Les défis 1 à 10


Défis de Plumes d’ici et d’ailleurs
Du 15 au 22 octobre 2017
Défis de 1 à10

DEFI 1 – Laissez-vous inspirer par cette photo qui est aussi sur notre site et écrivez un texte.
(Martine – Odile – Yvonne – Janine – Dorothée)
Martine – Le clocher penché
Au fond, c’est terrible les stéréotypes, les idées préconçues, les aprioris, les pensées toutes faites, terrible car on ne voit plus, comme au premier matin, donc comme cela devrait être, le monde qui nous entoure.
Ainsi, là sur l’image, c’est la photographie qui est de travers mais quand je l’ai vue pour la première fois, je me suis dit immédiatement « tiens, la tour de Pise ! ». Seule la tour de Pise pouvait et devait être officiellement inclinée. Lorsque je l’ai visitée, il y a quelques années, un jeune garçon de 5 ou 6 ans gravissait son escalier escarpé.
Arrivé à mi-parcours, il s’arrêta sur une marche et regarda plusieurs fois vers le bas puis vers le haut. Sa mimique exprimait la perplexité et un certain désarroi et soudain il affirma d’une voix sérieuse et un peu inquiète : « j’vous signale qu’on est tous penchés !».
Certains touristes rirent mais pour l’enfant il était choquant, sinon scandaleux et en tous cas inquiétant qu’une tour défie ainsi les lois de la gravité terrestre et il rechignait à poursuivre l’ascension de crainte qu’elle ne s’effondre.
Que se passe t-il chez le photographe qui défie ainsi les lois naturelles de la verticalité et impose ce cadrage ? Tente-t-il de projeter le trouble de son esprit et sa désorientation sur nous, spectateurs ? Est il pris d’une bouffée mégalomaniaque qui affirmerait « la perspective c’est moi » comme d’autre jadis énoncèrent « madame Bovary c’est moi ! ».
L’œuvre, il est vrai, fait parfois de son auteur sa créature aliénée réduite à contempler tantôt avec désarroi, tantôt avec arrogance ce qu’elle a engendré. Il faut dire que, remise d’équerre, cette photo, elle serait si banale et c’est si difficile à supporter, pour un artiste, la banalité…

Odile – Sulmona an 3012
12\10/ 3012 03.35 région Europe du Sud.
Lab312/4/BZ
Atterrissage sur zone cible réussie. Over
Conurbation de petite taille, bâti dense à angle d’inclinaison peu cohérent. Suites de radiation ? Risques de contamination ? Envoyons données prélevées sans ouverture de notre véhicule interstellaire. Demandons informations.
Exploration au sol prévue dans 12 heures. Over
Premier aperçu dans mobile en survol basse altitude.
Bâtiments peu fonctionnels. Tours penchées sans visée d’habitation ou d’activités industrielles ou de service.
Aucune explication à l’angle des structures construites. Zone sismique ? Guerre ? Installation artistique sans visée pratique possible.
Over
Première exploration rapide au sol.
L’équipe de recherches géologiques a détecté des activités volcaniques et sismiques anciennes. Aucun risque dans les heures à venir.
Over
Le commandant a prévu d’envoyer tandem en tenue protégée XS 235 au sol dans 6 heures.
Météo idéale, lumière chaude, atmosphère de bonne qualité.
Over
Conclusion :
Une première installation serait dans les ruines possibles dans les 24 heures.
Aucun signe d’activités animales ou humaines actuelles.
La cité vue son angle d’édification n’a permis aucune résidence de longue durée sauf à héberger des êtres gravement difformes et qui n’ont pas survécu à un cataclysme ancien.
Camp de base aux abords de la cité installé. Exploration complète dans 36 heures avec compte rendu sous forme vidéo message.
Si objections demandons réponse immédiate.
Over

Yvonne
Ah vraiment ! Quelle drôle d’idée de prendre une photo sous cet angle biscornu ! Je ne reconnais pas le monument, et pourtant il me semble familier. La tour ressemble à celle du Palazzo Vecchio, Piazza della Signoria , à Florence, mais ce n’est pas ça, à Florence il y a des statues devant…En tout cas, c’est sûrement toscan, il n’ y a qu’à voir la couleur ocre des murs à droite de la photo, ça fait tellement « Sienne », et puis le ciel, légèrement nuageux, et l’air limpide qui met en relief les formes de la pierre…. Et soudain mon œil tombe sur l’horloge de la tour, en bas à gauche, qui indique trois heures moins quart (ou presque). Et voilà, tout s’explique: le photographe revenait probablement d’un plantureux repas, et ayant ingurgité une gigantesque « bistecca alla fiorentina » arrosée d’un bon vieux Chianti, il a loupé la prise d’angle, ne maîtrisant plus son poignet ! En tout cas, moi, je reste sur ma faim, car je ne sais toujours pas où se trouve ce monument que je voudrais aller voir « en vivo y en directo » ! Quelqu’un pourrait-il m’aider ?

Janine
​Rendez-vous 15h piazza del Duomo
​Trois heures moins le quart au campanile. Elle va devoir attendre. Elle est toujours en avance. C’est plus fort qu’elle. Ça doit être dans ses gènes. Surtout sois à l’heure, avait-il dit, tu sais combien je déteste attendre. Quelle idée de lui donner rendez-vous ici par cette chaleur. Elle cherche un endroit à l’ombre.
​Il est beau ce campanile, un des plus beaux d’Italie. Il s’élance droit vers le ciel, comme une flèche, puissant et élégant à la fois. Et les loggias au sommet sont d’une grande finesse avec leurs petites colonnes sur trois étages. Elle les compte. Une, deux, trois… sept, par quatre côtés, ça fait 28, 8+2=10, 1+0=1. L’Unité. Répétée trois fois. La Trinité. Ça aussi, elle ne peut pas s’en empêcher. Voir des symboles, dans l’architecture, dans la décoration. Mais elle aime bien. Ça l’aide à pénétrer les choses, à comprendre. Lui, par contre, elle ne le comprend pas. Pourquoi ce rendez-vous alors que tout est fini entre eux ?
​L’homme à l’ombre du porche a vu arriver la jeune femme. Elle regarde l’horloge du campanile puis sa montre. Elle a l’air d’attendre quelqu’un. Lui n’attend personne. D’ailleurs il n’attend plus rien. Le sommet du campanile l’attire comme un aimant, il se dit qu’il pourrait bien sauter de là-haut, pour en finir avec ses problèmes, avec cette vie qui lui pèse. Il se laisserait enfermer dans l’église et pendant la nuit quand il n’y aurait personne sur la place…
​Elle a tourné les yeux vers lui. Il n’a pas l’air bien, se dit-elle, il est peut-être malade ou affamé. Ça non plus elle ne peut pas s’en passer, jouer les samaritaines. Elle se dirige vers le bar et revient avec un toast et un café. Avec un sourire elle les lui tend. Il a l’air surpris, hésite puis il les prend, l’air penaud pour avoir montré sa faiblesse. Par pudeur elle s’éloigne pendant qu’il mange. D’ailleurs voilà son ami qui arrive.
​Une affiche près de l’entrée de la cathédrale attire l’attention de l’homme. Absorbé par ses idées noires il ne l’avait pas remarquée. Pistoia capitale de la culture italienne pour 2017. Ce soir, et pendant quinze jours, les loggias du campanile seront illuminés avec les couleurs du drapeau italien. C’est bien ma chance, se dit-il, je ne vais pas pouvoir me jeter de là-haut. Mais dans quinze jours… Puis il pense à la jeune femme de tout à l’heure. Si quelqu’un est capable de vous tendre la main, alors il y a encore un espoir, tout n’est peut-être pas fini. Et en quinze jours il peut se passer bien des choses ! D’ailleurs son regard a déjà changé. Il s’éloigne, son pas aussi a changé.

Dorothée
Trois heures moins le quart, un soleil de plomb, une chaleur accablante. Les volets sont fermés, tout le monde fait encore la sieste. J’adore ces instants où les rues sont désertes. La ville est à moi, ou presque. Je peux profiter dans un silence éblouissant des merveilles des siècles passés. Le charme des petites villes italiennes, à la beauté écrasante, presque indécente.
Le campanile me jauge de toute sa hauteur. Tellement magistral qu’il ne rentre pas dans le cadre de l’appareil photo. Derrière lui une maison à arcades, nous pouvons remercier les anciens qui avaient déjà tout prévu pour se protéger de la chaleur. Et ces maisons avec leur toit en tuiles, le sud à l’état brut. Un instantané de bonheur.
D’ici quelques dizaines de minutes cet endroit sera rempli de touristes. Il me faudra accepter de partager. Pour l’instant je savoure, l’Italie m’appartient.

DEFI 2 – Si vous remontiez ce volet, que vous passiez au delà de ce visage… que découvriez-vous ? (Janine – Marc – Martine – Yvonne – Marc Alberto – Madeleine – Janine – Odile – Dorothée)

Janine – ​La gardienne du temps
​Tout le monde la connait au Trastévère mais personne ne connait son âge. Elle non plus. C’est comme si elle avait toujours été là. Toute sa vie elle l’a passée dans ce rione de Rome, ainsi que ses parents, ses grands-parents et aussi ses arrières grands-parents et ainsi de suite jusqu’à remonter toutes les générations. Arrivés à l’époque romaine ça se compliquait ! Nombreux étaient les marchants, venus de Syrie et de Palestine qui avaient pris demeure sur cette rive du Tibre, déversant au port d’incroyables richesses.
​Est-ce une lointaine origine orientale qui avait donné à la sora Lella sa peau mate, son épaisse chevelure noire et ces yeux aussi lumineux que les étoiles. Elle en avait fait tourner des têtes et provoqué des bagarres, tellement elle était belle. On aurait peine à y croire aujourd’hui. C’est vrai que le temps est sans pitié mais là, il a exagéré. Enfin, il lui reste ce regard limpide et surtout sa mémoire. Car elle sait tout du quartier et de ses habitants. Même ceux du passé. C’est que les gens se parlaient, avant. Et elle, elle écoutait.​
​Aujourd’hui elle vit avec son dernier fils, qui se fait vieux, lui aussi. Il tient une des rares boutiques de fruits et légumes qui ont survécu et elle, assise devant la porte, elle se rend utile en nettoyant les verdure di campo. Enfin, ce qu’il en reste. Juste des pissenlits, achetés au Marchés Généraux. Où voulez-vous la trouver aujourd’hui la fameuse misticanza, le mélange subtil de ces herbes cueillies dans les champs. Elle en tenait la liste de sa grand’mère, acetosa, borraggine, bucalossi, caccialepri, cicorietta, crispigno, papavero, pimpinella, raperonzoli. Une vraie musique. Mais où voulez-vous les cueillir maintenant ? Au milieu du ciment ?
​Tout change autour d’elle. Ce Trastévère qu’elle aimait tant, elle a du mal à le reconnaître. Dès que la nuit tombe une faune étrange sort de l’ombre et s’empare des lieux.
​Même la Festa di Noantri a changé. Noantri, noi altri, nous autres, les romains de Rome, les vrais. Maintenant on n’y trouve que bruit et confusion. Alors vous pensez, les concours de poésie en romanesco. C’est du passé. Romolo, son mari, en avait gagné plusieurs des concours. Il était doué pour la poésie et pour faire des enfants. Après, il se fatiguait pas trop. Aussi ils avaient toujours tiré le diable par la queue. Son père l’avait avertie, mais Romolo était si beau, si fougueux !
​Son beau regard clair se voile quand elle contemple le passé, quand elle pense à toutes les vicissitudes qu’il a fallu traverser et qui, parfois, pèsent si lourd. Mais elle résiste, la sora Lella, à elle seule elle est la mémoire du Trastévère, la gardienne du temps.

