Défi 8 de l’été

voici le dernier défi de ce mois de juin.

Les textes resteront en ligne sous la forme extensive jusqu’à la mi juillet. Les défis seront ensuite placés sous l’onglet défis 1 de l’été.

pour ce dernier défi essayez, si vous le voulez bien de terminer votre intrigue. Comme s’il s’agissait de la fin d’un chapitre.

La fin peut être ouverte et garder le suspense. Elle peut aussi boucler l’histoire comme vous le souhaitez dans cette écriture au jour le jour.

Nous laisserons reposer ce premier jet, que nous reprendrons à la mi juillet.

Belle inspiration et à bientôt

la plume

14 réponses à Défi 8 de l’été

  1. Odile zeller dit :

    Loretta

    Défi n. 8

    De cette histoire comme de bien d´autres, la Porte avait été témoin au cours des décennies. Les rainures de son bois portaient encore les traces des cris, des disputes, des drames qui s´étaient déroulés à l´intérieur des murs de la grande maison, qui n´était plus familiale que de nom. Deux jeunesses qui s´étaient réciproquement brûlées à force de récriminations, de regrets, voire de coups. Enserrées dans des cages forgées par les conventions sociales, par les lois de l´honneur, par le qu´en dira-t-on. Giovanni parvenait de temps à autre à en plier les barreaux, ses escapades ne faisaient toutefois pas long feu, l´Amérique n´était pas inscrite dans son destin. Plus amer encore celui de Maria, qui ne se trouvait allégé que par le fait d´être partagé par bon nombre de celles de sa génération. Mais de tous ces drames, le secret était bien gardé. Par la Porte d´abord, bien sûr: lorsque de la main je caressais sa surface rugueuse, passant mes doigts dans les rainures les plus creuses de son bois, je l´interrogeais sur les mystères du passé, sachant bien toutefois qu´elle avait verrouillé ses battants sur les confidences recueillies et qu´elle conservait jalousement.

  2. Emilie KAH dit :

    Texte 8

    — Maman ! Mais où suis-je ? Et pourquoi dans un lit ?
    — Ne t’agite pas, dit ma mère, ce n’est pas bon dans ton état. Tu es à l’hôpital, tu as eu un accident.
    — Un accident ! La dernière chose que je me rappelle, c’est que je me promenais dans la campagne derrière notre airial.
    — C’est là qu’on t’a trouvée, mais loin de chez nous, couchée dans un fossé et inanimée.
    — Inanimée ! Mais pourquoi ?
    — Il semblerait que quelqu’un t’ait frappée.
    — Vraiment ? Aucun souvenir ! Et je suis là depuis longtemps ?

    Je regardais la chambre et tout son attirail de médecine hospitalière. De dos, mon frère était en train de ranger minutieusement et lentement sa flûte dans son étui. Il se taisait. Je percevais, dans son attitude, son embarras et ses hésitations ; nous étions en froid depuis des années. J’étais étonnée de sa présence et, je dois bien l’avouer, plutôt heureuse de le voir.

