Défi 5 de l’été

 

Pour le cinquième défi

une foule, un attroupement, une fête … dans ce cadre de foule, il se passe quelque chose … le héros participe.

A vos plumes

 

19 réponses à Défi 5 de l’été

  1. Odile zeller dit :

    Texte 5 de Loretta

    Défi n.5
    Un des rendez – vous de l´année à ne pas manquer, c´était le grand marché d´août. On y arrivait de tous les villages environnants pour vendre, acheter, échanger, qu´il s´agisse des fruits de la terre, du bétail ou de produits artisanaux. On en profitait pour rencontrer des membres de la famille ou des amis, des véritables banquets étaient organisés pour l´après – marché et on y goûtait à la production de vin de l´un ou de l´autre. Un vin, soit dit en passant, bien aigrelet et qui vous prenait à la gorge… Pour les femmes, l´occasion se présentait enfin d´arborer la robe des fêtes assortie du fichu blanc brodé, pièce importante du trousseau de toute fille à marier. Au marché autrefois, on concluait aussi – pourquoi pas au fond, il s´agissait d´affaires – les fiançailles des enfants. En général à l´insu de ces derniers, on agissait bien sûr pour leur bien.
    C´est ainsi que fut arrangé le mariage de Maria et de Giovanni. Les parents de ce dernier, assez riches, mirent la grande maison qui donnait sur la place à la disposition des jeunes mariés. Maria accepta soumise, elle avait bien un autre soupirant qui lui faisait les yeux doux et la guettait lorsqu´elle se rendait à la fontaine mais son sort avait été scellé par la décision des parents. Giovanni était un bon parti, la famille ne manquait pas de moyens, il avait le sens des affaires, faisait fructifier ses terres et … était coureur de jupons.

  2. Emilie KAH dit :

    Texte 5
    L’épisode contrasté que m’avait offert mon inconscient me redonna un peu de clairvoyance — s’il était possible d’en avoir dans l’obscurité totale qui m’enveloppait. Je tentai de faire le point : je me trouvais dans un jardin italien, à Ferrare peut-être ; j’étais entrée dans ce jardin au printemps — les pissenlits ! —, j’y avais cheminé en été — les cigales !
    Et tout ça à cause de Fifine, la chatte de mon enfance ! Serait-elle aussi diabolique que Behemoth, le chat du roman « Le Maître et Marguerite » de Bougalkov. Je l’entendis miauler « À la Sérénissime » et me retrouvai sur le quai des Esclavons en plein Carnaval de Venise.
    C’était le crépuscule. J’étais costumée en femme fleur, moirée de velours vert bronze, le corps pris dans un rosier vermillon, dont les branches profuses m’assiégeaient le cou, enserraient mes hanches, foisonnaient sur ma poitrine, se répandaient le long de mes bras. J’avais sur la tête trois roses du même rouge, bêtes monstrueuses, occupées à me manger le front, qui perturbaient les proportions de ma silhouette et faisaient de moi un être étrange. Loup de satin noir, houppelande en drap de cocher pour réchauffer mes épaules et me fondre dans la nuit de Venise.
    Et, venant à ma rencontre, déambulant, arpentant, appliqué à croiser ses jambes d’échassier, à défiler comme sur le podium d’un grand faiseur : B.
    Il portait une cape sombre et une « bauta », le masque blanc, pourvu d’un voile noir, surmonté d’un petit tricorne de feutre. C’était bien lui ; je connaissais son allure ! On sait, à Venise, aujourd’hui comme hier, que ceux qui se travestissent ainsi ne sont pas des êtres tristes. Porter la « bauta », c’est afficher qu’on est résolu à jouir de toutes les libertés, de toutes les audaces, de toutes les joies, de tous les plaisirs du Carnaval.
    Je frémis, d’autant plus que je ne parvenais pas à me sortir de la tête l’air du « Dies irae ». Fifine se fraya un chemin parmi la foule des festivaliers, j’avançai résolument derrière elle , vers ce marquis de pacotille : B !

