Défi 3 de l’été

Le troisième défi :

un jardin extraordinaire et enchanté  comme celui de la Villa Médicis, jardin de ville, jardin public ou jardin secret : tout est permis ! Et là un incident, un accident, une rencontre inattendue, exceptionnelle … bref un tournant de votre cheminement

A vous de jouer avec les surprises et les espaces verts …

belle inspiration !

La plume

 

 

18 réponses à Défi 3 de l’été

  1. Odile zeller dit :

    Loretta

    Défi n. 3

    Sous le charme des notes émanant de la flûte, concentrée à observer les moustaches du chat qui, cela probablement dans mon imagination, frémissaient au rythme de la musique, la porte formant l´arrière – plan idéal à cette scène, j´eus soudain la sensation d´avoir déjà vécu un instant semblable. Dans mon enfance, mais où, quand ? Je me mis à scruter dans ma mémoire. Ce devait être le jour où mes parents avaient décidé de faire une sortie familiale pour aller visiter la Villa d´Este à Tivoli.
    Comment avions – nous fait le voyage ? En « corriera » vraisemblablement, ces autobus qui assuraient la liaison entre les villages et les villes avoisinantes. Pas d´air conditionné à l´époque, la chaleur accablante des mois d´août italiens nous persécuta toute la journée. Trop jeune pour être sensible aux beautés de l´endroit, avec sa végétation savamment agencée entre ses grottes, ses jeux d´eau et ses statues d´inspiration romaine, matrones, athlètes et Poséidons, j´essayais de passer le plus près possible des jets pour cueillir un peu de la fraîcheur qu´ils dispensaient. Je me serais volontiers débarrassée de ma jupe plissée bleu marine et de mon haut à rayures pour aller me baigner dans les bassins. Les effigies qui les bordaient m´y invitaient de leur sourire narquois. L´impossibilité d´assouvir ce souhait ajoutait à la frustration qui ne me quitta pas de toute la journée. Du moins jusqu´à ce qu´une chatte, blottie contre une statue un peu à l´écart de la voie de passage des touristes, n´attirât mon attention. Elle était noire et blanche elle aussi et se mit soudain à se diriger, à la dérobée me sembla – t – il, vers une cachette connue seulement d´elle … La suivant, un gamin déguenillé trottinait, un sac à la main. Je me mis à leur poursuite, oubliant tout le reste. Deux tournants, l´enfant courait vite et je les perdis tous deux de vue. Je me perdis aussi. Une angoisse lancinante envahit alors tout mon être, le ciel, l´eau, la terre, les statues et les grottes commencèrent à virevolter autour de moi et, la chaleur aidant, je tombai à la manière d´un fruit mur se détachant de l´arbre pour venir s´écraser au sol.

  2. Emilie KAH dit :

    Texte 3
    Fifine — ce ne pouvait être qu’elle — miaulait à mes pieds, s’enroulant autour de mes jambes. Elle se planta devant moi, oreilles dressées, queue en l’air, me fixant de ses yeux égyptiens. Fait extraordinaire — mais qui à cet instant ne me le parut pas —, je l’entendis distinctement me dire : « Suis-moi. »
    J’obéis et à nouveau la végétation touffue m’ouvrit un chemin enchanté. Des cerisiers sauvages tendaient leurs branches profuses et tentatrices vers moi. Je picorais leurs fruits dont la chair amère étanchait ma soif. Fifine, élégante et fière, marchait devant. Sereine, elle tournait régulièrement la tête pour, de ses yeux mi-clos, m’encourager à la suivre. Les oiseaux rivalisaient de vocalises, les abeilles bourdonnaient d’affairement, les cigales n’étaient pas en reste. Leur concert me grisait et j’avançais toujours.
    Soudain, la nature me sembla moins sauvage : les ronces avaient épargné de vieux buis, dont les entrelacs savants luttaient contre l’oubli. Nous arrivions dans un ancien jardin à l’italienne, fait en terrasse, pour donner l’illusion de grandeur. Je jetai un regard distrait sur le bassin ébréché qui retenait un reste d’eau verte, fascinée par un cheval de pierre arrêté dans son galop. Je m’approchai pour lui flatter l’encolure, le calmer peut-être, quand je butai sur la statue d’un homme couchée à terre — le cavalier, pensai-je… Il était d’une nudité émouvante, les mousses le recouvraient par parties, exultant d’habiller son corps d’athlète et d’exalter sa beauté. J’entrepris de le nettoyer doucement, d’abord par tendresse, puis par frénésie et enfin par passion. Je baisai sa bouche de pierre et, comme la marche et le nettoyage m’avaient donné chaud, je me couchai contre son corps, enfermai son sexe dans ma main et m’endormis.

