Défi 4 décembre

D’après le désespéré de Courbet 

Pour le quatrième défi il s’agit de la peur. 

Écrivez la peur, toutes les peurs … 

Faites parler une situation de peur … soyez inspirés ! 

Les textes du troisième défi sont ici.

Les plumes 

6 réponses à Défi 4 décembre

  1. Marc dit :

    C’était un après-midi d’avril. Un de ces doux après-midis pendant lesquels les rayons du soleil et le velouté du vent sont des invitations à la flânerie et à la promenade. Jusqu’à ce que Jean-Luc me propose cette ballade. La circulation était dense, mais il y avait dans l’atmosphère comme un air de fête et d’insouciance. J’avais passé mon bras autour du cou de Jean-Luc et me sentais en sécurité auprès de ce garçon que j’avais rencontré deux mois auparavant, il venait d’obtenir son permis de conduire. Ses doigts sur le volant martelaient le rythme d’un rock des années quatre-vingts et nous reprenions à tue-tête son refrain aux paroles insipides. Je fus soudain brutalement projetée vers l’avant. Nul doute qu’une voiture venait de nous percuter. Il n’y devait pas y avoir grand mal, mais j’avais été surprise. Jean-Luc avait proféré un juron. Cependant, plutôt que de s’arrêter pour constater les dégâts qu’aurait occasionné la collision, il accéléra et se faufila entre plusieurs véhicules comme pour s’échapper. Je me retournai immédiatement et je distinguai avec effroi le sourire démoniaque du conducteur qui nous avait embouti. Une nouvelle fois il vint heurter violemment notre arrière. Nous fîmes une embardée. Je criai de toutes mes forces me cramponnant comme je pouvais aux sièges de l’auto et priant pour que notre suiveur abandonne sa poursuite. Je me retournai à nouveau pour constater qu’il était toujours là et qu’il remontait la file des véhicules qui nous précédaient.
    – Mais qu’est-ce qu’il nous veut ? hurlai-je,
    – On va le semer ! me dit Jean-Luc,
    Il vira brusquement à gauche à quelques centimètres de quelqu’un qui, pour nous éviter fit une embardée et heurta la voiture qui nous suivait. Le choc fut sans doute violent, mais Jean-Luc poursuivit sa route sans s’arrêter. Mes genoux tremblaient, la sueur trempait mon chemisier et mon cœur faisait des bonds dans ma poitrine. Je m’apprêtai à demander à Jean-Luc de me ramener chez moi quand, surgissant à droite, notre agresseur nous percuta de plein fouet. Ma tête alla cogner dans celle de mon compagnon et je poussai un cri de terreur pendant qu’il essayait tant bien que mal d’éviter ceux qui arrivaient en sens inverse. Je crus mourir et pendant un instant une gerbe d’étincelles traversa ma vue brouillée par des larmes d’épouvante. Je suppliai Jean-Luc et observai médusée qu’il arborait le même sourire que j’avais entrevu sur le visage de notre tortionnaire. À son tour il s’apprêtait à emboutir une voiture que nous suivions. C’était bien la dernière fois que je montais dans des autos-tamponneuses !

  2. martine estrade dit :

    La proposition

    Il y a quinze jours, j’ai reçu un mail : » accepterais tu de venir à Buenos Aires faire une conférence. ? Le vol et l’hébergement sont pris en charge »
    Intéressée, l’offre est prestigieuse et l’occasion d’échanges transculturels me séduit, j’ai accepté. Il m’a été répondu : » tu vas recevoir un mail en anglais »
    Je rêvasse dans le TGV pour Aix en Provence. Mon ordinateur est allumé, je travaille un peu. Un message s’affiche sur ma boite mail. Il provient de l’association internationale qui m’invite en Argentine. Je l’ouvre , impatiente : il fait plusieurs pages. Y sont précisées les conditions contractuelles de mon séjour à Buenos Aires. C’est très long. Je déchiffre soigneusement et péniblement les formalités administratives complexes pour la validation de ma candidature. Enfin après quatre longues et fastidieuses pages apparaît ma tâche. Je devrais faire une conférence d’introduction au Colloque anniversaire de l’Association Psychanalytique de buenos Aires , ainsi que trois matinées de travail de supervision, l’une avec des candidats, les autres avec des membres titulaires.
    A la perspective d’une si intense confrontation dans un pays dont je ne parle pas la langue et connaît mal le contexte au sein d’une association qui compte plusieurs centaines de membres, je pâlis. Le sang reflue, mon cœur s’accélère, j’ai le souffle coupé, je respire mal. Je ne pourrai jamais m’exposer ainsi !
    Dans un état second, je ne peux plus penser ni même écrire à mes collègues amies.
    Le train arrive à Aix en Provence sans que j’ai repris mes esprits. J’enfile ma veste comme une somnambule, saisit mon sac et me dirige vers la porte. Mon mari m’y rejoint : « j’ai ramassé ton ordinateur, tu l’avais oublié sur le siège «

  3. martine estrade dit :

    au fond, l’on ressent bien dans ce texte, à partir d’un enfant petit que la peur est une question d’échelle et que se réactiveront plus tard dans la vie de l’adulte les situations où il s’est senti petit devant une menace immense. c’est aussi la seule période où l’on voit ses parents comme des géants. très bien décrit.

  4. Odile zeller dit :

    Il avait deux ans à peine, tenait bien sûr ses petites jambes et explorait le monde. Il commençait à parler mélangeant parfois français et créole. Arrivé avec parents et cousins dans l’île de Frégate il marchait tranquillement sur la pelouse. Le trajet dans le petit avion à six places, assis sur les genoux de Papa, lui avait beaucoup plu. Là, à proximité du lodge où ils avaient passé la nuit, un gigantesque banian poussait au pied duquel dormait une énorme tortue terrestre, Esmeralda, inébranlable vedette de l’ile. Le petit bonhomme n’en avait jamais vu et continuait sa promenade sans donner la main à Maman et loin de Papa. Quand l’animal se mit en branle, l’enfant stoppa sa marche, bloqué sur place, ses jambes se raidirent, ses traits se figèrent, tout son petit corps se contracta et sa bouche forma un cri qui ne sortit pas. Maman le regardait sans comprendre mais prête à lui venir en aide. Il ne bougeait plus, mais suivait du regard la progression du reptile. L’enfant risqua un mouvement vers sa mère en voyant que la chose s’éloignait de lui. Mais il stoppa de nouveau tous ses mouvements, pris de panique et tremblant, en voyant le monstre aller vers son Papa. Le petit bonhomme hésita un instant avant de courir vers son père pour l’avertir du danger imminent. Le cri sortit … une fois dans les bras de Papa, les larmes le secouèrent. Malgré les explications, il résista, refusant de descendre avant d’etre loin du monstre. Il fallut attendre le lendemain, que sa sœur caresse la bête pour qu’il approche prudemment de la tortue qui broutait.

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