Marc
Deux hommes chichement vêtus, assis sur un banc devant l’échoppe d’un épicier tunisien.
La nuit commence à tomber, les derniers clients entrent et sortent du magasin.
– Momo?
– Quoi?
– A toi aussi elle te manque?
– Ouais…A moi aussi elle me manque.
– On lui en a fait voir… hein Momo?
– Ouais! Surtout toi avec ta ma manie de faire toujours des conneries.
– ….
– Mais fallait bien qu’on graille! C’est qui qui rapportait l’oseille?
– L’oseille et les poulets!
– C’est quand ils venaient à la maison qu’elle faisait ces yeux là.
– …
– Momo?
– C’est à cause qu’on n’a pas eu d’père qu’elle se fâchait comme ça ?
– Possib’
– Toi aussi, y a des nuits, tu l’entendais pleurer ?
– …
– C’était quand l’assistante elle disait qu’elle allait nous mettre en famille d’accueil.
– T’es jamais resté en famille d’accueil ! Même en foyer ils ont pas voulu de toi.
– N’empêche qu’elle nous aimait bien…hein Momo?
– Pour sûr qu’elle nous aimait !
– Momo?
– Quoi encore?
– C’est à quelle heure qui ferme l’arabe, j’ai bien envie d’la revoir encore un peu.

Martine – Les yeux de l’éternité
Qu’abrite donc cette porte sous son masque à la pythie grimaçante ? Un temple ? , où une prophétesse révèlerait notre destin les nuits de pleine lune ? Ou encore le siège d’une secte dont le gourou fondateur cannibale nous absorberait dans sa grande bouche dès notre entrée ? Une Eglise de l’humilité et de la perte consacrée à la rédemption de l’humanité passante ?
La bouche, se serre sur un mutisme ostensiblement adressé aux non initiés, la porte close dédaigneuse snobe les simples passants, ses rares paroles ne concerneraient que des adeptes en proie à un long et douloureux cheminement. Dans ce visage stupéfiant, mélange étrange et aussi terriblement familier et d’une vieille grand-mère et du personnage d’E.T., seuls les yeux semblent vivre. Serait ce à la fois la préfiguration et le dépassement d’une mort où seule l’âme survivrait à la déchéance et à l’abandon du corps. La vieillesse, alors, serait cela : ce corps qui se ride et se détricote, cet esprit qui survit, intense mais de plus en plus difficilement accessible en prise avec une quête mystérieuse d’infini et d’au delà. Seul lueur au sein du visage –géographie, masque tragique creusé par les sillons des rides et les vallées des affaissements, les yeux fixes déploient leur vérité et leur mystère, scrutant le monde et gardant leurs secrets.
Forme ultime de détachement et de lucidité, le deuil des apparences s’offre, voie proposée, derrière sa porte close, vers l’au-delà ?

Yvonne
L’hiver dernier, je suis partie de Rome pendant quelques mois mais j’avais gardé l’appartement que j’occupais au Transtevere. Avant mon départ, à mon grand regret, la boulangerie attenante à mon immeuble avait fermé, et je savais que je ne retrouverais plus les cornettes et autre camelle dont je me régalais sans modération. Mais alors là, à mon retour, j’ai eu un choc : le rideau de fer était toujours baissé, mais entièrement recouvert d’un portrait de femme qui m’a littéralement bouleversée. C’était le visage d’une très vieille femme, sillonné de rides, la bouche contractée dans un rictus amer, sans doute édentée….mais les yeux dégageaient un air de jeunesse extraordinaire le regard mi-perçant, mi-rêveur, dénotait une intelligence hors du commun, et les cheveux gris échappant d’un foulard qui couvrait la tête étaient impeccablement coiffés. Qui avait pu dessiner ce tableau criant de vérité ? Et pourquoi ? Qui était cette femme ? Existait-elle ou s’agissait-il d’un personnage imaginaire ? Plusieurs nuits de suite j’ai rêvé de ce portrait et je n’ai pas cessé de me poser des questions.
Et puis soudain, un soir, en me promenant du côté de Santa-Maria in Transtevere, je l’ai vue ! Mon sang n’a fait qu’un tour ! Elle était là, devant l’église, assise toute droite sur les marches, mais sans demander l’aumône ! Elle avait toujours son regard perçant qui semblait passer par-dessus les personnes sans les voir. Je n’osais pas m’approcher, mais elle dégageait un tel magnétisme que je ne pouvais décrocher mon regard. C’est en interrogeant par-ci par-là les habitués de la place que j’ai eu la clé de sa surprenante histoire : ce n’était pas du tout une mendiante mais une princesse de la nobilitas romaine qui avait perdu son fils unique dans un accident de voiture, ce qui l’avait perturbée au point de renoncer à tous les attributs attachés à son rang. Elle avait fait vœu de pauvreté et passait ses journées dans la rue, mais rentrait dormir le soir dans son palais. Elle frappait à la porte de service, et tout le monde pensait qu’elle allait quémander une ration de soupe. Mais alors la princesse, à la barbe du monde extérieur, redevenait la femme d’affaires avertie qu’elle avait toujours été, passant des heures à refaire la comptabilité de son immense fortune qu’elle comptait laisser en héritage à d’innombrables œuvres de charité, notamment les Orphelins d’Auteuil. Car elle avait gardé toute sa tête et les finances étaient sa passion. Chaque soir elle entrait en liaison avec toutes les places boursières, jouant sur le décalage horaire, de New-York à Singapour, et son flair infaillible lui permettait d’accroître sa fortune de jour en jour. Tout cela dans une telle discrétion que personne n’aurait pu devenir la vérité. Sauf moi qui grâce à ma tenace curiosité ai réussi à la suivre et à interroger sa gouvernante que j’ai guettée le lendemain quand elle est sortie faire des courses. Et bien entendu, j’ai promis de garder le secret sans dévoiler l’identité de cet incroyable personnage. Mais tout compte fait, c’est une belle histoire qui mérite d’être contée.

Marc Alberto – Van Gogh
La cage d’escalier empestait l’urine et les squelettes de boites aux lettres dégageaient une odeur âcre et désagréable de papiers à moitié calcinés. Comme de bien entendu l’ascenseur couvert de graffitis obscènes était en panne et la capitaine Poussin atteignit haletante et transpirante le palier du sixième étage. Le doigt enfoncé sur la sonnette, elle attendit patiemment que quelqu’un fasse taire le roquet qui s’époumonait derrière la porte, et le bruit sec d’un coup de pied suivi d’un jappement de plainte lui donnèrent rapidement satisfaction.
– Quoi c’est ? dit une voix de femme avec un fort accent slave.
– SRPJ de Marseille, inspecteur Poussin, ouvrez s’il vous-plaît madame Klavidiev… Police.
– C’est quoi vous vouloir ? demanda la voix derrière la porte.
– Je voudrais voir votre fils, ouvrez s’il vous plaît madame, insista Poussin
Le visage d’une femme aux cheveux et aux yeux gris perle apparut dans l’entrebâillement de la porte.
– Quel garçon moi vous vouloir ? Igor ? Borya ?
– Celui qu’on appelle Van Gogh, précisa la capitaine.
– Igor pas là !- Si vous le voyez, dites lui qu’il est convoqué à l’Evêché… à la police, rectifia Poussin, un sourire aux lèvres. Descendant les escaliers quatre à quatre, elle regagna son coéquipier qui attendait dans la voiture sous le regard méfiant d’une dizaine d’adolescents hostiles.
– On lève le camp, dit-elle, direction le Panier… grouille-toi !
– Da Manouchhka, beaucoup merci, Mama, Da…
Borya rangea délicatement son téléphone portable dans la poche de sa veste impeccablement taillée sur mesure et baissa le rideau qui fermait l’entrée du petit garage dans lequel il poussa violemment Igor. Il saisit son frère par l’oreille qui sous la contrainte se plia en deux retenant un cri de douleur.
– Igor, mon petit Igor, dit-il en renforçant sa torsion, qu’est-ce que je t’ai demandé ?
– Aïe ! Borya ! Tu me fais mal !
– Je sais Igor, alors? Qu’est-ce que je t’ai demandé ?
– Tu m’as demandé de trouver un local pour planquer la came… aïe !
– Et… ?
– Et de faire un signe distinctif pour que tu puisses le retrouver facilement.
– Un petit signe distinctif j’avais dit! Et… ?
– Mais… c’est qu’est-ce que j’ai fait, gémit Igor !
– Et tu n’as trouvé rien de mieux que de peindre le portrait de notre mère sur la devanture ! hurla Broya qui lâchant l’oreille de son frère l’assommait maintenant de coups de poings rageurs.
– Et les sirènes qu’on entend dans la rue à ton avis, c’est le marchand de glaces ?

Madeleine
Quelle surprise que ce visage de femme au détour d’une ruelle qui porte mes pas d’un site touristique à l’autre! La peinture murale renseignée par le guide que je serre entre les mains indique une image de vieille femme mystérieuse « qui vaut le détour ». Je m’assieds sur le banc en bois qui lui fait face et je me mets à l’observer. Très vite, j’ai l’impression que la dame à la capuche de taffetas s’adresse à moi. La masse de ses cheveux gris reste sagement encadrée par un tissu précieux, mais sa bouche édentée qui ne parle plus guère paraît s’agiter légèrement pour dire un essentiel que je ne saisis pas, son regard presque doré semble doté de pouvoirs. Le guide parle d’une légende, celle de grand-mère Laura qui avait toujours jalousement veillé sur son héritage. À sa mort, les héritiers ont imaginé de peindre la porte de leur garage à l’effigie de leur ancêtre. Mais attention à celui qui tentera de soulever la porte pour lui chiper un petit quelque chose! Tout le quartier craignait les sortilèges qu’elle lançait! À bon entendeur…

​Janine – La sora Lella
Comment imaginer, en voyant son visage ravagé, que la sora Lella avait été la plus belle du quartier, avec ses yeux verts aux reflets métalliques, son abondante chevelure noire et son teint mat qui lui donnaient un air vaguement oriental. Aujourd’hui son visage est sillonné de rides profondes, ses joues en tombant semblent avoir avalé sa bouche édentée, mais elle a toujours ce regard clair et profond qui la rendait unique. Un regard qui, encore aujourd’hui, s’il vous accroche, vous capture et vous ne voyez plus que lui. Un regard qui semble avoir contemplé toutes les misères du monde et percé de grands mystères.
​Sa vie n’a pas été facile, elle a connu bien des tempêtes et parfois des naufrages. Des hommes se sont battus pour elle, mais elle n’avait d’yeux que pour son Romolo, le plus fougueux de tous. A part lui faire des enfants il n’avait pas fait grand chose, aussi ils avaient toujours été pauvres.
​Désormais elle est seule et fatiguée, elle marche en trainant les pieds mais elle reste droite et fière comme le sont les Trastévérines.

Odile
Marie Pia découvre Rome peu à peu. Elle sait qu’elle ne viendra jamais au bout de cette aventure.
Le Trastevere et elle admire cette porte, ce visage géant comme porte. Une vieille femme, une sorcière.
De sa main elle tâte la porte toute chaude du soleil de l’automne. Elle trouve une porte basse incrustée dans le volet et un nom artemisia mosaica. Elle appuie sur le battant et la charnière tourne.
Dedans une petite cour intérieure remplie de morceaux de marbre classée par couleur: jaune, rouge sang, vert porphyre, blanc laiteux et noir… quelques mosaïques. Des madones aux auréoles d’or, des poissons… tout un désordre de création. Personne à part le bruit d’un marteau qui sonne dans une pièce ouverte sur la cour. Les coups sont secs, nets… Marie Pia avance… un atelier, deux postes de travail, deux visages penchés sur un établi…
La vieille femme se lève et tend la main pour tourner un bouton. Une musique gaie, entraînante remplit la cour.
Une voix l’incite à entrer… des mosaïques, une Madone en pièce détachée …
La vieille femme se présente Artemisia, elle désigne l’autre un jeune homme Maurizio… il n’a pas bougé ses mains habiles choisissent les tesselles et forment vivement une structure un pied, la forme claire puis les lignes foncées des doigts et l’ombre et ses doigts corrigent une nuance, rajoute une couleur de chair pour habiller plus rondement l’ébauche.
Le pied prend forme, devient dodu et presque vivant.
Marie Pia lâché un bravo. Les regards se croisent. Elle les regarde travailler, créer, prend une carte, lit que des cours ont lieu dans cet atelier. Elle reviendra.

