Défi 9 décembre

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Aujourd’hui notre défi a pour thème la fierté. Donnez à ce mot son sens positif et écrivez sur une histoire dont le personnage sera fier. 

Bonne écriture !

 

Les plumes 

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6 réponses à Défi 9 décembre

  1. Marc dit :

    L’utilisation d’un langage stéréotypé et aseptisé figurait très probablement en tête de liste de ce que Clothilde détestait le plus. Elle y voyait le moyen qu’utilisent les technocrates pour asservir l’humanité. Quand on parle de « collaborateurs » pour ne pas parler des salariés, quand on appelle « défavorisés » les gens pauvres, on maquille, on transforme la réalité des rapports que nous entretenons avec les personnes comme ceux que nous entretenons avec le monde qui nous entoure.
    C’est ainsi que, le jour où, Lantier, le directeur des ressources humaines – qu’elle appelait le chef du personnel – voulut distribuer à chacune des caissières du petit supermarché dans lequel elle travaillait, un nouveau badge sur lequel, au dessus de leur prénom figurerait la mention « hôtesse de vente », Clothilde faillit perdre son sang-froid.
    – Cela s’inscrit dans la stratégie interne destinée à combler un déficit d’image que certains collaborateurs ont au sein de l’entreprise, avait dit Lantier sans rire.
    Il précisa qu’il s’agissait d’une décision de la direction à destination de tous les « acteurs ».
    – Caissières ça fait tenancière, moqua Clothilde, alors que « hôtesse » c’est le même genre mais plus instruit, plus chic. C’est ça ?
    Lantier, que les récentes études de commerce avaient armé d’éléments de langage opérationnels, ne se laissa pas impressionner par les sarcasmes de Clothilde. Il proposa de transformer la secrétaire en « agent administratif », le vigile en « auxiliaire de sécurité », le cariste en « agent de quai » et le patron en « manager ». Si certains éprouvèrent une sorte de petite fierté en envisageant que leurs fonctions puissent être mises en valeur de la sorte, beaucoup regrettaient que cette mutation ne fût pas accompagnée d’une substantielle augmentation de salaire autrement plus valorisante.
    Clothilde, à seize ans, avait passé un brevet professionnel de caissière et, à trente ans, comptait bien le rester. C’était son métier. Elle aimait le contact avec les clients. La petite vieille qui ronchonne sans cesse, l’adolescent qui rougit à chaque passage, les mères de famille pressées, le plaisantin qui lui fait du gringue, le clochard qui compte une montagne de piécettes pour son litre de vin, la multitude des habitués ou celle des anonymes. Clothilde aimait les gens. Elle aimait ce rapport d’échange qui transitait par l’argent, comme si le paiement n’était qu’un moyen pour conclure sereinement la relation qui s’établissait entre elle et l’acheteur. Elle aimait son métier, en était fière et fulminait intérieurement après Lantier. « Hôtesse de vente », c’était grotesque.
    Après avoir consciencieusement lu son contrat de travail qui stipulait qu’elle devait se présenter dans une tenue décente, qu’elle était embauchée pour exercer la fonction de caissière- et pas une autre – elle renonça à utiliser cette clause pour combattre l’imposture. Elle parvint à ses fins quand elle annonça à Lantier qu’elle allait changer de sexe.

    • Odile zeller dit :

      Très vrai et très drôle aussi. L’angle critique de notre société vise un jeu cynique avec les mots que nous croisons tous et qui est bien pointé dans le texte. Clothilde avec th en est elle même victime ! Merci

  2. martine estrade dit :

    quand la peinture et ici l’écriture réveille nos sens et nos envie, le plaisir est au rendez vous. très beau texte .

