Défi 10 de l’été 2018

Pour ce dixième défi il s’agit d’écrire une page de journal en partant des éléments de cette œuvre

ou d’un souvenir de vacances dont vous avez gardé mémoire et que vous racontez sous forme d’une page de journal intime.

Bonne écriture

la plume

 

8 réponses à Défi 10 de l’été 2018

  1. madeleine brinkmann dit :

    Maximilien a tout perdu. D’abord sa mère lorsqu’il avait six ans, ensuite son père qui les a quittés pour trouver du travail. Cinq bouches à nourrir, sans l’aide de son épouse, il n’y parvenait plus. Lui, confié à son grand-père, a pu faire des études et est devenu un brillant avocat. Toute sa vie, il a défendu ses convictions, on l’appelait “l’Incorruptible”. Il a introduit de nombreuses réformes, mais récemment, il a dû mettre fin à ses activités parce qu’il s’est fait arrêter avec ses amis.

    À présent, il est ce regard qui voit loin, plus loin que le paysage qu’il a devant lui. Ses souvenirs lui font revivre les batailles qu’il a menées, qu’il a gagnées ou perdues, les intrigues, les complots, dont le dernier qui l’a fait échouer derrière les barreaux. Cela fait soixante jours qu’il vit dans cette humidité sinistre. Parviendra-t-il à s’échapper cette fois encore grâce à l’intervention de ses partisans?

    Ses yeux contiennent tout l’espace du ciel et de la terre, un regard infini parce qu’il rêve et que le rêve ne connaît pas de limites.

    Il est emprisonné pour des opinions qu’il a exprimées. Il a toujours écrit les mots qui défendent. À présent, il s’est fixé la tâche de transcrire ses mémoires en pensant à un ailleurs, à une vie qu’il aurait voulue différente, plus libre, auprès de sa bien-aimée. Il a presque terminé.

    Mais soudain, un bruit de pas sur le sol de pierre se fait entendre…on vient le chercher.
    Et il sait qu’au bout de cette noirceur c’est le jour, mais c’est aussi la guillotine qui l’attend.

  2. Odile zeller dit :

    30 juin Rome
    70 jours sont passés et bientôt je quitterai mon bel ami.
    De lui, j’emporterai ce beau profil, cette ébauche de sculpture, une idée et du flou.
    Quitter Rome tout me dit que je reviendrai et tout me murmure que ce ne sera plus pareil. Je serai une passante, une pèlerine, nomade avec d’autres nomades.
    Rome ne s’ouvre pas au passage, il faut du temps. Les mois ont passé, j’ai pu voir, explorer, découvrir. C’est ça peut être qui me manquera : partir à l’aventure.

    1 juillet
    Fausse alarme on ne part plus, plus maintenant, je me sens perturbée. A t’il pensé au bail résilié, à la voiture mise en vente, aux inscriptions scolaires. On part et on reste …
    Jusqu’à quand il ne sait pas. Les enfants, en vacances, ne savent rien.

    2 juillet
    Le déménageur est passé … je ne sais plus que faire, que penser … il est en tournée, injoignable. Le directeur est adorable … il a pris note. Il sera toujours temps d’annuler.

    3 juillet
    Andrea est ravi, si seulement je restais. Nous pourrions écrire et dessiner ensemble. Il m’a fait les yeux doux, a pris des accents chantants pour m’assurer que sa vie sans moi. Il sait que je suis mariée et mère de famille. Qu’importe je resterai une amica … carissima bien sûr … il me fait rire

    4 juillet
    Retour de mon mari, explications embrouillées. Je peux rester avec les enfants. Lui voyagera beaucoup, et sera souvent absent … en mission sur toute l’europe du Sud ….
    J’ai hésité entre colère et fou rire. Être encore moins présent est une gageure. Les enfants l’appellent le fantôme et il le sait. Une double vie, une autre famille ? Ce que je disais en plaisantant serait vrai ?
    Andrea sera ravi que je reste … avec un mari encore plus absent, les soirées libres …
    Rome encore un peu une année ou deux je ne compterai plus les jours ….

    • madeleine brinkmann dit :

      Merci pour cette jolie tranche de vie, Odile.
      Ces incertitudes avec lesquelles on doit vivre, essayer de construire sa famille avec un fantôme, ce n’est pas évident. Tu décris bien les sables mouvants autour de ta mère de famille.

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Janine
    30 juin 2018
    Alex est revenu. Il a quitté son copain et les Etats-Unis.
    Hier il est venu manger à la maison.
    Il m’a offert une de ces œuvres. Originale comme toutes. Je lui ai dit qu’il devrait les exposer, qu’il a vraiment du talent et qu’il est temps de le faire connaître. Plus tard, peut-être. Pour le moment il ne pense qu’à oublier ses déceptions et à se reconstruire, la rupture l’a un peu amoché.

