Défi 4 de l’été

Où le passé resurgit. Les souvenirs s’intègrent dans le récit et permet de mieux cerner votre intrigue.

Une musique, un objet, une danse, un ami … vous avez tous les droits !

Cette photo peut être !

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à demain

Une autre plume

25 réponses à Défi 4 de l’été

  1. MADELEINE BRINKMANN dit :

    Je serais donc assise sur la pierre tombale de mon aïeule ! Comme le sort fait parfois étrangement les choses ! Ma grand-mère sera bien émue d’apprendre mon aventure. Je me souviens du jour où elle nous avait raconté des histoires du passé. Nous étions petits et encore ignorants de la vie des adultes et nous avions probablement écouté avec trop peu d’intérêt son récit sur la courte vie de son ancêtre. Pourtant le nom d’Artémisia était resté et nous avons passé le reste du séjour à inclure son nom lors de nos jeux, de nos danses et de nos aventures dans le jardin et dans la grande maison de ma grand-mère chez qui nous passions les vacances.

    Il fallait monter trois marches de pierre bleue pour atteindre la porte d’entrée. Celle-ci était large, vitrée de petits carreaux biseautés, le cadre des battants était peint en blanc. L’on franchissait ensuite un vestibule au sol de marbre, les murs étaient tapissés de nombreux miroirs qui permettaient aux visiteurs de rajuster leur mise. Un jour, un groupe de tziganes nous a vus jouer dans le jardin et, juste pour le plaisir de voir danser des enfants, ils se sont mis à jouer de leur instruments. Mes cousins et moi étions ravis ! Un petit concert rien que pour nous et nos poupées ! Nous avons tournoyé comme des toupies en faisant virevolter nos jupes d’été, les garçons ont perdu l’équilibre et sont tombés dans la pelouse. La mélodie des violons devenait de plus en plus endiablée et nous avions les joues en feu. Attirée par la musique, ma grand-mère qui nous gardait était sortie pour voir ce qui se passait. Un large sourire passa sur son visage empreint de bonté. Elle donna une pièce aux musiciens pour les remercier et nous dit encore :
    – Vous êtes comme Artémisia, elle aussi adorait danser !
    Les gens du voyage repartirent et nous avions continué à danser “comme si nous étions Artémisia et ses cousins”. Les soirées d’été étaient longues et notre grand-mère nous laissait bavarder tard dans la cabane que nous avions construite à l’aide de branchages et de couvertures. Les plus petits, Pierre et Emilie, avaient déjà succombé et à la fatigue tandis que nous parlions plus bas pour ne pas les réveiller.
    – Pourquoi Artémisia est-elle morte aussi jeune ? demandait Jean qui avait 13 ans.
    – Nous le demanderons à grand-mère demain, proposai-je.
    Mais comme souvent pour les enfants, le lendemain s’écrit comme une page vierge et au réveil, nous avions tout oublié. De nouveaux jeux ou certains travaux de vacances avaient brisé le rythme installé la veille et un atelier confitures proposé par ma grand-mère nous envoya dans son potager à la recherche de savoureuses groseilles. Seul le nom d’Artémisia était resté dans nos jeux.

  2. Odile zeller dit :

    Loretta
    Défi n.4.
    L´excursion à Tivoli avait rompu avec l´immobilité de l´été. Juillet et août s´écoulaient sinon doucement, une tranquille routine marquait les journées. Pas de dangers dans le village, les enfants allaient et venaient, libres de se salir, de s´écorcher bras et genoux, de faire des blagues aux voisins, de se raconter d´épouvantables et sanguinolentes histoires de morts et de revenants… de faire, pratiquement, loin des yeux adultes, toutes sortes de bêtises. Le soir après le dîner, à une époque où la télévision n´était pas répandue et les gens avaient encore quelque – chose à se dire, on s´asseyait sur le pas de la porte, de « La Porte », pour « prendre le frais ». Les passants s´arrêtaient, échangeaient quelques convenances et puis, comme par enchantement, les chaises se multipliaient. On passait d´abord en revue l´actualité du village, on continuait en ressassant le passé. La famille, parents, grands-parents, cousins plus ou moins proches, mariages manqués, enfants qui avaient mal tourné, trahisons, héritages injustement répartis …. Tout et tous y passaient, tôt ou tard. Chacun avait un détail à ajouter, une circonstance jusque-là négligée à souligner. Les récits interrompus étaient repris le lendemain et c´est ainsi que, sur les genoux de ma mère, je pus (car les adultes ne se souciaient pas d´épargner nos oreilles enfantines, dans l´assomption que nous dormions ou que nous n´étions pas en mesure de comprendre le sens de leurs paroles) suivre bon nombre de vicissitudes dont les habitants du village étaient les protagonistes. Les récits, dignes de telenovelas et des mieux ficelées, car les questions de cœur occupaient bien évidemment le premier plan des conversations, me tenaient en haleine. Mon éducation sentimentale passa par les commérages échangés par les « grands » pendant ces soirées d´été.
    Ce qui alors frappa le plus mon imagination d´enfant, ce fut l´histoire des occupants de la maison à laquelle la « Porte » donnait accès ….

