Défi 11 décembre

Photo Hongrie 




Pour notre onzième défi le mépris, une émotion négative ! Elle peut être liée à une colère … vous pouvez également trouver une suite à votre texte sur la colère … une émotion très partagée 

A vos Plumes 

5 réponses à Défi 11 décembre

  1. Marc dit :

    Sortant de l’École Normale d’Instituteurs, pour sa première affectation Didier avait été nommé dans la classe des «tziganes », le dernier poste disponible dans le département. Refuser l’aurait conduit à des kilomètres de chez lui et il n’envisageait pas d’abandonner ni sa femme, ni son fils pour enseigner au fin fond de la campagne bretonne.
    En abordant sans crainte ses nouvelles obligations, Didier était parvenu à régner en maître sur ces lieux dans lesquels une trentaine d’enfants du voyage, dans un foutoir indescriptible, venait chaque jour apprendre à lire, écrire et compter. Il avait mis en place une pédagogie unique, sensible, adaptée et chaleureuse. Respecté, respectueux et rigoureux, il multipliait les contacts avec les familles et s’appuyait sur elles quand un enfant lui posait des problèmes, ce qui, dans certains cas, était un doux euphémisme.
    Tous les anciens élèves qu’il rencontre encore aujourd’hui, ont la nostalgie de cet endroit où ils furent, peut-être une des rares fois de leur vie, considérés pour eux-mêmes par un gadjo.
    Doté d’une incroyable force de conviction, dans un préfabriqué de fortune, il essayait d’inculquer des notions élémentaires de lecture à des gosses, plus habitués à vivre dans l’éphémère qu’à se projeter dans l’avenir. Dans la cour de récréation, les voyageurs et les sédentaires s’affrontaient durement mais tissaient des alliances secrètes dont les maîtres et les maîtresses faisaient souvent les frais.
    Le trait de caractère commun à la majorité des enfants du voyage, que beaucoup conservent adultes, c’est la malice. Pas de cette malice qui vous fait méchant, fourbe, ou veule, ni même la sorte d’espièglerie propre à l’effronté. Les enfants du voyage sont malicieux par défi ou par fierté. Ils sont culturellement malicieux. C’est une question de survie. Par défi vis à vis de vous, le sédentaire, le gadjo, et par fierté en étroite relation au groupe qui attend une reconnaissance.
    La plupart du temps sans méchanceté, sans vanité, ils sont en train d’apprendre que pour subsister il faut être le plus malin, et pour être le plus malin il faut une victime : le gadjo. Le gadjo c’est Ysengrin dans le roman de Renart, c’est le Corbeau de La Fontaine.
    Souvent, Didier, au détour d’une conversation avec un voyageur, aimait savourer ces étincelles de finesse et de complicité mélangées qui sont les signes d’une philosophie chaleureuse, ironique, subtile et détachée. Bien sûr, comme partout, les conditions de vie, parfois extrêmement difficiles, les détresses familiales et plus que tout, le sentiment d’être inlassablement pourchassés, laissaient apparaître une agressivité verbale excessive, violente, amère et très dure à supporter.
    Une gamine qu’il avait un jour punie, à bout d’arguments et d’injures proférées à son encontre, avait planté des yeux de braises dans les siens et avait hurlé :
    – Raciste !
    Ce n’était plus une insulte ; c’était une accusation. Le coup, porté près du cœur, l’avait intimement blessé.
    – Ne répète jamais ça, avait-il lancé froidement. Si j’étais raciste je ne serais pas là !
    Elle avait craché par terre et levé vers lui un regard condescendant :
    – Alors si t’es là, c’est que tu ne vaux pas grand chose !
    Didier se demande encore aujourd’hui ce que cette petite fille méprisait le plus. Le gadjo qu’il était ou la condition dans laquelle il l’enfermait ?

