Défi 6 de l’été

 

Tous ces beaux textes sont l’objet de multiples lectures, bravo !

Pour ce sixième défi, le héros ou le personnage principal part, s’en va, s’envole…. a pied, à cheval, en bicyclette, il s’enfuit peut être ou est appelé ailleurs. Comme vous voulez …. l’intrigue continue et votre personnage va voyager.

À vos plumes !

 

Un Botero ou presque
Oz

18 réponses à Défi 6 de l’été

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Loretta

    Défi n. 6
    Si l´on contemplait la question du point de vue de Giovanni, on en arrivait aux mêmes conclusions. À savoir, ce mariage n´aurait pas dû « se faire ». Ses parents voulaient le voir casé à l´âge de 23 ans, selon eux un âge où l´on était mûr pour franchir le grand pas. Quant à lui, il volait bien plus haut.
    On le forçait à se lier corps et âme à une jeune fille, certes charmante mais qui ne déclenchait en lui aucun élan amoureux. Comme il vivait dans la dépendance des siens, il ne lui restait d´autre choix que de se plier au bon vouloir de sa famille. Mais dès qu´il aurait rejoint un peu d´autonomie financière … Tel Perrette, le voilà qui échafaudait des plans pour s´enfuir de la cage où l´on entendait le contraindre. Et ce furent ces rêves qui lui consentirent d´endurer l´interminable cérémonie de son mariage à laquelle il assista, spectateur plutôt que protagoniste, en transes peuplées de rêves de paquebots, de quais grouillants de monde, de femmes essuyant leurs larmes. Des images rapportées par les rares habitants du patelin qui avaient fait le voyage outre – Atlantique et qui – circonstance encore plus rare – en étaient revenus défilaient dans son esprit. Statue de la Liberté qui accueillait les voyageurs à l´approche de Manhattan, queues patiemment endurées à Ellis Island – car le paradis attendait au – delà, édifices en ville tellement hauts qu´à les contempler on avait le vertige, rues étroites où les gens circulait en ayant l´air de s´affairer pour rejoindre un but connu d´eux seuls, vitrines opulentes qui aguichaient le passant … L´Amérique avec un grand « A » et dont New York était pour lui le symbole, lui ouvrait déjà les bras. Et puis si ce n´était pas New York, ce serait le Brésil, ses plages, son climat, ses mœurs nonchalantes qui rendaient toute entreprise facile, la beauté qui s´épanchait de toutes parts et vous saisissait dans ses tenailles … il n´allait quand même pas, au seuil de sa vie d´adulte, se faire lier mains et pieds à une vie de routine sans attrait ! Sa femme… elle se débrouillera bien. Il se voyait déjà là – bas, loin et le sourire ne quitta pas ses lèvres pendant tout le temps que durèrent les festivités. Sourire trompeur s´il en fut…

  2. Emilie KAH dit :

    Texte 6
    Derrière sa « bauta », les yeux de B. étaient sarcastiques. Il m’avait reconnue et fondait sur moi comme l’aigle en chasse d’un malheureux lapin. Je pressentis le danger : celui de retomber dans ses rets. J’eus l’impression physique d’une chute, puis celle de contorsions dans les mailles d’un filet pour m’en extraire. Il fallait éviter tout contact avec Lui. Je sais d’expérience qu’avec ce genre d’individu le salut est dans la fuite. Mais qu’elle est difficile, tant la fascination et l’attraction qui en résultent sont grandes ! Heureusement Fifine était là et des ultrasons de ses miaulements, elle fit accourir tous les chats de Venise ¬— et Dieu sait qu’ils sont nombreux. Ils entourèrent B., s’accrochèrent à ses jambes, lui griffèrent les bras, escaladèrent son dos. L’un d’eux parvint même à lui retirer sa « bauta » ! Démasqué, le beau B. perdit en un instant sa superbe et sa morgue. Stupéfaits par la scène, quelques festivaliers se gaussaient de lui sur le quai. Je n’eus pas le temps de voir la suite, Fifine me cria : « Vite, vite ! ». Je la suivis, semant dans ma course les roses de mon costume. Elle sauta dans une gondole, qui semblait nous attendre sous le Pont des Soupirs, me tendit sa menotte gracieuse : « À votre tour, Principessa ! ». Fifine, debout, une patte en avant, une patte en arrière, enfonçait la rame de biais, la tournait et la remontait, creusant l’eau épaisse et noire que je sentais glisser sous mon banc. J’étais sauvée.
    J’entendis alors le fifre de Pierre-Olivier. Il jouait la barcarolle d’Offenbach : la chanson des gondoliers.
    “Belle nuit, ô nuit d’amour
    Souris à nos ivresses
    Nuit plus douce que le jour
    Ô belle nuit d’amour”
    Moi, je contemplais, sereine, la lanterne bleue de la proue de notre embarcation. C’était Fifine le maître du jeu.