  3. Loretta Loria - Riedel dit :

    Cela ouvre beaucoup de portes … le suspens dure. Merci Odile!

  4. Emilie KAH dit :

    Texte 4
    Lorsque je m’éveillai en sursaut, en nage, dans un mal-être indéfinissable, il faisait nuit et Fifine ronronnait contre moi.
    De mes rêves ne restaient que des bribes. D’abord des images érotiques avec B., un de mes anciens amants. Nous faisions l’amour sur l’herbe d’un cimetière, que jonchaient des pierres moussues : vestiges de tombes, de monuments funéraires, de chapelles entourées de grilles dégondées et rouillées. Nous nous relevions, nous poursuivions en riant, parmi les croix tombées, les statues ébréchées, les couronnes de fleurs artificielles dispersées. La décence m’interdit de vous conter par le menu le déroulé de nos ébats iconoclastes. Ils furent interrompus alors que nous nous trouvions appuyés sur un tombeau baroque et surchargé. Pendant que B. me besognait debout, par derrière, je lus, gravés sur la pierre : FAMIGLIA FINZI-CONTINI. Nous étions dans le carré juif du cimetière de Ferrare. Je me souvins que tous ceux qui auraient dû reposer dans cet aristocratique caveau familial n’y étaient pas. Mon rêve devint cauchemar : je vis une colonne de gens, tous bien mis, qui marchaient calmement et noblement, vers ce que je savais être les camps d’extermination nazis. Fifine allait devant pour montrer le chemin, et, fait plus horrible encore, j’entendais le fifre de Pierre-Olivier, mon frère adoré, qui rythmait la marche de ce défilé de spectres. Je reconnaissais, maladroite, la parodie burlesque du Dies irae de la Symphonie fantastique de Berlioz.

  5. Odile zeller dit :

    Texte 4 de Janine Magnani

    Le murmure apaisant du ruisseau accompagna leurs mots. Des mots un peu embarrassés au début. Pourquoi n’as-tu jamais donné de tes nouvelles ? Mais non, c’est toi qui n’a jamais répondu à mes lettres. Mais si, mais non… Ah ton air suffisant lorsque tu évoquais ton départ aux States. Au début je passais au château pour avoir des nouvelles, ta famille était réticente, j’ai arrêté, la fille d’un paysan, j’étais mal vue. Pourtant j’étais devenue bibliothécaire, pas mal non ? On m’a dit que tu étais fiancée. Mariée même, mais rapidement divorcée, heureusement pas d’enfant, et toi ? Le dépaysement, les études, les masters, les stages, un travail qui ne correspondait pas vraiment à mes aspirations. Une relation avec une Américaine bourrée de vitamines. Barbecues, footing le dimanche…
    La parole se libérait et ils purent communiquer sans gêne ni rancœur. Les acrobaties d’une mésange les fit rire comme… comme avant, lorsqu’ils s’aimaient.