    — Assez longtemps pour me faire quitter ma tanière d’Australie, Claire., dit-il sans oser encore se retourner pour affronter mon regard.
    — Tu te serais inquiété pour moi ? Je serais si mal en point, dis-je mi-figue, mi-raisin ?
    Je ne savais vraiment pas quoi penser. Notre querelle datait de notre adolescence. Sa raison pourrait paraître futile. Elle ne l’était pas. Le dernier cadeau que notre père m’avait fait avant de quitter définitivement la maison était un album qu’il avait rapporté d’Italie. « Le avventure di Pinocchio ». C’était mon trésor. Personne n’avait le droit d’y toucher, surtout pas mon frère, rongé d ‘une jalousie, qu’à l’époque, je ne comprenais pas. Après tout, il avait eu un cadeau, lui aussi : son fifre. Je sortais mon livre de sa cachette lorsque j’étais dans mon lit. Il me semblait alors entendre mon père me raconter l’histoire, en italien. Notre père était vénitien et tous ses mots doux pour moi étaient italiens. J’étais sa « Principessa ». Un jour le livre disparut. Le voleur ne pouvait être que Pierre-Olivier. Il n’avoua pas, il ne dit pas où était le livre. Malgré mon chagrin, malgré mes supplications, malgré les menaces de notre mère. Cet événement marqua le début des hostilités et la fin de notre tendre complicité.
    ¬— Oui, Claire, je suis venu de l‘autre bout de la terre, parce que notre mère m’a prévenue que tu étais en très mauvaise posture et parce que je voulais te rendre ceci. Et Pierre-Olivier me tendit mon album :
    « Le avventure di Pinocchio / Storia di un burattino »
    — Oh ! merci, merci Pierre-Olivier ! Je promets que, plus jamais, plus jamais, je ne te traiterai de « Pantin ».

    FIN

  3. OJ dit :

    Texte 8

    Clément est ravi, quelle » semaine sabbatique » !!! . Besoin, envie de faire un break … Il ne voulait pas partir loin, sur des plages de rêve, dans un strict monastère isolé. Surtout décider lui-même, pas d’agence, d’organisation géniale pour ne rien rater !
    Il avait envie de prendre son temps, se laisser surprendre. Pas de planning à suivre, d’horaires, de contraintes diverses. Choisir ses espaces de solitude. Rester disponible pour toutes rencontres, même les plus insolites.
    Écouter la forêt, ressentir les frissonnements du vent , distinguer les parfums, senteurs de la terre et des jardins.
    Quel plaisir d’accepter toutes ces idées qui défilent, surprenantes, dérangeantes parfois, sans tout analyser, décortiquer, les souvenirs qui font surface. Au diable la vitesse, les calculs, les moyennes. Lui aussi pourrait écrire un « Éloge de la lenteur ».
    Réconciliation avec les vies minuscules ….

    OJ

  4. Claude KLEIN dit :

    Merci à tous pour ces textes et l’énergie déployée pour aller jusqu’au bout du défi.
    Pas toujours facile de trouver une nouvelle idée, une nouvelle chute permettant de poursuivre le récit. Mais quel plaisir de lire toutes ces inventions impromptues. Peut-être nous retrouverons-nous au mois d’août, si la plage, le soleil et la mer ne nous prennent pas trop de temps!

    Passez un bel été et faites le plein pour la rentrée,

    Claude

  5. martine dit :

    Texte 8
    Silvia, elle , était au congrès. Ils ne s’étaient pas appelés . Comme d’habitude , la parole à distance était toujours impossible, ils se retrouvaient deux inconnus à peine éloignés.
    Le lendemain du congrès , exaspéré soudain par le mensonge de leur relation , il avait rompu, par whatsapp puisqu’elle ne répondait pas au téléphone, vexée qu’il ait fui le congrès. Elle l’avait pris de haut, l’avait traité de violent et injuste et ne lui parlait plus. Il avait eu mal mais avait senti que cette fois , il était dans le vrai.