Dorothée
On la reconnaît bien, avec son visage tout ridé et son foulard sur les cheveux gris. Elle a mis celui aux reflets argentés, celui des grandes occasions. Ses traits fins, son regard bleu acier, ses cheveux impeccablement coiffés, tout y est. Elle a vécu la grand-mère, elle en a vu passer du monde. Les nombreux sillons sur son visage témoignent de ces années passées, et masquent les traits tirés liés aux soucis, petits et grands. Sa bouche est fine, les lèvres sont serrées. Les poches sous les yeux ont avalé le peu de chair sur ce visage.
D’ici quelques instants le rideau de fer va se relever, et le visage de Maria-Pia va disparaître pour s’ouvrir sur un petit local sombre, éclairé par quelques bougies.
Sous ses airs très classiques, elle a toujours aimé provoquer et défier ses proches. Sa dernière volonté a été respectée : accueillis par ce portrait saisissant, ceux qui viendront lui dire un dernier adieu dans sa chambre mortuaire ne pourront que se sentir humbles.

DEFI 3 – Notre troisième défi est tout feu, tout flamme. Racontez une histoire où le feu, les flammes jouent un rôle important. Bougies, feu d’artifice, flambées ou feux de joie tout est possible. (Janine – Madeleine – Odile – Martine)

Janine – Aux Feux de la Saint-Jean
Déjà huit jours. Une éternité. Elle lui avait dit qu’elle ne l’aimait plus. Depuis il tourne en rond. Elle ne répond pas à ses appels. Ce n’est pas possible, ça ne peux pas finir comme ça entre eux. Il l’aime trop. Il la cherche partout. Hier il a couru après une fille qui, de dos, lui ressemblait.
Mais ce soir il la verrait, c’est sûr. Aux Feux de la Saint-Jean. L’an dernier ils avaient sauté ensemble, se tenant par la main, comme une promesse, pour que dure leur amour. Il lui parlerait, elle changerait d’avis, elle reviendrait.
La musique bat son plein, des couples dansent, la bière coule à flot et autour de lui les gens rient, ils sont heureux. Il se demande bien pourquoi. Le bûcher, en hommage au soleil et à sa lumière vivifiante, a été allumé au milieu du parc. Le feu crépite lançant des gerbes d’étincelles. Les flammes montent faisant trembler l’air. Plus tard dans la nuit, lorsqu’elles seront moins hautes les jeunes les plus hardis sauteront au-dessus du feu, on dit que ça porte chance et que ça chasse les démons.
Soudain son cœur se serre, il la voit. Elle est là, en face de lui, de l’autre côté du feu. Un jeune homme s’élance, saute au-dessus des flammes et atterrit sans mal, un autre saute, un autre encore, les cris, les rires, les applaudissements fusent. Il est tout étourdi, sa tête tourne. Comme hypnotisé il ne cesse de fixer la silhouette aimée à travers la lueur rouge du foyer.
Elle s’avance, se préparant à sauter, main dans la main avec un autre. Au moment où le couple s’élance il bondit, les corps précipitent dans les flammes. La foule hurle. Sous le choc le couple est projeté hors du foyer, les brûlures seront légères et sans conséquences. Pour lui, à moitié assommé, ce sera plus grave et son corps portera des cicatrices.
Son âme aussi, brûlée au feu de la jalousie. Les démons sont tenaces.

Madeleine
Passer le réveillon du nouvel an à Reykjavik relève de la féérie. C’est comme si le peuple islandais, si habitué des éruptions volcaniques et des phénomènes naturels violents, des étincelles jaillissant entre glace et lave fumante, célébrait le passage à l’an neuf par des festivités qui mettent les éléments à l’honneur. Pour les flatter ou les dé diaboliser peut-être ? Mais au lieu de provoquer larmes et cris d’effroi, ici la joie éclate avec les chants à multiples voix devant d’immenses feux de joie. Les exclamations sont admiratives alors que les feux d’artifices retentissent à chaque seconde, émerveillant et éclairant la population de la capitale et des alentours, alors que la nuit hivernale est presque omniprésente. Réfléchis par une fine couche de glace, ils jaillissent l’un après l’autre ou simultanément, réchauffant un instant le cœur de chacun à une période de l’année où vents violents et tempêtes balayent l’Île sans répit.

Odile – Un destin
On le disait pyromane. Pauvre Julien il aimait le feu depuis sa plus tendre enfance.
Tout petit il se brûlait les doigts en jouant avec les allumettes. Ensuite il fut le meilleur pour allumer la cheminée. En chimie il adorait les explosions et trouva naturel de travailler chez Ruggieri dans la production de feux d’artifices. Il voyageait beaucoup et trouvait partout dans le monde des nouveautés dans cette technique maintenant technologique. Tout allait bien, il gagnait bien sa vie et adorait son métier. A la retraite il commença à s’ennuyer. On le prit à l’essai chez les pompiers. Trop vieux. Mauvais en sport il ne put rester. On l’a trouvé sans vie entre deux vagues de flammes dans la garrigue. Rien ne prouve qu’il ait mis le feu, mais on l’accuse d’être le pyromane qui sévissait dans la région cet été la.

Martine -Les étés de jadis dans le sud
Je me souviens des feux de l’été de mes vacances dans le sud.
Il y avait les feux de camp où nous chantions, accompagnés d’une guitare. Il y avait une chanson que nous aimions et qui invariablement nous empêchait de nous endormir ensuite :
« spectre dansant dans la nuit
autour du feu qui gémit
les chihuahuas réunis
l’ont condamné sans pitié
il va mourir le guerrier »
La suite de la chanson décrivait le supplice du chef Buffalo gris, enchainé par ses ennemis à la jouissance bruyante et s’achevait par un définitif « c’en est fini du guerrier » et même si nous apprenions que « dans les vertes prairies, les étendues infinies, il a retrouvé la vie » nous peinions à trouver notre sommeil, craignant d’y voir surgir inopinément un chihuahua hostile avec toutes les conséquences décrites. Ce qui ne nous empêchait pas de récidiver avec la même chanson autour du feu de camp du lendemain soir avec grand plaisir.
Il y avait les feux d’artifices, les splendeurs du festival pyrotechnique de Cannes que nous observions médusés allongés sur la plage dès la nuit tombée éclaboussés des pluies des comètes multicolores.
Il y avait les flammes de nos premières émotions amoureuses, si vives que nous pensions qu’elles nous consumeraient totalement et que nous n’atteindrions jamais l’âge adulte.
Il y avait les incendies qui détruisaient des milliers d’hectares en ne laissant qu’une lande carbonisée et déserte, image du désespoir de la Nature et de la folie insouciante et destructrice des hommes.
C’étaient les flammes de Jadis, celle d’autrefois, de ce temps que l’on n’objective pas, qui s’écrit en « il était une fois ». Elles étaient belles et virtuelles, à la fois réelles et imaginaires, éternelles puisqu’encore des années plus tard, elles créent un « je me souviens » aujourd’hui et maintenant.

DEFI 4 – Vous attendez des invités et préparez dans la cuisine votre plat préféré. Imaginez votre monologue intérieur. Votre humeur peut varier du stress, à la joie en passant par toute sorte de nuance… Évoquez les ingrédients, les odeurs, les couleurs de la cuisine et des mets. (Janine – Dorothée – Odile)

Janine – Poulpe en salade
Je savais que ça allait arriver. Il pouvait pas se taire, non? A force de raconter partout qu’il a pêché des poulpes, et pas des poulpes de sable, non des poulpes de rocher les meilleurs, la réaction ne s’est pas faite attendre. «Quand c’est que tu nous invites ?» Et voilà, ils viennent ce soir. Et eux, c’est pas les meilleurs ! Critiques pratiquants et elle, championne des casseroles, en bonne Napolitaine y a qu’elle qui sait cuisiner et c’est Mammà qui lui a tout appris.
Bon, je vais pas stresser. Ils veulent du poulpe, ils l’auront. Et toi, qui m’a mise dans cette situation, il va falloir que tu me donnes un coup de main. Enfin les coups c’est surtout le poulpe qui va les recevoir. Des coups de marteau bien assénés, y a que ça pour l’attendrir. Ça y est tu l’as bien frappé partout ? Allez hop dans l’eau bouillante l’animal, cinquante minutes et laissons-le refroidir dans son eau de cuisson.
Maintenant bouillir les pommes de terre.
Revenons au poulpe. Il est devenu tout rouge. Et il est bien tendre. Parfait. Hop, sur la planche.
Je tranche les tentacules et je les gratte au couteau pour enlever la peau visqueuse que je n’aime pas, tout en laissant les ventouses. Je découpe le tout en tronçons plutôt petits pour que ça prenne bien l’assaisonnement. Et penser que ces bestioles sont parmi les plus intelligentes qui soient et que tout est dans les tentacules ! Ça me fait presque de la peine ! Allez, dans le saladier. Peler et couper les pommes de terre en tranches. Saladier.
Maintenant ça devient sérieux. L’assaisonnement. Tout est là.
Un bol. De l’huile d’olive, un peu de vinaigre, du jus de citron, du sel, du poivre. On émulsionne. Verser sur les rondelles de poulpe et de pommes de terre. Bien mélanger. Un peu de persil haché, ça met de la couleur. Terminé ? Pas tout-à-fait. Il manque le tocco magico ! Et ça, à la Napolitaine qui sait tout faire, je ne vais pas le lui dire. Je râpe le zeste d’un bon citron d’Amalfi et deux centimètres de gingembre frais que j’ajoute à mon plat. Maintenant deux heures de frigo en attendant le moment d’être dégusté.
J’entends déjà la voix criarde de Napoli «Mammà ne le faisait pas comme ça. Et le mari «Moi, je le trouve délicieux.» «Mais le poulpe au vin rouge avec du laurier, c’est autre chose !» «C’est bien pour ça que je ne l’ai pas fait, un vero mattone ! Un parpaing sur l’estomac ! »

Dorothée
Dans une demi-heure ils seront là et rien n’est prêt. Je ne sais pas pourquoi je leur ai proposé, un excès de gentillesse sans doute. C’est tout moi ça, les excès. Je ne sais rien faire simplement.
Et voilà, au lieu de me contenter de leur faire un plat simple – voire mauvais, ça leur aurait passé toute envie de revenir -, il a fallu que je leur promette ma spécialité. Mais quelle idiote je fais. Ce n’est pas tant que c’est compliqué, c’est que c’est délicieux, et que d’un point de vue culinaire, je suis assez égoïste.
D’abord couper les pointes d’asperge. Comme si c’était la saison, tiens. J’ai dû parcourir tout Paris pour en trouver, juste pour les impressionner. Mais les connaissant je suis sûre que je vais avoir une remarque, maintenant il faudrait être bio, locavore, et en plus manger des légumes de saison. Dès le départ j’ai tout faux. Hop, allez, dans l’eau bouillante, avec un peu de chance le côté hors saison s’évaporera.
Deuxième acte, encore l’eau bouillante. Et les pâtes. Cette fois ci, pas de remarque, elles viennent directement d’Italie, je les ai rapportées de mon dernier séjour. Je préfère la cuisson al dente, mais j’en trouverais bien un qui trouvera ça trop croquant.
Allez, les pointes d’asperge dans les pâtes, un filet d’huile d’olive… humm, le soleil s’échappe de ma casserole. La râpe, le parmesan, des copeaux qui tombent en pluie dans le plat, le tour est joué. L’Italie dans ma cuisine.
Je goûte. Juste pour voir s’il ne faut pas rajouter du sel et du poivre. Quel délice. Encore une bouchée, juste pour être sûre. Et une autre, ce n’est pas ça qui changera. De toute façon ils ne méritent pas ce plat. Et ça m’a donné faim tout ça. Encore une. Et une autre. Allez, la dernière. Oh oh… vu ce qu’il reste, autant terminer.
La sonnette retentit. Les invités sont là, le plat est vide. Je vais faire comme s’il n’y avait personne, je prétexterai une migraine demain. L’Italie, ça ne se partage pas avec tout le monde.