    Ils prirent lentement le chemin du retour vers le manoir. Une sorte de mélancolie semblait voiler leur regard. La camionnette du père Louis était garée près de la remise et l’homme avait ratissé toutes les mauvaises herbes fauchées par Xavier.
    − Un vrai carnage, dites-donc ! Pouviez pas m’attendre ? Ses yeux rieurs démentaient le ton bourru de sa voix. Tenez, ma femme vous envoie ça, des fois que vous mourriez de faim. Il tendait un panier d’où émergeaient un saucisson, du fromage, des poires. Le pain est encore chaud. Dites, j’ai vu que vous avez ouvert la fenêtre de la tour.
    − Oui, comme je n’ai pas trouvé la clé, j’ai forcé la porte.
    − Risquiez pas de la trouver, votre père l’a balancée dans la rivière.
    − Pourquoi donc ?
    − Pour essayer d’oublier sans doute.
    − Oublier quoi ? Père Louis, je crois que vous avez des choses à me raconter.
    − Possible, mais je sais pas tout. D’ailleurs personne a jamais su. Et puis ça va prendre du temps, faut que je rentre. Pourquoi vous viendriez pas manger chez nous demain soir ? Céline, je te ramène au village ?
    − Je veux bien. Xavier, on se revoit bientôt, n’est-ce pas ?

  6. Odile zeller dit :

    Texte de Claude

    Texte 4

    Trois semaines qu’il attendait. Trois semaines jour pour jour et toujours rien. Silence radio. Monsieur le Maire, croisé dans la Grand Rue ne lui avait même pas jeté un regard en biais. Jean devenait fou. Il tournait en rond. Son cheval de feu ne parvenait plus à le calmer.

    – Elle est bonne. Je sais qu’elle est bonne mon idée! Je le vois ce musée en plein air. Des volutes de lianes légères et tourbillonnantes comme les tutus dans Gisele. Des arbres centenaires, de ceux que j’ai volontairement abandonnés sur le terrain. Des fleurs et encore des fleurs. En buissons, sur des treilles, en plates-bandes. Du gazon. Oui, du gazon anglais, comme celui du English Heritage Foundation. Ce n’est pas une raison parce que les Brits., outragés de ne pouvoir diriger l’Union selon leur bon vouloir, claquent la porte de l’Europe, pour ne pas adapter leurs bonnes idées. Chez eux, des milliers et des milliers de membres et de visiteurs assurent la pérennité des lieux historiques sans d’énormes subventions de l’Etat. Les citoyens deviennent «actionnaires» de cette Fondation prenant ainsi leur part d’héritage.
    Cela soude le pays et ses différentes composantes. Pourquoi ne pas le faire ici, à Arnaque? Créer un éden où apparaîtraient et disparaîtraient statues antiques et oeuvres d’art contemporaines, quel superbe développement pour la ville. Quelle fierté pour ‘Maison Vieille’ de savoir reconnue et visitée, par des gens venus du monde entier, sa propriété – le berceau de la dynastie des Baséhaud fondée au XIXè siècle par leur arrière-grand-père, Le contre-maître devenu Patron.
    André Tournefeuille ne peut abandonner sans même tenter de sauver les meubles.

    – Jean! Arrive! J’ai quelque chose à te montrer.

    Tiré de sa logorrhée silencieuse, Jean se traîne jusqu’au salon. Au passage, il flatte l’encolure de Cheval de Feu toujours aussi froid.
    Posée sur le guéridon, une construction en papier l’attend. Sur des marches de papier journal plissé, des personnages en 3D, une brochette d’anciens le regardant droit dans les yeux. Début XXè pas plus récent, cette présentation de costumes, ces pantalons golf serrés aux chevilles, ces coiffures charleston ou ces hauts-de-forme oubliés. Peu d’intérêt ce montage. Il a passé l’âge des origami. Sauf… sauf si… si pour valider son rêve il avait sous les yeux une famille disparue d’Arnaque-la-Poste depuis une génération. Transporté, il se retourne et prend la main de sa mère pour l’emporter dans une valse à mille temps. Il tourne, virevolte, soulève une Mariette écrevisse, qui peine. Lui, a retrouvé allant et imagination.

    – Voilà, comment on va faire. On transpose. Avec des combinaisons en Néoprène, les visiteurs se promènent, se croisent et s’approprient le domaine éphémère créé. L’équipe leur donne la possibilité de créer des situations avec les statues et les sculptures en toile de fond ou comme personnages. Leur revêtement leur permet de traverser les siècles. Ils sont devenus universels. A chacun de jouer sa partition selon son humeur et sa culture. Cheval de Feu sera central.