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Janine Magnani

    Thérèse était d’accord pour accompagner Xavier voir sa mère, à condition de ne pas trop la fatiguer. Ils trouvèrent la vieille dame assise près de la fenêtre, en train de lire. «Maman, regarde, tu as de la visite. C’est Xavier, le fils d’Olivier, tu te souviens ? Le châtelain. Il aimerait te poser quelques questions, si tu veux bien.» Après s’être excusé de la déranger Xavier lui demanda si elle se souvenait des deux garçons qui passaient leurs vacances au château.
    – Oh oui, bien sûr ! Olivier et Arnaud. Je les connaissais bien, ma mère faisait du repassage là-bas et je l’accompagnais souvent. Qu’est-ce qu’on s’est amusés dans le parc et le bois !
    – Vous voulez bien me parler d’eux ? Comment étaient-ils ?
    – Physiquement ils se ressemblaient, mais ils avaient des caractères très différents. Olivier toujours prêt à faire les quatre-cent coups. Arnaud, plus calme, sensible. Oui, très sensible. Pour lui il n’y avait que la musique. Un don, il avait. Il savait jouer d’instinct de n’importe quel instrument.
    – J’ai trouvé une photo de lui jouant du pipeau.
    – Ah oui, son pipeau ! Il jouait aussi de la flûte. Il disait qu’il voulait entrer au conservatoire.
    – Est-ce que vous savez ce qui s’est passé lors du drame ?
    – Comment oublier… j’y étais.
    Son regard s’était voilé. Thérèse s’exclama «tu ne m’en as jamais parlé !»
    – Toi non plus tu ne me racontais pas tout ! Et puis c’était trop douloureux. Il faut que je vous dise, Olivier et moi… enfin… on était amoureux. Quinze ans on avait. C’était mon premier amour, vous savez. On se cachait pour s’embrasser. Sous le pont, là personne ne nous voyait. Mais Arnaud aussi était amoureux de moi, je l’avais bien compris. Ce jour-là il a dû suivre son frère, il nous a surpris et il s’est jeté sur nous armé d’un bâton en hurlant comme un fou. Olivier a voulu me protéger. Ils se sont battus et pour se défendre Olivier l’a poussé. Arnaud est tombé à l’eau, sa tête a heurté une grosse pierre et j’ai vu du sang. Après plus rien, il a disparu dans les remous. Impossible de l’aider, de le repêcher. On a paniqué. Olivier m’a dit de partir, de ne parler à personne, lui il irait chercher les secours. Il a couru au château donner l’alerte. Mais c’était sans espoir, ils ont cherché son corps pendant des jours, la rivière ne l’a jamais rendu. La famille était dévastée. Olivier, je crois qu’il s’en est jamais remis. C’était un accident, mais il se sentait coupable. Après ils sont repartis en ville et je ne l’ai plus revu. Mais ce poids je crois qu’il l’a porté toute sa vie. Et moi j’en ai eu des cauchemars pendant des années. Dites-moi, comment il va ?
    – Mes parents sont décédés. Un accident de voiture, l’an dernier.
    Thérèse tendit un verre d’eau à sa mère qui semblait très émue. «On va la laisser, maintenant, il faut qu’elle se repose.»

