et les orties ne me faisaient aucun mal. Elles semblaient même m’indiquer le chemin à suivre en s’écartant à mon avancée. Je cheminais ainsi longtemps, grisée par l’odeur des taillis, celle de la terre chaude et le chant des cigales. Le jour déclinait ; j’avançais toujours. Je n’étais arrivée nulle part. Derrière moi le chemin s’était refermé ; j’étais perdue. J’avais faim et soif, la tête me tournait.
    Je l’ai bien entendu : le fifre de mon frère. Je l’ai même vu. Pierre-Olivier était assis sur les marches de notre seuil, pieds nus, avec dans son corps toute la grâce de son enfance. Concentré, les yeux baissés sur ses doigts, il faisait de la musique pour notre chatte, Fifine, feignant l’indifférence pour le bruit de la mobylette de notre père qui s’en allait.

  8. OJ dit :

    Texte 2

    Flâneur invétéré, il écoute, observe couleurs , mouvements. Une flaque de lumière, un rayon de soleil, un jeux d’ombres le rendent profondément heureux. Clément arpente aussi avec délectation rues et ruelles, autres rencontres, autres sensations. Il s’arrête, se pose discrètement sur une marche. Surtout ne pas déranger cet instant sublime, cette complicité de l’enfant musicien et du chat. Ils sont dans leur bulle. Apparemment, l’un sérieux, improvise, et l’autre, attentif, subjugué, ne le quitte pas des yeux. Des vieux copains qui passent un bon moment ensemble, seuls au monde. Les notes de la flûte résonnent sur les pierres des maisons, autre espace, autre temps. Lente mélodie, touchante douceur d’une mélancolique histoire, impressionnants soucis d’enfant qui raconte en jouant avec graves et aigus.
    Mouvement imperceptible des oreilles du chat, regard du compositeur, et le rythme change, plus léger, plus fantaisiste, la flûte s’agite, le ton monte, les confidences sont terminées, place au jeu.
    Clément ravi, reste assis, sous le charme.

    OJ

  9. Odile zeller dit :

    Texte de Claude
    LE CHARMEUR DE CHATS
    En revenant vers le centre du village, Jean aperçut un joueur de flûte, charmeur de chats.  L’enfant, assis sur le perron de sa maison était si concentré que la moto de Jean ne fit aucun effet. Ni à lui ni au chat immobile et tendu jusqu’à la pointe de ses oreilles noires. Il suivait inconsciemment le rythme qu’imprimait à la marche le talon droit de son interprète  préféré tant ses tympans attendaient l’inévitable note stridente pour lancer un avertissement sonore tout aussi insoutenable.

    Devant ce tableau paisible de la vie quotidienne, Jean ne s’était pas arrêté. Une pensée lourde de sens l’avait saisi: ” Avec les nouveaux logements  d’autres constructions suivront et la quiétude ambiante des fins d’après-midi disparaîtra. Arnaque-la-Poste deviendra une de ces villes-dortoirs installées à la campagne. Ses habitants oublieront cet art qui jusqu’à présent les a reliés autour d’une tradition de bonne humeur et de plaisir de vivre, là, où chacun se connaît même sans se connaître réellement. D’innombrables voitures encombreront les rues pavées et une myriade de motos enlèveront à la mienne sa fonction de réveil-six-heures, que les dormeurs sur rue bénissent régulièrement du lundi au vendredi matin. Bien sûr le miroir installé fans le virage pour la voiture de Monsieur le Maire deviendra investissement rentable. Mais à  quel  prix?  Et que  puis-je faire moi, terrassier connu de tous mais sans responsabilité aucune  dans  ce lieu éloigné de la grande  politique de  développement  économique?  Rien du tout probablement. Quel dommage!  Pourtant, sur ces marches de pierre est inscrite l’histoire  de tous ceux  qui les ont foulées. La vie de générations de familles rattachées au village et à la région. Ces écorchures, ces brisures, ces reprises indiquent l’adjonction de matériaux nouveaux à d’autres plus anciens. Des mélanges, donc, qui ont assuré la pérennité des édifices anciens tout en les modifiant quelque peu. Évidemment .