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Janine Magnani

    Le marché qui se tenait sur la place du village était la grande attraction du jeudi. Xavier en fit le tour s’arrêtant ça et là pour quelques achats. Du miel d’acacia, des fruits, quelques légumes, il passerait ensuite chez le boucher. Lorsqu’il y venait avec sa mère c’était une corvée qu’il essayait d’éviter mais aujourd’hui il trouvait cela plutôt agréable.
    Soudain résonna dans l’air une mélodie. Un homme jouait de la flûte traversière, un air inconnu mais très beau et les gens, agréablement surpris, suspendirent leurs achats et se rapprochèrent de lui, ils souriaient, heureux de cet intermède musical, certains prenaient des photos.
    Xavier sans savoir pourquoi se sentit envahir par l’émotion. Magie des sons, sans doute, purs, limpides, mais empreints d’une sorte de mélancolie. Il voyait le musicien de dos, il s’en approcha et réprima un sursaut en découvrant son visage. Il savait bien que c’était impossible, pourtant il lui trouvait une ressemblance avec l’enfant au pipeau. Cela ne pouvait être qu’une coïncidence. Rien d’autre. Étrange tout de même.

    La veille il avait dîné chez le père Louis et l’avait questionné.
    – Je ne sais pas grand chose en réalité. Mais je me souviens que mes parents parlaient d’une tragédie qui avait frappé les châtelains. Leur plus jeune fils était mort. Il s’était noyé dans la rivière, près du pont, là où il y a des remous. On dirait pas, mais elle est profonde à certains endroit, et mauvaise. Les vieux disent que dans le temps une charrette et son cheval y ont été engloutis. On n’a jamais connu les circonstances du drame. Un tragique accident. Personne au château n’en parlait. Ils se sont tous enfermés dans le silence. Votre pauvre grand’mère était inconsolable, elle faisait peine à voir. Après, quand j’ai fait quelques travaux d’entretien pour votre père, j’ai bien vu que la pièce de la tour était condamnée. Un jour où je nettoyais des broussailles près de la rivière j’ai vu votre père y jeter quelque chose de brillant, une grosse clé m’a-t-il semblé, et j’ai toujours pensé que c’était celle de la tour. Il avait l’air de se débarrasser d’un poids. Mais peut-être que je me fais des idées.
    Mais j’y pense, vous vous souvenez de notre voisine, Thérèse ? Sa mère, Lucie, elle les connaissait les deux frères. Par contre elle habite plus ici, elle est dans une maison de retraite.
    Xavier était décidé à la rencontrer.
    En attendant il continuait d’observer le flûtiste. Il n’aurait su dire pourquoi mais il sentait comme un mystère chez cet homme entièrement possédé par sa musique. Une musique à vous tirer les larmes.
    Les applaudissements éclatèrent à la fin du concert improvisé mais la foule ne se dispersait pas, encore fascinée. L’homme ne faisait pas la manche. Il rangea la flûte dans le sac à dos posé à ses pieds, déjà il s’éloignait, alors pris d’une inspiration subite Xavier l’appela «Arnaud ?» L’homme s’arrêta. «Vous devez confondre.» «Pardonnez-moi». Il remarqua sur son front une grosse cicatrice au milieu du front, qu’une mèche de cheveux un peu longue n’arrivait pas à cacher.

  4. martine dit :