  3. martine estrade dit :

    Le printemps des arbres ou la fierté Argentine

    Au printemps, en Argentine, Il est difficile de ne pas être ébloui par les arbres en splendeur, on peut les aimer pour leur beauté et leur ombre estivale, on peut les détester de plonger certains immeubles ou quartiers dans une quasi permanente obscurité , On s’incline devant leur force vitale , leur capacité à survivre, on respecte leur majesté. Ils donnent , bien plus encore que le tango une image de la fierté et de la force de vie argentine, reflet de celle des habitants qui la peuplent.
    Au nord et dans les Andes , les immenses cactus candélabres érigés vers le ciel forment la seule touche végétale et les seules espèces botaniques à pouvoir survivre en altitude dans l’immensité de ce désert tantôt brûlant, tantôt glacial, sur les montagnes multicolores de la route vers la Quebrada de Humahuaca. Ils atteignent 4 m de haut , or ils ne poussent que de 1cm par an. Leurs fleurs mêmes sont énormes.
    En ville, et même parfois sur les trottoirs les Palo borrachos affichent avec arrogance leur gros ventre sympathique, les jacarandas à la floraison mauve si typique, stars de Buenos Aires et des villes argentines manifestent leur noblesse élégante avec délicatesse et arrogance le long de l’avenue de Mai ou dans l’immense jardin Bosques de Palermo ou les portenos s’adonnent à la promenade dominicale.
    Les palmiers de la place de Salta défient le ciel bleu et pur bien au dessus des immeubles qui la bordent.
    Devant le célèbre café la Biela, près du cimetière de Recoleta se tient l’arbre le plus ancien de Buenos Aires, planté il y a 400 ans, un ficus elastica. Ses proportions sont énormes et on dit qu’il résista à la construction d’un parking souterrain sous ses racines et qu’il engendra une nombreuse descendance dont certains ficus entourent le Palais des glaces proche.
    Le Ceibo, arbre national d’Argentine peut atteindre 20 m de haut, ses fleurs rouges , en grappe ne peuvent manquer d’attirer le regard . L’arbre à coton montre d’énormes fleurs blanches et les tipas aux branches torturées parsèment les parcs et jardins .

    Ces êtres d’une grande beauté donnent un reflet de l’âme argentine, de son sens de la démesure, de sa fécondité, de sa majesté. Parce qu’ils sont leurs miroirs en majesté les argentins les préservent et leur rendent hommage, en d’autres termes , ils en sont fiers comme de leur patrimoine intime, ils expriment dans toute ses facettes la « fierté argentine ».

  4. Odile zeller dit :

    Mary recule. Elle observe la toile. De son pinceau chargé de rouge elle corrige un pot. Elle replace une ombre et ajoute une touche de lumière. Elle sourit. Son œuvre lui plaît.
    „Oh Maman ! On dirait des vraies ! Tu peux être fière, on en mangerait!“
    Mary rit et prend son enfant dans ses bras. Les compliments lui vont droit au cœur. Elle a atteint son but secret : rendre sensible, belle, la vie quotidienne. C’est sa fierté. Elle connaît d’avance la réaction des galeries. „ On ne vend que de l’abstrait … et en plus une femme… des confitures ! Vous devriez tenter les portraits … d’enfants… vous faire une clientèle !“
    Elle aurait de l’argent, elle … peut être mais en serait elle fière ? Bien sûr ici, loin de tout cela lui donnerait … plus de liberté mais avec les enfants ? Qui s’occuperait des petits ? Ils sont aussi sa fierté. Être fière de ce qu’elle fait, est-ce que cela ne suffit pas finalement ? Son amie Emily … une autre mère de famille, femme au foyer, spécialisée dans les anniversaires et les gâteaux au chocolat …
    Elle me montrera pas son œuvre à son mari, elle va débuter une autre toile pour aborder ce sujet là. Sinon elle sait d’avance qu’il ne dira rien, qu’il aura ce sourire légèrement sceptique qui la met à distance, fait de sa peinture un hobby assez coûteux, une perte de temps. Cela conduira à une dispute. Elle ferait mieux de donner des cours de peinture, ça au moins ça rapporterait. On a assez d’un peintre dans la famille. Elle avec une école de peinture, d’ateliers créatifs, elle améliorerait leurs finances … peut être mais elle n’a pas la fibre pédagogique et enseigner ne lui apporterait pas cette fierté …

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