Défi 21 Patchwork littéraire

Montage Odile Zeller.

Pour notre dernier défi nous allons tenter un patchwork littéraire.

Je vous donne l‘incipit :

„ Pendant toute mon enfance, nous allions à la mer pour „changer de vents“ comme disait mon père.

Au milieu d’une texte ou plus loin dans le texte vous placez la phrase suivante :

„Et Orso, poussant son cheval, se dirigea rapidement du côté que la petite fille lui avait indiqué.“

Le texte doit se terminer par la phrase suivante :

„ c‘est déjà la vie en rose“

Vous pouvez changer l‘ordre des phrases et ôter le prénom d‘Orso s‘il vous entrave.

L‘exercice doit être amusant et permettre de sortir des pistesc déjà explorées.

Ecrire est un plaisir, toujours

Le premier extrait est de Kim Thuy dans Vi

le second de Prosper Merimee dans Colomba

le dernier d‘Henri Michaux dans jeux d‘encre

Les défis 20 sont ici

Bonne inspiration et à très vite

la plume au vent

Licence Creative Commons 

10 réponses à Défi 21 Patchwork littéraire

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Madeleine

    Pendant toute mon enfance, nous allions à la mer pour « changer de vents » comme disait mon père.
    Nous habitions à Capri, dans une ravissante villa aux multiples colonnades qui, outre les odeurs de thym et de romarin, fleurait bon le calme et la sérénité. Papa avait besoin de cette retraite annuelle pour se reposer de l’activité politique à Rome où il était sénateur. Nous y étions très heureux en famille et avions même l’impression, lorsque nous regardions les brumes matinales en train de se dissiper, que plusieurs petits anges veillaient sur nous.

    Un jour, alors que ma soeur Amelia et moi-même nous étions levées de bonne heure, elle me proposa avec enthousiasme une promenade vers le rivage. Orso nous accompagnerait avec son cheval, ainsi la remontée serait moins pénible. Nous descendîmes de bonne heure à pied sur le sentier pentu et sinueux, jusqu’à la cabane de la dame qui vendait des boissons, avec sa petite fille. Nous lui achetâmes un rafraîchissement et nous nous désaltérâmes tandis que sa petite fille esquissait seule de jolis pas de danse et nous encourageait à l’imiter. C’était comme un jeu. Mais il se faisait déjà tard.

    – Connaissez-vous le chemin du petit port? demandai-je.
    – C’est par là, répondit la petite fille.

    Et Orso, poussant son cheval, se dirigea rapidement du côté que la petite fille avait indiqué.

    Nous le suivîmes sur le chemin qui traversait la forêt de cyprès. Bientôt, nous arrivâmes sur des rochers desquels nous vîmes distinctement le paysage méditerranéen.

    – Comme la vue est belle, d’ici! remarqua Orso
    – La mer scintille comme des milliards de diamants au soleil et nous sommes en vacances! répliqua Amelia
    Elle me dit que nous étions presque arrivés au port où nous nous régalerions d’un déjeûner bien mérité après cette longue marche, que l’air de la mer était délicieux, que, pour elle, l’odeur des cypres était inimitable.
    – Tu vois, ajouta-t-elle, pour moi, ça c’est déjà la vie en rose…

    Je ne dis rien mais je pensai qu’elle avait bien raison.