    Encore ce congrès !
    Tous les ans , sur la totalité du week end de l’Ascension se tenait un congrès international phare de la profession. Quatre jours de rapports, interventions, discussions, ateliers, rencontres…L’occasion de revoir d’une année sur l’autre les collègues étrangers ou parisiens, les amis de promotion, les nouvelles rencontres. Un espace de promesses, d’attentes comme de frustrations.
    Et aussi, pourquoi à la Défense à la saison des roses et des pavots quand la nature exulte , que l’agenda professionnel chargés des jours ouvrés résiduels oblige déjà à rester enfermé 12 heures par jour. Pourquoi aller se terrer dans des amphithéatres en sous sol à la lumière artificielle écouter des allocutions interminables, des rapports qui n’en finissent pas, et des discussions qui ne discutent pas.
    Et cette souffrance : être au milieu de mille personnes , perdre les gens que l’on croise aussitôt qu’on les a retrouvés à une pause, subir le fait de manger mal et en hâte dans des restaurants surchargés , être maltraités par des serveurs exaspérés par la demande d’un service accéléré un jour férié. Et consommer.. trop d’exposés, trop de nourriture, trop d’alcool, trop de café , trop de soirées , trop de rencontres, trop d’excitation, trop…
    L’occasion se présentait pour ceux qui visaient des places honorifiques au sein de l’institution et ils s’attacheraient à un comportement politiquement correct, salueraient qui il faudrait, vous connaitraient ou ne vous connaitraient pas , ne se compromettraient avec aucun ami qui ne serait pas dans la ligne qu’ils convoitaient. Il imaginait , comme à chaque fois ce jeu d’influences qui rendrait les pauses café un peu tristes et médiocres.
    Depuis des années , Camille s’était contraint à ce moment annuel qui avait une valeur symbolique pour l’institution dont il était membre, et il avait participé au congrès, dirigé des ateliers, publier à chaque congrès. Puis il avait cessé de s’y investir pour ne plus le fréquenter que passivement et n’y assister qu’en fonction de ses intérets propres pour les exposés proposés. C’était le dernier endroit du monde où il eût désiré rencontrer sa correspondante. La situation les eût contraint à un quasi anonymat et à un jeu de semblants dans une salle en sous sol à l’éclairage artificiel , cela n’avait rien de romantique et pour l’avoir déjà vécu , il ne tenait pas à répéter cette situation frustrante et inconfortable.
    Aussi décida t-il qu’il n’irait pas aux congrès cette année mais partirait randonner en montagne. Sur la crête de la montagne de Lure, sur les traces des ballades décrites dans les livres de jean Giono, dans les prairies de boutons d’or éclos de quelques jours après la pluie de la semaine précédente, il se sentait, ainsi que l’écrivain désignait cette cîme, sur le toit du monde. Il lui semblait respirer en regardant de toutes part les montagnes sous le soleil, des alpes dignoises à la Sainte Victoire, regarder beaucoup de choses de haut. Camille ne savait pas encore que sa rupture était imminente , elle n’avait pas encore eu lieu ni même ses prémices, mais elle était probablement contenue inconsciemment dans le fait de s’absenter de Paris alors que sa correspondante s’y trouvait. Le fait d’être au congrès ne disparaissait pas avec son absence de Paris car Camille se trouvait l’évoquer en imagination. Ne pas y être était une position ou le congrès gardait sa valeur de moment crucial et existait pour lui. Si Camille trouvait sa position ensoleillée en haut de la montagne nettement plus agréable et confortable , il se rendait compte que l’on n’échappe pas au symbolique, ni par la randonnée, ni même par la fiction.