    La ronde des pensées qui tournaient dans sa tête empêcha Xavier de trouver le sommeil. En héritant du manoir il avait aussi hérité d’un mystère. Mais maintenant il comprenait mieux les non-dits, ces silences soudains, certains regards voilés de tristesse, des accès de colère parfois, qui avaient caractérisé le comportement familial. On n’avait pas retrouvé le corps d’Arnaud, mais on avait enfermé son souvenir. Et lui il l’avait libéré.
    Restait l’homme à la flûte dans lequel il avait cru trouver une ressemblance avec l’enfant au pipeau. C’était de la folie, il le savait. Impossible qu’il puisse y avoir un quelconque rapport entre eux. A part la musique. Et la cicatrice que l’homme avait au front ? Et si Arnaud n’était pas mort ? Alors là tu dérailles mon petit Xavier. Tu délires. D’une manière ou d’une autre on l’aurait retrouvé, non ? Et si… et si… Il avait fini par s’endormir à l’aube. Mais il avait pris une décision. Il partirait à la recherche de l’homme.

  4. martine dit :

    Texte 6
    Ils avaient réfléchi, Dominique et lui. Le mois de mai avec les ponts et le travail intensif les autres jours avait été très fatigant. Ils se sentaient très en tension dans leur vie quotidienne, ils étaient tous deux médecins et le printemps était traditionnellement une période chargée. Les patients allaient plus mal, et, du fait des urgences , les journées commençaient tôt et finissaient tard.
    Et c’était la période, de plus, où tous les collègues étrangers ou provinciaux, les amis ou la famille, trouvaient que profiter des ponts pour venir à Paris était une fort bonne idée et qu’ils faisaient alors signe pour se rencontrer.
    L’amitié que Camille et Dominique leur portaient, le désir de retrouvailles même si le moment était bien mal choisi, tout concourait à ce que les diners et déjeuners s’enchaînent, sans relâche pendant un mois, et bien au delà du principe de plaisir.
    Et, même en s’absentant cette année pour les quatre jours de l’Ascension , ils avaient eu plus que leur dose de rencontres et d’évènements.
    Chaque année, c’était la même chose. Ils se disaient parfois qu’ils finiraient par prendre un mois de vacances en mai pour échapper à cette turbulence et ils attendaient, impatients, la fin de cette période et la reprise d’un rythme plus lent. Ils aspiraient à se retrouver , sans charges et sans contraintes, au soleil si possible , un besoin profond , puissant de régresser.

    Lorsque Dominique en avait parlé il y a quelques années à une amie voyageuse, elle lui avait aussitôt répondu « Va à Ischia passer une semaine, l’île est merveilleuse , tous les hôtels ont des piscines d’eau chaude thermale , tu te plonges dedans et tu attends que ta fatigue passe, tu te fais masser si besoin puisque tous attirent le tourisme par le thermalisme. Et puis c’est l’Italie, c’est gai, c’est beau, on mange bien ! ».Ils avaient suivi ce conseil et Ils avaient séjourné quelques jours à ischia. Cela avait été le coup de foudre pour l’île. Leur hôtel , situé dans un parc thermal disposait de 15 piscines et bains dans un jardin merveilleux au bord de la mer. Ils avaient vécu une véritable cure de jouvence , l’eau était merveilleuse, elle cicatrisait toutes les blessures et laissait une peau de bébé, les bains bouillonnants d’eau thermale procuraient une détente inattendue. Depuis, ils faisaient chaque année, une cure au tout début de l’été, avant leurs congés et cela leur permettait de partir déjà reposés plutôt que d’arriver tendus et de mettre quinze jours à se sentir en vacances.
    Cette année plus que d’autres encore, Camille était très heureux de partir. Il désirait, eau sein de l’ile qu’il aimait, abandonner transitoirement tous ses autres cadres et se retrouver avec Dominique, devant la vue du Vésuve, dans la luminosité bleutée du Golfe de Naples. Ils y goûtaient ensemble, avec délice, les moments du quotidien. Une simplicité harmonieuse dans un environnement idyllique Il venait d’imprimer ses cartes d’embarquement et il lui semblait qu’il y était presque.
    .A Ischia, auparavant déjà, il oubliait ses réminiscences, considérait avec réalisme sa relation à distance à laquelle, d’ailleurs il ne pensait pas dans ce contexte.
    Maintenant qu’il y avait eu la rupture, il était d’autant plus impatient de plonger dans les bains bouillonnants et d’en ressortir, à tous point de vue, un homme neuf qu’il ne connaissait pas encore.