  3. Odile zeller dit :

    Texte 3 de Janine Magnani

    Le merveilleux jardin de sa grand’mère, coloré et odorant, qui changeait d’aspect à chaque saison, n’était plus qu’un lointain souvenir. Les massifs de pivoines roses qu’elle aimait tant avaient disparu ainsi que les bordures d’iris que sa mère avait plantés en quantité. Seuls les hortensias au pied de la tour avaient résisté à l’assaut impitoyable des orties et des herbes folles.
    Allez, du courage ! Armé d’une faucille et d’un sécateur Xavier se mit à faucher, tailler, élaguer comme pris d’un raptus, sous le regard intrigué du chaton. L’entreprise cependant se révéla moins facile que prévu, il fut bientôt en nage et la douleur de ses reins lui révéla combien la terre était basse. Il alla s’asseoir sur la margelle du puits pour reprendre son souffle. Il valait mieux faire appel au père Louis. Ses parents l’avaient employé pendant longtemps comme jardinier, lui il saurait redonner un aspect civilisé à ce fouillis chlorophyllien. Et puis… peut-être pourrait-il l’éclairer sur l’enfant au pipeau ?

    Il se dirigea vers l’arrière du manoir et passé le grand tilleul il s’enfonça dans le sous bois. L’ombre des arbres lui procura une agréable fraîcheur et il respira avec délice toutes les senteurs qui montaient du sol.
    Un écureuil assis sur un tronc eut l’air étonné à sa vue et s’enfuit, s’arrêtant derrière un arbre pour observer l’intrus.
    Ici au moins rien n’avait changé et Xavier retrouva les sensations de son enfance, lorsqu’il s’enfonçait dans le bois, s’émerveillant à chaque découverte, imaginant mille aventures et bravant mille dangers. Le battement d’un pic, l’appel d’un coucou, le ravirent. Il continua d’avancer, des bribes de souvenirs remontant à chaque pas.
    Il parvint bientôt au ruisseau qui dégringolait jusqu’à la rivière. L’eau y était toujours aussi fraiche et il la laissa couler sur ses mains, ses bras, la passa sur son visage avec délice. Une pierre plate au pied d’un arbre lui offrit un siège et le dos calé contre le tronc il se mit à rêver. Cela ne lui arrivait pas depuis si longtemps.
    Un craquement le fit sursauter. Une voix cristalline surgit du passé.
    – J’étais sûre de te trouver là ! Céline, comme toujours court vêtue, le regardait d’un air moqueur. Il se leva d’un bond et ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre. – Comment savais-tu que j’étais au manoir ? – Tu oublies que les nouvelles vont vite dans les villages.