    Quelques jours plus tard, dans un dîner , il entendit parler d’elle par un homme qui ignorait qu’il la connaissait. En effet , dans la réalité autre que virtuelle, ils n’avaient jamais fréquenté les mêmes cercles professionnels, ils ne s’étaient jamais rencontrés avant leur correspondance:
    « quelle femme élégante et sexy, charmante ! et elle parle un Français excellent , elle présente parfaitement » s’exclamait le collègue avec admiration
    Fille d’un riche entrepreneur brésilien, Silvia ne reculait pas devant les voyages transatlantiques pour fréquenter les congrès internationaux. Elle aimait y porter ses nombreuses toilettes et en acquérir d’autres en faisant du shopping dans les quartiers chics. Elle travaillait très peu. L’argent de son père payait ses nombreuses dépenses, mais ce dernier , jaloux n’eut pas aidé sa fille à s’installer à Paris ce qui avait été depuis toujours son rêve et une réalité de quelques années dans un mariage qui avait échoué. Le père de Silvia tenait à garder près de lui sa si jolie fille , et sans doute pour cette raison, silvia n’avait pu se construire une vie à elle. Elégante et capricieuse, habillée luxueusement de couleurs vives qui lui seyaient à merveille et la faisait ressembler à un pétillant oiseau de paradis, elle faisait fantasmer les hommes et collectionnait les amants comme les occasions de se mettre en scène. Elle était assez froide, narcissique sous cette fausse chaleur. Elle s’imaginait écrivain, et c’est ce qui motiva la correspondance avec Camille , commencée par hasard , à l’occasion d’une demande d’article qu’elle lui fit.
    De caractère très enfantin, le français n’était pas sa langue maternelle et se limitait pour elle à ses acquis de l’Alliance Française de sorte que son écriture manquait de maturité. Elle rédigeait dans un style vieillot un peu désuet et empreint de clichés comme un commentaire du Lagarde et Michard de la jeunesse de Camille. Cette situation, pour lui , présentait une étrangéité un peu ridicule qui jouait dans son attirance pour la belle inconnue qu’il n’avait alors jamais rencontrée et qui se montrait si entreprenante. Pour Silvia, Camille incarnait le rêve de la France, rêve de sa mère brésilienne et bien que cette dernière n’y fut jamais allée.
    Rapidement, au fil des échanges par mail, ils devinrent leur propre journal intime sans finalement jamais sortir d’une relation d’inconnus, pris dans une dangereuse boucle narcissique. Pour Camille, pour qui le français étant la langue maternelle, l’aspect affectif était plus intime et il eut voulu rencontrer la correspondante , pour Silvia, l’échange était pur fantasme avec lequel elle jouait et Camille divertissait son ennui et le fait qu’elle avait peu d’investissements, la situation de son père lui permettant plus qu’elle ne pourrait s’offrir.
    Qui était Silvia ? se demandait Camille à l’écoute du commentaire de l’invité du dîner.
    Il lui semblait le savoir moins encore que son admirateur ou n’importe lequel de ses amants. Et maintenant que leur relation était terminée, il ne la connaitrait jamais. Cela le laissait à la fois triste et soulagé. Restait à faire le deuil de ce qui, durant toutes ces années, n’avait jamais eu lieu.

