Défi décembre 2018

Voici le premier défi. 

Il s’agit d’écrire la joie. Toutes les joies, les rires … 

De Sorolla À la baignade (extrait) 

Donnez nous le plaisir de lire et de vivre toutes vos joies. 

A vos plumes 

Les droits sont réservés sous la forme CC

8 réponses à Défi décembre 2018

  1. martine dit :

    Defi 1 la joie, les joies

    Buenos Aires , Fin du mois d’octobre 2018.

    Il y a trois jours, je quittai Paris sous un ciel d’automne , un automne gris et pluvieux. Ici, à onze mille kilomètres , le printemps affiche sa splendeur..
    J’étais déjà venue à Buenos Aires il y a quelques années pour y danser le tango, mais alors, oiseau de nuit, j’avais surtout fréquenté les milongas de la ville. La Catedral, Canning, Gricel, la Viruta, La Parakultural, les Glorias Argentinas et beaucoup d’autres encore dont j’ai oublié les noms. Toutes différentes, elles m’offraient leurs propres univers. J’avais erré de l’une à l’autre sans presque voir le jour, dans un état de fatigue tel que je ne levais pas les yeux vers le ciel, éblouie par la lumière quand je me risquais parfois pendant quelques heures à arpenter la ville diurne.
    Cette fois , la situation de travail et les conférences tardives que je dois donner ne me permettent pas de danser le tango. De sorte que je découvre ébahie la nature si imposante dans la ville.
    Les Jacarandas décorent de leur floraison violette l’Avenida de Mayo. Autour du Musée des Beaux arts des spécimens immenses défient le ciel. Comparés à ces arbres gigantesques, les platanes des quais de l’Ile saint Louis me paraissent des bonzais. Sur les allées passent des promeneurs de chiens, chacun convoyant dix à douze animaux. Des oiseaux à la tête rouge grattent le sol sur les pelouses. Sur la corde d’amarrage d’un bateau du Puerto Madero se reposent 8 cormorans. Nous sommes près de la réserve d’oiseaux.
    Je viens de sortir d’une matinée de travail ; une salle pleine, un travail intense, des traductions incessantes de la langue comme du contexte culturel, beaucoup d’émotions, une sensation tantôt de familiarité intime, tantôt d’étrangeté absolue. Je suis une étrangère invitée avec les honneurs sous la cible des regards.
    Mes collègues me conduisent à la cafétéria du musée Sivori, un musée d’art moderne poétique où sont suspendues en ce moment des sculptures originales en tissu. La confiteria s’entoure d’une roseraie merveilleuse, entièrement fleurie. A l’intérieur du Musée, sur des tables sont disposés des rosiers pour un concours. Surprise, je reconnais des variétés connues de mon jardin du sud de la France : Pierre de Ronsart et là, sur une console Frédéric Mistral, une variété très odorante.
    Je me précipite, curieuse, pour vérifier son identité. Si loin, de l’autre côté de l’Atlantique, son parfum que je hume avec délice est le même. Une joie m’envahit , intense.

  2. martine dit :

    l’exubérance très physique , luxuriante , volubile et motrice de la joie enfantine dans l’acquisition de l’autonomie dans la satisfactions des besoins primaires est magnifiquement décrite et nous renvoie avec plaisir et nostalgie à l’univers perdu de l’enfance que l’on retrouve avec les enfants petits. une leçon de vie