  4. Clementy dit :

    Texte 3
    Corentin se sentit soulevé de terre et se retrouva dans les bras de son prince. Il en aurait pleuré de honte si les larmes avaient été données aux chats.
    « Corentin, j’ai tout vu, c’est un sortilège, il faut se sauver ! Vite ! »
    Korian s’était mis à courir et s’éloignait à toute allure du joueur de flûte qui n’avait pas cessé de jouer. Corentin s’agrippait aux épaules de son prince et résistait à l’envie folle de retourner vers l’enfant et de se lover à ses pieds. Qu’était-il devenu ? Jamais, en quittant sa famille pour sauver le royaume des Collines d’or, il n’aurait cru connaître pareille humiliation. Lui, le fier chevalier, en était réduit à se pelotonner contre la poitrine de son prince, les poils dressés de rage impuissante.
    Korian avait obliqué vers une zone où la forêt se faisait moins dense, peut-être plus amicale. On n’entendait plus la musique diabolique, mais Corentin était toujours un chat, un joli chat sans doute, un peu petit à son goût, mais un simple chat, tout juste bon à pourchasser les souris.
    « Ne t’en fais pas, mon ami, nous allons trouver une solution. C’est peut-être une épreuve qui nous est imposée par le mage qui veut s’assurer de notre courage. Il va voir ce dont nous sommes capables. Toi et moi sommes les plus forts. Rien ne peut nous résister. Tu le sais ! »
    Corentin se garda de lui répondre, trop conscient de ne pouvoir émettre qu’un miaulement pitoyable. Il aurait donné sa vie pour Korian et il en était réduit à dépendre presque entièrement de lui. Il choisit de se concentrer sur le paysage qui défilait sous ses yeux. La lumière du jour naissant donnait aux arbres des allures de soldats endormis, paisibles, mais vigilants. Son état physique n’émoussait nullement son acuité sensorielle, au contraire Corentin se sentait fort d’une clairvoyance nouvelle. Autour d’eux, les arbres leur laissaient le passage, ouvrant un chemin de plus en plus large vers ce qui semblait être une clairière. Une boule de lumière éclairait le bout de l’allée qui maintenant était tapissée de sable fin. Tout semblait plus doux, apaisé. Les oiseaux s’éveillaient et s’étaient mis à chanter. Ils emplissaient l’espace de leur sifflements et vocalises bavardes. Corentin était à l’affût, prêt à bondir, mais Korian le tenait fermement comme s’il avait lu dans ses pensées.
    « Tss, tss, Corentin, ce n’est vraiment pas le moment de courir après les oiseaux ! Je crois qu’on a plus urgent à faire ! Tu ne penses pas ? »
    Corentin se passa négligemment une patte derrière l’oreille, faisant mine de ne pas être l’objet de la réprimande.
    Ils étaient arrivés dans un vaste espace découvert. La clairière s’était muée en un jardin un peu désordonné où les bosquets le disputaient aux massifs colorés et aux rochers posés çà et là sur la pelouse vert tendre. Mais le regard était surtout attiré par un ensemble de statues posées selon une chorégraphie immobile et chaotique non loin d’une fontaine silencieuse. Korian s’en était approché et les observait, intrigué. Corentin se raidit, à l’affût, alerté par le calme irréel qui enveloppait le jardin. Les statues étaient figées dans des poses curieuses, comme arrêtées en plein mouvement par un sculpteur facétieux. Quelque chose le mettait mal à l’aise dans cet ensemble disparate de personnages à genoux et de chevaux rétifs. Korian s’était arrêté à quelques pas de la statue d’un angelot dont le profil ressemblait étrangement au petit flûtiste. D’instinct, Corentin sortit ses griffes. Korian ! Non !
    Corentin avait sauté à terre. Loin de s’enfoncer dans la poitrine de Korian, ses griffes n’avaient rencontré que la dureté de la pierre. Les poils dressés, Corentin regardait maintenant Korian figé, la main posée sur la tête de l’angelot. Seuls les yeux de son prince restaient mobiles dans un visage de marbre.

