Défi 14 écris moi une sculpture

Voici notre défi numéro 14 :

Il s’agit de faire parler cette statue de femme. Nous l‘avions déjà mis en avant dans le défi d’écriture.

Elle ne se laisse pas facilement apprivoiser. Mais elle est belle et moderne pour son grand âge. Trouvez son histoire, son mystère.

Vous pouvez aussi choisir une autre sculpture, si vous préférez.

C’est également l’occasion d’annoncer un concours qui nous est cher, celui des Amis du Livre de Fontenoy la joute. Le thème est le suivant :

L’esprit des formes : écris-moi une sculpture.

Vous trouverez les informations ici

Bonne inspiration

la plume

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10 réponses à Défi 14 écris moi une sculpture

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Martine

    Discours de la statue

    « Je le vois bien dans vos yeux vous avez l’air étonnés que j’ai l’air d’une jeune femme de votre époquelors d’un hiver froid comme celui qui vous amène aujourd’hui dans un musée. Vous êtes surpris, choqués, presque de mon naturel, de ma plénitude d’enfant choyée , de mon air amusé et grave au mépris de la pose et des convenances.
    Pourquoi me regardez vous comme si je nétais pas de ce monde , étrangère dans cette assemblée de statues grecques et romaines antiques qui prennent la pose avec froideur et arrogance , sans distance par rapport aux règles.Si je suis là c’est que j’ai ma place, il faut de tout pour faire un monde.
    Si je suis liée à elles, c’est que moi aussi on m’a trouvée belle, on m’a aimée, un artiste a consacré ses jours et parfois ses nuits à rendre l’éclat et la fraîcheur de ma jeunesse et la vivacité de mon esprit, à me peindre comme il me voyait, drapée dans ma toge et sans prendre la pose, refusant de me représenter dans un académisme qui eut fait offense à ma personnalité. Alors regardez moi, je suis l’éphémère de l’enfance et de la jeunesse, la puissance de l’insouciance, son triomphe sur les règles et les conventions qui la figent, sur la mort même , brutale et qui m’a arraché à ceux qui m’adoraient et ont voulu ainsi que le sculpteur recrée une statue de moi qui paraisse vivante pour encore me garder près d’eux. Regardez moi, car , à cause de cet éphémère , je suis éternelle, regardez moi et regardez vous, vous aussi, retrouvez vous.

    martine

  2. loretta Loria - Riedel dit :

    Merci Odile, on voit la statue, on la touche à travers les yeux de l´artiste sculpteur!

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    La rêveuse

    La journée est radieuse sur l’Olympe. Les oiseaux chantent et les fleurs forment des tapis odorants que papillons et abeilles butinent du matin au soir. La jeune fille accoudée au balcon regarde au loin, elle semble rêveuse. En contrebas, sur la pelouse une de ses sœurs évolue entre jetés battus et entrechats.
    – Polymnie, ma fille, je te cherchais. Que fais-tu là ? Toujours en train de rêvasser !
    – Viens voir Maman les nouveaux pas de danse que répète Terpsichore, c’est magnifique !
    – En effet, quelle grâce, quelle légèreté ! Ah je suis fière de mes filles, elles sont douées.
    – C’est aussi que nous avons un maestro exceptionnel. Apollon nous aide constamment à progresser. D’ailleurs si nous voulons inspirer les hommes et les dieux, nous devons être au top !
    – Et toi, es-tu prête pour le spectacle de ce soir ? Tu sais combien ton père y tient. Tu n’as pas vu Euterpe, par hasard ?
    – Je l’ai vue partir par là avec sa flûte, en compagnie de Clio et de Calliope.
    – Inséparables, celles-là. Bon, le temps passe et je ne sais toujours pas ce que je vais me mettre ce soir. En attendant je vais prendre un bain.

    Mnémosyne s’éloigne et Polymnie va s’asseoir à l’ombre d’un arbre. Elle sort un parchemin de sous sa tunique et révise quelques hymnes. Mais bientôt elle retombe dans sa rêverie. Nous avons beau être une famille nombreuse, à part quelques chicanes sans importance, mes sœurs et moi nous nous entendons à merveille, bien que chacune ait développé une personnalité différente. C’est tout le mérite de nos parents qui ne nous ont jamais brimées. Compréhension, tolérance et liberté est leur devise. Il faut dire que notre père et ses frères sont les premiers à en profiter. Leurs frasques sont devenues légendes !
    Mais nous, les Muses, nous sommes sages. Seuls les Arts nous passionnent, chacune dans son domaine.
    Ah, voilà Thalie, toujours souriante, toujours gaie. Pas comme cette barbe de Melpomène qui fait des tragédies pour un rien. J’aime bien aussi Erato, une autre rêveuse et Uranie qui est toujours dans la lune.