    Il faut que je réfléchisse. Comment pouvons-nous amalgamer les changements à venir? Quels moyens choisir pour transformer les bouleversements  prévisibles en évolution un peu moins déstabilisante. Harmonieuse, même. Les anciens l’ont bien réussie eux.
    Jean gara sa moto dans la cour intérieure de sa maison natale et salua le chêne qui l’habitait. Tout encombré de son inquiétude, il entra sur la pointe des pieds…

    11/06/2019

    • martine dit :

      un texte très pertinent qui pousse à réfléchir sur les avatars de l’humanité dans le développement économique parfois insensé. merci

  10. Odile zeller dit :

    Texte 2

    Amélie regarde sa montre, une heure déjà, elle devrait être rentrée. C’est l’heure de leur café, elle a encore une demi-heure voire un peu plus. Ensuite il faudra prévenir, trouver une bonne excuse. Elle se sent libre, libérée. Depuis des mois le temps se traine, mais avec les roses, les chants des oiseaux dans les haies, les odeurs, elle a repris vie, elle sort un peu, tous les jours, marcher. Là-bas tout sent le propre, l’aseptisé. Elle avance et voit le château enfin la maison aux deux tourelles, la façade ensoleillée. La bâtisse devait être belle, triomphante, elle l’a vue sur les cartes postales du buraliste, jamais de près. On ne la distinguait pas de la route, noyée dans les sapins et quand on en parlait, le silence se faisait. A force de questions elle avait compris peu à peu que les propriétaires vivaient loin, quelque part à l’étranger et que la propriété avait plusieurs fois changé de mains. Une famille américaine l’avait achetée et n’était venue que les premiers temps. La mère de famille serait malade. Une malédiction disaient les vieilles en se signant. Elle avait adolescente croisé les enfants qui portaient des shorts et des chemisettes et disaient bonjour avec un accent qui faisait rire.
    On disait tellement de choses sur l’Escapade, le château de l’Escapade. Un si joli nom. Elle examine la façade, la maison a mauvaise mine, des volets pendent, des ardoises sont descendues, le lierre a envahi la façade à l’ombre et cache d’autres misères. Elle avance jusqu’au perron qui fait le coin et aperçoit un petit garçon occupé à jouer du pipeau. Il a 8-10 ans, un visage fin, des culottes courtes. Il lui rappelle Rémi, on dirait une apparition, une photo vieillie.

    Dans sa poche, son portable vibre. On la cherche. Elle hésite et envoie un message : rencontre amie rentre pour déjeuner aucun souci. Amélie

    Voilà comme cela … un gros mensonge mais ce petit garçon…et finalement elle est assez grande, non ? Perdu ? Non il n’a pas l’air perdu. Il sait où il est. Assis sur les marches devant la porte ouverte, il joue quelques notes. On dirait qu’il est chez lui, on dirait un peu Rémi.

    • martine dit :

      texte qui décrit bien la force vivifiante et réparatrice de la nature , des fleurs, des oiseaux et de la vie qui partout triomphe, et aussi la capacité de la nature et de la beauté à faire resurgir émotions et souvenirs; bravo

  11. martine dit :

    Texte 2 Le décor

    Depuis toujours, Camille aimait flâner seul dans Paris et s’arrêter dans les bars, spécialement les bars des hôtels, leurs atriums, ces lieux impersonnels et esthétiques où chacun est anonyme, étranger et de passage, et où tout peut arriver, pas seulement les rencontres mais aussi, le réveil de souvenirs imprévus et d’émotions improbables que l’on n’eût pas attendus.

    Récemment, avec la rupture d’une relation impossible, séparation lui apportant tout à la fois des pointes de mélancolie mais aussi un soulagement vital et de nouveaux désirs, il s’était mis , à temps perdu, à revisiter Paris, à y découvrir d’autres lieux, des espaces vierges qui ne seraient pas marqués des rêveries et des fantasmes de l’histoire passée. La solitude , qui parfois lui avait pesé pendant toutes ces années, lui était alors devenue précieuse, riche de potentialités à vivre qui ne seraient plus des promesses d’attente mais s’écriraient, s’écrivaient déjà d’ailleurs au présent dans les plus infimes détails de sa vie quotidienne. Et il faut bien dire qu’il semblait chanceux et que tout lui faisait signe.

