17 janvier l’école

Un souvenir d’école

Vous écrirez une étape de l’univers enfantin, le passage à l’école. Si vous avez choisi le mode carnet de voyage, vous introduirez l’école vue de l’extérieur, une cour de récréation, des écoliers …

bonne  inspiration !

Les textes d’hier sont ici

les plumes 

5 réponses à 17 janvier l’école

  1. Geneviève dit :

    La pluie fine qui tombait depuis le matin recommença à tomber. Ils avaient prévu cette escapade sur la presqu’île depuis plusieurs jours et malgré une météo humide et brouillardeuse, d’où un rayon de soleil peinait à émerger, ils avaient décidé de pousser jusqu’au village le plus à l’ouest. La route, tour à tour, se faufilait à travers des masses rocheuses ou serpentait à travers des prés d’herbe grasse où des moutons vagabondaient en toute liberté.
    Tout à coup après le col, surgirent des maisons dispersées comme de gros sucres blancs tombés de la poche d’un géant. Lili insista pour qu’ils garent la voiture avant de poursuivre à pied le chemin qui descendait jusqu’à la mer. Là, en contrebas, à l’abri de la falaise, juste à côté d’une petite plage parsemée de roches aux formes rugueuses, se trouvait l’école.
    « Alors, la cour de récré, c’est la plage ? » s’émerveilla Lili.
    C’était un bâtiment blanc, sans étage, avec des châssis rouge et un toit pentu.
    Combien d’enfants comptait ce village du bout de l’île, séparé des autres par quelques kilomètres à peine mais qu’un brouillard épais ou la neige isolait totalement au cœur de l’hiver. Peu importait cette quarantaine forcée. Car ici, les enfants grandissaient les yeux tournés vers le large. Ils apprenaient à lire au rythme du clapotis des vagues, découvraient les sciences naturelles en parcourant la plage et récitaient leurs tables de multiplication au son du ressac.
    Ici se perpétuait la lignée d’un peuple de marin.

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Janine
    Transport scolaire

    Sortie du centre résidentiel me voilà plongée dans la circulation chaotique de Dehli. Taxis, camions, rickshaw, milliers de scooters qui souvent portent toute une famille, le père et la mère, châle au vent et trois ou quatre enfants coincés entre eux.
    Je vois passer un étrange véhicule. Un homme pédale sur une bicyclette. Il est très maigre et ses muscles, tendus à l’extrême, saillent sous la peau. Il fournit un très gros effort. Une remorque à quatre roues est accrochée à la bicyclette. Elle est entourée de barreaux, comme une cage. A l’intérieur, des enfants aux yeux immenses et rieurs et au sourire éclatant. Ils ont l’air heureux.
    Vous mettez les enfants en cage ici ? Demandai-je à Sunaima. Elle rit. Non voyons, il s’agit de transport scolaire. Tout simplement. L’homme est autorisé, il gagne un peu d’argent et les familles qui habitent loin de l’école et ne peuvent accompagner les enfants sont rassurées.
    Cette cage, ainsi lancée dans la cohue infernale du trafic matinal, n’a pourtant à mes yeux rien de rassurant. Mais je ne suis là que depuis deux jours et je ne suis pas au bout de mes surprises.