  5. OJ dit :

    texte 6

    Lui qui rêvait de faire un pas de côté !! une proposition l’enthousiasme, il adhère et s’embarque dans l’aventure. Aménager un refuge en observatoire à 2500m, dans des conditions idéales ! Il voit déjà le site, les longues heures d’observation. Vertige de la voûte céleste, dans le fourmillement d’étoiles et planètes. Réflexions, méditations, dans le silence des nuits de contemplation. Écouter de la musique baroque face aux comètes échevelées, nébuleuses drapées de vert ou bleu, se perdre entre les bras spiraux de la voie lactée, quel programme ….

    OJ

  6. Fiorelia dit :

    Texte 6
    La soirée s’achève. Je souffle les dernières bougies. Paul en a éteint une entre deux doigts et n’a pas réitéré l’expérience. J’ai compris à sa tête que la sensation n’était pas agréable.

    A la perspective de prendre le métro seule à cette heure tardive, Jack a simulé l’inquiétude.
    Je sais très bien qu’elle simule parce qu’elle n’a jamais eu peur de rien. Contrairement à moi qui stresse pour un rien et fais comme si de rien n’était.

    Je me souviens, comme si c’était hier, de ce parc abandonné où elle avait voulu me traîner quand nous étions gamines. J’avais réussi une première fois à l’en dissuader lui faisant miroiter une jolie clairière peuplée d’elfes malicieux. A l’époque, vive l’imagination au pouvoir ! Elle avait fait semblant de me croire.
    Mais elle était revenue à la charge et avait atteint son objectif. Un jour, nous avions exploré ce parc glauque et sordide. J’étais terrorisée et elle, excitée comme une puce par l’aventure.
    Avec Jack, c’était comme la sculpture de “Botero ou presque”. Juchée sur un vélo, elle m’aggripait par la main et me tirait derrière elle. Elle ne me lâchait jamais et m’obligeait à la suivre dans toutes ses entreprises surtout les plus insensées. Je l’accompagnais malgré moi.

    Enfin ça c’était avant.
    Car là je reste seule chez moi.
    Paul, devant ses grands yeux de biche affolée, galant tel un chevalier servant, lui a proposé de la raccompagner. Ils sont partis ensemble sous la pluie.
    Et moi ?
    Personne ne me tient plus par la main.
    Personne ne m’oblige plus à me dépasser.
    Personne ne partage son parapluie avec moi.
    Une nostalgie sans bornes s’empare de moi. Le pénitencier de Johnny, que je n’ai pourtant pas convoqué, tourne en boucle dans ma tête. Manquerait plus que débarque Barbara avec il pleut sur Nantes ou pire encore l’aigle noir !
    J’aimerais tellement m’échapper, remonter le temps. Marcher sous la pluie encadrée de Jack et Lorelei à la recherche d’escargots.
    Je souffle un grand coup pour balayer tous ces souvenirs d’un temps perdu à jamais.
    Je respire et souris.
    Après tout, dans deux mois, je pars à Rome pour mon spectacle et nous serons à nouveau réunis tous les trois.