  6. Clementy dit :

    Texte 8
    Corentin s’éveilla, s’étira en baillant. Il se trouvait à nouveau dans le jardin près des statues. L’atmosphère était calme après le tumulte qui l’avait emporté dans des contrées déconcertantes. Le soleil, haut dans le ciel, lui faisait plisser les yeux. Le parfum des fleurs lui chatouillait les narines. Il redressa la tête à la recherche de Korian, prisonnier de son corps de pierre. Corentin se souvenait qu’il était resté figé aux côtés de l’angelot. Il tenta de se repérer et tourna lentement sur lui-même. Il ne voyait ni Korian, ni l’angelot ; en revanche il distinguait un corps allongé dans l’herbe près de la fontaine. Corentin s’était relevé pour s’en approcher. En reconnaissant les cheveux roux du prince, le cœur de Corentin fit un bond dans sa poitrine. Korian avait retrouvé son apparence ! Il entendait le souffle régulier du prince endormi. Celui-ci semblait sentir la présence de Corentin et commençait à frémir. Il ouvrit les yeux et croisa le regard de Corentin.
    « Corentin ! Mon ami ! Que s’est-il passé ? Où est-ce que je suis ? Oh ! Ma tête !
    – Korian ! Comme je suis content de te voir !
    – Mais tu parles ?
    – Comment ça je parle ? Mais oui, tu as raison ! Je parle ! Ah mais regarde, je n’ai plus de poils ! C’est le mage ! Pendant mon voyage ! Ah mais, Korian, nous avons réussi ! Nous avons réussi ! Je ne suis plus un chat et nous somme sauvés !
    – Corentin, calme-toi ! Je ne comprends rien de ce que tu me dis. Que s’est-il passé exactement ? »
    Corentin se mit à lui raconter dans le désordre ses aventures, souvent interrompu par Korian qui essayait de comprendre le fil de son récit.
    « Corentin, si le mage Zeniac a sauvé le Pays des Collines d’or, nous pouvons rentrer chez nous alors ?
    – Oui, on va retrouver notre foyer, mais j’aurais bien aimé rencontrer le mage, maintenant que je peux à nouveau parler !
    – Mon intuition me dit qu’on aura l’occasion de le voir de près…
    – Tu as raison, jeune homme, tu peux me voir de près ! »
    La voix tonnante du mage les fit sursauter. Corentin se retourna mais ne vit personne. Où était donc le mage ? Il n’avait pas peur, toutes ses aventures lui avaient montré que le mage était un homme sage et, surtout, un allié pour son royaume. Pourtant il aurait bien aimé lui poser quelques questions car, même s’il avait essayé d’expliquer à Korian ce qui s’était passé, il n’était pas certain d’avoir tout compris. Il pressentait avoir approché une certaine complexité de l’humanité, mais il ne comprenait pas très bien les raisons qui avaient poussé certains du royaume de la Pierre noire à mentir sur les intentions de la reine. Tout cela lui échappait encore. Aussi, l’absence mystérieuse du mage, alors que sa voix lui parlait, le contrariait un peu.
    Derrière cette voix Corentin entendait, sans comprendre, une musique un peu assourdissante. Que se passait-il encore ? D’où venait cette musique ?
    « Corentin ? Mon petit garçon ? c’est l’heure… il faut te réveiller… Tu as fait de jolis rêves, mon chaton ? Tu te souviens, aujourd’hui, on doit aller voir le docteur… »
    Corentin plissa le nez, comme à son habitude, quand il était tiré du sommeil contre son gré. Il clignait des yeux pour se protéger de la lumière qui entrait à flots dans la pièce. Il sentait sous ses doigts la douceur de son doudou qui lui rappelait une autre douceur, celle du monticule herbeux qui l’avait accueilli après sa folle course dans les vents. Il entendait de mieux en mieux la musique qui avait résonné derrière la voix de Zeniac. Elle venait de dehors, mais il n’en identifiait pas la source.
    « C’est quoi la musique, maman ?
    – C’est le cirque, mon trésor, ils annoncent le spectacle du cirque pour ce soir.
    – On ira ? Il y a des magiciens ?
    – Sans doute, mon petit bout, mais avant il faut se lever et se préparer.
    – Maman ? Pourquoi on doit voir le docteur ?
    – On doit faire ton vaccin. Tu vas être courageux, n’est-ce pas ? Tu m’as promis. »
    Corentin sourit. Sa mère ne savait pas à quel point il pouvait être courageux.
    « Maman, tu sais, j’aimerais bien avoir un petit chat. Les petits chats, c’est malin et courageux. »

  7. Fiorelia dit :

    Texte 8
    Quelle étrange soirée !
    Paul vient de me laisser à l’entrée de l’hôtel. Je suis montée dans ma chambre. Me suis lavée les mains puis démaquillée. J’ai avalé mes cachets, me suis lavée les mains, me suis rendue compte que je l’avais déjà fait et me suis laissée tomber de tout mon poids sur le lit.

    Je ne sais pas combien de bouteilles ont été ouvertes. Je ne me souviens que de la première à mon arrivée.
    Très vite, j’ai eu l’impression d’être envahie, cernée par des bulles de prosecco, des bulles de souvenirs, puis de me transformer moi aussi en bulle et de flotter.
    Mais ce serait la facilité de mettre mon état sur le compte de l’alcool.
    Paul m’a ensorcelé. Il n’avait pas sa flûte mais sa voix m’ a envouté.
    Il a parlé toute la soirée. Jo n’en a pas placé une et moi je suis partie dans le sud pour un week-end à Rome tous les trois sans personne.

