Défi 4 de l’été 2018

La Visite de Lega

Ces dames sont en visite … vous vous inspirez de cette belle toile pour votre texte. Quelles histoires se racontent elles ? Quelles sont les raisons de leur visite ? Que boivent elles ? ….

vous pouvez aussi les transposer dans une autre époque ou dans un autre lieu, bord de mer, pique-nique en montagne dans un refuge …

pour les textes du troisième défi c’est ici.

A vos plumes

6 réponses à Défi 4 de l’été 2018

  1. Marc dit :

    (…) La cathédrale expédiait majestueusement ses deux flèches vers un ciel qui avait commencé à se couvrir de nuages parcheminés, tandis qu’une armée de gargouilles prenait d’assaut les murs épais de l’édifice. Titi avait abandonné ses poussettes sur le parvis, les plaçant sous la surveillance du chat et, la statuette dissimulée sous son vieux pardessus mastic, il attendait que ses yeux s’adaptent à la fraîche obscurité du lieu. Dans une allée bordant le coté gauche de la nef, il avait repéré une minuscule chapelle dédiée à Saint Antoine de Padoue et jugé que le vénéré personnage ne s’offusquerait probablement pas de ce don un peu particulier. Titi s’était assis quelques instants à l’abri des regards afin de s’assurer que personne ne le surprendrait au moment de son offrande, quand il entendit quelqu’un s’approcher et s’asseoir dans la chapelle voisine, séparée de la sienne que par un mince paravent peint. Très rapidement Titi devina que deux autres personnes étaient venues se joindre à la première. Froissements de tissus. Prie-dieu déplacés et raclements de gorges.
    – Bonjour les filles, dit une femme à voix basse,
    – Toujours aussi élégante, répondit une autre voix féminine
    – Mmm…, fit une troisième confirmant ainsi la présence de trois âmes dans cette chapelle.
    Titi tendit un peu plus l’oreille curieux de savoir ce qu’une telle assemblée avait à se dire dans ce lieu si particulier.
    – Blanche, comment va Papa ? demanda la seconde voix,
    – Il perd tout. Hier c’était ses lunettes, ce matin ce sont les clés du petit bureau qui ont disparu, dit celle qui était arrivée la première.
    – Tu les avais remises à leur place ?
    – Bien évidemment, répondit Blanche, mardi tout était revenu à la normale.
    – Le notaire passera la semaine prochaine, il ne faudrait pas qu’il se doute de quelque chose, dit la première,
    – Ça gêne pas ! avait lancé celle qui n’avait rien dit jusqu’à lors.
    Titi eût un petit sursaut de surprise et n’osa plus bouger.
    – Merde ! aurait dit le chat.
    (…)

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    Dorothée sortit sur le pas de la porte pour accueillir les visiteuses. Les jumelles Louise et Lucie, toujours habillées pareil comme quand elles étaient enfants, l’embrassèrent avec fougue, pendant que Judith, toujours flegmatique, arrivait sans se presser.
    ​«Installons-nous au jardin, il fait si bon aujourd’hui. J’ai préparé des boissons fraîches. Orangeade et citrons pressés. Ou préférez-vous du thé ?»
    ​«Ma chère, je te trouve très bonne mine et, dis-moi, tu as maigri, j’ai l’impression que tu flottes dans ta robe.» «Moi je trouve que le noir te sied à ravir. Il met tes cheveux blonds en valeur.» «Le noir, ça va un moment, mais j’espère que tu ne vas pas t’éterniser dans le deuil. La vie continue, tu es jeune, et j’en connais plus d’un qui souhaiterait te rencontrer.» «Mais enfin Lucie, qu’est-ce que tu racontes ? Excuse ma sœur, sa langue dépasse souvent sa pensée.» Lucie se précipita sur le plateau des petits fours et se remplit la bouche goulûment. «Parfait, pensa Dorothée, au moins elle va se taire pour un moment. J’espère qu’elles ne vont pas s’incruster.» «Toi qui es toujours bien informée, Judith, quels sont les derniers potins du village ?» «Voyons, Louise, tu es toujours en avance sur moi. Tu n’ignores tout de même pas ce que l’on raconte sur la petite Lili !» «Vaguement. Il semblerait qu’elle soit grosse.» «Ah oui ? Et qui serait le coupable ?» «On murmure que ce serait le fils du boulanger.» «Non ! Ce grand dadais aux cheveux roux ?» «Il paraît. En tout cas, ça ne m’étonne pas plus que ça, elle n’a pas froid aux yeux la gamine. Fallait la voir à la fête des vendanges !» «Ah, je comprends maintenant pourquoi elle ne portait pas avec les autres jeunes filles le baldaquin de la Sainte Vierge, à la procession.»
    ​Dorothée se taisait, elle attendait patiemment que les visiteuses vident leur sac. C’était ça ou parler du malheur qui venait de la frapper et elle préférait éviter. Elle ne voulait pas de leur pitié. «Pourvu qu’elles s’en aillent vite !»
    ​Comme répondant à ses désirs les trois femmes échangèrent un regard et se levèrent. «Bien, nous voilà rassurées sur ta santé, nous allons te laisser. Et puis ça va être l’heure des Vêpres. A bientôt, prends soin de toi.»
    ​«Vous avez vu ? Aucun effort pour participer à la conversation.» «Tu t’attendais à quoi ? Tu sais bien qu’elle a toujours été sur son quant-à-soi. Elle se croit supérieure parce qu’elle vient de la ville.» «Je vous trouve dures. Moi je la plains, après tout ce qu’elle vient de passer, la pauvre, un peu de compréhension, que diable ! Allez pressons-nous les Vêpres vont commencer.»