  7. Clementy dit :

    Texte 6
    Le mage Zeniac ! Corentin était dans les bras du mage Zeniac, cet homme que tout le monde semblait craindre et que lui et Korian s’étaient mis en tête de trouver, en laissant derrière eux leur famille et leur royaume. Corentin le regarda plus attentivement. L’homme était grand, on le devinait très mince sous sa tunique large, mais des ondes d’énergie et de chaleur irradiaient du mage et Corentin se sentait étrangement à l’abri au cœur d’un cercle protecteur. Le mage s’avançait vers l’entrée de la demeure illuminée tout en gratouillant le menton de Corentin qui, un peu gêné, ne pouvait s’empêcher de ronronner.
    Ils entrèrent dans un vaste salon au milieu duquel se tenaient deux hommes et une femme. Comme ceux de la cour, ils étaient en habits d’apparat, poudrés, perruqués et étincelants d’or et de pierreries.
    « Mage Zeniac », dirent-ils en s’inclinant profondément. Perché sur l’épaule du mage, Corentin n’était pas fâché de se trouver dans les bonnes grâces d’un homme si puissant. Sa position n’était peut-être pas si mauvaise… Le mage leur répondit en hochant brièvement la tête.
    La femme prit la parole avec précaution, elle gardait la tête baissée et seuls ses yeux étaient mobiles cherchant à saisir les réactions du mage.
    « Mage Zeniac, nous avons sollicité votre venue car vous seul pouvez prendre la décision qui permettra à notre royaume de la Pierre noire de prendre le pouvoir sur le monde. Le royaume des Collines d’or est à notre portée. Nos savants ont considérablement affaibli les défenses magiques de la coupole, mais il nous faut porter le dernier coup pour aplanir les dernières protections mises en place par Alzur. Vous seul êtes capable de rivaliser avec ce vieux magicien. »
    La femme s’était tu subitement, soudain transpercée par le regard de glace du mage Zeniac. Elle frissonna et recula d’un pas. Elle n’aurait pas dû parler d’Alzur en ces termes peu respectueux. Dans son élan elle avait oublié que Zeniac et Alzur étaient nés de la même mère.
    « Et pourquoi pensez-vous donc que je pourrais vous apporter mon concours ? »
    La voix de Zeniac avait résonné dans toute la pièce, emplissant l’espace dans un écho fait de tonnerre roulant annonciateur de foudre.
    Les trois personnages s’étaient figés. L’homme placé à droite de la femme se gratta la gorge et fit entendre un son aigrelet.
    « Mage Zeniac, le royaume des Collines d’or veut étendre son emprise sur nos terres. Si nous n’anticipons pas leur attaque, nous allons périr. »
    Le mage se tenait immobile. Corentin fixait l’homme qui venait de parler. Que disait-il ? Corentin n’arrivait pas à faire le lien entre les paroles de l’homme et les propos que lui et Korian avait surpris sous le balcon de la reine. Celle-ci craignait pour la survie de son peuple menacé par l’Astre noir, elle ne parlait pas d’envahir une contrée étrangère. Et quel était ce royaume de la Pierre noire ? Pour lui le monde était relativement simple, partagé entre le royaume des Collines d’or, l’Astre noir dont il fallait se protéger et le Pays interdit. Or il découvrait qu’un autre royaume existait, au cœur même du Pays interdit et cet Etat inconnu nourrissait des intentions belliqueuses à l’égard de son pays sur la base d’un faux prétexte. Corentin s’agitait sur les épaules de Zeniac. Il aurait voulu pouvoir lui donner son avis, le détromper sur les intentions de la reine.
    « Etes-vous déjà allés dans le royaume des Collines d’or ? » la voix de Zeniac avait soudain déchiré la pièce. « Avez-vous déjà rencontré la reine ? Connaissez-vous celle qui vous parait si dangereusement armée qu’elle pourrait anéantir le royaume de la Pierre noire ? Lui avez-vous parlé ? Savez-vous à quoi elle pense quand elle est seule, ce qu’elle dit dans le secret des conseils politiques ? »
    A chaque question dont le fracas heurtait douloureusement leur tympan, la femme et les deux hommes se tassaient sur eux-mêmes. Ils étaient les seuls à avoir manifesté assez de courage pour affronter Zeniac, mais ils n’étaient pas assez téméraires ou fous pour lui tenir tête. Le chef du conseil de guerre, Odoz, leur avait donné les arguments à dérouler, mais ils venaient à douter de leur véracité. Que savaient-ils finalement du royaume des Collines d’or ? Seulement ce que leur en disait Odoz, un des rares à être en contact avec le monde extérieur.
    « Maître… », le deuxième homme avait tenté de se ressaisir, ils avaient une mission à mener, convaincre Zeniac de leur apporter son soutien. Mais il avait croisé le regard flamboyant de Zeniac et il avait senti son maigre courage partir en cendres.
    Zeniac s’était approché de la cheminée où couvaient des braises attendant d’être ranimées. Tout en parlant il levait les bras pour former un arc au-dessus de sa tête et Corentin sentit, avant même de l’entendre, un grondement venir du tréfond de la terre.
    « Que les vents tumultueux s’unissent pour emporter les armées en marche au-delà des frontières de l’univers ! Que les gouffres s’ouvrent comme des plaies béantes sous les pieds des traitres belliqueux et les enterrent à tout jamais dans les enfers de la nuit éternelle ! Que les cœurs des traitres soient arrachés de leurs entrailles et ne reviennent au monde que déchargés de leurs maléfices dans le poitrail des agneaux naissants ! »
    Les paroles de Zeniac avaient fait se lever une bise sifflante qui les encerclait dans un tournoiement de plus en plus rapide. La femme et les deux hommes se courbaient sous la force du vent, leurs perruques envolées, leurs bijoux battant contre leur peau, leurs vêtements se gonflant de la force vive de la tempête. Corentin se tenait lové dans les bras de Zeniac qui ne bougeait pas d’un souffle.
    « Comment avez-vous pu imaginer que, moi, le mage Zeniac qui ai reçu mon savoir ancestral de la magicienne Goldina, mère de mon frère Alzur, je pourrais sceller la mort de cet autre peuple ? Comment avez-vous pu répandre tant de peurs et de mensonges pour justifier votre soif de pouvoir ? Que les frontières entre les esprits tombent ! Que l’ignorance et la laideur soient vaincues à jamais !»
    Corentin sentait Zeniac se soulever de terre. Ils étaient tous deux étrangement préservés des vents tumultueux qui avaient ravagé la pièce et mis les deux hommes et la femme quasiment à terre. Maintenant ces trois-là tanguaient deux mètres au-dessus du sol et, livides, étaient brutalement ballotés d’un bout à l’autre du grand salon. Corentin eut la sensation d’être happé dans un brusque mouvement, fragile jouet d’un cyclone tout-puissant. Il s’envolait, porté par le souffle tumultueux auquel le mage avait donné naissance. Emporté dans un tourbillon redoutable loin du salon qui n’existait plus, désintégré par le cataclysme des vents furieux, Corentin s’évanouit.

