Défi 3 de l’été

Plâtre d’Amendola

Cette sculpture, dont il (elle) a hérité, ne lui plaît pas du tout. Faites le parler et imaginez ce qu’il peut trouver comme solution ….

Tout est permis, lâchez vous !

Pour lire les textes du deuxième défi c’est ici.

La plume

16 réponses à Défi 3 de l’été

  1. madeleine brinkmann dit :

    Merci pour ce texte. Une rupture dont les motifs semblent flous dans la tête de la narratrice, la pauvre se pose plein de questions…quel suspense! On pourrait tirer plein de fils…dans différentes directions.

  2. madeleine brinkmann dit :

    Lui, Simon, avait toujours souhaité hériter du tableau représentant Louis XIV avec sa grande perruque, la mine volontaire ancrée dans son pourpoint cramoisi. En rendant visite à sa grand-tante, il avait chaque fois admiré le cadre doré joliment ouvragé. Quel effet il aurait produit dans son hall d’entrée! Mais sa grand-tante, déjà âgée, avait, il est vrai, un peu perdu la tête ces derniers mois . Il lui arrivait de confondre ses petits-neveux, par exemple. Son cousin Gontran avait semblé comblé d’hériter de ce chef-d’oeuvre. Il l’avait sur-le-champ mis dans sa voiture et avait démarré en trombe sans demander son reste, comme s’il avait perçu le regard envieux des autres membres de la famille.

    Simon plaça sa fausse vestale dans son coffre et, songeur, l’entoura d’une vieille couverture…mais qu’allait-il pouvoir en faire? En s’asseyant au volant de sa voiture, il passa en revue les recoins de son salon déjà surchargé.

    Rentré chez lui il demanda conseil à sa fille Camille qui s’était lancée dans des études de théâtre.

    – Magnifique! Tu me la prête? Nous montons la pièce “Andromaque” et cette fausse vestale, placée au bon endroit donnera exactement la touche que nous recherchions pour notre décor épuré.

    Simon, soulagé d’avoir si rapidement trouvé preneur pour cet objet volumineux, s’empressa d’accepter

    – Mais bien-sûr, ma chérie, et je t’en fais même cadeau, dit-il en se frottant les les mains de contentement.

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Loretta

    Défi n.3.
    Le grenier
    Je lui ai promis que je rangerai le grenier aujourd´hui. Au fond, ça me plait. Le rangement, c´est mon truc. Et puis, à fouiller dans les vieilleries, on trouve toujours des tas d´objets intéressants, avec un peu de chance un ou deux trésors … Ma belle-mère m´a dit : tu peux prendre tout ce que tu veux.
    Mes yeux s´habituent à la pénombre. Des chandeliers rouillés, des vieilles revues, tiens, une lampe années ´50 ! Je trouve que c´est moche mais il paraît que c´est à nouveau la mode, de plus en plus d´antiquaires se lancent dans ce qu´ils appellent le « modernariat » !
    Je fouille, je trie. Une caisse en bois, elle semble intacte. Je soulève le couvercle poussiéreux, sous les feuilles de papier froissé j´extrais un buste de femme.
    Son regard est fourbe, sa bouche esquisse un sourire entendu, qui a-t-elle nargué ? A-t-elle pris une revanche ? Contre qui, pourquoi ? On peut imaginer qu´avant à s´esquiver, sa tâche ayant été achevée, elle s´apprête à remonter le châle posé sur sa tête et sur le point de lui tomber sur les épaules. L´artiste ne nous livrera pas son secret mais de cette sculpture émane une énergie négative qui m´affecte, à mon corps défendant. Je l´entoure à nouveau de ses papiers, je referme la caisse. Maintenant que je l´ai connue, je ne veux pas laisser cette femme dormir plus longtemps là-haut, au-dessus de nos têtes. Superstition ? Peut – être … L´objet est lourd, je le descends tout de même. Je le laisse dans le coin le plus reculé du garage, décidée à le mettre dans la prochaine cargaison destinée à la décharge … pourvu que ma belle – mère l´ait oublié !

  4. Geneviève dit :

    Je “passe” mais quel plaisir de découvrir les fragments de vie décrits par vos plumes ! Merci.