  3. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    Que ce tableau est beau, ces femmes élégantes en visite. Un petit tableau certes, mais quelle finesse ! Le paysage rappelle ma Toscane chérie et cette coutume de la visite, l’été d’une maison à l’autre. Les femmes surtout y trouvaient une occasion de sortir de chez elle. Pendant ce temps les hommes sirotaient au café un verre de vin ou un café. Ils ne venaient pas, ils servaient parfois de chauffeur mais rester et papoter, ça jamais.
    Je les comprends, fillette je détestais ces visites de courtoisie chez Tante Émilia ou chez la Nonna. Les cousines étaient là aussi toutes pimpantes dans leurs jolies robes. On me demandait de chanter… bien sur … ma jolie voix et mon goût pour la musique. Elles étaient un public sincère et enthousiaste sans avoir un grand sens de la mélodie. Au fil des années leur oreille s’est aiguisée et elles me faisaient des critiques douces mais raffinées.
    Je déteste aujourd’hui les réceptions, ces moments d’hypocrisie sociale. On se guette, on se surveille, on se jauge. Elle, la Princesse, raté son lifting … et Antonia le botox… qu’elle horreur. Remarque elle est si gentille… et les cousins la fête est somptueuse, ils sont riches mais riches … oui de ce côté là du palais. L’autre … tout autre chose mais très digne. Elle avait si souvent entendu des piques dans son dos chez une princesse ou un duc… ces réflexions acidulées contre lesquelles on se sent désarmé, sans avoir la réplique et qui contiennent un grain de vérité. Richard avait raison, je ne suis pas sociable, enfin pas de cette manière. La visite c’était une autre époque, une occasion d’échange, de convivialité. Bien sûr la Nonna avait son cercle d’amies, ses habitudes… elle avait aussi la dent dure mais elle était si généreuse ma grand-mère. On l’a su plus tard, trop tard, quand elle n’était plus là. Elle offrait sa loge, assurait un secours à certains musiciens.
    Elle me manque, je me rappelle ces étés, les visites, le goût de la limonade légèrement mentholée et les petits gâteaux secs qui craquaient sous la dent et que notre Émilia confectionnait exprès. On me disait rebelle, sauvage mais on m’aimait

  4. martine estrade dit :

    on sent bien la force du contraste entre l’ambiance mélancolique , de la météo comme du paysage “cet endroit isolé” comme des personnages et la lumière vivante, le rire, la fraicheur apportés par les visiteuses. C’est très réussi .

  5. Odile zeller dit :

    De Geneviève
    Commentaire :
    Merci Odile pour la découverte de ces toiles magnifiques que je ne connaissais pas.

  6. Odile zeller dit :

    Texte de Geneviève

    Enveloppée dans son châle, madame Linoa apparut au bout de la cour, sonnant ainsi l’heure du départ. Le brouillard tombait vite en cette saison, envahissant les vallons dans lesquels il devenait impossible de distinguer le sentier. Même si la femme qui leur servait de guide connaissait le chemin pour l’avoir souvent emprunté, il valait mieux ne pas tarder.

    Marie embrassa tendrement ses deux cousines, pressant leurs mains entre les siennes.

    Cette visite impromptue, bousculant sa routine, son chagrin, lui avait embrasé le cœur.

    Elle avait sorti le service à thé du buffet, les petits gâteaux secs aux amandes de la boîte en fer, s’excusant de n’avoir rien d’autre à offrir.

    Camille et Inès avaient donné des nouvelles de leur mère, trop souffrante pour faire le voyage, évoqué les potins de la ville, les fiançailles de la voisine, la naissance d’un petit dernier chez les Lega…

    Marie écoutait, demandait des détails, riait aux mimiques d’Inès qui excellait dans les imitations. C’était comme une respiration, une bouffée de fraîcheur dans la vie solitaire qu’elle menait depuis qu’elle habitait cet endroit isolé.

    Elle fit promettre aux deux sœurs de revenir bientôt et lorsque leurs silhouettes disparurent derrière la colline, elle ne put réprimer une larme sur sa joue.

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