  8. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    Quelques jours plus tard, Louis, le frère de Jeanne ouvre sa porte. Viens, je t’emmène, Amélie. Elle ouvre et le regarde stupéfaite. «  mais, mais …. »
    Pas de mais, j’ai tout prévu même la voiture.
    Ils prennent la route et cheminent dans une vallée verdoyante. Louis stoppe et lui propose une promenade. Elle se souvient vaguement de cet endroit, on y venait récolter des mûres et sa mère jetait souvent des regards apeurés vers une ferme isolée.
    «  Tu reconnais ? »
    Elle hoche la tête d’un air entendu, tout en se demandant ce qu’ils viennent faire la.
    Quand ils arrivent à la ferme. Louis, un peu fatigué par cette montée avec sa canne, fait une pause. Son visage a pris un air sérieux, il semble méditer.

    « Je n’étais pas venu depuis longtemps. Maman nous emmenait ici en pèlerinage, c’est ici que Jeanne a été arrêtée. Ils ont été dénoncés et on n’a jamais su par qui. J’ai eu beau mené l’enquête… pourtant quelqu’un les a dénoncés… »

    «  Les Allemands avaient pu remarquer leurs allées et venues… même Jeanne avec sa bicyclette. Pour une fille de son âge et pendant la guerre, elle circulait pas mal. »

    – Non, un survivant l’a dit. Ils avaient été dénoncés, les militaires allemands savaient qu’un pilote américain était tombé et soigné sur place. Sa famille a racheté le château plus tard. C’est de la que le petit groupe était parti … j’ai mon idée sur le délateur … il est mort mais autour de lui …. dénoncer Jeanne …

  9. Odile zeller dit :

    Claude

    TEXTE NO. 6

    – N’exagère pas, Jean!