  5. Clementy dit :

    Texte 5
    Il était grand temps de se ressaisir, c’est certain mais c’était sans doute plus facile à dire qu’à faire. Corentin croisa le regard de Korian, enfermé dans son corps de pierre. Il y lisait de la rage, mais aussi une volonté farouche de ne pas plier. Lui, l’empêché, avait plus de vigueur d’âme que Corentin qui pouvait se mouvoir. Les oreilles de Corentin, mobiles comme peuvent l’être celles d’un chat, pointèrent soudain, saisies par un brouhaha diffus qui semblait monter derrière un bosquet. Il n’avait d’autre choix que d’aller voir. Il se promit toutefois d’être prudent et de se méfier de toute figure d’enfant car les deux dernières rencontres avaient plutôt tourné au désavantage de Korian et lui-même.
    Il contourna les arbres qui, dans une subtile métamorphose, passaient du végétal au minéral et de l’état de nature à celui de la civilisation. Il était maintenant au milieu de la cour d’une demeure de maître. Les calèches y menaient une danse fluide et désordonnée dans un tourbillon sonore dont l’écho rebondissait sur le pavé. Les couples se croisaient en grande tenue, on se parlait, on se saluait, on lançait une pique à l’abri de son éventail, caché derrière un gloussement mondain, on se jalousait avec élégance. Corentin, étourdi par cette agitation soudaine, s’était réfugié près d’une fontaine, bientôt chassé par le sabot d’un cheval qui avait failli l’écraser. A l’abri d’une longue jupe de taffetas qu’il avait pris le parti de suivre pour se protéger de cette frénésie environnante, Corentin perçut un mouvement de foule près d’une calèche dont était sorti un homme seul. Chacun s’écartait au passage du personnage, bien différent des autres dans son apparence. Chauve et imberbe, il était vêtu d’une longue tunique noire. De lui émanait une autorité éclatante. Curieux, Corentin avait quitté la jupe protectrice et se tenait maintenant devant cet homme quand tous les invités s’étaient écartés pour lui laisser le passage. Corentin discernait des chuchotements à la fois inquiets et déférents.
    « Que fait ce chat ici ? A qui appartient-il ? »
    L’homme avait parlé et il regardait Corentin. Il était trop tard pour fuir, la forêt de jupes et de robes longues, larges et infranchissables l’en empêchait. L’homme se pencha et attrapa Corentin par la peau du cou. C’était une sensation bizarre d’être ainsi soulevé de terre.
    « Tu n’es à personne ? Je te garde, tu es à moi. »
    Curieusement Corentin se laissait faire et ne sentait aucune peur. Peut-être aurait-il dû.
    « Mage Zeniac, veuillez entrer. Vous êtes attendu. »

  6. Marc dit :

    Texte 5
    (Lambert se taisait. Le lieu était propice aux confidences, mais il ne s’agissait pas de cela. Plutôt une sorte de connivence instinctive. Une fraternité de souffrance qui fonde les amitiés.)
    Il y eut un bref miaulement qui se posa étrangement au milieu de leurs silences. L’homme sourit.
    – Te voilà ! dit-il, toi aussi tu vas siffler « La Traviata » ?
    Le chat que Lambert reconnut immédiatement, alla se caler contre la jambe de l’homme et se mit à ronronner comme une contrebasse.
    – Il est à vous ? demanda Lambert
    – Je dis souvent que c’est plutôt moi qui suis à lui. Plus exactement on s’appartient l’un l’autre.
    Il avait saisi l’animal et l’avait coincé sous sa chemise, à même la peau. Le chat s’était lové entre la chaleur de son ventre et l’épais tissu à carreaux rouges et noirs. Seul un museau rose et frais dépassait du vêtement. Lambert s’en amusa.
    – Vous aimez les animaux ? demanda l’homme,
    – Un jour, à la foire du village, Nicole a gagné un canard dont elle avait, par hasard, deviné le poids.
    C’était un gros canard noir et blanc, dit Lambert, pour rien au monde, Nicole n’en aurait voulu. Il était sale et puait la fiente. L’œil torve. Mais les gens ne comprenaient pas qu’on puisse refuser un pareil lot. Ils la pressaient d’accepter. On discourait comme si le sort de la planète en dépendait. C’était à qui réussirait à la convaincre.
    Lambert s’était animé. Il regardait toujours l’horizon, mais sa voix s’était allégée. Elle était devenue plus chantante. Plus enjouée.
    – On la traîna jusqu’à la buvette, et chacun offrit sa tournée. Le sort du pauvre canard se jouait dans l’atmosphère enfumée et populeuse d’un bistrot de campagne. Autour d’apéritifs qui n’en finissaient pas de couler, les esprits s’échauffaient entre ceux qui prétendaient épargner le volatile et ceux qui voulaient le cuisiner. Les uns aux petits navets, les autres à l’orange ou encore au sang. Une militante vegan monta sur une table et, à la mode des femen, dévoila ses seins pour protester contre la sauvagerie phallocrate et sanguinaire des bouffeurs de viande. Le boucher au bord de l’apoplexie, sans quitter des yeux la plantureuse poitrine, braillait à pleine gorge qu’il fallait l’embrocher sur le champ. Naturellement, la majorité des hommes riaient gras. Ma Nicole proposa qu’on remette en jeu le canard mais aucun accord ne fut trouvé sur la manière. Les fléchettes l’emportèrent un moment sur le bras de fer, et par sécurité parce que le taux d’alcool moyen avait depuis longtemps dépassé la limite raisonnable, il fallut renoncer. Le public affluait et les conversations s’égayèrent rapidement comme un fleuve dans son delta.
    Lambert fit une pause. Il avait fait une tresse avec le brin de liseron et s’en était fait un anneau qu’il passait machinalement à son doigt.
    – En fin de soirée, ma Nicole avait tellement bu que dans la confusion du débat elle prétendait investir dès le lendemain un élevage intensif de canards… pour les sauver de la barbarie ! Depuis, tous les ans au moment de la foire on se farcit un canard.
    L’homme éclata d’un rire sonore qui fit sursauter le chaton.
    – Un conseil, lui dit-il, ne participe jamais à une tombola.

