2 janvier nouveau défi

Notre nouveau défi nous invite au voyage.

Pas pour aller très loin, le coin de votre rue suffit.

Par contre si des envies de soleil vous prennent c’est l’occasion de lancer votre plume dans des souvenirs de voyages. Fouillez dans vos photos …

Notre premier défi :

il s’agit de faire parler une rue.

The ukrainian pioneer William  Kurelek. Musée des beaux-arts Ottawa

 

Ce tableau de Kurelek à titre d’inspiration

A vos plumes !

8 réponses à 2 janvier nouveau défi

  1. Marc dit :

    Dans la rue du Conservatoire, il n’y avait pas plus de conservatoire que de pavés dans la rue Pavée. C’était une des ces rues toutes droites, tracées au cordeau et à l’équerre des architectes et des urbanistes chargés de reconstruire les villes détruites par les bombardements de la seconde guerre mondiale. Elle débouchait d’un coté sur les Grandes Halles et de l’autre sur un boulevard, pompeusement appelé mail, qui coupait la ville en deux hémisphères parfaitement symétriques. Coté halles, quelques vitrines commerçantes tentaient d’extraire les badauds de l’attraction du marché qui, chaque jeudi et chaque dimanche matin, drainait une cohorte de ménagères tirant leurs cabas à roulettes. Les gosses du quartier s’agglutinaient à la devanture du confiseur, tandis que le bar PMU, qui faisait l’angle avec une venelle adjacente, promettait aux joueurs la fortune du hasard. En descendant vers le boulevard, quelques petits immeubles à deux ou trois étages ouvraient sur un petit jardin dans lequel, chaque printemps, les jardiniers amateurs concouraient à l’explosion de couleurs et de senteurs des parterres fleuris. Les dernières bâtisses de la rue prétendaient être de petits hôtels particuliers selon leurs occupants, et de grosses maisons bourgeoises selon le quidam qui promenait son chien. Au n°17 un hypothétique grillage était supposé garder le chantier abandonné d’une demeure délabrée dont chacun se demandait ce qu’il avait pu advenir de ses propriétaires. (…)

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    La rue de Diane

    Quelle émotion lorsque j’ai découvert pour la première fois, à Ostia Antica, la rue de Diane et la grande insula qui fait angle avec la rue des Balcons. J’ai cru voir un immeuble de Toulouse, comme ceux que l’on peut voir place du Capitole ou encore place Saint-Cyprien. Ici je retrouvais ma ville !
    Toute en briques roses, l’insula a la même architecture, au rez-de-chaussée les boutiques et un arc au-dessus des fenêtres qui éclairaient les mezzanines.
    La rue de Diane n’est pas très grande mais c’est une des plus intéressantes de la ville romaine car on peut y voir un thermopolium, un bar de l’époque avec son comptoir de marbre et un mortier pour broyer les épices que l’on mélangeait au vin, un frigo et un fourneau rudimentaires. Une fresque, qui est un peu l’enseigne de l’établissement, orne un mur, le carrelage est en mosaïques blanches et noires.
    Une cour avec un banc permettait de boire dehors à la belle saison. Elle n’est plus maintenant fréquentée que par les pigeons qui vont boire dans la vasque lorsque les touristes ont quitté les lieux.
    Un relief en terre cuite qui représente la déesse a donné son nom à la maison de Diane qui était certainement un hôtel, comme celui dans lequel mourut sainte Monique, à Ostie, alors qu’elle attendait de s’embarquer pour Epone.

    «Sur le seuil des portes, personne.
    Sur les dalles du thym, sur les tables de la rosée.
    Des escaliers endormis dans l’azur.
    Un tête-à-tête avec le silence.
    La mort, dans le cortège des scarabées.
    Dans une cruche, des cendres.
    Le reflet d’un coucher de soleil dans une écuelle.
    Des prairies d’asphodèles.
    Un vol de chauves-souris.
    D’ici-bas ou de l’au-delà ? Qui sait ?»
    Rien à ajouter à ce poème de Louise Kaselinitz !