Odile – La goyère
Ca va sentir dans tout l’étage. Jean et Christine sauront tout de suite que leur souhait. Quelle odeur ! C’était vraiment pour leur faire plaisir à la campagne… on peut ouvrir les fenêtres mais ici …
Je n’ai rien oublié maroilles, pâte feuilletée, œufs, crème fraîche et gruyère…
le vin ? Pourvu que… Si il y aura pensé… Il sait bien… et le pain ? en envoyant un sms…
Juste une salade et une glace en dessert.
La goyère c’est tellement gras ! Surtout pour un dîner ! Christine parlait d’une surprise… Pourvu qu’elle soit bonne ! Si ils partaient… sans Christine et tout… Oui écriture, expositions on fait tellement de choses ensemble… C’est la vie ! Et ici les gens ne restent pas plus de trois ans !
Une tarte au fromage par cette chaleur ! du jamais vu ! Le maroilles fond presque tout seul.
C’est plus facile à hacher ! L’odeur… je ne la sens déjà plus. Au goût c’est délicieux et très fin mais rien que de malaxer… cela dégoûte d’en manger. En la préparant la veille…
Juste réchauffée une vingtaine de minutes… Moi je la préfère fraîche, juste sortie du four mais Christine, elle m’a dit que réchauffée, elle est meilleure. C’est elle l’invitée !
Un sujet de discussion tout trouvé que cette surprise. Ils se marieraient enfin ? Elle serait grand-mère ? Elle… la tarte est étalée, quelques coups de fourchette et le mélange dessus voilà enfourner et ensuite laisser cuire. Surveiller et… retirer à peine dorée…
L’odeur ! mais bon c’est fait… les voisins l’auront deux jours de suite ! Tant pis

DEFI 5 – Écrivez un texte qui commence par la phrase suivante : « Je me souviendrai toujours de ce matin-là… » (Odile – Martine – Ludmilla – Janine – Janine – Dorothée)

Odile – Incident fatal ?
Je me souviendrai de ce matin-là. La veille, le cocktail s’était déroulé sans aucune anicroche, enfin presque… le cardinal s’était senti fatigué, il n’avait pas voulu rentrer chez lui mais avait tenu à rester à la Villa piur la nuit prétextant le départ matinal pour le sanctuaire tôt le lendemain. La suite égyptienne était prête pour un autre invité, le professeur de médecine.
Mais il céda de bonne grâce sa suite pour une chambre à l’étage.
C’était ce matin que mon mari était apparu, affolé.
– Oui ? Eh bien ?
– le cardinal, il est dans le coma. Tu n’as pas entendu l’ambulance ?
– Si j’ai entendu une voiture sur les graviers… à son âge…
– Non la coupa Marc-Henri, son mari. Tu n’y es pas, empoisonné… Ici ! Alors qu’il était notre invité. Paris ? Comment ?
La matinée s’était déroulée dans un stress extrême. Marie-Pia avait insisté pour qu’on ne déplace rien, qu’on facilite le travail de la police, qu’on efface aucune trace … mais c’était trop tard … son expérience de commissaire n’avait servi à rien.
Une matinée pareille elle ne l’oublierait jamais.

Martine – Lever de soleil sur la plage de Bali
Je me souviendrais toujours de ce matin là, au lever du soleil sur la plage de Sanur, un matin d’aout, celui de la Sainte Marie, mais cela eût pu être n’importe quel autre jour.
La veille, j’avais admiré une exposition de photographies intitulée Sunrise in Bali. Alors j’avais attendu ce moment de la nuit où le bruit monotone et puissant du fracas des vagues sur la grande barrière de corail s’associe aux premières trilles timides des capucins de rizières et des autres oiseaux de l’île , vocalisent qui s’amplifient rapidement en un concert assourdissant.
Dès les premiers chants d’oiseaux, je m’étais levée précipitamment et m’était rendue sur la plage toute proche.
A ma surprise, si j’étais la seule touriste, -la plupart se rendraient sur la plage pour le petit déjeuner deux heures plus tard-, une foule de balinais s’y trouvait. Les vieillards s’enterraient dans le sable noir pour soulager leur rhumatismes, quelques femmes se baignaient en sarong, des pêcheurs déployaient leur filets, lançaient leur cannes. Les enfants dégustaient des bananes ou du mais grillés, pimpants dans leur uniforme avant de se rendre à l’école. Les femmes ramassaient les corolles de frangipaniers pour les assembler en d’odorants colliers et des offrandes de fleurs multicolores qui seraient disposées dans les hôtels ou les restaurants. Ici ou là, un yogi effectuait son salut au soleil, des groupes d’asiatiques pratiquaient un qi gong lent et silencieux. Chaque balinais veillait à sa cérémonie du lever de soleil. L’odeur des encens y flottait et le son des gamelans s’élevait ça et là pour honorer les dieux et qu’ainsi la journée soit favorable.
Les paysages, l’harmonie des gestes, l’étreinte entre les hommes et de la Nature étaient stupéfiante de beauté. Ce matin là j’ai pensé que si le paradis existait, il ne pouvait être autre et que je l’avais miraculeusement rencontré.

Ludmilla – L’accident
Je me souviendrai toujours de ce matin-là.
C’était un dimanche, en plein été. Un accident venait d’avoir lieu sur la route, en contrebas de la propriété de Monsieur et Madame Martingale. Un crissement de pneus puis un bruit de tôles froissées suivi un fracas terrifiant les avaient interrompus dans leurs occupations. S’approchant de la porte-fenêtre, ils virent arriver un jeune homme, un grand papier blanc à la main.
– Qui donc vient nous voir à cette heure dit Madame Martingale
– Je n’attends personne ma chère, je vais aller voir…
L’inconnu immobile sur le perron, attend qu’on veuille bien ouvrir la porte. Plus intriguée par le papier que l’homme tenait à la main que par la raison de cet évènement, Madame Martingale pressa son mari d’ouvrir la porte et d’accueillir enfin cet inconnu.
– Mais vous le voyez bien, cet homme ne nous veut aucun mal, tout juste est-il mal coiffé. S’il vient d’avoir un accident, il doit avoir besoin d’un garage. Peut-être veut-il seulement téléphoner après tout, il ne semble pas être blessé… là, sur le front, peut-être une égratignure… Vraiment, mon ami, vous ne risquez rien à lui ouvrir notre porte !
Encore un peu réticent, Monsieur Martingale ouvre la porte et laisse entrer l’homme jusque dans le vestibule.
– Bonjour… heu… excusez-moi, je ne sais plus très bien ce qui m’est arrivé dit l’homme, je conduisais ma voiture lorsque, dans le virage… là en bas de chez vous… le soleil m’a ébloui et puis, plus rien… un peu mal à la tête je crois…
– Et ce papier que vous avez à la main, dit Madame Martingale, que dit-il ?
– Heu… quel papier. Ah oui, vous avez raison. Excusez-moi, j’ai dû perdre mes lunettes… vous pouvez le lire ?
– Avec plaisir, dit Madame Martingale.
Elle déplie le papier avec précaution, rajuste ses lunettes et lit à haute voix :
« Prenez la route de Senlis à la sortie de Paris,
Vous roulez 100 kilomètres puis vous sortez par la bretelle en direction de Compiègne.
Après 20 kilomètres de cette route, vous trouverez un carrefour où vous tournerez à droite.
Vous longerez une forêt durant quelques minutes puis vous compterez 3 maisons sur votre droite, vous serez alors en vue d’un grand virage sur votre gauche.
Roulez encore 1 kilomètre et vous verrez sur la droite la propriété des personnes que vous devez rencontrer ce matin. Il s’agit un couple d’anglais venus passer leur retraite en France et qui se plaignent de ne pas avoir de visiteurs. Vous vous présenterez et leur direz que vous venez de la part de notre association « Lire – Ecrire – Parler » Ensuite vous vous mettrez d’accord pour fixer d’autres rendez-vous, si toutefois vous leur convenez bien sûr. Je vous rappelle qu’en aucun cas, vous n’êtes autorisé à parler d’argent avec eux, juste les écouter, converser sur des sujets qui peuvent les intéresser et d‘aborder l’écriture avec délicatesse. Vos bonnes connaissances du français et de l’anglais sauront certainement être appréciées.
Ps. Attention, si vous arrivez par beau temps, à la sortie de ce virage vous risquez d’être ébloui par le soleil. Gardez bien votre droite ! »

Janine
«Je me souviendrai toujours de ce matin-là…» Sans doute parce que nous avions toujours été très complices, elle me confiait ses souvenirs les plus intimes. Celui-là, elle me l’avait déjà raconté il y a longtemps. Elle y revint encore alors qu’elle vivait ses derniers jours.
C’était avant la guerre, elle avait seize ans et ce matin-là elle devait se rendre au Ministère du Travail. Cela l’angoissait car elle n’avait presque jamais quitté son quartier. Dans le tramway monta un homme tout habillé de noir. Respectueusement il demanda s’il pouvait s’asseoir à côté d’elle. Occupée à contrôler le trajet, elle acquiesça sans lui prêter attention. Tous les immeubles se ressemblaient, elle craignait de se tromper d’arrêt. L’homme s’apercevant de son inquiétude lui demanda gentiment s’il pouvait l’aider. Elle se tourna vers lui et croisa son regard. Un regard comme elle n’en avait jamais vu. Transparent et d’une grande douceur. Elle, si méfiante d’habitude, parla sans crainte. «Le Ministère du Travail ? Ce n’est pas loin, je vous l’indiquerai, d’ailleurs c’est là que je descends.»
Étrange le bonhomme. Grand et maigre, très pâle, des cheveux noirs. Il portait un manteau démodé, genre redingote et tenait un chapeau sur ses genoux.
«D’où il sort celui-là, pensa-t-elle, on dirait qu’il vient d’une autre époque. Un revenant, pas possible !» L’inconnu semblait enveloppé d’une aura de mélancolie et de tristesse. Elle frissonna comme si elle avait froid. Mais elle était confiante, elle sentait que l’homme ne lui voulait aucun mal.
«Voici notre arrêt, dit-il, je vous accompagne, le Ministère est sur mon chemin.»
L’édifice était énorme et pompeux. Impressionnée, elle hésita sur le seuil. «Dedans c’est un vrai dédale. J’ai tout mon temps, je vais venir avec vous, ça vous évitera de vous perdre.» La Providence même, cet homme ! Ils montèrent des escaliers, parcoururent d’interminables couloirs. Il l’aida à remplir des formulaires et en un temps record elle termina les formalités. Ils sortirent enfin du labyrinthe.
Elle respira un grand coup, soulagée, enfin libérée de l’angoisse qui l’oppressait depuis le matin. L’homme la regardait avec cette expression de bonté et de tristesse qui l’avait frappée. Elle le remercia chaleureusement pour son aide et sa gentillesse. «Je ne m’en serais pas sortie sans vous. Je n’oublierai jamais.» Il eut un sourire énigmatique. Instinctivement elle lui tendit la main et ressentit une drôle de sensation lorsqu’elle toucha la sienne, froide et si légère qu’elle semblait immatérielle. Vraiment bizarre cet homme, mais d’où sortait-il donc ?
Ils se séparèrent et elle se dirigea vers l’arrêt du tram. Encore sous le coup de l’étrange sensation ressentie au contact de sa main, elle se retourna, la rue était déserte, il avait disparu.
«Je n’ai jamais oublié ce matin-là, conclut-elle, lorsque j’ai rencontré mon ange gardien !»