  5. Fiorelia dit :

    Texte 3
    Et moi où étais-je invitée finalement ? Chez Jo ? Chez Jo et Paul ? C’était peut-être ça la surprise dont elle m’avait parlé plus tôt dans la journée ? Ils étaient en couple ?
    Pourvu qu’ils n’aient pas perçu mon trouble…
    D’ailleurs pourquoi avoir rougi comme ça ? Aucune raison si ce n’est ce sentiment de trahison qui m’avait soudain balayée. Retrouver ainsi mes amis d’enfance si complices et moi me sentir si peu associée ? Un sentiment de solitude intense m’envahit.
    Je suis là en train de me torturer avec mes questions alors que je pourrais tout simplement les interroger. Et accessoirement profiter de cette soirée. Le silence s’installe.
    Mais Paul me tend une coupe. Jo lève la sienne et porte un toast :
    “A nous. A notre amitié, notre enfance et nos retrouvailles !!”
    Tchin, Tchin. Je déguste le vin pétillant. Pas de doute, c’est du prosecco.
    Jo confirme :
    “Il vient directement d’Italie. C’est Paul qui l’a ramené de Rome.”
    J’essaie avec maladresse de masquer mon malaise persistant par une anecdote :
    “J’aime beaucoup aussi avec de l’apérol et une tranche d’orange. Vous connaissez le spritz. J’ai découvert cet apéro lors de mes dernières vacances en Italie. C’était à Turin dans un café sous les arcades. J’ai eu droit à un aperitivo. Gargantuesque. Depuis je ne rêve que d’une chose retourner en Italie”.
    Jo et Paul éclatent de rire. Devant mon froncement de sourcils, Paul s’interrompt et m’annonce :
    “Tu as un pied à terre à Rome et tu es la bienvenue chez moi quand tu veux”
    “Ah tu vis en Italie ?”
    Ma voix s’est faite malgré moi trop aiguë et j’ai presque crié, tellement soulagée de comprendre que je ne suis finalement ici que chez Jo.
    “Oui. En fait pendant mes études, je suis parti en Italie à l’institut universitaire européen de Florence. Là je suis tombé sous le charme de la langue, de la culture, de l’art, des Italiens et des Italiennes. Bref, je suis resté là-bas. J’ai déménagé à Rome il y a quelques mois. Mon appart est à deux pas de la villa Médicis. Tu te souviens de ma passion pour les chats ? Et bien là je suis comblé. J’ai l’impression de retrouver ma horde de chats sauvages des ruines du Palais Gallien. Le parc de la Villa est magique. C’est un océan de verdure dans une ville assez minérale, hanté par des sculptures toutes plus belles les unes que les autres. Je suis sûre que ça va te plaire”.
    Je sirote mon prosecco, saisis une olive et admire au passage mes ongles peints qui brillent à la lueur des bougies. Je suis sûre que mes ongles ne peuvent rivaliser avec les paillettes de mes yeux verts. Je suis enfin là avec eux, prête à faire ma valise pour découvrir Rome avec Paul.

  6. Odile zeller dit :

    Texte 3
    L’enfant tourne la tête vers elle et lui sourit. Il cesse sa musique et lui lance un Hello avec une pointe d’accent américain. Le chat quitte sa place et vient à elle et caresse ses jambes en ronronnant.
    Une voix sort de la maison : Tommy What’s…..
    Une silhouette floue passe dans les carreaux dEs fenêtres. Une femme âgée en salopette jean s’encadre dans le seuil. Elle se fige, observe Amélie et le félin. «  Bonjour Madame » articule t’elle » vous faites quoi ici ? C’est privé , tout know….
    Elle descend le perron et avance vers Amélie.
    Son téléphone vibre de nouveau, elle se détourne et prend l’appel
    «  Amélie où êtes vous ? Vous avez vu l’heure ? Aucune amie ne vous a vue. Où êtes vous donc ? « 
    « Tout va bien, je suis au château de l’Escapade .. »
    «  mais c’est très dangereux… nous venons vous chercher « 
    « aucun danger … je suis en visite …
    « Ne bougez pas , nous sommes là …
    Le téléphone a coupé.
    Amélie réprime un sanglot …
    Elle fait un signe d’au revoir.
    Le petit garçon vient vers elle. «  tu revenir … le chat content… oui ?
    Elle hoche la tête, la femme approuve de la tête.

    Elle se hâte vers la porte et se trouve nez à nez avec Valérie.
    Ah Mamie Amélie vous nous faites de ces peurs. Il n’y a rien ici. Allez, faut pas partir…
    Vous avez faim … c’est plus l’heure … pour le thé …
    La voiture est plus loin … elle sourit, elle reviendra … c’est sûr