    C’est un collage. Comme fond il a utilisé une étoffe ancienne, sans doute un morceau de rideau. Je reconnais là sa tendance à la nostalgie. Il reste attaché au passé, il parle souvent de la maison de sa grand’mère où il passait ses vacances, des confitures qu’ils faisaient ensemble, des parties de cache-cache au grenier avec ses cousins. Ça ne m’étonnerait pas que le bout de rideau vienne de là.
    Au milieu il a collé un dessin, juste le contour, épuré, à l’encre de chine d’un buste. Je crois reconnaître un buste d’Alexandre le Grand. Il lui ressemble un peu d’ailleurs depuis qu’il porte les cheveux un peu plus longs. Ça lui va bien. Je l’ai toujours trouvé très beau Alex. Je l’admire depuis nos années de lycée. J’étais même un peu amoureuse de lui et mes copines se moquaient de moi car il préférait les garçons. Je suis heureuse que notre amitié soit intacte.

    Son retour me remplit de joie, il m’a manqué pendant tout ce temps. Quatorze longs mois que l’on retrouve sur le dessin, les groupes de barres. Comme celles que font les prisonniers sur les murs de leurs cellules. Faut croire qu’il n’a pas été heureux là-bas, s’il a senti le besoin de marquer ainsi les semaines, les mois.
    Sur un côté du visage il a collé le fragment jauni d’une vieille lettre. L’écriture est fine, penchée. D’une autre époque. Ce bout de papier plus sombre donne du relief au visage, de la profondeur. Le regard s’anime.
    Je trouve qu’il a vraiment du caractère ce dessin et puis il me touche car il me parle de lui.

  4. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    5 Février
    Départ pour New-Delhi. Rome-Vienne avec Lauda Air, puis Air India.
    Après repas aux saveurs exotiques je m’endors. Réveil en sursaut. A travers le hublot une vision de rêve. Une énorme pyramide enneigée, émerge d’une mer de nuages, l’Everest ! Surprise, émerveillement, émotion.
    Anne m’attend à l’aéroport. J’admire son habileté dans la circulation chaotique. Le Compound est entouré d’un mur. Devant la maison une guérite avec gardien armé d’un gourdin.
    Sensation bizarre, l’air crépite. Pépiement de milliers d’oiseaux qui cherchent une branche pour la nuit. Le silence tombe d’un coup. Moi aussi, de fatigue.
    6 février
    Massage ayurvédique à domicile pour éliminer jet-lag.
    Ecureuils sur la pelouse, perroquets verts dans les palmiers.
    Dans la grande avenue c’est le chaos. Rickshaw, taxis, camions, des milliers de scooters avec père, mère et 2 ou 3 enfants entre les jambes, l’étole de la mère flotte au vent. Je vois passer des enfants en cage : transport scolaire, une bicyclette avec remorque grillagée et des bancs. Foule bigarrée. Un sadhu adorateur de Shiva : tunique flamboyante, un trident rouge peint sur le front.
    Le soir réception à l’ambassade. Des vaches beige broutent la pelouse.
    7 février
    Départ pour le Shekhawati, région du Rajasthan, en voiture avec le chauffeur, Anne et les deux petites.
    Les chauffeurs ici sont suicidaires. Les camions roulent comme des fous, ça tient de la roulette russe. Ils se foncent dessus et ne s’écartent qu’au dernier moment. Plusieurs camions dans les fossés.
    Julia, malade en voiture, pleure et se plaint pendant cinq heures. Elle a du soufle, la gamine. Pourrait devenir chanteuse lyrique.
    Arrivée au Desert Resort de Mandawa, en bordure du désert du Thar. Un Sikh gigantesque nous peint un bindi sur le front pour la plus grande joie de Leah qui adore. Les Indiens le lui rendent bien et fondent devant le bout de chou.
    Bungalows en bouse séchée et sable, belle couleur beige, motifs peints en blanc autour des portes et des fenêtres.
    8 février. Départ pour Nawalgarth voir les haveli, maisons des riches marchands rajpoutes, entièrement décorées de fresques, dedans comme dehors. Motifs religieux et légendes, toute la vie de Krishna. Ganesh dans une longue voiture décapotable. Curieux !
    Les gens sont très beaux mais je n’ose pas les photographier. Peau très sombre. Sourires éclatants, yeux d’obsidienne. Les hommes arborent fièrement des moustaches gigantesques et d’énormes turbans, rouge, jaune, turquoise, orange. Couleurs explosives des saris des femmes au port de reines.
    Visite de Fatehpur Sakawathi – Pas de rues asphaltées, du sable, de la boue, des bouses, de l’urine. Vaches et porcs dans les rues. Cris des paons. Calèches, bus, dromadaires. Les haveli sont splendides. Photos à tout va.
    Ensuite Mandawa, gadoue partout. Attention aux éclaboussures. Très beaux haveli. Fresques et bois sculpté. Un peu de shopping. Comment résister aux pashmina.

    Que de contrastes. Le faste et l’indigence totale. La saleté la plus repoussante et la beauté la plus éclatante.

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