Janine
Je me souviendrai toujours de ce matin-là…
Comme les mariés dans la Rome Antique j’avais couvert mon visage d’un voile orangé pour me protéger de la poussière soulevée par les chevaux. Fine, impalpable, elle formait comme un brouillard dans le Siq, unique voie d’accès à Pétra, juste une faille dans la montagne. Je cherchais la solitude derrière ce voile, pour rester seule avec l’étrange émotion qui peu à peu m’envahissait. Je sentais qu’il allait se passer quelque chose et j’attendais, en laissant les impressions et les sensations venir à moi.
Mon cheval essayait d’allonger le pas mais je le freinais. Je voulais avancer très lentement pour ne rien perdre de la beauté des gorges, des jeux de lumière sur les parois de grès aux couleurs insolites, des formes étranges et mystérieuses qui, peu à peu, se révélaient.
Bientôt je fus comme enveloppée par la masse de la montagne qui semblait se refermer sur moi. Elle était tout autour de moi et j’étais en elle. Au-dessus de ma tête, à peine visible, une petite tache de ciel indigo. Parfois il me semblait voir frémir et danser la lumière comme dans les brumes d’un rêve, mais je ne savais si c’était le mien ou bien celui des pierres.
Et puis la faille s’élargit et il me sembla voir apparaître une silhouette, au loin, était-ce une vision, une illusion ? Au-delà du Siq quelque chose tremblait dans la lumière fulgurante, alors je sentis, je sus que le moment était arrivé, comme une délivrance.
Au sortir du défilé, dans l’éclatement d’une lumière d’or, apparut soudain le joyau de Pétra, le Khasneh, le Trésor. La beauté à l’état pur. Le miracle. L’émotion au-delà des mots.
Surtout ne jamais oublier ce matin-là.

Dorothée
Je me souviendrai toujours de ce matin là. Il faisait encore nuit noir quand j’ai ouvert l’œil, on entendait à peine le bruit de la ville qui se réveille. J’aimais ces instants volés, chapardés à la nuit et au jour. Encore endormie, la ville offrait un spectacle d’ombres et de lumières. La nuit s’effaçait doucement, laissant la place au jour, qui s’avançait d’un pas timide.
Emmitouflée dans un plaid, je me mis à la fenêtre, une tasse de café à la main ; j’aimais profiter de ces lueurs anonymes. C’est alors que je le vis. Sa grande échelle sur le dos, un imperméable qui lui tombait sur les pieds, et un petit chapeau pour couvrir son crâne dégarni, il avançait, d’un pas claudiquant. Il n’avait pas l’air pressé, mais avançait, méthodiquement.
Ce matin là, pour la première fois ma vie, je surpris l’allumeur de réverbères, éteignant l’une après l’autre toutes ces chandelles nocturnes. Le jour pouvait entrer dans la lumière.

DEFI 6 – Rédigez un texte qui contiennent les expressions suivantes : Alerte rouge, blanc bec, cordon bleu, bête noire, feu vert, fièvre jaune, voir tout en rose, matière grise. (Martine – Yvonne – Odile – Janine – Dorothée – Madeleine)

Martine – L’indélicat
Habituellement, Geneviève, avec ses 91 ans voit plutôt tout en rose. Elle peint des tableaux tout bleus, poétiques et légers, désormais célèbres. Elle manie seule les toiles géantes de 2m sur 3M, organise son atelier avec la flamme qui la caractérise. Et elle était, ces jours-ci, de fort bonne humeur car sa galerie suisse lui avait donné le feu vert pour une exposition.
Oubliée l’alerte rouge sur sa carrière d’artiste provoquée par des propos bien sentis sur son hostilité à l’intervention américaine en Irak : « ces imbéciles, ils ne savent pas ce qu’est la guerre ! J’ai été ambulancière au front à 19 ans, je la connais moi la guerre ». Pour ne pas prendre de risques en période sensible pour les relations franco- américaines, la galerie New yorkaise avait prudemment différé l’exposition prévue, sine die, le directeur de la galerie connaissant assez Geneviève pour savoir qu’il ne l’empêcherait pas de s’exprimer où et quand elle en aurait envie, avec son franc parler. Mais ce jour là, malgré le repas délicieux cuisiné pour elle par une amie, véritable cordon bleu, elle ne décolère pas. Et pour cause, elle a eu affaire à sa bête noire, le médecin qui remplace son généraliste pendant les congés scolaires, et ce blanc-bec, comme elle l’appelle, alors qu’elle lui exprimait son inquiétude pour ses douleurs aux genoux, avait osé lui rétorquer, fataliste et peu inquiet : « mais vous n’avez pas vingt ans non plus ».
« Mais pour qui se prend-il ?!, quel goujat !, vociférait-elle (oubliant le maniement pendant des dizaines d’heures, ces derniers jours, des toiles lourdes destinées à l’exposition suisse pouvant expliquer ses douleurs accrues), quel stupide personnage ! quel mal élevé ! la semaine dernière je n’avais pas vingt ans non plus et je n’avais pas mal au genou ! il pourrait faire travailler sa matière grise ! quel grossier individu, un malotru. Mon ami Georges qui partait en Afrique était allé le voir pour les vaccinations, il l’avait dirigé à Pasteur pour la fièvre jaune. Il n’avait pas fait grand chose, mais Georges l’avait trouvé sympathique. Et bien je le lui dirai : ton médecin c’est un mufle et le bon sens ça existe ! »

Yvonne
Je n’en peux plus ! Trop, c’est trop ! Il faut se farcir tous les jours ce blanc-bec de présentateur sur la RAI qui ne fait qu’annoncer de mauvaises nouvelles ! Aujourd’hui, alerte rouge! Il semble qu’une épidémie de fièvre jaune soit sur le point de déferler sur l’Europe, amenée par les vagues de réfugiés qui ont débarqué ces derniers mois. Non, et puis quoi encore ! Bien sûr, je sais bien que ces pauvres gens sont la bête noire en ce moment, on leur met tout sur le dos et on les accuse de tous les maux ! Mais ils n’y sont pour rien, ce sont les média qui exagèrent, et leurs dirigeants donnent le feu vert aux journalistes pour qu’ils disent n’importe quoi et sèment la panique ! On ne leur demande pourtant pas de faire semblant de voir tout en rose et de masquer la réalité, mais quand même !
Tiens, j’en ai assez, je vais zapper et regarder cette émission de cuisine dont tout le monde parle, ce n’est peut-être pas très enrichissant pour ma matière grise, mais au moins cela m’aidera à progresser dans ma tentative de devenir un cordon-bleu accompli !

Odile – Kaléidoscope hospitalier
C’était l’alerte rouge, le grand branle-bas de combat à la clinique. Un cas de fièvre jaune avait été signalé en médecine. Un blanc-bec d’interne avait arpenté tout essoufflé les couloirs en annonçant qu’une épidémie risquait de faire fermer le service, notre bête noire.
Nous mangions un cordon bleu dans la salle de repos. La surveillante devait dans un tel cas donner le feu vert à tout un protocole de mesures spéciales. Heureusement elle fit marcher sa matière grise et décida urgent d’attendre.
Nous pouvions finir notre repas et continuer à voir la vie en rose jusqu’à la fin de l’épisode épidémique. Notre café expresso était sauvé.

Janine – Logorallye des couleurs
La châtelaine, à 90 ans, vivait encore seule au manoir. La solitude n’avait jamais été un problème pour elle. Elle s’intéressait à la politique, elle lisait beaucoup, et elle élevait des pigeons. Elle avait même quelques poules en liberté dans le parc.
Depuis hier cependant elle était en alerte rouge. Sa fille et son petit fils, ce blanc bec qui se prenait pour Einstein, avaient parlé de la placer en maison de retraite médicalisée. Tu comprends, nous serions plus tranquilles, nous sommes loin… Tu parles, trente kilomètres, c’est pas le bout du monde ! Et puis c’était sa bête noire, la maison de retraite. Tant que sa matière grise fonctionnait, et elle l’entretenait, elle resterait chez elle. Personne ne la forcerait. Non, mais… ils n’allaient pas faire la loi chez elle. Bien sûr elle avait quelques petits problèmes de santé, mais pour elle qui avait réchappé de la fièvre jaune en Afrique, c’étaient des broutilles.
Elle avait toujours vu la vie en rose, la châtelaine, c’est ce qui faisait sa force et il n’y avait pas de raisons pour que ça change, alors le feu vert pour la mettre au mouroir, jamais elle ne le lui donnerait à sa fille.
Comme elle a toujours été un vrai cordon bleu, son mari le lui disait souvent, elle allait se concocter un bon petit repas. Peut-être un de ses pigeons, aux petits pois, pourquoi pas ?

Dorothée
Mes commandements pour voir tout en rose :
La mauvaise humeur et la complainte éternelle toujours tu combattras.
L’alerte rouge tu donneras.
Dans ton assiette, des légumes et des produits bio tu mettras.
Du cordon bleu, point tu ne mangeras.
Au travail, à disposition des autres ta matière grise tu mettras.
De bête noire, point tu n’auras.
À la maison, les microbes tu élimineras.
La fièvre jaune, jusqu’à toi jamais ne viendra.
En société, tout le monde tu aimeras.
De blanc bec, personne tu ne traiteras.
Dans les transports, le code de la route tu prôneras.
Les feux verts, jamais tu ne grilleras.
Ta vie, en couleurs tu verras : de l’arc en ciel, tu t’inspireras.

Madeleine
Antoine fit fonctionner sa matière grise à toute allure. « Comment ce blanc bec avait-il pu l’insulter de la sorte alors qu’il allait couper le cordon bleu pour inaugurer la statue de la Place Champlain et alors que l’alerte rouge venait d’être donnée ? »
Depuis qu’il avait donné son feu vert pour que cet individu soit engagé au service de la mairie, Antoine s’en était mordu les doigts et ce Mr Blanco était devenu sa bête noire par ses agissements stupides qui mettaient à mal la réputation de la petite ville. Maire de Crinplein, Antoine avait l’habitude de voir la vie en rose, mais en cette fin de matinée gâchée, il avait plutôt l’impression d’être pris de fièvre jaune.

DEFI 7 – D’eau et de Pierre – Vous vous inspirez de cette photo intrigante pour écrire un texte qui marie l’eau et d’autres matériaux. Attention vous devez écrire ce texte à la première personne du singulier et au présent. (Dorothée – Martine – Janine – Madeleine – Marc – Odile)

Dorothée
J’avance au bord de l’eau, pantalon retroussé, jambes nues. La mer est froide, les galets me font mal aux pieds. Peu importe, désormais je peux tout supporter, même la douleur.
Devant moi une barrière de pieux en bois, enfoncés dans le sable. Accès interdit. Où que j’aille, les portes se ferment. L’eau et mon esprit ont en commun d’être embrouillés. Ne rien faire, ne rien penser. Se laisser bercer par le bruit des vagues qui s’échouent sur les galets, se laisser porter par le claquement de la mer sur les pieux, laisser mon regard se perdre dans l’eau trouble.
Machinalement je me mets à compter les vagues. Ce décompte vers l’infini m’effraie, je préfère détourner mon attention vers les morceaux de bois. Les barrières ont cet avantage de marquer une limite à laquelle on peut se raccrocher. Je compte les pieux. Sans m’en rendre compte je me baisse vers le sol, un à un je ramasse les galets, je les pose en équilibre, un sur chaque poteau, puis deux. Les pyramides sont fragiles, je le suis aussi. Je continue mes constructions, architecte de l’éphémère. La vie est éphémère. Au premier galet qui tombe, je franchirai la barrière, et je plongerai dans l’immensité grisâtre.