  7. Clementy dit :

    Texte 4
    Corentin s’était mis à tourner autour de Korian en miaulant. Il n’avait plus aucune honte à se laisser aller devant son prince tant il était désespéré. Il n’osait pas approcher l’angelot de peur de se transformer lui aussi en statue car il en était certain, cet enfant diabolique était la cause de tous leurs malheurs. De rage, il crachait, la queue dressée et les poils hérissés, quand il passait du côté de la maudite statue. Bientôt, fatigué, il se coucha dans l’herbe et se roula en boule. Il lui fallait réfléchir et trouver un moyen de casser l’enchantement.
    Devant son museau il voyait le soleil caresser un brin d’herbe qu’escaladait, avec une lenteur appliquée, une coccinelle. Cette scène lui en rappelait une autre, bien lointaine, quand, enfant encore, il jouait dans le jardin du château avec sa mère. Celle-ci, Aurélia, avait grandi avec la reine et était son amie intime bien que de petite noblesse. Elle aimait montrer à son fils la vie secrète du petit peuple du jardin et les coccinelles étaient un objet d’enchantement pour tous les deux. Bien vite Corentin avait découvert que derrière la robe élégante de la petite bête se cachait en réalité un redoutable prédateur, prêt à tout instant à dévaster un champ entier de pucerons. Devant ce souvenir, si vif dans sa mémoire, Corentin ne pouvait s’empêcher de penser à sa petite enfance comme à un paradis perdu. Tout cela se passait avant la découverte du grand secret qui avait bouleversé leur existence. Aujourd’hui, en regardant son prince changé en statue et en voyant son propre corps couvert de poils, Corentin se prenait à regretter d’avoir été le témoin involontaire de la catastrophe.
    C’était un soir, trois mois auparavant tout juste, alors qu’il avait échappé à la surveillance de sa mère occupée à préparer la fête de l’Annonce avec la reine. C’était une grande fête qui réunissait tous les nobles du royaume venus faire leur annonce à la reine pour lui promettre obéissance et fidélité. Korian, qui s’était lui aussi échappé, avait toqué discrètement à sa porte et lui avait proposé d’aller dans le parc pour regarder les étoiles et s’inventer des voyages merveilleux. C’était un jeu qu’ils aimaient tous les deux, rivalisant de hardiesse dans des voyages toujours plus lointains et d’autant plus téméraires qu’ils savaient pouvoir regagner la chaleur de leur lit sans trop de difficultés. Cette fois-là, ils se trouvaient sous le balcon de la chambre de la reine ce qui ajoutait au danger car ils pouvaient être découverts à tout moment. Alors qu’ils suivaient le chemin tracé par la Grande Ourse sur leurs destriers imaginaires crachant le feu, les voix de leurs mères leur parvenaient comme amplifiées dans le calme de la nuit. Sans se concerter, soudain, ils firent silence. La gravité qui perçait dans les paroles des deux femmes les avait alertés.
    « Aurelia, dis-moi, que dois-je faire ? Le sort de tout mon peuple est en jeu ! Quelle cruelle décision m’est-il donné de prendre ! Comment faire ce choix impossible ?
    – Ma reine, vous devez prendre la seule décision qui offre un avenir à votre royaume, fut-ce au prix du sacrifice de nombre d’entre nous. Si cela se pouvait, je vous offrirais ma vie pour vous épargner ce choix impossible.
    – Te sacrifier ? Jamais ! »
    Corentin se souvenait être resté pétrifié en entendant sa mère parler de sa propre mort. Comment pouvait-elle parler ainsi et l’oublier, lui ?
    « Aurelia, la coupole magique qui protège notre royaume des rayons mortels de l’Astre Noir est en train de se fissurer. Mon conseiller, Alzur, pense que dans six mois elle sera désintégrée et que le royaume tout entier basculera dans le chaos.
    – Ma reine, j’ai entendu ce que dit le savant Alzur. J’ai aussi entendu qu’il propose de revoir la combinaison magique pour réduire la surface de la coupole et lui redonner ainsi sa solidité pour au moins deux siècles, le temps pour les savants de trouver une autre solution.
    – Oui, Aurelia, mais cela signifie que notre territoire va considérablement se réduire et que nous devrons abandonner une partie du peuple à un sort cruel !
    – Ma reine, j’ai aussi entendu le sage Alzur parler du mage Zeniac. Il détiendrait la clé qui pourrait nous sauver et sauver le royaume… »
    Les voix s’étaient éloignées. Korian et Corentin étaient glacés et la chaleur de cette belle nuit d’été était impuissante à les réchauffer. Comment un tel drame pouvait-il se jouer sans qu’ils n’en aient rien su, comment leurs mères avaient-elles pu leur cacher, chaque jour, derrière leurs rires et leur tendresse, une telle tragédie ?
    Cette nuit-là, Korian et Corentin n’avaient pas dormi. Ils avaient longuement réfléchi. Au petit matin ils avaient décidé qu’ils trouveraient le mage Zeniac. Et aujourd’hui ils se trouvaient tous les deux dans le Pays Interdit dans une posture bien fragile…
    La coccinelle était parvenue au sommet de la tige. Là, elle semblait hésiter sur la conduite à tenir et tournait sur elle-même. Allait-elle redescendre ou bien se morfondre seule sur ce brin fragile ? Corentin se rappelait les coccinelles qu’il observait avec sa mère. Il se souvenait comme elles étaient de redoutables guerrières et que rien ne pouvait les arrêter. De manière inattendue, cette pensée lui redonna confiance. La coccinelle avait finalement ouvert ses ailes et choisi s’envoler. Corentin se remit sur ses quatre pattes et décida qu’il allait faire la même chose, à sa façon. Il était temps de se ressaisir.