    Nous nous sommes retrouvés comme si nous nous étions quittés la veille. Quarante années effacées d’un coup de baguette magique.
    Je ne sais rien de ce qui est arrivé à Jo et Paul pendant ces quarante ans comme ils ne savent rien non plus de ma vie. Personne n’a posé de questions. Personne n’a eu à donner de réponses.
    Moi c’est sûr je n’avais qu’une envie : oublier mon actualité pas très réjouissante. Et si on m’avait interrogé, mon nez se serait allongé comme celui de Pinocchio.
    Alors ce week-end à Rome tous les trois sans personne, ça m’allait bien.

    Quelle étrange soirée, vraiment ! Nous nous sommes donnés rendez-vous à Rome. C’est inscrit sur nos agendas. Par contre où et comment ? Je n’ai même pas l’adresse ni les coordonnées de Paul. Je n’ai que la carte de visite de Jo. C’est ubuesque. Rien n’a été dit. Ou alors j’ai peut-être oublié, comme pour le prénom de Jo qui ne me revient toujours pas.
    Non ce n’est pas l’alcool. Un symptôme peut-être ?
    J’ai hâte de les retrouver dans deux mois. J’espère juste être encore là.

  8. Marc dit :

    Texte 8
    (– Excusez-moi, dit-il d’une voix pleine d’humanité et de douceur, ne croyez-vous pas qu’il est temps de vous autoriser à être malgré tout heureux ?)
    – Vous avez raison, dit Lambert en riant, il y a bien longtemps que je n’avais pas bu avec autant de bonheur un café aussi mauvais.
    L’homme caressa la tête du chaton
    – Heureusement que nous n’avons pas neuf vies comme les chats, soupira-t-il nous aurions accumulé tant de malheurs que la production mondiale de café ne serait pas suffisante pour en masquer l’amertume.
    Une petite houle s’était levée et le bruit des vagues montait doucement à l’assaut de la falaise. L’homme rinça et essuya les tasses. Il rangea le réchaud et la bouilloire puis installa le chat sur la grosse veste posée sur la poussette du dessus. Il serra la main de Lambert.
    – Heureux de vous avoir rencontré, dit ce dernier. Merci pour le café. Bonne route à vous.
    L’homme remercia Lambert pour l’agréable moment et franchit, dans l’autre sens, le petit portillon du cimetière. Les roues de la poussette crissaient comme le café dans le moulin.
    – Tu aurais quand même pu lui dire que tu avais connu Nicole, a soupiré le chat.

  9. Odile zeller dit :

    Texte de Janine Magnani

    Xavier allait reprendre la route lorsqu’il reçut un message de Céline. «T’es où ? On avait pas dit qu’on se reverrait ?» Il répondit aussitôt «Je rentre ce soir. Trop crevé. Passerai te prendre à la bibliothèque demain.» «Ok 19h. N’essaie pas de te défiler.».
    Il n’avait plus pensé à elle depuis leur rencontre, mais il prit conscience qu’il avait envie de revoir la lumière de son regard, d’entendre les cascades joyeuses de son rire, d’en savoir un peu plus sur sa vie passée, sur ses projets.

    Depuis qu’il avait pris la décision de rentrer il se sentait plus léger, libéré d’un souvenir qui n’était pas le sien. Un souvenir qui en pesant sur son père, mal dans sa peau, avait aussi pesé sur lui sans qu’il en connaisse la raison. Désormais il se sentait prêt à aborder une nouvelle phase de sa vie où il déciderait de son avenir en toute autonomie. Il avait bien fait d’ouvrir la porte !