  3. Marc dit :

    La musique avait cessé et l’image de Sabine se dissipa dans le silence qui peu à peu avait repris sa place. Titi était songeur. Quand la réalité lui fut soudain tangible, il remarqua que son chat avait disparu. Il explora les rangées de chaises, passa derrière l’autel et monta même en chaire. Comment appeler un chat qui n’a même pas de nom ? Minou ? Mimi ? La porte qui montait à l’orgue était entre-ouverte et il était probable que le chaton intrépide s’y soit glissé en douce. Titi s’engagea dans l’escalier et atteignit la loge dans laquelle l’organiste caressait délicatement la petite boule de poils roux.
    – C’est à vous ? demanda l’homme au costume gris,
    – C’est plutôt moi qui suis à lui, répondit Titi, il a plus le sens de la propriété que moi.
    Le chaton quitta les genoux de l’organiste et vint se frotter en ronronnant contre les jambes de Titi.
    – Vous préparez un concerto de Vivaldi ? demanda-t-il.
    L’homme parut surpris qu’on ait pu reconnaître l’œuvre à la seule écoute de la partie orgue.
    – Vous connaissez ? interrogea l’organiste
    Titi eut un sourire triste.
    – Ma femme était violoniste, avait-il dit, c’est une des premières pièces qu’elle a joué avec son quatuor. Elle a aussi enseigné au Conservatoire.
    Jamais Titi n’avait autant parlé de Sabine. Il continua.
    – Elle adorait ça enseigner. Je venais la chercher à la sortie des cours. Deux ou trois élèves traînaient toujours un peu pour avoir une conversation avec elle. A la craie, sur un immense tableau noir, plein d’écailles, et sur lequel des portées permanentes étaient peintes, elle dessinait la musique qui émerveillait les enfants et qui les faisaient adorer le solfège. Quand elle rentrait à la maison elle avait les cheveux plein de poussière blanche qu’elle époussetait en riant. Dans sa classe d’orchestre, on se battait pour avoir une place et, par la grâce de son sourire et de sa conviction, elle pouvait extraire ce qu’il a de meilleur dans chaque instrumentiste. Elle vouvoyait tous ses élèves, petits ou grands et, dans sa très grande rigueur, trouvait toujours une qualité au moins habile d’entre eux. Elle se perdait dans le dédale des salles de classes et prétendait, la nuit, que les couloirs changeaient d’orientation. Souvent, elle pénétrait sans crier gare dans les cours des autres professeurs qui moquaient son peu de sens de l’orientation. Un jour pendant le concert terminal, à la fin de l’entracte, tout l’orchestre était parti à sa recherche. Elle cherchait toujours les toilettes.
    Titi avait fait une pause et s’était demandé pourquoi il était en train de raconter tout cela à un inconnu. Il avait poursuivi, plus pour lui-même que pour le petit monsieur en gris souris qui pourtant écoutait avec intérêt. En mettant des mots sur son histoire, Titi avait la sensation de donner corps à l’ectoplasme qui hantait ses souvenirs.
    – Après, avait-il ajouté, quand elle est partie faire des concerts, elle revenait parfois au Conservatoire. Elle caressait les murs du bout des doigts comme pour capturer des sons qui s’y étaient incrustés, respirait les plates-bandes et enlaçait les colonnades de la cour centrale. Je l’ai vue prélever un caillou rond comme une bille, le mettre dans sa bouche et l’enfouir dans sa poche ; je l’ai vue enfoncer sa tête dans la vigne vierge qui escaladait les façades et frotter sa joue contre les vantaux de l’immense porte de l’auditorium.
    – Une folle ! avait affirmé le chat.

  4. Ludmilla dit :

    Entre deux lignes
    Je rangeais, triais, donnais, jetais, gardais… dans cette maison que j’allais bientôt quitter pour de bon. Jusqu’à cette pile de cahiers brochés et de livres scolaires dont le titre seul distinguait la matière. Mathématiques, lecture, grammaire, conjugaison, orthographe, histoire, géographie, morale et instruction civique. Un drap propre mais légèrement jauni recouvrait le tout, parfaitement bordé. Ma mère avait l’art du rangement, je m’en souviens aujourd’hui.
    Le plafond du grenier, bas à cet endroit pour ma taille, je me penche, les étale précieusement sur le dessus d’autres cartons, les admirant, les touchant, les sentant… Une palette d’émotions soudain me submerge.
    Oh ! Ce cahier ! Mais oui, c’est mon nom ! Voyons… j’avais 6 ans… c’est loin tout ça. La Communale… c’était où déjà ?
    Pierre, Pierrot comme on m’appelait à l’époque. Je me souviens des culottes courtes, des chemises à carreaux que des bretelles élastiques maintenaient en place… et la blouse grise obligatoire, et la coupe de cheveux très courte, surtout autour des oreilles… Allez, j’ouvre !
    Mon cahier d’écriture, avec ses deux lignes bleutées. Le modèle du Maître suivi de mes tentatives à le reproduire, au moins trois fois ! Que tout ça me parait loin aujourd’hui, si loin.
    Saurais-je aujourd’hui reproduire ces pleins et ces déliés en me servant d’une plume Sergent Major trempée dans l’encrier. Instinctivement je regarde mes doigts ; ils n’ont plus de taches d’encre violette.
    A l’heure des texto et des courriels, les pleins et les déliés ont disparus à jamais. Ces deux mots devenus obsolètes sont plus souvent associés au plein d’essence et aux langues déliées. Notre voix traduit et inscrit déjà automatiquement nos paroles en mots calibrés sur l’ordinateur ou sur le téléphone portable. Et je ne parle plus du correcteur d’orthographique !
    Notre main nous réjouissait quand elle dessinait à la plume des mots sur du papier, des pleins appuyés et des déliés légers.
    Où va-t-on ?

  5. Odile zeller dit :

    Texte d‘Odile

    J‘allais visiter une classe de grands élèves, des créatifs pour les faire écrire. C’était le matin. Leur professeur de littérature française me promène dans l’établissement, m’offre un café et nous nous rendons dans la classe où il fait froid, glacé. Je vais m’enrhumer et eux peut-être. Je m’assieds, les élèves restent debout sur un pied. Ils attendent. Le haut parleur suspendu au plafond craque. Le groupe me surveille du coin des yeux. Un mot du directeur, une pensée pour entamer la journée coupe le silence soudain. Je me lève . Ils se raidissent et chantent O Canada ensemble au rythme du haut parleur les uns en français d’autres en anglais. Le cours peut commencer. Le froid persiste et je m’en suis enrhumée.

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