  3. Marc dit :

    Adrien
    Adrien avait soigneusement peigné les rares cheveux qui chevauchaient son crâne dégarni et les y avait consciencieusement plaqués afin qu’ils lui laissent l’illusion d’une chevelure décente. Devant le miroir de sa chambre, il scrutait sa mise et constata avec plaisir qu’il avait encore belle prestance. Il était fier d’exhiber sa réussite et démontrer, une nouvelle fois, comment il avait su, grâce à sa seule volonté, maintenir à flot la famille et l’entreprise que lui avait léguée son beau-père. Rassemblés dans la grande salle à manger qu’on avait décorée en son honneur, le noyau dur du clan et quelques membres de la direction s’apprêtaient à célébrer son soixante-douzième anniversaire et l’attendait avec appréhension. Adrien fronça les sourcils en pensant qu’il allait lui falloir supporter l’hypocrisie des uns et la mièvrerie des autres. Mais il n’ignorait pas que la crainte, les jalousies et les divisions qu’elles suscitaient immanquablement, constituaient les principaux moteurs de sa réussite. Il éprouvait, d’ailleurs, un plaisir secret à voir ses proches se déchirer pour obtenir ses faveurs. La famille de la femme qu’il avait épousée lui avait laissé diriger l’usine qui, grâce aux pressions qu’il exerçait sur les salariés, avait prospéré malgré la crise. Il n’avait jamais aimé son épouse, pas plus qu’il n’aima ses maîtresses qu’il entretenait plus par convenance que par plaisir. Il avait en mépris les femmes en général et la faiblesse des hommes en particulier. Il entreprit de nouer sa cravate, prenant méticuleusement soin de faire en sorte qu’elle soit dans le droit alignement de la rangée des boutons de sa chemise. Adrien aimait l’ordre. Il ressentait une profonde satisfaction quand les choses et les évènements s’agençaient exactement tel qu’il les avait prévus. Lorsque la sirène de l’usine retentissait à l’instant même où sa montre indiquait douze heures pile, ou lorsque la valeur de ses actions atteignait au dixième près le seuil qu’il avait envisagé, il éprouvait une vague de contentements furtifs dont il était friand. Il avait su imposer, à force d’autorité, un fonctionnement collectif qu’il trouvait harmonieux et qui entretenait chez lui un immense mais obscur plaisir. Il aimait particulièrement observer l’ordonnancement de son monde marchant dans les pas qu’il avait tracés. Il se pencha pour lacer ses chaussures.
    Dans la salle à manger, chacun attendait qu’Adrien descende. La plupart des personnes présentes redoutait secrètement le moment où le patriarche allait entamer son traditionnel discours et distribuer à l’envi ses bons et mauvais points. Son fils, chef des ventes, craignait que le chiffre d’affaires ne stagne. Le directeur du personnel espérait qu’on le félicite pour le licenciement d’un délégué syndical. « Mais, avec lui, on ne sait jamais… ». Chacun cultivait l’espoir de n’être pas la cible des remontrances du vieil autocrate. Comme il tardait à descendre, on envoya le dernier des petit-fils chercher son grand-père.
    – Bon Papa, il dort par terre, avait dit le garçonnet du haut de l’escalier.
    On s’était précipité pour découvrir qu’Adrien, encore chaud et irrémédiablement mort, avait roulé au pied de son lit.
    Pendant que les enfants achevaient le gâteau, les convives revêtirent une mine de circonstance. Chacun éprouva, cependant, une étrange mais savoureuse forme de joie inavouable.

    • Odile zeller dit :

      Très beau texte où la joie apparaît en fil rouge presque menaçante. La chute est bien trouvée même si le lecteur attend la suite.

    • martine dit :

      le personnage est magnifiquement décrit . Pour moi la joie inavouable est cependant accessible à ceux qui sont restés libre intérieurement de cette soumission à sa maîtrise et à son autorité. elle est interdite et menaçante pour le personnage et la domination qu’il a effectué sur les autres fait sans doute que rares sont ceux qui pourront l’éprouver dans l’instant. il y aurait sans doute un passage par étrangeté, voire panique, perplexité, anxiété de l’avenir ou de la liberté qui en ferait un horizon, peut être de chute d’un livre

  4. Loretta Loria - Riedel dit :

    On sent la joie sortir de tous les pores de l´enfant! Tu as cueilli le moment présent, unique où rien n´est d´obstacle à l´explosion du bonheur. Merci Odile de ce beau texte qui nous fait revivre des moments passés avec nos petits!

  5. Odile zeller dit :

    Son rire explose dans l’appartement … il mange et son plaisir est de s’attaquer tout seul à la nourriture. Il accepte l’aide de maman pour les premières bouchées, mais dès qu’il a suffisamment mangé. Il tourne la tête et ferme les dents. La petite main serre alors chaque morceau à sa portée. Purée et viande sont mis à l’abri. Le rire fuse. Il sait que les fruits vont ouvrir tous les jeux qu’il aime. Il se dandine sur la chaise haute et rit … les yeux pétillent, les fraises écrasées dégoulinent en coulures rouges de chaque côté de la bouche. Nos airs épouvantés doublent les rires. Les salves de cris joyeux alternent avec les essais d’acheminer les morceaux sucrés vers la bouche. Chaque réussite vaut une nouvelle explosion de rires. Les gestes se précisent et le bonheur va crescendo. Les environs de l’enfant ont été protégés, rien n’entrave son expérimentation … il bat la petite table de sa main. Les éclaboussures rouges se dispersent. Mamie et Maman reculent. Nouveaux éclats de rire … une victoire … sa bonne humeur augmente et tout à coup la fatigue vient … la joie bascule en lassitude. Des bâillements, les poings salis de fraises et de framboises frottent énergiquement les yeux … rien ne va plus c’est l’heure de Papa, d’une lecture et de la sieste. L’apparition de Papa et du livre du jour balaie une larme … le rire revient … le doudou balafré de fraises accompagne bébé au lit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.