  7. OJ dit :

    Texte 3

    Toujours le nez au vent, Clément intrigué, est attiré par des bouffées de chaudes senteurs, chèvrefeuille, jasmin. Il cherche, observe et se retrouve face à une grille dégoulinant de parfums, levant la tête, il aperçoit deux yeux malicieux qui le fixent, l’interrogent. Une sculpture accrochée aux branches le nargue, est-ce une invite à entrer ??? Il arrive dans un jardin « des délices » …. deux messieurs empoignant fermement, sérieusement, mannequins peints, tatoués, plutôt dénudés, recréant des situations improbables. Immédiatement interpellé, sans autre présentation, Clément doit donner son avis sur la mise en place, la position des silhouettes.Il modifie légèrement, le voilà créant les décors dans la végétation, les arbres, passages mystérieux, jouant avec des apparitions de bustes et fessiers. Il se découvre des talents insoupçonnés de scénariste et s’amuse avec les têtes et les jambes, une main par ici, un pied par là, des plumes coquines. Follement inspiré il se laisse aller avec un plaisir immense dans des histoires extravagantes !! Son imagination est complètement débridée, il ne s’arrête plus, improvise, retouche,
    Très apprécié, il a toute liberté, jusqu’au moment où l’un des acteurs s’interroge et réalise qu’il n’est pas la personne attendue !!!! quiproquo et éclats de rire …
    Clément est adoubé, intronisé dans la troupe des »jardiniers théâtreux » …

    OJ

  8. Marc dit :

    Texte 3
    (« Merde !  pensa Lambert qui cherchait désespérément à échapper à l’emprise de sa tristesse,  quel morceau le gamin avait-il joué ? »)
    Avec la pointe de sa canne Lambert, dessinait machinalement dans le sable de l’allée des volutes sur lesquelles s’enroulaient sa rêverie, ses souvenirs et son chagrin. La mélodie que l’enfant avait jouée lui parvenait par bribes. Et lentement, sans qu’il s’en aperçoive, son esprit la reconstituait sur le bord de sa mémoire. Il en siffla les premières mesures et cru reconnaître l’ouverture d’un opéra de Mozart. Il ne savait plus lequel. Ce pouvait être aussi bien « La flûte enchantée » que « Les noces de Figaro ». Les rayons du soleil tapissaient maintenant son dos d’une douceur prévenante et faisaient naître une mosaïque de verts dans les contrastes du feuillage.
    – Pierre est là jusqu’à dimanche, dit-il, je le mettrai au train de 18 heures.
    Lambert regardait droit devant lui. Son regard clair fixait un point immobile comme une poussière d’île épinglée sur l’océan. Un frisson de vent agita une touffe d’herbe et il entendit distinctement le pas d’un homme gravir le sentier qui descendait du village. Il interrompît son sifflement.
    – On a de la visite, dit-il sans quitter des yeux le fantôme de son île.
    Celui qui franchit le portillon de fer du petit cimetière marin, poussait devant lui un équipage hétéroclite composé de deux poussettes superposées, portant pêle-mêle : un sac à dos gonflé à bloc, un petit réchaud à gaz, une grosse veste d’aviateur et deux casseroles de fer blanc qui tintaient doucement aux cahots du chemin. L’homme était grand, musculeux. Il portait une chemise à carreaux semblable à celle des bûcherons canadiens, des pantalons de velours gris et une robuste paire de chaussures parfaitement huilées. Il souleva son léger chapeau de paille et répondit par un large sourire au salut cordial de Lambert.
    – Bonjour, dit-il, je cherche un petit chat. C’est vous qui siffliez « La Traviata » ?

  9. Odile zeller dit :

    Texte de Claude

    Peine perdue! La voix de sa mère résonna impérieuse. Elle remplissait le hall et l’onde des vibrations conduisait jusqu’au salon. Jean ne sursautait plus. Petit, effrayé par les décibels, il s’était demandé d’où cette petite bonne-femme tenait cette puissance vocale. Aujourd’hui, à vingt-cinq ans passés, il s’était fait une raison, décidant que c’était-là son seul moyen d’affirmer son existence. Léger pour un aspirant philosophe! Mais il n’avait pas le temps de chercher plus avant. Il entra dans la pièce et s’arrêta saisi de stupeur. Un marbre là devant lui, transformant les trente mètres carrés en haras. Disparu l’ameublement de bois blanc, envolés les cadres à photos des grands-parents. L’espace tout entier respirait le grand air. Un cheval se cabrait, qui hennissait comme les trompettes de Jericho, ouvrant les persiennes, transportant Jean dans les plaines du Far West américain.