Martine – La grande barrière de corail
La nuit, je n’entends qu’elle, grondement sourd, rythmé, puissant, si intense parfois que je crains que le corail ne se soit effondré et que la vague géante ne déferle sur le bungalow de bois que j’occupe sur la plage. Peut être suis je en train de vivre là, dans le silence de quelques dizaines de secondes dont je ne sais s’il m’étreint ou m’apaise, mon dernier moment. Et le fracas sourd advient à nouveau, rassurant par sa régularité, inquiétant par son volume sonore et vibratoire : une nouvelle vague s’est brisée, l’océan entier peut-être. Puis le silence encore. La respiration énorme, monstrueuse de la mer de Bali me rend présente, palpable presque la force vivante et surhumaine du Cosmos demeure des dieux balinais. Je me sens entourée et contenue autant que débordée et en proie à une étrange expérience des limites de mon corps.
Durant la journée, je l’écoute pour l’entendre si elle est toujours perceptible, lorsque je me promène sur le chemin aménagé qui longe la plage de Sanur. Je la alors ressens lointaine, bruit de fond assourdie par les bruits de la vie qui se déploie le long de la mer d’abord les premières cérémonies, offrandes de fleurs et d’encens dans une musique légère de clochettes, joueurs de gamelan sur les bales des terrasses des hôtels de la plage. Puis il me semble que je bascule dans la trivialité du tourisme : conversations multi-langues des touristes venant s’attabler pour le petit déjeuner, cris des marchands de babioles diverses, sonnettes des vélos.
Je m’éloigne alors le long de la mer, pieds nus dans une écume translucide à la lisière des vaguelettes qui viennent y mourir, absorbée par la recherche des coquillages déposés sur le sable au milieu des restes colorés des corolles de fleurs et des paniers de bambou.
Et là, enfin, je retrouve sa musique, son rythme, son fracas, mon refuge, ma propre respiration amplifiée à la dimension cosmique de l’île des Dieux.

Janine
Comme elle est étrange cette plage.
Pas de sable. Des galets, des cailloux, gros, irréguliers. Je marche et je trébuche. Je tombe et me relève. Je tombe et me relève. Mon enfant dans les bras. Mon enfant, vivant par miracle. Mon petit enfant. Si maigre que les gens le regardent avec pitié. Et pourtant il pèse, il est lourd à porter. Je peine, je fatigue, je trébuche, tombe et me relève.
Je veux atteindre la mer. La mer. La Mère ? La Mort ? Comme une délivrance.
J’entends le bruit des vagues. La mer est proche. Mais je ne la vois pas, occupée à regarder les pierres du chemin.
Je tombe encore. Je me relève. Je retombe. A genoux sur les cailloux, je lève enfin les yeux et je la vois. Enfin, enfin elle est là devant moi. Hélas je ne peux l’atteindre. Des pieux tout le long en empêchent l’accès, comme d’énormes barreaux. Il m’est interdit d’aller au-delà. Je suis comme en prison. Et l’enfant avec moi. Pourtant il est innocent. Et moi, quelle faute ai-je commise ? Quelle faute dois-je expier ? Je dois me relever et avancer. Pour lui. Je sens, je sais que toutes ces pierres sont à l’image de la vie qui, désormais, m’attend.
Les larmes coulent sur mon visage. Je n’ai pas le droit de baisser les bras. Je dois juste avancer, reprendre le chemin, avec courage. Pour lui. Je tombe, me blesse et me relève. Toujours.
Je serre mon enfant dans mes bras, si fort qu’il se met à hurler.
J’ouvre les yeux. Je suis dans mon lit, en sueur, l’enfant près de moi crie. Je sors enfin de cet horrible cauchemar.
Mais en suis-je vraiment jamais sortie ?

Madeleine
En me promenant sur la plage noire, j’aperçois ces poteaux esseulés. Je me dis qu’ils doivent se sentir bien désœuvrés de ne plus avoir à supporter la masse du petit pont qui reliait jadis une rive à l’autre, et les pêcheurs d’un village aux pêcheurs du hameau d’en face.
Me réchauffant d’une soupe de poisson dans un bistrot local, je me renseigne sur les événements à l’origine de sa disparition. L’éruption subite du volcan a fait fondre la vaste calotte glacière à son sommet, provoquant l’arrivée torrentielle et inhabituelle des eaux dans la plaine. Le pont a été arraché en quelques heures. Je remarque qu’un autre pont a été construit plus loin, plus solide, plus grand, pour des camions plus larges. Les villages changent et leurs habitants qui ne veulent plus pêcher exigent les mêmes produits que dans les grandes villes.
Mais, imperturbables depuis des temps immémoriaux, les phoques et les oiseaux de mer continuent leur activité en ces eaux froides. À présent réchauffée, je parcours à nouveau cette plage de lave, j’observe mouettes et goélands, posés chacun sur leur pylône, le plumage ébouriffé par le vent. Ils savent que les choses passent. Il suffit d’attendre que crachin et mer se calment, ou que la force du vent diminue et il fera à nouveau bon survoler la côte, louvoyant entre l’écume de la mer et les étendues de lave.

Marc – Inge
– Il faut que je te montre quelque chose, me dit Inge en remontant bien haut la fermeture éclair de son anorak.
Le vent qui vient du mont Norðberg nous fouette le visage et à moins que la marée descendante ne chasse les nuages et qu’un pâle soleil n’apparaisse subrepticement, le ciel de plomb qui pèse sur Kirkja laisse augurer une fin de journée pluvieuse.
Je prends le bras d’Inge et me laisse guider jusqu’au port dans lequel une flottille de bateaux de pêche est tranquillement bercée par une petite houle que la digue parvient à mollement contenir. J’avais rencontré Inge il y a fort longtemps quand elle était étudiante aux Beaux-arts de Nantes et qu’elle avait soutenu sa thèse sur Erró un artiste islandais. Elle vit aujourd’hui sur Fulgoy, une des plus petites îles Féroé en compagnie de Solvej la femme pasteur qui se démène pour épargner des flammes de l’enfer les quelques centaines d’âmes de pêcheurs qui peuplent l’île. En suivant un sentier bordé d’épines noires qui longe la mer, nous descendons la falaise pour atteindre une plage de grève et nous installer sur un petit banc taillé dans une anfractuosité de la roche, bien à l’abri du vent et des embruns. Devant nous, sous l’effet de la marée, apparaissent une dizaine de pieux émergeant de l’eau et portant chacun un galet rond et plat dont certains semblent reposer en équilibre précaire.
Mon regard interrogateur se tourne vers Inge.
– Attends ! me dit-elle en pointant le menton en direction du sentier d’où nous venions.
Une femme d’une trentaine d’année, emmitouflée dans une parka noire, s’approche de l’alignement de piquets et semble les observer méticuleusement. Soudain ses yeux se posent sur un galet gris bleu traversé d’une veine blanche, elle s’en saisit, le regarde encore un instant, puis l’ayant soigneusement déposé dans le sac qu’elle porte en bandoulière s’en va par là où elle est venue.
Avant d’avoir pu poser la question qui me brûle les lèvres, deux autres femmes, peut-être un peu plus âgées descendent elles aussi la falaise, rejoignent l’appareillage de bois et de galets et, à leur tour, observent et prélèvent chacune une pierre délicatement posée sur un poteau. Avant qu’elles ne quittent la plage, une jeune fille d’à peine vingt ans se livre au même manège.
– Tu vas m’expliquer ? Demandé-je à Inge.
– On dit ici qu’à chaque marée d’équinoxe, l’âme des marins perdus en mer, dépose chacune un galet en équilibre sur ces pieux de bois présents depuis la nuit des temps.
Elle rit devant ma moue sceptique.
– Et… ?
– Et les veuves de ces marins viennent ensuite prélever une de ces pierres que ce soir, dans leurs lits, elles réchaufferont entre leurs cuisses. Si le galet est celui de leur homme on dit qu’un enfant verra le jour.
– Voilà une belle façon de justifier la grossesse des veuves, dis-je avec un sourire narquois.
– Certes, répond Inge en me souriant tendrement, mais qui dispose les cailloux sur les pieux ?

Odile
Un culte millénaire ? Je connaissais les pierres en équilibre d’un artiste canadien qui crée des sculptures éphémères mais ici le bois et la pierre au défi de la mer. Une si grande fragilité face à l’immensité. La nature momentanément apprivoisée. Elles tomberont ces pierres et couleront sur le rivage pour devenir sable et simple grain au rythme des marées.
– Une belle photo, n’est ce pas ? Une coutume, le saviez-vous ? A chaque défunt perdu en mer un pieu est dédié. Et quand le pieu est vide, c’est que la mer et le défunt sont unis à jamais. Vous savez bien il y a les vivants, les morts et les gens qui sont en mer…
– Belle, oui certes mais angoissante dans sa beauté. Les éléments à l’état pur sans l’homme.
– Oui. Mais sans l’homme l’univers a existé… des pierres, des pieux, la mer, le flux et le reflux, des animaux… regardez ce calme, cette sérénité…

DEFI 8 – Vous entrez dans la tête d’une personne, homme ou femme, qui lit dans les pensées des autres. Pas une télépathie passagère non, un talent qui change sa vie. Faites preuve d’imagination. Vous trouverez peut être une piste de nouvelle. (Madeleine – Martine – Marc – Odile – Janine – Odile)
Madeleine
Tout à coup, Anémone fut prise d’un sentiment étrange. Au fur et à mesure qu’elle avançait en ce début de matinée sur le trottoir et dépassait des individus, elle entendait des bribes de leurs monologues intérieurs.
« Me reste-t-il encore du rôti pour ce soir ? »
« Que vais-je dire à mon chef pour expliquer mon retard ? »
« Quelle nuit infernale avec le nouveau-né des voisins qui a crié toute la nuit! Je suis crevé. »
Quel étrange magicien avait-il pu ouvrir ses perceptions ? Ce rêve incroyable qu’elle avait fait la nuit passée dans une forêt enchantée pourrait-il être la clé de ce phénomène ? Le rêve avait dû la perturber parce qu’elle réalisa qu’elle avait mal dormi en apercevant les poches noires sous ses yeux.
Arrivée au travail, et après avoir bu une gorgée de café serré pour tenter de se libérer de ces nouveaux sentiments, Anémone se présenta devant son supérieur qu’elle entendit aussitôt penser « Cette employée vieillit il faudra que je pense à la remplacer par quelqu’un qui me coûte moins cher… »
Anémone l’interrompit car il y avait vraiment des pensées qu’elle préférait ne pas entendre.
« Bonjour Monsieur, voici le dossier que vous m’avez demandé hier. J’espère que vous serez satisfait. »
Elle retourna dans le bureau qu’elle partageait avec sa collègue et après quelque temps, elle s’aperçut qu’elle n’entendait pas la pensée de sa collègue. Et en fin de matinée, toujours pas !
Mais ce pouvoir étrange en début de journée l’avait tout à coup décidée à franchir un pas qu’elle avait trop longtemps repoussé, se trouver une nouvelle activité professionnelle.

Martine – Le télépathe
Je préfèrerais ne pas…
Si j’avais quelque chose à demander au ciel, aux Dieux, à la lampe d’Aladin ce serait que cette malédiction disparaisse, que j’arrête de percevoir des pensées qui ne me concernent pas et viennent envahir mon esprit et mon âme à mon insu, en dehors de mon désir et de ma curiosité. Trouver le calme de l’âme, l’égoïsme et le désir de savoir. Ce « don » dont je suis affligée, on imagine que c’est un pouvoir, un intérêt, que cela enrichit ma vie. Mais c’est le contraire, l’écoute n’est pas un jeu pour moi, elle est contrainte là où je voudrais faire silence, être à l’écoute de ma propre intimité, de celle de l’autre aussi, autrement. On ne m’a pas donné de bouton pause, la seule solution c’est d’endurer ou d’être misanthrope, et je le deviens parfois parce que devant l’afflux de pensées parasites je ne peux plus que fuir et me replier, j’en deviendrais hostile à ceux qui ainsi bien involontairement m’envahissent. Presque tous les métiers me sont devenus insupportable, car, si l’on réfléchit, chacun nécessite une forme d’écoute sélective et de disponibilité et un désir d’entendre. A cause de cette situation incongrue, j’ai surtout le désir de ne pas entendre, les pensées des autres se ruent dans mon esprit bondé alors comme le métro aux heures de pointe. On ne me comprend pas, on dit que je suis psychotique parce que j’ai choisi de devenir informaticien, de m’enfermer dans un bureau avec des programmes ultra complexes que je résous tranquillement. Je leur suis utile alors ils me gardent. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que les machines, c’est toujours pareil, et ça me laisse du temps et qu’enfin à l’abri des pensées d’autrui, je peux voyager, laisser aller mon imaginaire, voyager dans les bribes de mes perceptions sensorielles solitaires, errer dans MES rêveries, heureux.