  8. Fiorelia dit :

    Texte 4
    Jack ne va pas tarder à arriver. J’ai le coeur qui bat trop vite, beaucoup plus qu’en temps normal et je me sens oppressé. J’aide Jo à installer la table, les petits fours, les canapés. J’allume les bougies, redresse une fleur qui pique du nez, tapotte un coussin. Je m’occupe pour ne pas voir passer les minutes.
    Avec Jo, nous parlions souvent de Jack. Nous avions même essayé de la retrouver. Mais rien à faire. Elle semblait avoir déserté de la surface de la terre. Elle était absente des réseaux sociaux sous son nom. Ce qui n’était pas étonnant en fait. Tous les trois, nous avions ça en commun depuis l’enfance. Cacher notre véritable identité pour peut-être mieux la révéler.
    Jo avait poursuivi nos petits jeux et en avait fait son métier. Le théâtre était devenu une vocation et elle enchaînait avec talent les identités fictives. Nous nous étions retrouvés par hasard à Florence. Elle jouait une pièce dans une petite salle que je fréquentais car les spectacles programmés y étaient interprétés par des troupes françaises. Elle était venue plusieurs fois incarner des rôles différents. Chaque fois, j’étais bluffé. Dans des spectacles en costume d’époque : elle apparaissait en femme revêtue d’une robe longue, chignon sophistiqué encadrant son beau visage expressif, ou parfois grimée en homme, moustache postiche plus vraie que nature, chapeau haut de forme incliné sur le front, et même en petite fille sage, à frange avec un grand nœud dans les cheveux et une robe de communiante. Elle était méconnaissable, toujours crédible et bourrée de talent.
    La sonnette.
    C’est elle. Jack arrive. Je me retourne et voit… une femme.
    Heureusement elle rougit et je reconnais alors la môme émotive et hyper sensible de mon enfance.