    Entre l’Olympe, l’Hélicon et le Parnasse nous n’allons pas bien loin et même si ces lieux sont fort plaisants et la compagnie des dieux bien agréable, il me vient parfois un accès de mélancolie et j’aimerais aller voir ailleurs, partir à l’aventure même. Quand Pégase vient s’abreuver à la source il me vient une envie folle de sauter sur son dos et de m’envoler avec lui vers d’autres cieux, d’autre horizons, découvrir le monde. Qui sait ? Un jour, peut-être.

  4. Odile zeller dit :

    Texte de Marc

    QUELLE PESTE !
    Au départ je n’étais qu’une masse informe issue d’un vaste bloc de marbre. Sédiments pétrifiés depuis la nuit des temps, je subissais les caprices, les pressions et les fluctuations du manteau terrestre, secrétant un à un mes cristaux pour produire les plus fins et les plus réguliers des grains propices à la sculpture. Je patientais quelques millions d’années dans ma gangue de pierre, jusqu’à ce qu’une demi-douzaine de carriers finirent par m’extraire de ma veine. Portée par un attelage à plusieurs mules, puis chargée sur un navire marchand, on me transporta à destination de l’atelier de Zénodore installé depuis peu à Rome. Le célèbre sculpteur grec avait été chargé par Néron d’ériger une statue de bronze à sa gloire personnelle mais, néanmoins répondait à quelques commandes que de hauts dignitaires du régime ne manquaient pas de lui passer. Pour son plus grand malheur, Caïus Dominitius, à qui Néron devait le soutien du Sénat, avait une fille prénommée Julia capricieuse, colérique et tyrannique qui exigea un jour de son père qu’il commandât une statue d’elle-même au grand Zénodore. Le pauvre Caïus, faible devant sa fille et tout incapable de refuser, accéda à sa demande et déboursa une belle somme d’argent pour que le maître accepte de se mettre immédiatement à l’ouvrage et presque autant pour me faire venir d’une des plus prestigieuses carrières de Carrare.
    En petite fille gâtée Julia se rendit très rapidement tellement insupportable aux yeux du sculpteur qu’il envisagea de renoncer. On se mit alors en quête d’une esclave ayant la même morphologie que Julia pour qu’elle remplace cette dernière pendant les longues séances de pose que mademoiselle ne supportait pas et qu’elle trouvait trop longues, trop pénibles, trop tout.
    Zénodore possédait un coup de ciseau à pierre qui me procurait un plaisir sensuel, et à mesure que l’œuvre avançait, soumis aux chocs du maillet sur son burin incisif, je sentais la jeunesse et la féminité m’envahir et soumettre ma charpente tellurique à son désir artistique. A l’aide de compas d’épaisseur le maître prenait quantité de mesures sur l’esclave docile et vérifiait sans cesse leurs correspondances sur moi, rectifiant délicatement la courbure d’un muscle ou le tombé de la toge. Quand il ne resta plus qu’à exécuter le visage de Julia, celle-ci, non sans avoir fait preuve de mauvais esprit, se plia à l’exercice des mesures au compas, mesures que Zénodore prenait soin de noter sur de petites tablettes en cire. Il s’était remis à l’ouvrage fatigué par les enfantillages de son modèle et après m’avoir débarrassée des marques du ciseau à l’aide de grès pillé et d’eau, Zénodore avait entrepris de me polir en usant d’une pierre ponce et de tessons de faïence. Toutes ces opérations comparables à de multiples et incessantes caresses amoureuses avaient pour but d’adoucir et de rendre ma surface lisse et lumineuse comme la peau d’une jeune fille nubile.
    Quand vint le jour où Zénodore dévoila son œuvre à Caïus Dominitius et sa fille, cette dernière poussa un hurlement qui retentit à travers tout le forum et jusqu’au mont Palatin :
    – Mais je suis horriiiiiiible ! Je le crois pas ! Mais regardez-moi ce nez ! criait-elle dans une plainte hystérique, mais comment il m’a fait trop moche le…. le… le métèque !
    Excédé, Zénodore, d’un coup de maillet bien frappé fit éclater le nez de Julia… enfin le mien !
    Sous le choc Julia resta bouche bée, Caïus Dominitius qui devait rêver depuis longtemps de pouvoir accomplir ce geste sur l’original eût un sourire satisfait. Moi qui en ris encore, je suis restée de marbre.