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Loretta
    Ce segment de ma rue, j´ai l´impression de le connaître par cœur. À force de le descendre tous les matins puis de le remonter un peu plus tard, chaque édifice, chaque commerce, chaque irrégularité de son trottoir fait désormais partie de mon quotidien : devant mes yeux défilent les immeubles fin de siècle aux façades tarabiscotées, une telle vert pâle, une autre d´un rose bonbon délavé, telle autre ocre ou simplement enduite d´une couleur plâtre, pour respecter le même ton que les deux cariatides veillant de chaque côté de la porte cochère. Les formes polies de l´édifice qui suit, le blanc et noir du Jugendstil viennois un peu plus tardif, au numéro 40, rappellent – si l´on devait malencontreusement l´oublier ! – l´empreinte laissée par l´architecte Otto Wagner sur la ville. Ici et là, le défilé est soudainement interrompu par une laide devanture grisâtre trouée de rectangles en guise de fenêtres, une bombe est tombée là jadis, le vide a été rempli à la hâte, témoignage permanent des ravages de la dernière guerre. La rue croît en hauteur, on ôte les toits et on surélève les maisons d´un ou de deux étages, l´unité en est rompue mais … il faut bien obéir aux lois de la demande, « on » recherche des appartements avec vue ! Peu importe si celle-ci s´enlaidit et si son aspect autrefois typique disparait lentement. L´étendue de toits parsemés de cheminées qui, tels champignons après la pluie, s´étirent vers le ciel, tend en effet à s´effacer pour faire place à des caissons aux parois grises, noires ou marron foncé alternées à d´énormes baies vitrées. Marché oblige…. Résistent quelques maisons Biedermeier, deux, trois étages tout au plus, le regard plonge en chute libre, elles font l´effet de nains enserrées entre leurs voisines toujours plus hautes.
    Les commerces sont tout aussi variés que les immeubles, les restaurants font la part du lion, indiens, iraniens, thais, pizzerias … suivent les brocanteurs aux vitrines impossibles, on voit de tout dans les devantures, de la tasse en porcelaine d´Augarten au broc en émail (bien évidemment ébréché) cher à nos grand´mères. Nombre d´entre eux, les plus traditionnels, ceux dont les vieux habitants se souviennent encore ont cessé leur activité : retraites, décès, les successeurs font défaut. Des start-up de tous genres se sont installées dans les locaux restés libres, difficile à dire si leurs propriétaires arrivent à la fin du mois mais le quartier a toujours été un terrain fertile pour l´imagination, voire l´excentrique. Des reproductions en stuc d´organes humains aux accoutrements à première vue impossibles à porter, ici, la créativité a libre cours !
    C´est ma rue, mon quartier, je ne sais si je l´ai adopté ou s´il m´a choisie, j´ai eu en tout cas bien de la chance à le trouver et ne voudrais vivre dans aucun autre.

  4. loretta Loria - Riedel dit :

    Quelle belle évocation d´Ottawa Odile! Cela fait un petit remue – ménage dans mes souvenirs! Merci de ce texte,
    Loretta

  5. Odile zeller dit :

    Notre rue s’appelait drive, une promenade en français … une impression de lenteur et de nonchalance alors qu’en anglais c’étaitl’automobile et sa puissance. Une longueur de plusieurs kilomètres et trois voies peut-être quatre, je ne sais plus. De l’autre côté une jolî quartier avec de vieilles maisons patrimoniales, des maisons de briques et de bois qui ne longeait pas les rues mais restaient retrait. Les petits jardins étaient très soignés, enfin à partir d’avril après la débâcle. Parce qu’ici on annonce le dégel, c’est le jour où à coups de dynamite on détruit la glace et où un petit esquif ronge la glace selon un trajet formé de carrés.
    Cette promenade que j’ai souvent arpenté à pied est longe d’une promenade le long de la rivière des Outaouais, cette rivière bien large qui sépare Ottawa de Gatineau, l’Ontario du Québec.
    Cette rivière qui était mon spectacle quotidien : des couleurs de feu à l’automne, des pastels tout au long de l’hiver, et dans ce cadre coloré une agitation perpétuelle. Ce sont les bateaux tout l’été et les pêcheurs l’hiver avec leur puits, leurs petites cabanes et les 4×4 installés à même la glace. Je pouvais rester des heures à les observer, petites silhouettes lointaines dont le craignais qu’ils ne plongent dans la rivière quand le climat se radoucissait.

    De la fenêtre je pouvais suivre les saisons et à pied admirer les chutes glacées. Je n’allais pas en ville mais très souvent au musée des beaux arts, écrire ou circuler devant le Cranach ou les Canadiens Mary Pratt, Jim Thomson … ils me répondaient … j’adorais me plonger dans l’immensité des Kurelek ou dans les petites scènes des peintres canadiens du XIX eme.

    J’aimais cette balade dans la ville et vers l’art, entre nature et peinture.
    Le souvenir m’en est si doux que je sens monter en moi le désir d’un dessin pour fixer en couleurs dans un carnet, pour toujours.

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