  9. Marc dit :

    Texte4
    (– Bonjour, dit-il, je cherche un petit chat. C’est vous qui siffliez « La Traviata » ?)
    Lambert sourit. Nicole se serait moquée : confondre Mozart et Verdi ! L’homme aux deux poussettes prit place à ses côtés, sur le banc.
    – Quel paysage grandiose ! dit-il en balayant l’horizon de son regard d’eau claire, vous venez souvent ici ?
    Lambert ne semblait pas surpris par l’apparition de ce curieux personnage. Il s’en amusait intérieurement.
    – Ma femme… je viens tous les jours, répondit-il en désignant du menton une petite tombe qui faisait face à la mer. Je parle tout seul comme un vieux con. C’est l’océan qui me répond. Parfois le vent, ou un nuage. Mais, la plupart du temps, je n’ai pas besoin de réplique. Je la connais déjà.
    L’homme avait ôté son chapeau qu’il avait posé sur ses genoux.
    – Il n’y a pas grand monde dans ce cimetière remarqua-t-il,
    – Seuls les gens de ma famille reposent ici, précisa Lambert, la plus vieille de ces tombes date du seizième siècle. On m’a accordé le privilège d’y enterrer Nicole et je manœuvre pour obtenir le droit d’y reposer aussi.
    La voix grave de Lambert fut prise d’émotion. Il ne pouvait envisager qu’il en soit autrement.
    – Je comprends, dit l’homme. Il ne faut jamais s’éloigner de ceux qu’on aime. Ne jamais les laisser seuls non plus.
    Lambert pensa qu’il y avait chez lui la même fêlure d’âme que la sienne. Secrète, indicible. Peut-être même plus profondément enfouie.
    – Quand je m’endors le soir, je sens toujours la chaleur de sa peau. Mon ventre contre son dos, nos doigts croisés et mon souffle sur sa nuque. Alors, chaque matin je viens m’asseoir sur ce banc et je réapprends son absence, je renoue avec le vide qu’elle m’a laissé. Ce n’est que lorsque je traverse en retour mon potager que je rejoins le tangible. Jusque là nous ne nous sommes pas quittés de la nuit.
    Lambert avait parlé presque à mi-voix, sans gêne. L’homme pencha la tête. Une inclination d’humanité songea Lambert.
    – Je vous envie, dit l’homme.
    Lambert se taisait. Le lieu était propice aux confidences, mais il ne s’agissait pas de cela. Plutôt une sorte de connivence instinctive. Une fraternité de souffrance qui fonde les amitiés.

  10. Marc dit :

    Texte 4
    (– Bonjour, dit-il, je cherche un petit chat. C’est vous qui siffliez « La Traviata » ?)
    Lambert sourit. Nicole se serait moquée : confondre Mozart et Verdi ! L’homme aux deux poussettes prit place à ses côtés, sur le banc.
    – Quel paysage grandiose ! dit-il en balayant l’horizon de son regard d’eau claire, vous venez souvent ici ?
    Lambert ne semblait pas surpris par l’apparition de ce curieux personnage. Il s’en amusait intérieurement.
    – Ma femme… je viens tous les jours, répondit-il en désignant du menton une petite tombe qui faisait face à la mer. Je parle tout seul comme un vieux con. C’est l’océan qui me répond. Parfois le vent, ou un nuage. Mais, la plupart du temps, je n’ai pas besoin de réplique. Je la connais déjà.
    L’homme avait ôté son chapeau qu’il avait posé sur ses genoux.
    – Il n’y a pas grand monde dans ce cimetière remarqua-t-il,
    – Seuls les gens de ma famille reposent ici, précisa Lambert, la plus vieille de ces tombes date du seizième siècle. On m’a accordé le privilège d’y enterrer Nicole et je manœuvre pour obtenir le droit d’y reposer aussi.
    La voix grave de Lambert fut prise d’émotion. Il ne pouvait envisager qu’il en soit autrement.
    – Je comprends, dit l’homme. Il ne faut jamais s’éloigner de ceux qu’on aime. Ne jamais les laisser seuls non plus.
    Lambert pensa qu’il y avait chez lui la même fêlure d’âme que la sienne. Secrète, indicible. Peut-être même plus profondément enfouie.
    – Quand je m’endors le soir, je sens toujours la chaleur de sa peau. Mon ventre contre son dos, nos doigts croisés et mon souffle sur sa nuque. Alors, chaque matin je viens m’asseoir sur ce banc et je réapprends son absence, je renoue avec le vide qu’elle m’a laissé. Ce n’est que lorsque je traverse en retour mon potager que je rejoins le tangible. Jusque là nous ne nous sommes pas quittés de la nuit.
    Lambert avait parlé presque à mi-voix, sans gêne. L’homme pencha la tête. Une inclination d’humanité songea Lambert.
    – Je vous envie, dit l’homme.
    Lambert se taisait. Le lieu était propice aux confidences, mais il ne s’agissait pas de cela. Plutôt une sorte de connivence instinctive. Une fraternité de souffrance qui fonde les amitiés.