  5. Marc dit :

    (…)Titi jeta un regard méprisant au chat, et au moment où il allait reprendre sa déambulation dans les allées du jardin, une dame un peu forte qui portait un carton d’emballage mal ficelé vint s’asseoir juste à côté de lui. Titi salua la dame qui, au lieu de lui rendre son salut, pointa son menton en direction du chat.
    – C’t à vous c’t bête ? demanda-t-elle.
    – Les chats n’appartiennent qu’à eux-mêmes, avait répondu Titi.
    – Z’êtes clodo ? reprit la grosse dame, ça gêne pas. Du moment qu’on me demande pas des sous. J’en ai pas des sous.
    Titi amusé regardait cette femme d’une cinquantaine d’années qui avait dû être belle mais qui portait sur elle les stigmates d’une vie qu’il devinait compliquée. Elle avait des yeux gris, clairs comme l’eau d’un torrent, qu’elle plissait à la manière des myopes quand ils concentrent leur regard sur un point précis. Couverte d’un épais manteau noir qu’elle fermait à l’aide de gros boutons de corne, elle portait un châle mauve noué à la hâte. Elle se déplaçait difficilement et parlait d’une voix rauque qui laissait deviner qu’elle avait beaucoup fumé et probablement beaucoup bu.
    Elle se pencha, ouvrit son carton et sortit ce que Titi prit tout d’abord pour un rouleau à pâtisserie et qui s’avéra en définitive être une statuette d’albâtre sensée représenter la Vierge. Le sculpteur au maigre talent mal inspiré avait cru élégant de doter son personnage d’un long corps filiforme, à peine stylisé, surmonté d’une tête minuscule couverte de ce qu’on devinait être un voile que l’artiste avait légèrement teint en bleu. Bras et jambe étaient dissimulés dans un plissé terne et droit et l’air particulièrement inexpressif de la Sainte ne conduirait probablement jamais personne à la dévotion.
    – J’ai pas des sous, mais j’ai du cœur ! avait sérieusement proclamé la dame en fourrant la statuette dans les mains de Titi et en s’en allant de sa démarche peu sûre.
    – C’est Lulu qu’on m’appelle, Lucienne pour les intimes, ça gêne pas ! Lança-t-elle joyeusement .
    Titi, médusé, fronça les sourcils en direction du chat qui, pour une fois s’abstint de tout commentaire. Il observa à nouveau la statuette et la trouva définitivement et irrémédiablement hideuse. Peu religieux, voire passablement agnostique, des relents d’éducation chrétienne lui interdirent cependant de balancer la Sainte dans les fourrés. Il la cala dans la poussette supérieure, à coté du chat qui feignait l’indifférence, et prit la direction du seul endroit où il pourrait, sans remord s’affranchir ce fardeau aussi laid qu’encombrant: la cathédrale.
    – Pourvu qu’on ne croise personne, avait dit le chat, la honte! (…)

  6. Odile zeller dit :

    Texte de Janine
    ​La sonnerie du téléphone sortit Céline de la torpeur ouatée dans laquelle l’avait plongée la chaleur de ces dernier jours. Elle ouvrit les yeux et sursauta à la vue du visage exsangue qui lui faisait face émergeant d’une double corolle de papier froissé. Alors lui revint à l’esprit la visite de Clotilde, la petite-fille de son amie Clémence récemment décédée, pour lui remettre ce buste laissé en héritage à son intention. Aucun doute là-dessus, la pancarte pendue à son cou l’attestait : «Pour Céline».
    ​Elle s’enfuit à la cuisine pour échapper à cette vision d’outre-tombe et se prépara un expresso. Puis elle revint s’asseoir en face de la statue. «Mais qu’est-ce que t’es moche, ma pauvre, murmura-t-elle, moche de chez moche ! Sais pas pourquoi, mais ta tête me revient pas.»
    ​L’œuvre portait un titre : Vestale moderne. Le visage au teint jaunâtre était celui d’une jeune femme prématurément vieillie. La tête légèrement inclinée, les yeux baissés évoquaient la modestie, la lèvre supérieure s’étirait en un demi sourire amer annulant la sensualité de la lèvre inférieure charnue. Était-ce ce détail qui lui avait déplu ? Cet air de chasteté forcée ? Non, vraiment elle ne lui plaisait pas et elle se demanda où elle allait bien pouvoir la placer, ou la planquer. Garage, grenier, jardin au milieu des fougères, elle finirait par lui trouver sa place. Pas question d’avoir cette sainte nitouche sous les yeux. Et puis, elle est en plâtre, non ?… si elle tombe elle va se casser et alors bon débarras ! Mais le cadeau venant de Clémence elle hésitait.
    ​Peut-être pourrait-elle améliorer son aspect. La maquiller, la déguiser ?Comment serait-elle en gitane ? En Cléopâtre ? En Mata-Hari ? En cocotte avec une mouche sur la pommette ? N’exagérons pas. Clémence avait beau manifester de l’humour en toute circonstance, elle allait se retourner dans sa tombe. Non, plutôt la moderniser vraiment d’un bon coup de pinceau. En la peignant en rouge par exemple, ou en vert pomme. Non, ce serait pire. Ou alors en bleu, blanc, rouge pour la transformer en Marianne. Ou encore la peindre façon Arcimboldo avec des fruits. Tiens, c’est une idée ça. Ou recouvrir son visage de timbres poste de différents pays. Pourquoi pas ? Au moins elle évoquerait les voyages. Un chapeau, lui fabriquer un chapeau avec des fleurs ou des plumes, comme les chapeaux dont Cranach affublait ses Vénus ? Un bibi à voilette, pourquoi pas au moins ça masquerait en partie ce visage morose. Une voilette ! Plutôt un tchador, oui. Beaucoup plus efficace ! En attendant de trouver la solution définitive elle prit son écharpe indienne en soie et entreprit de la draper autour de la tête et du buste ne laissant apparaître que les yeux. La statue s’auréola alors de mystère et devint presque belle.
    ​Restait la question de savoir pourquoi Clémence avait tenu à la lui léguer. Céline songea au titre : Vestale moderne. Sa vieille amie lui avait souvent reproché l’isolement dans lequel elle s’était enfermée après le tragique accident de son mari. «L’ère des chastes vestales est révolue depuis longtemps, ma petite, tu t’enterres toute seule dans ton campus scelleratus privé, c’est malsain, tu vas finir par te faner, t’étioler, te ratatiner, te sécher comme un vieux croûton !»
    ​Le message lui parut évident. Clémence l’exhortait à vivre.