Marc
Ce n’est que vers l’âge de cinq ou six ans que je compris de quelle faculté la nature m’avait dotée. Avant, il me semble que dans ma tête je ne faisais aucune distinction entre ma pensée et celle des autres. Les messages que mon cerveau enregistrait étaient confus et faisaient appels à des concepts que mon innocence et ma conscience du monde ne pouvaient entrevoir. Peu à peu j’appris à distinguer les pensées extérieures et les miennes propres. Le temps d’acclimatation fut long et douloureux, notamment parce que les informations qui me parvenaient de toute part parasitaient chaque tentative de construction intellectuelle personnelle et, dès qu’on me mettait en présence de plusieurs individus, je me trouvais submergé par un flot continu de messages qu’il m’était impossible de décoder. Ma scolarité fut une catastrophe. Bien que je fus capable d’assimiler très rapidement de nombreuses compétences cognitives, je n’étais en mesure de nouer aucune relation durable avec aucun de mes pairs. On me plaça jusqu’à mes vingt-et-un ans dans une institution pour autistes ; paradoxalement, la vie en leur compagnie fut pour moi un soulagement, car leurs pensées, aussi complexes et délayées soient-elles, possèdent une dimension poétique, abstraite et dénuée d’intentions spécifiques, et je goûtai en leur présence un parfait apaisement.
Je me souviens de l’effarement du docteur Bayon, le psychiatre de l’établissement, lorsqu’il prit conscience de mes facultés et de l’étendue de sa découverte. Avant qu’il n’ait pu dire un mot, je précisai :
– Vous avez raison, je ne suis pas du tout schizophrène, mais ne comptez pas sur moi docteur pour que je serve de faire valoir à vos travaux de recherche, je n’ai aucune intention de me livrer à la série d’expériences que vous envisagez et si, malgré tout vous n’y renonciez pas, je ferai tout ce est qui en mon pouvoir, pour mettre à mal vos résultats et votre crédibilité. J’ai juste besoin de vous pour que vous m’aidiez à vivre avec cette particularité…encombrante, vous avez raison !
Le docteur et moi avons commencé un travail qui me permet aujourd’hui de sélectionner dans la pensée d’autrui, plus particulièrement ce qui révèle de l’intentionnel. Vos pensées sont multiples, inorganisées pour la plupart, fugaces, très souvent infertiles ; elles se placent en général dans le registre de la sensation et de l’émotion. En dehors du fait qu’elles nourrissent votre inconscient, la très grande majorité de ce que produit votre cerveau ne présente d’intérêt que pour vous, et encore ! J’ai donc appris à filtrer et à ne percevoir que ce qui, dans votre pensée, relève de l’action consciente. Plus prosaïquement j’élimine, comme vous d’ailleurs, vos obsessions et pulsions sexuelles, vos perceptions sensorielles et toutes les extrapolations que vos neurones produisent sans que vous-même parfois n’y preniez garde. Ce que je perçois désormais de manière beaucoup plus distincte c’est tout ce qu’une personne produit comme pensée artistique, philosophique ou scientifique, et dès lors, si je lis dans la pensée d’un quidam l’embryon d’un processus créatif j’assiste ému à l’éclosion d’une idée neuve et, je l’avoue, il m’arrive parfois de m’en saisir pour écrire des nouvelles.

Odile
– Ça ne peut pas continuer. Le nouveau, il a une combine, il triche.
– Mais non Patron, garanti il ne triche pas. Il lit dans les pensées des autres. Un truc bizarre qu‘on appelle télépathie… un truc comme ça et pas de médicament c‘est pas une maladie. Il est né comme ça.
– Tu rigoles Gianni !
– Non Patron je te jure, c‘est vrai !
– On va la tester sa combine avec Dingo s‘il gagne… alors la je te croirai.
Allo, Patron… oui ils ont joué… oui il a gagné oui un million… non c’est fini jouera plus jamais mon cousin… guéri oui si on veut… une balle dans la tête, coma… jouera plus jamais…

Janine
Depuis que j’avais commencé le yoga je sentais qu’il se passait des choses dans ma tête. Mais c’est avec le chat que tout avait vraiment commencé. Bien sûr je l’avais pris tout petit, ça expliquait notre lien profond, notre entente. Il devinait mes états d’âme et même mes pensées, surtout quand je devais l’emmener chez le vétérinaire. Et puis il y avait eu d’autres manifestations.
Au début je n’y avais pas vraiment prêté attention. Cela paraissait juste une coïncidence. Je pensais à ma meilleure amie, celle-ci téléphonait aussitôt. A table il me suffisait de penser que j’avais soif et mon mari me servait à boire. Des petites choses comme ça, sans importance.
Cependant, comme les épisodes se répétaient, j’ai fini par comprendre que je transmettais des messages. Marrant, non ? Et puis un jour je m’aperçus que je pouvais aussi recevoir. Ça devenait intéressant.
Ma volonté n’avait rien à voir avec ce nouveau phénomène et j’avais du mal à me l’expliquer. Encore plus à le décrire. Ce n’était pas une voix que j’entendais, ce n’était pas un mot ou une phrase que je lisais, ni une image qui apparaissait. Les mots, les phrases résonnaient dans ma tête. Comme une idée qui s’imposait mais ce n’était pas moi qui l’avais formulée. Cela venait du dehors, d’une autre personne. Je trouvais cela inquiétant, ces idées qui m’envahissaient malgré moi. Étais-je en train de devenir folle ? Je décidai de n’en parler à personne.
J’ai continué à vivre normalement, sauf que désormais je savais ce que pensaient les autres. Et croyez-moi, ce n’était pas toujours flatteur. Il m’arrivait d’entendre de ces choses ! Et j’en vins à découvrir quantité de petits secrets.
Il y a eu des moments pénibles parfois, surtout dans le métro, c’était même parfois franchement insupportable. Il y avait un tel brouhaha dans ma tête ! Toutes ces pensées qui se bousculaient. Et en plusieurs langues, en plus !
Si je n’apprenais pas à gérer le phénomène, je risquais le burn-out. Alors avec l’aide de mon prof de yoga et de la méditation j’appris à canaliser et à maîtriser tout cela. Je m’appliquai tellement qu’en peu de temps je parvins à contrôler parfaitement les transmissions.
Alors je me suis dit qu’un tel don devrait être utilisé, je n’allais pas le laisser en friche. Oui, mais comment ? Dans quel domaine ?
Parfois le soir avec mon mari il nous arrivait de jouer aux cartes. Je n’aimais pas particulièrement jusqu’au jour où je m’aperçus que je gagnais tout le temps. Normal, je devinais ses pensées ! C’était marrant ! Alors je me suis exercée avec les amis et j’ai pu me constituer ainsi une petite cagnotte.
De fil en aiguille, j’ai pensé au casino. Pourquoi pas ? Juste un essai. On verra si ça marche. Et comme ça marchait, de mieux en mieux, nous avons pu nous payer une nouvelle voiture et de belles vacances au soleil.
Prudence oblige, il ne faut surtout pas risquer de se faire pincer. Même si nous ne trichons pas, nous pourrions être interdits de casino pour des gains exagérés. Alors, profil bas, restons dans des limites raisonnables pour ne pas être inquiétés d’autant plus que nous projetons un voyage en Polynésie.
Et penser qu’au départ je n’aimais pas les cartes !

Odile
Nathalie l’entend et pourtant il ne dit rien. Avec lui ça marche aussi, il ne faut pas qu’elle donne l’impression de tout savoir. Il fuira sinon comme les autres où deviendra méfiant comme sa mère.
« Plutôt mignonne et intelligente. Jolis yeux verts et une silhouette ! Je préférais sa robe noire moulante mais en jean….
Ah lui aussi est sensible au genre femme fatale. Décidément ils sont tous les mêmes…
« Elle fronce les sourcils et prend cet air réfléchi… et la elle tique… »
Je baisse les yeux et… il verra sinon à mon regard…
« Raphaël m’avait prévenu, Nathalie est étrange, on se croirait un peu chez Madame Soleil, un peu chez la psy… elle devine tes désirs et comprend tes pensées au quart de tour… pas toujours facile. En groupe elle est perdue, pas très sociable. »
Ah oui c’est ce qu’a dit Raphaël… bon à savoir qu’ils sont potes… en groupe oui toutes ces pensées que j’entends… ça fait un vrai charivari dans ma tête. Je ne sais plus qui suivre et qui parle… à suivre

DEFI 9 – Un pull préféré, une cravate qui a toute une histoire, une peluche peut être … bref un objet en tissu… décrivez l‘objet précisément en profitant de la description pour lui donner une vie, une histoire. (Janine – Odile – Martine – Yvonne)

Janine
Le moment est venu de lâcher du lest, de me libérer de choses inutiles qui m’encombrent. Commençons par l’armoire. Tout en haut il y a les oubliettes. Des boîtes avec quoi, déjà ? J’en prends une, au hasard, mais dès que je l’ouvre j’en prends plein les yeux… et le cœur. Il y a là toute une tranche de ma vie d’avant. Une de mes vies d’avant. Quand j’étais jeune.
Je soulève le cellophane et elle apparaît, intacte, belle comme au premier jour, légère, mouvante, ma robe longue. Je m’effondre dans le fauteuil, la robe dans mes bras. Je la serre, je la respire, je la caresse.
Je le regarde en train de la dessiner. Le feutre zigzague sur le papier. La matière ? Du crêpe, fluide sur le corps, un drapé qui prend le décolleté et descend, ça fait bouger la robe sur toi. La couleur ? Fuschia, ça t’ira bien au teint.
Il avait aussi dessiné la robe longue de Manó, sa mère. Une robe noire, en moire, avec des manches longues. Simple mais très chic.
Nous sommes allés acheter les étoffes chez son fournisseur pour les costumes de théâtre et Manó confectionnerait les robes.
Nous étions tous excités dans la maison car Fabian avait été engagé pour réaliser les décors et les costumes du seul opéra catalan, «Tassarba», et tous ceux qui participeraient à sa réalisation devaient être Catalans. Une occasion formidable pour lui de faire reconnaître enfin son talent.
Tous les jours en sortant du bureau je me précipitais chez Manó pour l’aider à coudre nos toilettes pour la Première, le salon était devenu un atelier, on parlait, on riait, on imaginait. Et la coiffure, il faudra y penser. Des chignons, bien sûr. Il faudra prendre rendez-vous chez Rafaël. Et les chaussures, tu les as ? Dans la maison on ne parlait que de la Tassarba et l’excitation augmentait de jour en jour.
Le seul à faire la tête c’était le père. Lui, l’ancien révolutionnaire, sortir avec deux folles en robe longue, jamais !
Un ami qui avait une belle voiture nous accompagna. Quelle entrée ! Nous marchions sur un nuage, radieuses, et fières des regards qui se tournaient vers nous.
Ennuyeuse au possible, la Tassarba, mais nous, nous n’avions d’yeux que pour les décors et les costumes. Sublimes. Ce fut l’avis de tous et lorsque Fabian apparut en scène, à la fin du spectacle, il fut accueilli par une ovation.
Nous sommes allées Manó et moi en coulisses pour le féliciter. Il fut difficile de l’approcher, entouré comme il était. Il nous a serrées dans ses bras et puis il est parti, avec toute la troupe, fêter leur succès.
Et nous, toute étourdies et les mains douloureuses d’avoir tant applaudi, nous nous sommes retrouvées seules sur la Rambla qui se vidait lentement. Le père nous rejoignit. Le retour se fit en silence, chacun perdu dans ses pensées.
Je caresse la robe et j’entends encore les applaudissements.