    • Martine dit :

      Texte drôle et un peu déjanté qui fonctionne très bien pour égayer et surprendre . Bravo

      • Emilie KAH dit :

        Mon fils enfant a gagné un jour un canard vivant au loto de son école. Il l’avait apprivoisé et le canard le suivait partout jusqu’au jour où il s’est fait écraser par une voiture. Ce fut un énorme chagrin pour ce petit garçon.

  7. Fiorelia dit :

    Texte 5
    Jack est là, un peu embarrassée et pas encore tout-à-fait elle. Mais elle est là et je connais sa curiosité insatiable. Dès qu’elle se sentira enfin à l’aise, elle va me passer à la moulinette de ses questions.
    Or ma vie c’est comme le carnaval de Venise.
    Comme Jo, mais pour des raisons différentes, j’avance masqué. J’ai enfilé depuis longtemps le masque du français installé en Italie. J’alterne les déguisements selon les occasions, les missions et les objectifs à atteindre. Je m’adapte. Je me fonds dans la masse. J’infiltre tous les groupes surtout les plus fermés. Quand Jo, plutôt discrète, m’a interrogé sur mon activité professionnelle, j’ai bredouillé “je bosse à l’ambassade et je suis tenu au secret professionnel”. Jo a compris et n’a pas insisté.
    Avec Jack, ce sera différent.
    Alors l’alternative est la suivante. Soit je monopolise la conversation, je l’oriente dans la direction qui m’intéresse, je manipule mon public et quelque part je trahis mes amis d’enfance. Soit je joue franc-jeu, je laisse tomber le masque (en supposant que je ne me sois pas perdu entre-temps et qu’il n’y ait plus rien en-dessous) et je donne un coup de canif à mon habilitation secret défense.
    Pour le moment, je parviens à jouer, sans difficulté et en étant vraiment sincère, le rôle du copain qui invite sa vieille copine d’enfance à visiter Rome.
    Je décris ma vie italienne, les endroits que j’aime par-dessus tout. La piazza Navona et le petit Martini bianco dégusté en soirée face à Sant’Agnese in Agone. La piazza di Spagna et mon arrivée toujours essoufflé en haut des marches avant de longer la villa Medici pour arriver à la terrazza del Pincio et admirer de là la perspective aérienne sur la piazza del Popolo et toute la ville.
    Là j’abandonne le déguisement du guide touristique pour endosser celui du flâneur. Je m’enfonce dans le parc vers la Villa Borghese. Je repère un banc et me couche. Le bois est un peu dur mais les yeux perdus vers le ciel et les frondaisons, je rêve.
    Jack tête son prosecco et je vois à ses yeux qu’elle est déjà avec moi.
    Sans le savoir, Jo vient à mon aide. Elle nous annonce qu’elle a un spectacle programmé à Rome dans quelques semaines. Nous sortons tous nos agendas et notons la date. J’ai hâte de retrouver la ville éternelle pour la partager avec mes complices.

