Défi 3 décembre

Une surprise 

Notre troisième défi est la surprise ! Bonne ou mauvaise ? 

Laissez vous inspirer ! 

Les textes du deuxième défi sont ici.

A bientôt de vous lire 

La plume 

6 réponses à Défi 3 décembre

  1. Marc dit :

    L’homme qui était assis devant moi avait le regard obstinément fixé sur mes lèvres et semblait se répéter chacune de mes paroles comme s’il espérait qu’elles le délivrent de l’angoisse qui l’étreignait. Probablement âgé d’une soixantaine d’années, il portait un élégant costume sombre. Son attitude un peu crispée contrastait bizarrement avec sa mise distinguée, mais demeurait très en rapport avec l’enjeu de ce qui se déroulait dans mon bureau.
    Il avait acheté, pour une coquette somme, un joli tableau signé d’Émile Bernard. De belle facture, dans son cadre original, la toile représentait un paysage marin peint à l’huile. Au premier plan une bretonne de trois-quart semblait fixer un point sur l’horizon. Quelques arbres laissaient voir au loin le sombre des rochers, la mer calme et un ciel tendre, parsemé de nuages. Si le sujet était, somme toute banal, l’œuvre, essentiellement composée d’aplats colorés caractéristiques de l’école de Pont Aven, dégageait un sentiment de plénitude assez saisissant.
    J’avais disposé le tableau sur un petit chevalet afin que nous puissions l’observer tous les deux.
    – Monsieur D, vous avez souhaité assurer ce tableau auprès de la compagnie qui m’a missionné et confié le soin de l’expertiser, comme celui d’expertiser les certificats qui l’accompagnent…
    En fronçant les sourcils, il fit une grimace et acquiesça d’un signe de tête. Il avait compris, à mon absence de sourire et à mon ton particulièrement distant que j’allais lui annoncer une mauvaise nouvelle. J’aurais la discrétion de ne pas lui demander comment il s’était procuré cette œuvre, mais, si mes craintes se confirmaient, il pourrait se retourner contre la salle des ventes, ou tout autre marchand qui lui avait fourgué ce faux Bernard.
    Je lui donnai une loupe et l’enjoignis de regarder la signature du maître. Quelques imperceptibles coups de pinceau faisaient à cet endroit une sur-épaisseur suspecte.
    – Cher Monsieur, dis-je, très souvent les peintres de Pont Aven, surtout les moins argentés, se repassaient les toiles et avaient pour habitude de repeindre par dessus les unes des autres. Les faussaires qui ont sévit au début du siècle dernier, se sont empressés d’acheter, ou de récupérer, des tableaux de petits maîtres et d’y ajouter la signature d’un peintre dont la cote avait subitement grimpé.
    Je lui montrai ça et là quelques indices qui ne trompaient pas et qui, de toute évidence indiquaient que nous étions en présence d’un faux.
    Monsieur D. se décomposait au fur et à mesure que j’avançais dans mes explications.
    – Souhaitez-vous boire quelque chose ? lui demandai-je,
    – Continuez, je vous prie, me dit-il d’une voix blanche.
    – Ainsi.. je crains fort… que votre tableau ne soit pas l’œuvre du maître !
    – Mais comment est-ce possible ? demanda-t-il un presque sanglot dans la gorge.
    – Je vous l’ai expliqué, cher Monsieur… ce tableau est probablement d’Ernest Chamaillard et quelqu’un y a apposé la signature d’Émile Bernard. Ce qui signifie que votre bien vaut en réalité un peu moins de dix pour cent de ce que vous l’avez payé. C’est une mauvaise surprise. Je suis désolé.
    Il s’était peu à peu voûté et enfoncé dans son fauteuil.
    – Il faut sans doute que je procède à une contre-expertise ?
    Je ne voulais pas le décevoir davantage en lui disant que c’était très certainement inutile, et lui donnai l’adresse d’un confrère irréfutable. Il avait quitté mon bureau accablé en emportant son tableau enveloppé dans un morceau de papier kraft.

    Quelques mois plus tard, chez Drouot, j’ai eu l’occasion à nouveau de croiser ce tableau. Et comme je m’étonnai du montant exorbitant de sa mise à prix, je me précipitai sur le catalogue qui racontait l’histoire de cette toile et précisait qu’en définitive il s’agissait d’un Gauguin.