  2. Plumes dit :

    Texte de Loretta

    „ Pendant toute mon enfance, nous allions à la mer pour „changer de vents“ comme disait mon père. Aucune de mes tentatives de résistance n´avait jamais eu la moindre chance de rompre cet ordre bien établi. Oh, j´aurais tellement voulu rester dans la ville vidée de ses résidents, errer au gré de mes fantaisies dans les ruelles, sentir la chaleur estivale m´envelopper toute, aller chercher un peu de fraicheur dans la pénombre d´une église ou sur le rebord d´une fontaine dont les jets, pour peu qu´il y eut une bouffée de vent, me perlaient le visage. Il se passait tellement de choses intéressantes dans les recoins mal explorés des édifices! Ici, une chatte choyait ses chatons, là, on passait la chaux sur une paroi craquelée, là encore, dans un cloitre connu de moi – meme et de quelques autres “élus”, on préparait un spectacle pour les touristes, on essayait le placement des oeuvres d´une expo… Mais non, la Mer. Avec un grand M. La plage. L´ennui à l´état pur. Et puis, les amis des parents, leurs enfants plutot nuls, qui jouaient à des jeux nuls. Comme cet Orso par exemple, le fils de la meilleure amie de ma mère. Enfin, par chance il y avait aussi Olivia, mignonne comme tout dans son maillot à raies blances et rouges à volants, nous en étions tous un peu amoureux. Elle possédait un cheval en bois à bascule et l´avait amené sur la plage. Orso – j´espère que ce n´était qu´un surnom, le pauvre! – Orso donc, faisait tout, mais absolument tout ce qu´Olivia lui ordonnait. “Orso ici, Orso par là… Orso!!” Un jour en particulier, elle ordonna: “Eh toi, amène – moi donc ce cheval! Et Orso, poussant son cheval, se dirigea rapidement du côté que la petite fille lui avait indiqué. Sans meme attendre qu´il arrive tout essouflé – il était en effet légèrement en surpoids – , elle délaissa le cheval et, non encore satisfaite du tourment infligé à son souffre- douleur préféré, suscita sa jalousie en flirtant avec un autre de la bande … Non, je ne résistais que grâce aux livres dont je faisais bonne provision avant le départ. Et voilà que je me plonge entre les lignes qui me font visiter d´autres rivages que celui que j´ai devant les yeux tous les jours, courir de vraies aventures, connaitre la peur, le soulagement, la joie. Et c´est déjà la vie en rose.

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    Pendant toute mon enfance nous allions à la mer pour «changer de vents» comme disait mon père. Il souriait en prononçant ces mots et ses yeux pétillaient. Le monde des vacances s’ouvrait alors devant nous. Déjà nous sentions la chaleur du soleil, le vent sur la peau et le goût du sel sur nos lèvres. Nous allions retrouver nos amis, courir sur le sable humide, sauter dans les vagues, jouer à nous éclabousser. C’était déjà la vie en rose !
    Il arrivait cependant qu’un incident vint parfois nous troubler. Je me souviens cet été-là…
    Nous gisions sur nos draps de bain, exténués après nos joutes dans l’eau.
    Sur la grève nous vîmes apparaître Orso, le fils du châtelain. Il aimait se promener à cheval sur la plage. Nous nous connaissions car nos parents se fréquentaient. Il s’arrêta et bavarda un moment avec mon père. Ma sœur me poussa du coude mais je haussais les épaules. Trop vieux, il avait au moins vingt ans ! Et puis quel drôle de prénom !
    Soudain une enfant courut vers nous en agitant ses bras, elle semblait désespérée. «Venez, mon petit frère est tombé, il ne bouge plus.»
    Orso poussant son cheval, se dirigea rapidement du côté que la petite fille avait indiqué. Ma mère, toujours prévoyante, prit sa trousse premiers secours et nous les rejoignîmes. Mes parents se penchèrent sur l’enfant, il respirait et ne paraissait pas sérieusement blessé. Juste une bosse au front et des égratignures. Quelques tapes sur les joues, il gémit et ouvrit des yeux étonnés. Ma mère avait sorti de sa trousse un flacon d’alcool de menthe. Elle en mit quelques gouttes sur un sucre et le fit croquer à l’enfant. Il toussa un peu mais reprit vite ses esprits. Nous les conduisirent sous notre parasol et maman distribua le goûter. La fillette semblait inquiète. «S’il vous plait, vous lui direz pas à maman, elle sait pas que nous sortons du jardin en cachette.» «D’accord, répondit mon père d’un ton sérieux, on n’est pas des rapporteurs, mais il ne faut plus vous échapper.» Ils promirent. Mais je ne suis pas sûre qu’ils aient tenu leur promesse.