    Le ton amicalement autoritaire d’André Tournefeuille ramena son administré sur terre. Jean le regarda.

    – Qu’est-ce qu’on fait maintenant?

    -Allez, viens dans mon bureau.

    Zélie sentit sa curiosité croître. Ce Jean! toujours à inventer des situations les unes plus burlesques que les autres. Il ne changera jamais. Quel enfant!
    N’empêche que j’aimerais bien savoir comment Monsieur le Maire va le remettre à sa place et enterrer ce projet fou. Pas la peine de m’énerver, je saurai demain au plus tard ce qu’ils se sont dit. En parfaite assistante, Zélie Tranquille se tourna vers la mère de famille nombreuse qui venait se renseigner sur les activités proposées aux enfants entre quatre et quinze ans.

    – Jeannot, je viens de lancer un gros pavé. Les Tentaculaires marcheront. Tu as vu leurs yeux comme moi. Maintenant, cette idée, il faut l’étayer.
    Tu vas partir et faire ton marché auprès de ceux qui ont réussi à transformer un cadre pour apporter à leur ville les moyens de renaître.

    Jean fut secoué par cette confiance subite. Les habitants du bourg ne lui avaient jamais accordé le moindre intérêt si ce n’est pour railler son imagination.

    Voyager, faire un tour de France. Il serait compagnon du devoir. Et si ça marchait? S’il revenait avec un cahier des charges rempli et précis? Pourquoi alors, ne pas traverser les Alpes? Voir là-bas les possibilités. Des compagnons pour Cheval de Feu? Les images les plus folles lui traversaient l’esprit tandis que le Maire l’observait silencieusement. Il le savait intelligent. Une telle réalisation lui permettrait enfin de sortir de la léthargie qui s’était emparée de lui à la mort de son père. Etudes arrêtées, refus de se former sérieusement, emploi utile de terrassier sans évolution locale possible. Jean avait étouffé son aspiration à la Beauté harmonieuse. Voilà la possibilité de la réanimer. Son idée était bonne. Elle demanderait énormément d’implication de la part de tous mais elle était viable. Les fonds pour six mois, temps nécessaire pour lancer le chantier, étaient disponibles. Si les habitants s’y mettaient tous, le musée éphémère pourrait ouvrir ses jardins dans un an. Bon, disons, deux, trois au plus. Peut-être là, le seul moyen pour éviter de disparaître.

    – J’accepte, Monsieur le Maire. J’accepte. Je démarre par où?

    – Va préparer ton sac. Tu pars demain matin. Et, Jean, pas la peine que Mariette vienne me tenir la jambe. J’ai décidé. Tu pars.

    Arles… Avignon… Jean dessine des arches et les fouilles archéologiques l’aident à comprendre comment l’existant peut être adapté et transformé en fonction d’un projet. Il découvre le Parc de la Tête d’Or, qui lui apprend l’ordonnancement des jardins et des plantations. L’ordre et la diversité, l’organisation et la libre expression de l’espace et des végétaux. Après Lyon? Les Grandes Eaux. A Versailles, bien-sûr. Elles lui emplissent les yeux de reflets et de jeux de lumières. Mon jardin est en bonne voie. Je sais comment faire travailler les paysagistes pour créer l’espace de liberté nécessaire au milieu d’un foisonnement de plantes et de fleurs.

    Après le Parc de la Villette à Paris, une dernière étape. Un endroit pas très en vue mais intéressant par la volonté déployée pour sortir la ville de son anonymat. Ville ouvrière transformée par l’adjonction d’un immense centre d’affaires international, la ville de Puteaux ne dit rien du tout à Jean. Le plan qu’André lui a confié le mène à un terre-plein d’herbe bien coupée. Jean ouvre de grands yeux dubitatifs devant deux bibendums, l’un à vélo et l’autre en arabesque. Ils se tiennent par la main et semblent prêts à s’élancer dans la vie après être passés par l’église cachée derrière un panneau vitré. Un ensemble incongru. Une volonté de mélange et de modernité, mis en scène par le reflet des bâtiments sur le verre. Jean découvre plusieurs oeuvres placées en plein air ici et là dans la ville. Il entend alors la voix d’André.