Odile – Une perte
Ce foulard était doux, soyeux. C’était un batik de jogjakarta, je crois. Je l’avais acheté à un salon d’artisanat à Jakarta. Une folie pour un bout de tissu m’aurait-on dit en France. Je le portais tout le temps. Dans des nuances ocre et rouille, teint selon des procédures traditionnelles, il allait avec tout et protégeait mon cou des vents glacials des climatiseurs indonésiens.
Je l’avais dans l’avion pour Timor et là bas je l’ai oublié, dans une voiture ou dans un restaurant. Tout le monde m’en faisait compliment. J’ai demandé si on l’avait trouvé. Personne ne se souvenait l’avoir vu. Il a fait le bonheur d’un ou d’une autre. Il n’a pas quitté son archipel et au fond des batiks j’en avais d’autres ! Il me manque, dans mes tribulations il était un signe de la séquence indonésienne de ma vie. Je l’aimais comme un compagnon que je retrouvais rangé dans le tiroir du dressing avec d’autres batiks.
Quelques années plus tard, la nostalgie est là parce que, entre lavages et petits cadeaux, la pile des batiks s’est réduite. L’autre tout aussi beau est de Kalimantan est toujours là et je le surveille de près il n’aurait rien à gagner à rester ici en Italie.

Martine – Manteau de voyage
L’habit fait aussi le moine. Ce manteau je l’ai acheté dans une boutique japonaise. Il est noir, dans un tissu très dense qui évoque et la soie et la gabardine, fin et imperméable, mais qui laisse respirer et dans lequel je ne sue pas. Léger au poids, il reste chaud car il possède une doublure polaire amovible, idéale pour visiter les villes froides l’hiver sans être engoncée. Et si les villes sont très froides, l’amplitude du vêtement permet de mettre un pull ou une veste en dessous, sans être serrée. L’été, si l’on ôte la doublure et que le laisse ouvert c’est une veste légère à l’allure de kimono. Il a une capuche ample, non séparable, ce qui évite de la perdre ou de l’oublier pour les jours de pluie et elle n’en défigure pas la ligne. Il est équipé de poches zippées, deux sur le corps et une sur la manche, qui permettent de ranger à des endroits différents. Il est assez élégant, à la façon des vêtements asiatiques sobre, confortables et aérés. Il a une belle ligne qui permet de le mettre pour sortir, il ne se froisse pas, il ne pèse presque rien et se range aisément dans la valise cabine quand je prends l’avion. Il est devenu le vêtement que depuis 20 ans je mets pour voyager, qu’il s’agisse d’un week end ou d’une période plus longue. Il est le garant de mon confort, de ma sécurité, de ma liberté. Lorsque je l’enfile c’est déjà la magie, le départ pour un petit ou grand voyage. Aussi, le reste du temps, reste t-il enfermé précieusement dans l’armoire, cette veste japonaise est mon tapis volant.

Yvonne
Je croyais l’avoir perdu, mais c’est en fouillant mon placard à la recherche d’une couverture que je l‘ai retrouvé, tout chiffonné, derrière une pile de draps et d’oreillers. Mon bon vieux boubou vert émeraude, brodé de blanc et d’or, que j’avais tant de fois porté au Sénégal ! Il m’avait été offert par l’épouse d’un haut dignitaire, je crois bien que pour me remercier d’avoir facilité des visas pour ses enfants. Mais oui, ça me revient, nous avions d’ailleurs retrouvé à Rome une de ses filles, qui était dans la même classe que la mienne au Lycée Chateaubriand. Le boubou était magnifique, mais un peu lourd à porter, il faut l’avouer. Je l’ai mis la première fois lorsque le président Diouf m’a remis la décoration de l’Ordre du Lion, un tel honneur méritait une tenue à la hauteur ! Et je n’oublierai jamais une autre occasion mémorable, notre « pot » de départ, lorsque, engoncée dans mon boubou vert et tétanisée par l’émotion, j’ai récité le fameux poème de Léopold Sédar-Senghor, «Demain je reprendrai le chemin de l’Europe – chemin de l’ambassade – dans le regret du pays noir…. ». Mais on a beau porter des boubous, on ne devient pas africaine pour autant. Le boubou était assorti d’un large foulard de la même couleur, que j’aurais dû nouer artistiquement autour de ma tête, comme font toutes les Sénégalaises…. Eh bien, malgré d’innombrables leçons et de multiples tentatives, je n’y suis jamais arrivée. Comme quoi, comme dit le proverbe africain dans sa sagesse, «le tronc d’arbre a beau rester longtemps plongé dans le marigot, il ne deviendra jamais crocodile» !

DEFI 10 – Écrivez un texte dans lequel vous insérerez le plus possible de mots étrangers, révélant ainsi le pays où vous vous trouvez et qui n’est pas nécessairement l’Italie, même si l’image le suggère. Évidemment entre pizza, expresso, capuccino, a la carbonara… la piste est aisée… pensez à d’autres univers que celui de la table. (Janine – Odile – Martine – Dorothée)

Janine
− Alors la Ca’ d’Oro est toujours aussi belle ? Ton week-end à Venise s’est bien passé ?
− Favoloso ! Il a fait si beau que j’ai pris un vaporetto et je suis allée au Lido. On attendait la bora et c’est le sirocco qui soufflait. On a même mangé dehors sous des pergolas.
− Et ton amie Teresa, elle joue toujours à la prima donna ?
− Eh oui, elle se croit toujours à l’Opéra. Son passé de mezzo soprano coloratura ! Elle prend de l’âge et elle fait moins de vibrato et de tremolo. Mais la pire c’est sa fille qui se prend pour une diva.
− Dis-moi, son mari, le maestro, il a toujours ce look de mafioso ?
− Oui, ça doit être ses cheveux gominés et ses moustaches, on le croirait sorti du clan des Siciliens !
− Venise ne doit plus avoir de secrets pour toi maintenant.
− Penses-tu, chaque fois je découvre une calle ou un rio que je ne connaissais pas, ou un portego. Cette fois je suis allée visiter le Ghetto. Et je me suis offert une soirée à La Fenice.
− Les Vénitiens sont toujours aussi caustiques avec les forestieri ?
− Ah ça oui, ils parlent en dialecte et se figurent qu’on ne les comprend pas. Mais je n’ai pas à me plaindre, un barcaiolo m’a juste traitée de bamboetta, petite poupée, c’est mieux que veccia, vieille ! Mais, dis-moi, qu’est-ce que tu as fait toi ce week-end ?
− J’ai visité Cinecittà avec une association culturelle. Vraiment bien. Je te raconterai. Bon, allez, ciao, je te laisse, je dois préparer des carciofi alla Giudia.
− Bon, alors buon appetito, ciao, a presto !

Odile
BMW kaputt complètement. Pas de Chance de reparieren.
Chauffieren la Dame du Patron pas possible. Verstanden.
Pour Madame aller Bistro, trinquer une Bock et manger Frikadelle.
Le Clou BMW kaputt, Allee du 17 juin Brandenburger Tor. Un Debakel komplett.
Pas derangieren le Chauffeur, moi Ersatz et Madame avoir courage et marschieren a l’hotel.
Panne rar passieren. Non pas Sabotage.
La Dame aller Café et manger un baiser avec Kaffee. Pariser Platz ou Hotel. Verstanden ? Verstanden. Ciao

Martine – Pasar Malam, marché de nuit, foire de rêves
A Bali comme en Indonésie, le pasar Malam est à la fois marché de nuit, lieu de rassemblement, foire de rêves et lieu de débats d’idées et d’idéaux pour la population qui vient, après son travail à la rivière s’y restaurer pour quelques roupies, faire ses courses également à tarif « indonésien » de vêtements ou de produits pour la maison sur de petits stands à terre ou sur des portants. Tous les pouvoirs économiques et politiques s’entendent pour le faire disparaître ; lieu de concurrence imbattable pour les boutiques pour touristes, lieu politique risquant de fomenter, ce fut le cas jadis, des révolutions ou de révoltes syndicales, lieu de brassage des différentes cultures de l’archipel, – toutes les pratiques culinaires s’y dégustent- . Il y a quelques expatriés occidentaux vivants sur l’île, quelques touristes routards discrets, ils sont acceptés, non démarchés, les prix ne sont pas majorés. Des nourritures délicieuses de toutes les îles s’y dégustent debout ou sur des tables de fortune où les clients se serrent. Des classiques nasi goreng ou bakmi goreng aux nourritures épicées de padang ou des Moluques, des stands de beignets de bananes et d’autres fruits ( kunang pisang), du riz noir cuit dans du lait de coco et du sucre de canne que l’on emporte dans des feuilles de bananier repliées, des soupes de légumes et de poulet ou de porc selon la religion du vendeur, la cuisine goûteuse n’a rien a envier au buffets indonésiens des grands hôtels et nous n’y avons jamais été malades pour plusieurs zéros de moins sur la note.
Il y a toujours un banian, arbre sacré autour duquel s’érige un temple, un Pura, garant de la présence spirituelle et divine et couvert d’offrandes de fleurs et de fruits.
Alors les pouvoirs politiques et locaux tentent d’exclure le pasar malam et d’abord de l’éloigner des centres et zones touristiques, il faut prendre un bémo (bus vert local à prix dérisoire) ou un taxi (prix européen) le marché se rénove pour des raisons officielles de propreté, et propose des stands qui ne sont plus accessibles qu’aux grossistes, fini les étalages d’offrandes de fleurs, de sel (garam) en pyramide relégués dans la cour ou le parvis ou disparus, fini les temples partout et les toiles d’araignées gigantesques, véritables œuvres d’art. Dans les villages, partie prenante de la vie institutionnelle locale, les pasar malam subsistent, leur disparition ferait l’effet sur al vie locale de la suppression des hammams en Orient mais inconnus des touristes et très éloignés. Qu’importent les balinais s’y rendent en mobylette familiale à 4 sur le deux roues ou dans des camions bondés comme pour aller à leur cérémonies, leur temple les Pura étant déplacées aussi au delà des plages chics à touristes car trop sales officiellement. Le détachement balinais étant légendaires, ils acceptent, jusqu’à quand…
Mais la force symbolique du Pasar malam traverse les frontières. Le principal écrivain indonésien écrivit en captivité sous la dictature une trilogie célèbre dont le premier tome s’intitulait « la vie n’est pas une foire nocturne (pasar malam) et la principale association franco indonésienne se nomme Pasar malam et sa revue le Banian.

Dorothée – I would prefer not to.
C’est par ces mots qu’il a mis un terme à notre histoire, alors que j’étais en train de lui proposer un week-end en amoureux en Italie. J’ai d’abord cru que c’était encore un trait de son humour so british. Surtout quand il a rajouté en voyant les billets pour Venise : « c’est so cliché ».
Mais non. Il voulait réellement rompre. Indeed.
Keep cool, ce type ne te mérite pas…, me suis-je dit.
Nous nous étions rencontrés à un speed-dating, je ne connaissais pas grand chose de lui. Ce soir là j’avais sans doute été séduite par son after-shave et lui par mon brushing. C’était lui qui avait fait les premières avances, il m’avait trouvé so frenchy. Quelques cocktails plus tard et quelques mouvements endiablés sur le dance floor avaient eu raison de notre timidité réciproque. Depuis nous étions non-stop ensemble, il adorait me présenter à tous ses amis comme « my fiancée ».
Mais quelques semaines plus tard, notre relation valait manifestement peanuts à ses yeux.
Monsieur avait besoin d’un break.
Il y avait eu un bug dans le casting, en misant une fois de plus sur la génération zapping. J’avais la douloureuse impression de vivre le remake de mon histoire précédente.
I can’t believe it !