  2. martine estrade dit :

    Le foulard vert du colectivo Feminismo/unidad

    A l’UBA, l’Université de Buenos Aires, ce mardi soir, je viens faire une conférence aux étudiants en littérature. L’université est en ébullition, des tracts sont affichés sur tous les murs, il y a des élections, rassemblements , cris microphones, tracts et tags poétiques « nous sommes tous des mères et des grands-mères folles de la place de Mai, gens de plumes et de paroles, éxilés du voyage, nous sommes des fous argentins. Nous sommes les palombes de la vérité » les collectifs arborent le foulard vert pour la libération de l’avortement légal et médical, le même que celui des grands mères de jadis mais en vert, sur lequel est inscrit « Feminismo para transformar / Unidad para vencer , Colectivo « . Les étudiantes le portent , noué au poignet au cou ou à la cheville.
    Dans la salle où l’on me conduit, une grande affiche surmonte la table où je vais faire la conférence. A ma surprise, la salle se remplit et est comble, elle fait silence et l’on y entendrait une mouche voler. A la fin de la conférence qui portait sur l’argent dans le roman Emma Bovary, les questions montrent l’intérêt et la curiosité des participants. Je n’en reviens pas.
    Je pense ma mère : elle vient d’avoir 88 ans, elle fut une féministe de la première heure défendant le planning familial et l’avortement médical au risque de son emprisonnement autrefois , en France avant son autorisation légale. Il faut que je lui ramène ce foulard en souvenir. Lors d’une matinée de travail ultérieure, j’informe mes collègues que j’aimerais en trouver un. A la fin de la semaine de travail , une collègue argentine m’offrira celui de sa fille « elle l’a portée, mais elle le donne, cela doit être transmis ». je suis très émue.
    De retour à Paris, je l’offre à ma mère en lui expliquant son origine et sa provenance. Touchée et fière, elle manifeste son émotion et l’épingle dans son salon après m’avoir demandé une photographie d’elle le portant. La photographie, je l’adresse aussitôt par Whatsapp aux collègues à Buenos Aires.

  3. martine estrade dit :

    l’héroïne s’est fait à elle la surprise d’une soirée au Ritz, plutôt que céder aux conventions et à l’emprise d’une surprise prévue qui n’eût pas correspondu à son désir et l’eût contrainte. quel bel anniversaire, on en rêve.

  4. Odile zeller dit :

    Elle sentait qu’on conspirait. La conversation cessait dès qu’elle approchait. Une surprise, oui, ils mijotaient une surprise pour ses 40 ans. Elle n’avait pas envie d’avoir 40 ans, de changer de dizaine.alors leur surprise ! En plus si seulement elle avait la moindre idée du contenu, elle aurait pu orienter leur choix pour recevoir une surprise qui lui fasse vraiment plaisir, qui ferait son bonheur. Ils avaient dû lui demander mais dans sa fatigue quotidienne elle n’avait rien trouvé et pas même réfléchi. Mais maintenant les dés en étaient jetés. Quant à lui dire à peu près … pas la peine d’y penser, ils ne voudraient jamais. Elle avait bien une petite idée malicieuse, aigrelette. Après tout ce jour là serait son jour à elle, un grand jour. Elle aurait alors tous les droits, bien le droit de …comme ils disaient. La surprise ? Du parfum comme chaque Noël et chaque anniversaire. Elle ne parfumerait jamais assez puis épuiser le stock. Souvent les flagrances toutes nouvelles ne lui plaisaient pas. Des fleurs ? Ce serait une vraie surprise. Elle les achetait elle même, rarement, dernièrement plutôt des plantes qui duraient plus longtemps. Sinon elle en avait plein le jardin, comme on lui avait finement remarqué. Difficile de rétorquer que ce n’etait pas pareil. Un livre peut être … pourvu qu’elle ne l’ait pas déjà lu…il faudrait alors cacher l’autre et s’en débarrasser.
    Ce jour là, elle n’était pas rentrée, par lâcheté. Son téléphone avait vibré, les messages s’etaient accumulés. La journée avait été si pénible, elle se sentait épuisée et incapable de faire comme si. Elle n’avait pas répondu et s’était offert une soirée au Ritz, choyée, chouchoutée, champagne et petits fours, massage au spa, une soirée rien que pour elle. Quand l’heure était venue de rentrer, elle avait même dormi là. Les messages avaient cessé, le téléphone ne vibrait plus. Elle avait bien dormi, sans se lever pour rassurer le petit dernier. Ce n’était pas gentil, ils s’étaient sûrement inquiétés…leur surprise attendrait qu’elle revienne…

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