  7. martine estrade dit :

    c’est glacial et glaçant , comme le marbre ou le plâtre, soulignant le côté funéraire de la rupture, comme un enterrement , fleurs et sculptures comprises. Un hommage gravé dans la pierre pour l’éternité, moche mais quand même éternel et inscrit dans le marbre. L’homme a peut être besoin de trouver la narratrice mégère pour s’autoriser des sorties . La rupture n’est pas évidente : c’est le conflit bien enflammé qui est au premier plan, pour l’éternité, gravé dans le marbre. peut être aussi une peur de la mort et du vieillissement et des défenses par la construction funéraire ou la sexualité du côté masculin, par l’art du côté féminin. il faudrait tirer le personnage féminin vers sa propre histoire et sa propre création. si elle est chanteuse ça doit la prendre 25h sur 24 pour garder sa voix .

  8. Odile zeller dit :

    J’ouvre le paquet entouré de roses rouges. C’est le cadeau d’adieu de Richard. Après la soirée chez la Princesse son hostilité a cru, il m’a accusé d’avoir été désagréable, maussade et dédaigneuse. Il a oublié les amateurs d’opéra que j’ai gratifié d’une longue explication sur le prochain projet, les compliments de la Princesse et les billets pour la Scala à la rentrée. Sa protégée était là, à ses basques, le regardant avec dévotion. Je n’ai plus cette attitude, la lune de miel est terminée depuis longtemps et notre liaison amoureuse n’est plus qu’un souvenir.

    Avec le paquet un message : en souvenir de notre histoire. Dans les roses un visage emballé de papier rouge, une tête, une sculpture. C’est très lourd. J’écarte les fleurs qui s’éparpillent à terre.

    C’est une tête de marbre ? Un marbre terne presque jauni. Elle est laide, cette femme, avec un air revêche et un regard froid et dur. Je ne vais pas garder une horreur pareille. Et ce foulard autour de la chevelure, quelle allure, cela lui donne. Elle s’enlaidit par plaisir. Ce n’est pas une question de mode ou …. un marbre cela ne se jette pas, cela ne se donne pas … elle n’ira nulle part chez moi. Il me fait un pied-de-nez il pense se venger, me culpabiliser … enfin non il compense sa faute, finalement la rupture vient de lui. Il doit y perdre … la petite chérie n’a peut être pas le talent prometteur qu’il croyait. Le succès lui a peut être déjà tourné la tête. On ne voudrait pas d’elle… je ne serais pas si facile à remplacer tout compte fait…

    Mettre cette tête de mégère à la cave ? L’offrir à un musée ? Dans un coin de ma loge , comme le suggère Richard pour me forcer à sourire ? Elle pèse au moins 15 kilos, c’est cette nuance jaunâtre … un plâtre pas un marbre mais lourd tout de même… une ébauche ! Espérons que l’œuvre finie ait été plus agréable à regarder ? Un cadeau de rupture … il me voyait comme cela ces derniers temps … cela explique qu’il ait cherché mieux ailleurs comme on dit.

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