    Sourire en coin, Mariette l’observait. Elle s’était bien doutée que son rêveur de fils tomberait amoureux de cette sculpture venue directement de Sicile. Quand elle l’avait découverte chez un brocanteur de Palerme, elle n’avait pas hésité une seconde.Ce cheval serait pour Jean, pour son petit dernier si imaginatif, toujours en quête de sensations fortes, et, habitant un monde bien à lui. Le prix ? Bah, elle l’avait échangé contre un bijou de famille, héritage inutile et inutilisé. Elle n’avait pas de fille.

    Les mains musclées et brunies de Jean flattaient l’encolure de l’étalon. Pour lui, aucun doute à ce sujet. Cette merveille ne pouvait être qu’un étalon. Si fin, si racé… il avait dû mener Hannibal à travers les Alpes, conduire César jusqu’en Gaule. Et si Vercingétorix l’avait monté? Jean passait en revue toutes les pages d’histoire dont il s’était abreuvé à l’école, toutes les BD qu’il avait compulsées dès l’âge de quatre ans. Et si c’était le cheval blanc de l’Empereur? Et puis, tout doucement comme une caresse, une idée germa : Il lui faut la liberté. Mon cheval se dresse sur ses postérieurs et défie tous les emprisonneurs d’hommes et d’animaux. Seul un espace dégagé peut lui convenir. A moi de jouer et de lui trouver l’endroit où il déploiera la puissance de son énergie. 

    – Maman, que penserais-tu d’un entretien avec le Maire? Je viens d’avoir une idée et si tu m’aides nous pourrons transformer Arnaque.

    Mariette se mit à rire. – Transformer Arnaque-la-Poste. Mais mon pauvre, Jean, nous ne sommes plus qu’une petite centaine d’habitants et nous ne rajeunissons pas! Cette bourgade n’est bonne qu’à faire sourire les autoroutiers quand ils lisent son nom. Que veux-tu lui dire à Monsieur le Maire?

    C’était gagné. Elle viendrait. Jean le savait. Il connaissait sa mère par coeur.

    Le lendemain, Jean qui n’avait plus rien à faire depuis qu’il avait abandonné la pelleteuse, se présenta à la Mairie. Vu l’activité réduite, il obtint une audience assez rapidement. Sa mère l’accompagnait. Elle ne savait pas encore précisément ce qu’elle dirait mais elle faisait confiance à son benjamin. Lui, saurait.

    – Alors, Jeannot, on me dit que tu as planté ton boulot hier après-midi? C’est pour ça que tu viens me voir? Et, toi, Mariette, tu ne vas pas encore défendre ton fils !? – Ca démarrait mal.

    Sans se démonter, Jean raconta à Monsieur Tournefeuille ce qui lui était arrivé la veille avant de lui exposer l’idée qui prenait corps. Devant son visage incrédule, il ajouta que cet épisode devait bien signifier quelque chose d’important pour le bourg. Avec l’apparition du marbre dans le salon de sa mère, il avait compris que la Municipalité tenait-là une occasion unique. Mariette maintenant convaincue ajouta son grain de sel.

    – Vois-tu, André, nous avons perdu toute importance économique. Les visiteurs sont rares. Nous vivotons sans réussir à revitaliser Arnaque. Saisissons l’opportunité de créer un musée en plein air. Cette statue antique en serait l’attraction centrale. Par la suite, rien ne nous empêchera de développer le projet. Plusieurs musées ont des antiquités inutilisées. Ils nous les confient, nous organiserons des expositions tournantes. A nous maintenant de créer un jardin-écrin pour accueillir ces statues, les mettre en valeur, les rendre vivantes . Qu’en penses-tu?

    – Pas mal, pas mal mais nous n’avons pas l’espace nécessaire entre l’autoroute et la nationale, la départementale vient encore couper Arnaque. Où voulez-vous que je l’installe ce musée en plein air?

    – Le terrain que j’ai abandonné hier, il ferait parfaitement l’affaire.

    – Ouais… Mais je suis engagé, moi. Les promoteurs tentaculaires ne vont pas accepter. Les dédommager, je ne peux pas. Trop cher.

    – Vous avez signé? Où il reste encore une clause suspensive?