  11. martine dit :

    Par moment, au réveil , il arrive à Camille de regretter la disparition dans sa vie intérieure, de l’horizon de la relation lointaine. Les moments d’exaltation, d’illusion, de communion intime qu’elle lui avait fait vivre lui paraissent inaccessibles. Il évoque avec tristesse l’impossibilité d’une rencontre ultérieure la douleur de ne plus même la souhaiter. Il réalise la frustration qui a accompagné ces années émaillées de brèves rencontres où, ni le corps ni l’âme de ces deux éternels inconnus en présence, ne pouvaient communier. Chacun des retours à Paris de son amie à l’occasion de congrès professionnels relançait l’espoir d’un changement de la disposition , de transformation du lien où l’insatisfaction ne dominerait plus.
    On peut vivre des années, il en était la preuve, aveuglé par un reste d’espérance dans un deuil qui ne se fait pas à se demander ce que l’on cherche. Cette histoire était devenue une véritable toxicomanie au manque. La correspondance même , abondante dans les premiers mois, s’était tarie avec les années, ils n’avaient rien à se dire, ne partageaient pas le quotidien, le temps qu’il faisait, le fuseau horaire même.
    Il avait cru, ou il s’était forcé à croire pour ne pas rompre, que l’histoire était nécessaire à son écriture. Elle nourrissait un processus créatif et de recherche de lieux pour la rêverie et la vie. Chaque endroit découvert lui paraissait pouvoir être ultérieurement partagé. Or, le charme qui l’avait séduit ne touchait pas l’autre, et la situation le décevait. il ne voulait pas penser ni savoir qu’ils étaient si différents. Cette étrangéité, lorsqu’elle surgissait amenait l’hostilité par déception de l’attente et les départs étaient non seulement douloureux mais conflictuels. La séparation provoquait la colère de ce qui n’avait pas été vécu et réveillait la douleur et la haine. De sorte qu’ils se mettaient souvent inconsciemment en situation de ne pas se dire au-revoir. Les premières semaines, ils s’oubliaient pendant des mois, puis reconstruisaient l’un et l’autre et chacun dans son coin, un nouvel espoir qui n’avait sans doute rien à voir avec la réalité et le désir de l’autre. La lassitude usait le lien mais il semblait impossible de le rompre , comme un cadre créatif, une origine d’inspiration et une mise en mouvements d’émotions intenses. Une dangereuse boucle narcissique s’instaurait où, sans s’aimer , ils ne pouvaient quitter cet échange bizarre, sorte de journal intime animé, sans parole ni présence, nourri d’imaginaire et de désirs irréels, clivé de leurs vies . Un genre de cancer psychique ayant sa vie propre.
    Et il avait rompu sans s’y attendre. Dit des mots , rectifié le mensonge.
    La vacuité lui faisait peur mais il commençait à sentir une curiosité poindre au sein de cet état morne.
    Ces ruminations matinales agaçaient Camille. Elles lui évoquait le sevrage d’une drogue alors qu’il s’enorgueillissait de n’en avoir jamais pris ni même été attiré. Elles accentuaient l’aspect inabouti de la relation, et , du fait de sa durée la quête vaine et dérisoire qu’il lui avait consacré et ravivaient la blessure narcissique.
    La nostalgie est un deuil qui n’est ni fait ni à faire et généralement , on ne le fait pas. Cependant le temps agit et « cela aussi passera » se disait Camille .
    Avec la nécessité de se lever, la sonnerie du réveil était aussi dans ce cas, celle du glas de la rupture, la réalité reprenait ses droits.
    Dans tous les cas , le moment de contact matinal avec sa femme , instant de sa vie qu’il aimait particulièrement avait la capacité de rendre à Camille un calme et une dimension paisible et harmonieuse et la vie quotidienne reprenait.
    Comme la plupart de ceux qui exercent une profession libérale, il avait des périodes plus creuses au début de l’après midi et goûtait ces pauses un peu hors du temps.
    IL sirotait un café à la terrasse d’un bar de l’île Saint Louis, la voix de Cesaria Evora s’élèva du poste « Sodade, sodade » reflet de la Morna, cette nostalgie Capverdienne si gaie. Les souvenirs affluèrent. Il revit Nice, la colline de Cimiez , le festival de Jazz du mois de juillet, le soleil et les longues soirées, l’arrivée sur la scène des arènes de la « diva aux pieds nus », sa voix s’élevant puissante et chaude, impressionnante. Il revécu la sensorialité troublante alliant la beauté du site à celle de la musique.
    Il y avait presque 20 ans qu’il avait passer une semaine à un congrès international, , ses trois enfants en bas âge confiés aux grands-parents, sa femme travaillant à Paris. La redécouverte de la solitude lui avait procuré un plaisir immense. Il se revoyait, choisissant les exposés qu’il désirait entendre et séchant les autres, flânant le long de la mer, allant prendre son café du matin sur le cours Catleya devant le marché aux fleurs, dégustant une Socca, cette galette chaude de farine de pois chiche délicieuse, rencontrant ici ou là quelque collègues autour d’un café , d’un repas ou d’un verre en terrasse, mais jouissant surtout d’être seul et libre, sans contraintes de la vie quotidienne, sans horizon autre que le moment présent. Un pur présent, un temps que souvent l’on ne vit pas.
    Il se souvint, là bas de l’ l’Hôtel Windsor, décoré par des artistes avec un jardin exotique luxuriant et une volière d’oiseaux exotiques où déjeuner et dîner. Il revit sa petite piscine dissimulée dans la végétation. Elle abritait un haut parleur qui diffusait des chants d’oiseaux, un Eden surprenant. Un paradis discret dans le quartier anglais derrière le palais de la Méditerranée.
    C’était avant sa correspondance amoureuse.
    Il se dit qu’il aimerait y retourner , aurait il le même plaisir à se retrouver vingt ans plus tard ? Il réalise qu’il s’autorise si rarement cette solitude nourricière.