    Cependant il sentait qu’il avait encore quelque chose à accomplir. Le lendemain il alla dans les champs cueillir un bouquet de fleurs sauvages qu’il entremêla d’herbes folles et de lierre. Il alla ensuite au bord de la rivière et comme son père y avait jeté la clé, pour oublier, il y jeta les fleurs, en signe d’apaisement. Il les regarda tressauter dans les remous et suivre le fil du courant, avec une pensée pour l’enfant au pipeau.
    Alors que Xavier se retournait pour regagner le manoir son regard fut attiré par quelque chose d’insolite qu’il n’avait pas remarqué la dernière fois qu’il était venu là. Deux branches fines avaient été dégrossies et assemblées en forme de croix plantée près du pont. Des épis y étaient accrochés.
    Il ne put empêcher son esprit d’aller vers l’homme qui jouait divinement de la flûte ce jour-là au marché.

  10. Odile zeller dit :

    Texte 8 d’Odile

    Amélie tente une question.
    « Tu en sais plus, n’est ce pas ? C’est pour Jeanne. Tu voudrais …. »
    Louis baisse la tête.
    «  La venger. Oui, je voulais. Mais tu as vu dans quel état je suis … le vengeur masqué a vieilli … »
    Il se tait. Amélie ne sait plus quoi dire.
    «  Rémi ? »
    «  Oh non pas Rémi, lui avec ses airs de Casanova, jamais … »
    Sa voix se casse …
    «  Il était si proche … presqu’un ami … tu vois … c’est ça le plus dur … tu vois quelqu’un, tu joues au foot avec lui, c’est comme un grand frère et …. je ne devrais pas t’accabler avec le passé. Tu n’y es pour rien et … »
    Amélie réfléchit et murmure :
    «  ce petit Tommy, il ressemble à Rémi comme une goutte d’eau … »
    Louis soupire : « Tu as raison c’est vers l’avenir qu’il faut … »

  11. Odile zeller dit :

    Texte 8 de Claude

    La sortie du coma fut tumultueuse. Son cerveau en ébullition lui présentait toutes sortes d’images, de séquences video, de tableaux vivants. Il n’arrivait pas à faire le tri. Perdant le fil des événements, sa pensée tournoyait le long de méandres interminables. Il se voyait travaillant d’arrache-pied pour le Musée imaginé, revivait les étapes de son voyage. Elles lui avaient ouvert les yeux. D’un coup. Grandi et mûri, il ne se reconnaissait plus. Disparu le dilettante, le lymphatique capable de regarder sans réagir, de laisser faire sans lever le petit doigt. A part ces quelques éclairs de lucidité, rien de rien, quelques bribes effilochées de son projet pharaonique exceptées. Avant qu’il puisse les relier tout redevenait informe. Jean divaguait, Jean s’endormait. Il s’éteignait sans un son, sans bouger d’un iota.

    Sur le qui-vive et sans un mot, Mariette veillait. Sa caresse puis son baiser avaient suscité une sensation de bien-être indescriptible chez son terrassier de fils. A peine éveillée, la douceur d’un autre souvenir récent s’évanouissait avant qu’il ne l’identifie. Ravissement et agacement simultanés car au fond de lui, une voix lui soufflait

    – Cherche… Cherche encore… La clef se trouve par-là.

    Quelle clef? Jean ne comprenait pas. Jean ne se réveillait pas. Il finit quand même par s’y résoudre. Quand il ouvrit les yeux, une créature improbable dansait dans un rayon de lumière. Jean sourit. L’émerveillement que reflétait son visage, inquiéta Mariette au plus haut point. Si la figurine japonaise qu’elle avait accrochée dans la chambre était sympathique, elle ne justifiait en aucun cas une telle expression de béatitude. Son fils avait perdu la raison. Elle actionna la sonnette d’alarme.

    Chez Jean, par contre, plus aucun doute. Tout était clair. Le jasmin et les roses si parfumés, la petite fille, le merle, tout lui revenait. Du trou minuscule et vide jaillirait sa création éphémère, le Musée de la vie.

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