    • Odile zeller dit :

      Un très beau texte et quel beau personnage d’enseignant. La confrontation finale est violente, injuste mais elle rend compte de l’extrême tension que vivent ces enfants. Merci pour ce beau texte

  2. Odile zeller dit :

    Elle se prend pour qui, celle-là ! Mais tu l’as vue … elle traverse la cour, entre dans la préfecture… vraiment elle se croit chez elle. Viens, on va la suivre, c’est pas croyable …. il y a vraiment des gens qui …
    – Mesdames, mesdames … vous allez où …
    Les deux dames stoppent leur marche, se regardent …
    La blonde rétorque :
    Nous suivons cette dame …
    Le policier approche :
    Pourriez vous me présenter vos pièces d‘identité?

    Les deux amies rétorquent ensemble :
    Mais cette dame n’a pas …

    Le policier sourit avant de répondre :
    – certainement mais elle habite ici.
    La réplique fuse méprisante:
    „ on n’habite pas à la préfecture …

    Le policier sourit
    „ si Mesdames, le préfet ! Veuillez sortir, s’il vous plaît, vous n’avez rien à faire ici. „

  3. martine estrade dit :

    La provinciale
    Elle était venue de Mendoza, une province argentine où le vin est délicieux. Rousse aux yeux bruns pétillants, chaleureuse, ronde et enjouée, mise en valeur par une veste aux arabesques noires et blanches raffinées, la représentante des Provinces Argentines inspirait la sympathie. Conviviale, elle avait apporté pour le cocktail précédent la conférence du vin de Mendoza , un Malbec divin , une réserve noble de Santa Rosa que nous avions dégustée avec des empanadas chauds juste avant la conférence. Ses grands parents étaient français , langue qu’elle ne parlait pas mais être sur le podium d’une conférence en français lui faisait à l’évidence très plaisir, plaisir qu’elle ne dissimulait pas. Et il y avait un traducteur, ancien Consul Honoraire, qui représentait également l’Ambassade de France. Donc elle pourrait intervenir et avait préparé son texte.
    Ma conférence portait sur les destins du féminin dans l’écriture. Elle fit une intervention dont je ne compris que des bribes mais qui me parut originale. Il y était question d’une poétesse mésopotamienne dont les écrits datant de 2300 avant jC avaient été retrouvés dans des tombes à Uhr et étaient les plus anciens poèmes connus. Ils décrivaient l’éxaltation sensuelle d’Inanna, la déesse mère mésopotamienne. J’attendais la traduction avec impatience et espérait répondre mais …le traducteur qui avait insisté pour occuper cette place, ne traduisit pas ! Lorsque je le questionnais en insistant énergiquement d’un coup de coude, il me répondit : « ça va trop vite pour que je traduise et ça n’a aucun intérêt ! ». Je restais éberluée.
    Certaines collègues ne furent nullement surprises , son narcissisme était connu et la seule chose qui lui importait était sa présence sur le podium. Mais pourquoi ce mépris pour le travail de cette femme , une de ses collègues ?
    Une amie argentine me renseigna : pour les habitants de la capitale argentine, les portègnes , les habitants des provinces argentines sont des sauvages qu’ils méprisent absolument. Leur dédain s’étend d’ailleurs en fonction de toute une hiérarchie. Ainsi, il est plus noble d’être d’origine anglaise ou française qu’italienne et quand aux autres Sud-Américains, ils n’existent pas. Mépris que les autres nations latino américaines leur rendent bien, les détestant pour leur arrogance légendaire. Pendant longtemps en Argentine même , les métissés indiens étaient également traités comme des sous-hommes. La société argentine étant très hiérarchisée, le seul fait que la collègue vienne de Mendoza avait pu suffire à ce que le traducteur ne l’écoute même pas et l’ignore totalement de façon inconsciente et sans culpabilité aucune.
    Je demandais à cette femme le texte de son intervention et lui répondit par mail traduit en espagnol , nous eûmes un échange scientifique très chaleureux. Par chance , soit qu’elle fut habituée à des dénis d’existence , soit qu’heureuse nature elle ait préféré oublier, elle ne sembla pas s’apercevoir qu’elle n’avait pas été traduite

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