  12. OJ dit :

    Quand il a entendu « Intronisé » , les images affluent. Clément revoit son grand-père vigneron et sa confrérie de fins compagnons.
    Souvenirs un peu estompés, mais pour l’enfant de ces années-là, c’était un genre de société secrète qui le faisait rêver, avec une pointe de tension, les jours de réunion. Journée très importante. Rituels, cérémonies en habits, que de mystères. Soirée minutieusement préparée par son aïeul, toujours taiseux, mais ses yeux pétillaient de plaisir avec tous les préparatifs.
    Inoubliable, moment rare, avant la réception, sa petite main perdue dans la rugosité ( il sent encore ce contact ) de celle du grand-père, il faisait un tour , dernière visite avant l’évènement. En silence, lentement, ils parcouraient la cave voûtée, dans les effluves de vin , d’alcool, quelques mots brefs ponctuant les objets importants.
    Clément a quitté le domaine, les vignes, depuis fort longtemps et il est bouleversé par ce retour de « balises » flottant à la surface de sa mémoire.

    OJ

  13. Odile zeller dit :

    Texte 4

    Quand elle rentre à la maison de retraite, elle se sent fatiguée et confuse. La directrice lui tient le sermon habituel, ne pas inquiéter la maison, éviter de troubler le calme des autres pensionnaires… Elle hoche la tête et présente ses excuses, elle est proche des larmes et les deux femmes n’insistent. Elle ignore si sa fille a été prévenue, elle aimerait entendre les remontrances habituelles. Son caractère, la difficulté à trouver des places dans une maison qui ne soit pas trop loin, les soucis familiaux… les frais …
    Elle s’assied et finalement décide de faire une petite sieste. Quand elle se réveille c’est déjà le soir. Au dîner on lui fait fête. Son amie Valérie lui pose quelques questions et s’émerveille de son goût des aventures. Elle n’aurait pas osé, trop peur … d’autres s’intéressent à ses découvertes.
    Le château de l’Escapade, un refuge de résistants. Il ne fallait pas y aller, il s’y passait tant de choses… le passé resurgissait, les plus âgés avaient des étoiles dans les yeux. C’était toute leur jeunesse, leur histoire et leur gloire… des aviateurs anglais, des réfugiés traqués, un réseau…
    Des habitants actuels personne ne savait rien6. Des Américains, oui peut-être, ils ne venaient pas au village, maintenant avec le Super U plus personne n’achetait au village. Plus de marché … juste le boulanger et le buraliste.
    Elle rentre à sa chambre, heureuse et fatiguée. Le lendemain elle fouille ses tiroirs et retrouve une vieille photo : Rémi. Jeanne et elle. Elle sort une loupe et détaille le visage … Tommy lui ressemble mais à cet âge et…

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