    • Martine dit :

      Un véritable voyage ce texte , et une flânerie réflexive qui donne envie de se perdre dans Rome. Très agréable avec un suspens intéressant

  8. OJ dit :

    Texte 5

    Pour rendre un bel hommage à son ascendance viticole, Clément décide de boire un verre, porter un toast. Arrivant au charmant café-bistrot,il y a foule et il est catapulté dans une soirée « Speed-dating », il n’imaginait pas ce genre de manifestation dans un village tranquille, et ….. il a tort ! Son effarement dépassé, il découvre la finalité des rencontres, 2 Minutes avec chaque étudiant d’Agro, non, pas de recherche amoureuse , mais de partenaire pour faire connaître le paysage, les sources, l’habitat, l’originalité de la commune !! Il ne peut pas fuir, il joue le jeu. Le voilà débattant avec arguments, propositions, lui passionné de nature, d’histoire, d’authenticité.
    Pris à son propre jeu, il fait des rencontres étonnantes !!

  9. Odile zeller dit :

    Texte 5

    On toque à sa porte. Une voix retentit à travers la cloison. «  Amélie, tu viens, on a sortie, le bus est là. Elle avait oublié cette excursion. Elle n’a plus envie, mais comment dire non maintenant. Si elle prétexte une grosse fatigue, elle ne pourra pas sortir et retourner là-bas. Cette ressemblance entre Tommy et Rémi lui tambourine dans la tête. Rémi, oui, il rendait visite aux Américains, mais il n’avait pas 15 ans… cette femme qu’elle avait aperçue, elle avait cru … non elle se montait une fable. Elle aimait les belles histoires comme sa petite fille lui disait.

    Dans le bus, elle monte la dernière et s’assied à côté d’un nouveau pensionnaire. Il lui sourit : « alors, on fugue ! » ils rient ensemble.
    Le groupe bavarde, le bruit emplit l’habitacle, on ne s’entend plus. Quelqu’un propose de chanter. «  Mimi,Mimi » crie t’on de toute part. Michelle se redresse et entame quelques airs de Piaf et de Moustaki. On lui réclame du Brassens.
    Amélie écoute son voisin : «  une belle voix. Moi j’étais plutôt Beatles ! »
    Amélie se tait, elle repasse ses souvenirs avec Rémi et Jeanne. Jeanne qui n’a pas connu les Beatles, la pauvre.
    Son voisin murmure près d’elle. «  L’escapade, ma grande sœur y allait, Jeanne, celle …vous connaissez l’histoire, c’était votre amie… effrontée et rebelle, ça devait arriver…
    Amélie scrute son visage, cherche une ressemblance et n’en trouve pas.
    «  le petit frère, plus, j’étais qu’un bébé… un enfant de la guerre… j’ai pas beaucoup de souvenirs, j’étais trop petit. De Jeanne surtout par les photos. »
    Le bus s’arrête. Le voisin d’Amélie attend que le bus soit vide, il se hisse difficilement, saisit ses cannes de marche et se laisse aider pour descendre les quelques marches. Amélie le suit.

  10. Odile zeller dit :

    Texte NO. 5 de Claude

    Décidément, l’usure de la patience par une attente prolongée faisait partie de la stratégie de la Municipalité. Zélia Tranquille se demandait combien de temps son ancien copain allait tenir. Jean avait choisi un siège éculé juste à droite de la porte du bureau de l’édile, bien décidé à assiéger l’élu jusqu’à ce qu’il obtienne un entretien. Jean était seul. Mariette avait refusé de venir. Incrédule, il avait entendu son

    – J’ai autre chose à faire moi. Il faut bien nourrir ton cheval.

    Au début, l’attente était supportable. L’heure passée lui avait permis de contempler le tableau en face de lui. Cette peinture sur bois, léguée par la famille Baséhaud alimentait son aspiration à la beauté et sa volonté de s’emplir de récits permettant de voyager. Venise et son Carnaval le renvoyait à toutes les intrigues de Casanova. Il sentait sous ses pieds bouger le plancher du grenier du Palais des Doges au gré du Rialto et de ses marées. Il en avait presqu’ le mal de mer. Plus jeune c’est tout juste s’il n’avait pas quitté son groupe scolaire pour se précipiter à l’air libre et vomir. Tout le monde avait mis cela sur le compte de sa sensibilité extrême mais lui savait que ça bougeait. Venise s’enfonçait. Et donc… Logique implacable de justification. Maintenant, il commençait à trouver le temps un peu long mais sa détermination n’avait pas faibli. Et puis, cette attente lui permettait de peaufiner son projet.