    André Tournefeuille prit un air bonasse. Il se leva, serra la main de ses administrés et les mit à la porte. Mariette arrêta Jean d’un regard. Impétueux, il allait s’en prendre au Maire. Elle connaissait André de longue date et son expression de Raminagrobis patelin l’intéressait au plus haut point. Dans la rue, elle expliqua à son fils qu’il fallait laisser faire le Maire et surtout, surtout, ne rien lui dicter. Je crois qu’André est convaincu. Maintenant il faut voir. Il a encore des connaissances à Paris. Attendons.

    Jean avait pris sa première leçon de diplomatie.

  10. martine dit :

    texte 3
    Récemment Camille a découvert le yoga Iyengar . En s’y mettant , il s’est senti revivre, a retrouvé son corps trop souvent greffé au siège et à l’ordinateur, rencontré ses muscles dorsaux ignorés de sa conscience laquelle était obnubilée douloureusement, tantôt par la région cervicale tantôt par la colonne lombaire . Ce dimanche, il a effectué un stage de 3 heures au studio ATMA , un joli espace sous verrière de la rue des Martyrs. Il en sort fourbu mais heureux de son effort , persuadé d’avoir accru sa capacité pulmonaire et ouvert sa cage thoracique et, fier de lui, décide d’aller prendre un thé à l’hôtel Amour tout proche, rue de Navarin et qu’il ne connaît pas encore.
    Passionné des bars des hôtels, Camille avait eu ses endroits de prédilection où il pouvait rester longtemps et vivre à chaque fois un véritable voyage de rêverie solitaire, comme le Bar du Ritz avant sa rénovation, l’après midi quand jouait la harpiste.
    Pourtant il lui avait fallu constater qu’avec le temps, nombre de ces lieux attachés à son passé, transformés ou non, avaient perdu pour lui beaucoup de leur charme et que leur enveloppe ne créait plus l’émotion qu’il y avait connue de sorte qu’il lui arrivait parfois que sa flânerie confine à la déshérence et qu’il n’ai plus envie de retourner dans ces endroits familiers et pas non plus d’en découvrir d’autres., sa capacité imaginative lui semblant glisser vertigineuse, vers le néant. Les désirs nouveaux sont les plus vifs et Camille se reconnaissait avec un brin de honte un homme d’habitude.
    Attentif cependant, il avait entendu parler de cet hôtel à l’âme et au style bohème de Pigalle, avec ses banquettes vintage en moleskine rouge , ses photographies de respectueuses galantes, ses appliques juponnées et son jardin jungle et cette fois , fort de son nouveau souffle, la décision d’y aller s’imposa.
    A peine franchie la porte sur la petite rue de Navarin, la salle aboutit à une jolie véranda laquelle s’ouvre sur un luxuriant jardin exotique entre des murs couverts de lierre et où se dissimulent quelques tables parmi les lianes et les papyrus. Une nonchalante carpe Koï glisse dans un petit étang. Séduit par le décor qu’il s’applique à détailler, pour choisir la place où s’installer, Camille soudain s’immobilise en face d’une femme brune très élégante , en chemisier rouge, attablée dans le jardin avec un livre. Elle ne l’a pas vu. Il se précipite : « Monica ! »
    Ils ne se sont plus vus depuis deux ans au moins. Ils ont été proches, amis mêmes, mais se sont froissés sur un malentendu dans une période de surmenage. Par manque de temps, par soucis personnels, il avait pensé la rappeler mais ne l’avait pas fait. Il se sent simplement heureux de la voir, elle l’accueille amicalement , sans froideur, l’invite à sa table. Ils reprennent leur conversation comme s’ils s’étaient quittés la veille alors qu’ils n’existaient plus l’un pour l’autre. Il s’attable avec elle dans le jardin, commande un thé vert Genmaicha au riz soufflé, ils parlent longuement de l’Asie, du décor, de voyages ici ou ailleurs, de leurs congrès, des proches, des collègues, des petits riens du quotidien, passant d’un sujet à l’autre avec légèreté et entrain. Il est étonné du plaisir rare qu’il ressent. Comme si une partie de lui-même lui était rendue qu’il ne percevait plus depuis longtemps dans un état d’étranger à lui même. Dans ce jardin jungle , à la faveur de cette rencontre, il se retrouve des racines, se sent devenir lui aussi végétal et vivant.

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