    • Odile zeller dit :

      Merci beaucoup pour ce magnifique texte très ciselé, bien documenté.
      Le sculpteur est effectivement grec, connu au II eme siècle.
      L’explication du nez brisé me plait beaucoup, même si dans ce musée la les nez cassés sont majoritaires.
      Bravo et encore merci pour la belle lecture

  5. Odile zeller dit :

    Texte de Dorothée

    Elle avance, tête haute et regard porté vers le lointain. Tenant sa cape devant elle, comme une armure, elle transperce la foule, ne prêtant aucune attention aux voix qui s’élèvent alors qu’elle se fraie un chemin. Elle a décidé d’être parmi eux ce jour là, mais elle veut être aux premières loges. Qu’importe le qu’en dira-t-on.
    Ses cheveux ondulés tombent en cascade sur sa nuque, sa blondeur ne passe pas inaperçue. Autour d’elle, les murmures se font de plus en plus insistants, et elle commence à sentir une certaine résistance physique. Serrant sa cape plus fermement, le poing presque crispé, elle tente de rester impassible et d’avancer, coûte que coûte. Plus que quelques mètres et elle y sera. De ses grands yeux clairs elle fixe son objectif. Son regard perçant et froid en transit certains, tandis que d’autres essaient de la ralentir en tirant son vêtement. Elle manque de trébucher, se rattrape et franchit les premiers rangs.
    La voici enfin, fière et heureuse d’avoir réussi. Désormais plus rien ne compte, plus personne ne peut l’atteindre. Elle se réfugie dans sa bulle de silence, desserre le poing et lâche sa cape. Les murmures s’arrêtent, les mouvements de la foule aussi, le temps semble suspendu. Malgré l’interdiction faite aux femmes d’y participer, Hélène a décidé d’affronter les hommes aux jeux olympiques.

  6. Odile zeller dit :

    Texte de Madeleine

    La belle Aliane est née d’un père sévère mais aimant et d’une mère joyeuse qui s’adonnait aux arts et comptait parmi ses amis plusieurs peintres et de nombreux sculpteurs. Aliane a hérité du caractère heureux de sa mère et de la droiture de son père. De sa mère, elle a également reçu ses magnifiques boucles longues et noires qui encadrent son visage mystérieux.
    Sa mère est malheureusement décédée alors qu’Aliane était encore enfant.
    Cette dernière vit avec son père à une époque troublée. Rome vient de connaître un changement d’empereur et son père qui s’était affiché en faveur de l’ancien dirigeant a été fait prisonnier.
    Aliane, elle, a pu s’échapper grâce à l’aide d’Aldo, un ami sculpteur de sa mère. Elle a cousu dans l’ourlet de sa jupe les pièces d’or que son père lui a glissées juste avant d’être emmené.
    Dorénavant, Aliane se déplace surtout de nuit pour ne pas être ennuyée. Elle serre alors contre elle une épaisse cape de laine qui a appartenu à sa maman et dans laquelle elle peut, dans sa fuite, s’enrouler pour dormir.
    Aliane, issue d’une famille patricienne, est désormais une migrante.
    Elle a dans les yeux la détermination d’une jeune femme qui a décidé de prendre son destin en main.
    Ce soir, elle montera dans une barque qui l’emmènera vers d’autres contrées où elle ne devra plus se cacher et où elle pourra trouver du travail pour se nourrir parce qu’elle sait que ses belles pièces d’or ne dureront pas éternellement.

    Aldo n’a plus jamais entendu parler d’Aliena. Il ne sait pas ce qu’elle est devenue.
    Quelques années plus tard, il a décidé de dédier une sculpture à sa beauté, ainsi qu’à celle de sa mère qu’il chérissait.

  7. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    Eh la belle ! Eh bien regarde par la !
    Tu fais la fière ! Dommage ! On aurait pu causer ! Mais je ne veux pas te sortir de tes pensées. T‘as de beaux yeux, un air rêveur, de vraiment beaux yeux. T‘es pas mignonne, t‘es belle. Je sais de quoi je parle, je suis sculpteur. Des femmes, des beautés, j‘en ai vu, vêtues ou dévêtues, plein mon atelier. Des belles comme toi, quelques unes mais pas souvent. J‘en cherche, des muses, des visages, des silhouettes qui inspirent, qui donnent envier de façonner la pierre, de choisir un marbre veiné de rose, transparent, de polir la surface pour rendre la sculpture presque vivante.
    Tu ne dis rien, mais tu écoutes. Ça t‘intéresse que …
    Tu sais, je suis connu, pas de ces tripatouilleurs qui manient grossièrement le burin. Demande en ville, on te le dira. Je suis célèbre. Vendre ton effigie. Ne crains rien, on ne saura pas que c’est toi. Je te garderai tant que je ne trouverai un client digne de toi, un athénien.
    Tu tournes la tête et tu souris, tex yeux brillent. Que te voilà gracieuse !
    Nue ? Tu as peur ? Non comme tu étais là, dans cette pose là, ton étole prise dans ta main et ton air rêveur. Cet instant où tu étais ailleurs, prise dans tes pensées.
    Alors tu viens ? C‘est pas loin, au bout de la rue. Ton mari n’en saura rien. Je crois bien que tu seras la seule que je garderai pour moi, une muse dans mon petit jardin.

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