  4. Dorothée dit :

    texte de Dorothée

    Pendant toute mon enfance, nous allions à la mer pour „changer de vents“ comme disait mon père. Marin contrarié, il voulait nous faire découvrir ce monde qui lui avait été refusé à l’âge adulte.
    À l’occasion, chacun devait revêtir son costume et se glisser dans la peau d’un héros de la mythologie. Ma mère revêtait chaque année la même robe et sa longue perruque blonde ; dans sa peau de Pénélope, elle attendait patiemment que le fantasme de mon père prenne forme, puis qu’il revienne doucement à la réalité. Mon père se laissait pousser la barbe, ne se lavait plus, et vêtu d’une longue tunique rapiécée au fil des ans, se glissait dans son personnage d’Ulysse.
    Quant à mon frère Orso et moi, nous en étions réduits au rôle de simples compagnons de voyage, qui devions subir les caprices de mon père et affronter une par une les épreuves qu’il nous infligeait chaque été.

    Cette année là nous avions accosté sur une petit île des Cyclades, peuplée de chevaux tout aussi magnifiques les uns que les autres. Mon père avait décidé de les dompter, mais ceux ci se montraient sauvages et farouches. Un matin à l’aube, alors que ma mère dormait encore paisiblement sur notre bateau, il décida de nous emmener mon frère et moi à leur rencontre. Celui qui arriverait à en attraper un et à se hisser dessus aurait l’insigne honneur d’être appelé Telemaque à notre retour. Notre motivation était à son comble, nous avions toujours voulu plaire à notre père. Chacun notre tour nous courions, non sans crainte, au milieu des bêtes, essayant de les apprivoiser. Nous n’avions pas vu tout de suite la petite fille assise sur un rocher, qui nous regardait de ses grands yeux noirs. Après plus d’une heure de course effrénée au milieu des chevaux, sans qu’aucun ne se laisse attraper, Orso finit par en saisir un par le licol ; sous les yeux fiers de notre père, il fit quelques pas en direction de la mer. Un geste brusque de la petite fille lui fit changer de cap. Et Orso, poussant son cheval, se dirigea rapidement du côté que la petite fille lui avait indiqué. Arrivé au rocher, le cheval se tint immobile, et mon frère put grimper dessus.
    J’étais à la fois blessé et vexé, mais admiratif de la performance de mon frère. Mon père ne disait rien, mais on sentait également sous sa barbe hirsute et son regard noir une vraie fierté pour son fils aîné. Je craignis alors d’être relégué au rang de simple compagnon à jamais, et de ne jamais pouvoir pénétrer le monde merveilleux de la mythologie grecque.

    La fierté de mon père pour mon frère se transforma subitement en colère à mon égard. Il se dirigea vers moi, et me traita de moins que rien. Sûr, je ne pouvais prétendre être Telemaque, au mieux étais-je un de ses bâtards qu’il avait eu avec Circé, il aurait dû me laisser sur place sous la forme d’un cochon. Au moins je ne lui ferais plus honte. Et puis après tout, quand on est un cochon, c‘est déjà la vie en rose.

  5. Odile zeller dit :

    Texte d‘Odile

    „ Pendant toute mon enfance, nous allions à la mer pour „changer de vents“ comme disait mon père.J‘aimais cette pause qui nous éloignais de la ville et où je pouvais jouer avec mes cousins. Ils vivaient là dans un village de pêcheurs et nous courions dans les vagues.
    Un jour je n’étais encore qu‘une fillette. Orso notre voisin apparut à la porte du jardin. J’espérais qu‘il m‘emmenerait en voiture tirée par son cheval. Une enfant de mon âge excitée par une surprise gesticulait en riant. Et Orso, poussant son cheval, se dirigea rapidement du côté que la petite fille lui avait indiqué. Dans l‘arbre un tout petit chat criait misérablement, appelant à l‘aide. Orso n‘eut aucune peine à faire descendre l‘animal qui pourtant dans sa panique griffait et mordait. Il s‘en tira avec une balafre sur la main et une autre sur le front qu‘il essuya du bras.
    La petite fille le remercia d‘un bisou sur le front et m‘adressa un sourire.
    Elle était radieuse, habillée comme une poupée tout de rose. Elle me tendit la main pour m’emmener chez elle. J‘avais gagné une amie pour toujours et avec elle à chaque fois que la vie nous réunit c’est la vie en rose.

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