Défi 7 décembre

 

Pour ce septième défi, le thème est le plaisir. 

Des petits plaisirs de la vie à la Delerm à l’extase vous avez le choix. Que votre inspiration nous offre différents plaisirs de la vie. 

A vos plumes !

Les droits sont réservés sous la forme CC

5 réponses à Défi 7 décembre

  1. Marc dit :

    Mélanie regardait avec satisfaction les deux scouts qui s’affairaient un peu gauchement pour lui confectionner le paquet cadeau qu’elle venait d’acheter dans un grand magasin de la rue de Sèvres. Elle aimait particulièrement emprunter les escalators de cette immense halle, et flâner dans les rayons, explorant les différents niveaux pour dénicher le cadeau idéal qu’elle réservait à Marie-Claude, sa sœur jumelle. Les deux garçons étaient un peu maladroits, le papier d’un goût extrêmement douteux et le paquet emballé à la va-vite. Mais Mélanie n’en éprouva aucun chagrin et laissa un généreux pourboire aux garçons qui l’encaissèrent avec un grand sourire.
    – Joyeux Noël ! dirent en chœur les adolescents,
    – Joyeux Noël ! répondit-elle du ton enjoué des personnes satisfaites de leur achat.
    Mélanie voyait venir avec impatience cette période pendant laquelle la frénésie consumériste était principalement orientée vers l’acquisition de cadeaux, dont chacun attendait plus ou moins fébrilement la distribution. Tous les ans, à la même époque, c’est à dire deux à trois semaines avant le réveillon, Mélanie faisait son choix. Elle déterminait alors à quelle catégorie son cadeau appartiendrait. En principe, elle procédait à une rotation qui faisait alterner d’une année sur l’autre disque, pullover, livre et ustensile de cuisine. Mais elle affectionnait les surprises et s’autorisait de temps en temps à chambouler l’ordre immuable de sa série, et avait décidé, pour l’heure, comme l’an passé, d’offrir à sa sœur le pull le pus moche qu’elle puisse trouver, tout en veillant à ce qu’il soit de bonne qualité pour ne pas éveiller les soupçons.
    Mélanie détestait sa jumelle qu’elle jugeait mesquine, hautaine et égoïste. Elle ne supportait ni son arrogance, ni ses manières de bobo, ses certitudes implacables, sa suffisance et son incommensurable vanité. C’est donc avec délectation que Mélanie prenait un soin méticuleux à dénicher le cadeau qui, à coup sûr, déplairait à Marie-Claude. Elle avait repéré et acheté un tricot vert acide sur lequel un vilain jacquard marron et jaune, rehaussé de perles dorées, dessinait la silhouette stylisée d’une licorne .
    Quand leur père donna le signal de la distribution des cadeaux, Mélanie savait que sa sœur, pour ne pas être accusée d’être à l’origine d’une querelle familiale, ferait semblant de trouver son pullover tout à son goût. Elle savoura intensément son plaisir en observant l’expression de répugnance qui, pendant un instant fugace, s’inscrivit sur le visage de Marie-Claude. Tout en jubilant intérieurement, elle s’extasiait faussement devant ce pull qu’elle avait choisi trop large et qui donnait à sa jumelle l’apparence d’une grande godiche. Et, comme chaque année, Mélanie décela dans l’œil de Marie-Claude une étincelle de plaisir quand, à son tour, sa sœur lui tendit un paquet mal ficelé.

  2. martine estrade dit :

    Dans Les Andes Argentines.

    Au Nord de Salta , la route suit le train des nuages à plus de 3000 m d’altitude. Nous mâchons des feuilles de coca pour combattre le mal d’altitude.Un soleil aveuglant et brûlant, des montagnes de toutes les couleurs et pour seule végétation des cactus géants fleuris et quelques épineux. Une terre intense aride, parsemé des ponts en fer rouillés du train des nuages .
    A San Antonio de los Cobres, la gare aujourd’hui quasi déserte marquait l’arrivée du train des nuages qui venait de salta 2500m plus bas.
    Les paysans andins sont petits au torse large pour développer leur capacité pulmonaire à 4000 m d’altitude, certains vendent des objets en cactus ou des tricots en laine de lama ou d’alpaga . Ne poussent dans la région , que du mais, du quinoa , quelques haricots et des petites pommes de terre andines de toutes les couleurs. Après des heures dans le 4/4 à rouler dans le désert brûlant et inhospitalier, la salle du restaurant où nous nous asseyions , modeste et aux murs décorés de disques en vinyle et d’outils anciens nous paraît le comble de la civilisation retrouvée. Nous y goûtons, rassérénés de la viande de lama , fine et goûteuse et des pommes de terre andines rissolées avec un vin blanc de Torrentes .
    Le lendemain , flânant au marché de Tihualca, une ancienne oasis inca , j’admirerai avec fascination les paniers de toutes petites pommes de terre de toutes les couleurs noires, violettes, roses, oranges , beiges tachetées de rouge, les petites courgettes rondes et d’un brillant lisse qui n’existent qu’en Argentine, les mais violets, rouges, jaunes, blancs, les piments flamboyants. J’achèterai un sac de pommes de terre aux couleurs mélangées que je cuisinerai au retour avec de la viande , du piment ajo molito et du chimichurri. Leur goût seul me transportera sur la route du train des nuages

  3. martine estrade dit :

    superbe : la sensualité de la fleur est merveilleusement décrite et donne envie de la sentir et de la contempler, nous transporte aussi dans une autre saison et sa délicatesse. merci

  4. Odile zeller dit :

    Un régal du printemps, ni les fraises, ni les framboises, rien qui se mange, une couleur le rose. Le miracle est éphémère et fragile, capricieux, une averse suffit à tout briser. Elles ont leurs humeurs, viennent de Chine et sont d’une taille conséquente, discrètes hors saison, elles deviennent opulentes quand vient leur heure. Ah les pivoines ! Quand elles sont en fleurs je m’offre un bain de leur floraison, je m’approche, je me penche, je les caresse, je les respire. Elles sont douces, fines presque transparentes, elles ont ma préférence surtout la chinoise, arbustive, fière et indépendante. Les japonaises embaument, existent dans toute une palette de coloris, durent un mois et demi, ploient sous l’ondée. J’aime chez elle la nuance fuchsia et leur parfum subtil. La chinoise a tout de même ma préférence, elle fait des jaloux, offre trois semaines de bonheur fragile, tout à coup les pétales tombent, parfois une branche casse sous le poids des perles chargés d’eau. Je la soigne, je lui parle, je la flatte en la prenant en photo. Elle méprise les engrais, accepte tout au plus un peu de terreau. Aucun parasite, elle est hautaine et philosophe. Elle ne grandit pas vite, reste modeste dans son éphémère splendeur rose buvard.

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