    Après la création du jardin et l’agrément des conservateurs et artistes approchés pour les oeuvres, créer une équipe locale capable de faire vivre le musée éphémère de mon rêve. Sur tous ces visages qui défilent sous mes yeux, je sais quelles capacités et qualités
    d’organisation attribuer. Ils sont tous d’ici. Descendants de familles souvent venues d’ailleurs. Nés et grandis dans cette région. Suffisamment du Sud pour connaître la verve et la décontraction nécessaires quand tu joues le tout pour le tout. Ils sauront accueillir et susciter l’enthousiasme des premiers explorateurs du musée improbable. Par la suite, le bouche-à-oreille sera notre allié. La gestion et le financement, c’est le problème de la Mairie. Pour les contrats de travail, il faudra qu’André ouvre un peu les coffres. Malin comme il est, ça ne m’étonnerait pas qu’il dégotte quelques subventions auprès des ministères avant que le projet ne soit viable et s’autofinance. Peut-être même que certains exilés reviendront au pays…

    – Hé, Zélie! Elle va durer encore longtemps la réunion?

    Comme téléguidée, la porte du bureau grinça. A cet instant fatidique, un roulement semblable aux grondements du tonnerre envahit la place de l’Hôtel de Ville. André Tournefeuille à peine sorti de son antre, se précipita à la fenêtre, et, changea de couleur. Mariette, à la tête de ses administrés, tenait par la bride un cheval de blanc étincelant au soleil. Monté sur une planche à roulettes tressautante, il oscillait dangereusement malgré la haie protectrice qui l’entourait. Les hommes du bourg tentaient de le maintenir en position mais les pavés disjoints semblaient prendre un malin plaisir à déjouer leurs espoirs. « Faire repaver la Place », nota in petto, l’élu, conscient de l’image écornée ainsi produite. Par un tour de passe-passe, il retrouva toute sa faconde et se retournant vers les protagonistes de la réunion importante de la matinée, leur lança sur le ton de celui qui vient de trouver l’argument massue prouvant son bon droit

    – Messieurs les Promoteurs, voyez-là, l’expression de la volonté démocratique de la population de notre belle région. Ce marbre si pur et ciselé ne vous évoque-t-i pas les arènes de Rome, les portes de La Sérénissime ou le Prix de l’Arc de Triomphe?! Voyez dans ce début de manifestation locale l’enthousiasme de mes administrés. Concernés au plus haut point par le développement nécessaire et inéluctable de leur région, ils sont prêts à s’investir dans une création paysagiste et artistique internationale. Vous aussi pouvez en tirer le plus grand bénéfice. Soyez-en les mécènes participatifs. Le développement touristique, essentiel à leur projet, élargit le créneau lucratif auquel vous aspiriez. Réfléchissez-y. Nous en reparlerons dans quinze jours.

    Jean éclata d’un rire énorme. Il voulait bien céder son idée. Que le Maire se l’approprie si le Musée éphémère devenait réalité. Il salua ses anciens employeurs sur le départ. Bien qu’encore éberlués par l’évolution révolutionnaire qu’empruntaient leurs transactions de marchands de tapis, leurs yeux indiquaient que les ordinateurs seraient bientôt en train de rationaliser et chiffrer les circonvolutions qui occupaient maintenant leur cerveau. De nouveaux algorithmes prendraient le pouvoir.

    – N’oubliez pas, Messieurs, que je reste à votre entière disposition pour araser un terrain convenant à la construction d’hôtels de luxe à prix raisonnables.

    Jean prit André Tournefeuille dans ses bras en lui tapant énergiquement sur le dos.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.