    – Tu verras, Jean, cette ville s’est adaptée à l’évolution économique de sa région. A toi d’imaginer les changements que nous pouvons introduire ici en
    nous servant de notre situation géographique et de nos atouts locaux. Essaye de trouver le moyen de nous remettre en selle toi aussi.
    Evite par contre, de détruire l’habitat et le cadre de vie qui nous constituent depuis des années. Sans eux Arnaque-La-Poste perd toute son identité.
    Tu vois ce que je veux dire?

    Jean avait répondu

    – Peut-être… Je vais tenter de m’imprégner des réalisations de ces villes pour modeler notre projet éphémère permanent. J’ai bien en tête la proximité du
    Parc de la Brême et de l’autoroute. Aussi comprendre comment l’auto-financer. Ca c’est crucial. La commune n’est pas riche.
    Vous prolongez mon voyage d’un saut par-dessus le Channel ?

  10. Marc dit :

    Texte 6
    ( L’homme éclata d’un rire sonore qui fit sursauter le chaton.
    – Tu vois, lui dit-il, ne participe jamais à une tombola.)
    Lambert se mit à rire aussi. Le chagrin qui l’avait saisi au matin se dissolvait dans le regard affable de cet inconnu.
    – Je vous offre un café ? demanda l’homme.
    Il s’affaira quelques instants autour de ses poussettes et installa son réchaud sur une pierre tombale couverte de lichen. Il y mit à chauffer une petite bouilloire en fer blanc.
    – Volontiers, dit Lambert que la question avait à peine surpris
    Il eut une pensée fugace pour le vieil aïeul qui reposait sous la cuisine improvisée.
    – C’est un touareg qui me l’a donnée, dit l’homme en désignant la bouilloire.
    Lambert songea à un voyage organisé dans le désert algérien. Un trek spécial touristes avec sa cohorte de boutiques bradant toutes la même quincaille à de bons riches civilisés qui marchandaient en transpirant, parce que « c’est la coutume et qu’ils sont vexés si on ne le fait pas ». Lambert détestait ces pratiques et s’était juré de ne jamais plus voyager que seul ou avec Nicole. La bouilloire de l’homme l’intriguait.
    – Vous connaissez les touaregs ? demanda-t-il.
    L’homme sourit. Il jeta deux poignées de grains noirs dans un moulin à café qu’il tendit à Lambert.
    – J’en connais quelques-uns, dit-il en surveillant la température de l’eau, des peules aussi… et des dogons, des mandingues, des berbères et des bantous.
    Le moulin imitait le bruit étouffé d’un pas sur le gravier et Lambert s’appliquait consciencieusement à en tourner la manivelle.
    – Mais il n’y a pas un grain de sable dans leurs déserts à eux. Là où je les ai croisés, reprit l’homme, il y a des gitans, des trucs, des arabes, des chinois et tous les peuples de la Terre. Ils vivent dans des tentes de béton, des yourtes de parpaings et de tôles. Ils habitent des caravanes sans roues, des immeubles de carton ou des palaces de toiles. Entre l’autoroute et la voie ferrée. Au pied des barres.
    L’homme sortit deux verres de pyrex dépareillés et s’excusa de n’avoir que cette sorte de tasses.
    – Alors le désert, je connais. Le désert social des populations à l’abandon, des migrants venus s’échouer dans l’espoir d’une condition meilleure. J’ai voyagé dans le désert culturel de ceux qu’on a déraciné. Le désert intellectuel qui met les plus faibles à la merci de la vermine intégriste. Le désert sexuel qui fait le bonheur des proxénètes et le malheur de celles qui tombent entre leurs pattes. Un désert violent, sordide et dangereux. Mais j’ai souvent traversé un désert chaleureux, solidaire, généreux, festif et joyeux. Un désert riche de la diversité, dans lequel se lient des amitiés sincères et durables.
    – C’est assez fin comme ça ? demanda Lambert en montrant à l’homme le contenu de la petite trappe dans lequel le café en grains avait rendu sa poudre.

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