    Se rendant à une exposition sur Van Gogh à l’Atelier des Lumières, Camille descendit à la station de métro Oberkampf. Sur la ligne 5 du métro où il se trouvait, elle lui permettait une courte marche empruntant un chemin par son premier domicile à Paris, rue du Marché Popincourt. Il avait vécu là quatre ans au second étage d’un immeuble en pierre de Paris avec un petit balcon. A sa surprise, le balcon avait changé : il était envahi par un énorme chèvrefeuille et, assis sur une petite table, un chat gris regardait fixement la rue et l’immeuble en face.
    Un soir, lors du déménagement, contrariée et profitant de l’extinction de la minuterie de l’escalier, sa chatte chartreuse s’était enfuie. Il ne s’en était pas aperçu immédiatement, occupé qu’il était à porter des meubles . Elle avait du gagner des caves par les soupirails et il ne l’avait plus jamais retrouvée.
    Malheureux et coupable, il n’avait plus repris de chat.
    C’était il y a 31 ans et il lui semblait que le retour d’un chat gris sur son ancien balcon était comme un miracle, un renversement du Destin, un signe d’advenue de temps nouveaux après le manque et la perte qu’il venait tout juste de vivre, comme une récompense d’avoir enfin osé la séparation qui lui faisait si peur et renoncé , bien malgré lui, peut être, à l’espérance qui accompagnait sa vie comme une drogue.
    Cela s’était fait, malgré lui sans qu’il y pense ni ne le réalise vraiment. La vacuité qu’il redoutait dans ses pointes mélancoliques laissait place à d’autres sentiments, plus nuancés, plus colorés, plus variés, et surtout à une curiosité et une envie de vivre qui soudain le débordait fugitivement.
    Après la visite de l’exposition, Camille revint dîner près de son ancien logement. Les bars et les restaurants avaient changé, beaucoup plus raffinés et branchés qu’autrefois dans ce quartier populaire parisien du 11 è arrondissement, jolis , originaux ,créatifs, accueillants et conviviaux. Il s’installa à un restaurant italien simple et bon dénommé Aromes et Amores et y dîna avec appétit.
    Lorsqu’il en sortit, tel une statue, le chat était toujours à la même place, concentré et peut être attentif. Il lui sembla en effet qu’il le regardait en plissant les yeux , observant son manège sur le trottoir avec bienveillance depuis l’immobilité de sa position dominante.
    Il rentra chez lui très gai ce soir là.

  12. Marc dit :

    Texte 2
    Lambert, après avoir salué affectueusement son épouse, s’assit sur le banc de bois calé sous la tonnelle qui le protégeait des intempéries ou du soleil selon les caprices du ciel. Il balaya du regard le paysage époustouflant qu’offrait l’océan limpide et sur lequel quelques rochers noirâtres semblaient dériver au gré des courants.
    – La mer est d’huile ce matin, dit-il. Nous aurons de l’orage avant la marée du soir.
    Il avait sorti de sa poche le brin de liseron qu’il avait déterré en descendant jusqu’au cimetière et l’entortillait autour de son majeur tout en regardant la croix de pierre qui lui faisait face. Une dizaine de tombes, presque toutes à l’abandon, scrutaient l’horizon et ressemblaient à quelques épaves pétrifiées sur la lande rase de la falaise. Un pin parasol promenait ses racines tortueuses à travers la roche et Lambert pensait qu’un jour ou l’autre l’arbre allait rompre ses amarres pour plonger définitivement dans les flots. C’est un spectacle auquel il aurait aimé assister. Enlacer le tronc et se laisser emporter par la vague. Comme sur un radeau bienveillant pour le naufrage solitaire de sa vieille âme endolorie.
    – Louis s’est fait un nouvel ami, dit Lambert, il a trouvé je ne sais où, un chaton qui le suit comme un petit chien.
    Nicole détestait les animaux. Tous les animaux, les chats en particulier. Ils lui faisaient peur et elle les trouvait sournois.
    – Parce qu’ils ne te ressemblent pas disait tendrement Lambert,
    – Et toi ? riait-elle, tu les aimes comme tes semblables ?
    Lambert sourit.
    – Il a posé quelques instants son violon, reprit-il à l’intention de Nicole, et a entrepris de jouer un air de pipeau au chaton. Ton petit-fils est beau, tu sais. Il te ressemble.
    Avant que d’être submergé par la nostalgie, Lambert voulait trouver un mot qui aurait amusé Nicole. Mais le chagrin l’avait saisi en traître. À la gorge et par surprise. « Merde !  pensa Lambert qui cherchait désespérément à échapper à l’emprise de sa tristesse,  quel morceau le gamin avait-il joué ? »

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