Écrire le violet, couleur mystérieuse

Écrire le violet.

Le violet, le parle, le lilas sont des couleurs subtiles.

Il ne suffit pas de mélanger du rouge et du bleu pour obtenir un violet. Ce mélange donne un résultat médiocre et souvent très peu flatteur.Par contre l’ajout très lent de rouge ou de rose dans un bleu pâle conduit à des tons qui vont du pervenche au parme et à toute une gamme de violet.

En littérature, 

la violette apparaît au 19 eme siècle. C’est une fleur modeste qui  parle d’amour.

Ecrivez un texte qui parle de cette couleur ou de ces fleurs.

C’est aussi une occasion de faire parler les parfums et les senteurs.

Pour voir les textes verts c’est ici.

A vos plumes

la plume

7 réponses à Écrire le violet, couleur mystérieuse

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Loretta

    Via Montebello

    Elles lui avaient semblé si fraiches avec leur corolle violette délicatement striée de jaune, il avait acheté le petit bouquet à la vendeuse qui déambulait parmi les achalandages en ce jour de marché. Cette paysanne massive semblait arriver directement de la campagne des environs, ses jambes trapues, son fichu mauve délavé, sa robe ample dans les mêmes tons que son fichu, tout en elle offrait un contraste frappant avec les fleurs, si fragiles, si fines enserrées dans le panier en osier qu´elle avait au bras.
    Le soleil s´était levé tard et le ciel n´avait pas encore décidé quelle couleur il allait arborer ce jour-là : Quelques rayons jetaient une lumière pourpre sur les toits encore somnolents, l´arrière – plan tirait sur des tons lilas qui seyaient à ce jour anonyme.
    Les vendeurs de primeurs étaient devenus rares, le marché avait perdu sa variété depuis que les résidents de longue date avaient disparu du quartier, soit parce – qu´ils n´étaient plus (les portes de l´église avoisinante se paraient de plus en plus fréquemment des ornements violets et noirs désignés pour les funérailles), soit parce – qu´ ils avaient préféré migrer vers les nouveaux quartiers qui avaient surgi dès les années ´70, tels des champignons parasites, excroissances souvent hideuses à la périphérie de la ville.
    Quoiqu´il en soit, quelques marchands de fruits et légumes résistaient encore et, en cette saison, on pouvait par exemple s´approvisionner de prunes et de quetsches, s´accaparer les dernières aubergines de la saison tandis que les premiers artichauts aux pointes violacées faisaient timidement leur apparition sur quelques étals, savamment exposés par les maraichers – vendeurs.
    Le reste du marché était le domaine des pakistanais, des indiens, des nord-africains qui essayaient de joindre les deux bouts en offrant leurs marchandises, tels les châles importés de leur pays dont les couleurs s´inspiraient des teintes de l´arc-en-ciel, du jaune au vert en passant par toutes les nuances du violet ou bien les bijoux faux ou vrais, la plupart faux et agrémentés de pierres imitant améthystes, malachites, tourmalines …
    Le bouquet à la main, il alla sonner chez Viola, sa voisine de palier. Elle lui ouvrit, encore ensommeillée, enveloppée dans une robe de chambre délavée qui à l´origine avait dû être mauve. À la vue de Piero lui tendant le tendre bouquet, ses yeux qui avaient la couleur de ces rares ambres aux reflets bleu sombre, presque violets s´agrandirent. « Buongiorno Piero ! Des violettes ? Mais tu sais bien que je suis superstitieuse, cette couleur n´est pas de bon augure… »

    Loretta

  2. VIOLA Sept couleurs pour rêver sa vie
    Viola a sept ans. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours vu la vie en violet !
    Ses parents adorent cette couleur. Pas le pourpre ‘lie de vin’, ni le bleu lavande, ni le lilas délavé, non ! Ils sont fous de la violette de Parme, du vrai violet des évêques. Ils en ont mis absolument partout dans la maison, du salon aux chambres, en passant par la salle de bains : les papiers peints, la moquette, les rideaux, le canapé et les fauteuils, les couvre-lits, les meubles et même la baignoire et les sanitaires… TOUT EST VIOLET ! (Heureusement, certains murs sont restés blancs – une idée extravagante de son père – et sa mère tolère quelques touches de vert sur des tissus d’ameublement à grandes fleurs, exclusivement violettes, bien sûr).
    Inutile de dire qu’ils collectionnent tous les bibelots et objets de couleur violette : vases, tableaux, boîtes de toutes sortes, et aussi cartes postales ou vieilles publicités, qu’ils vont chasser le samedi dans les brocantes et les vide-greniers, et puis toutes les affiches de films et les pochettes de disques, qui portent un nom de groupe ou un titre avec le mot “violet” dessus, comme « Deep Purple » ou « Purple rain »… qu’ils écoutent, bien sûr, en boucle toute la journée quand ils sont à la maison, ou dans la voiture.
    Violet, en anglais, ça se dit: Purple. Il faut dire qu’ici, en Angleterre, les goûts de ses parents n’ont rien d’excentrique, parce que le violet est une couleur très appréciée. On la voit partout, à part peut-être sur les voitures. Mais les parents de Viola sont très très forts; ils ont réussi à en trouver une chez Vauxhall… violet métallisé. Ils n’en sont pas peu fiers ! Bien sûr, ils écrivent à l’encre violette. Son père, qui est instituteur, corrige les cahiers de ses élèves en violet, il dit que ça fait moins sévère que le rouge. Sa mère, qui est prof de musique au collège, a fait repeindre son piano et elle écrit sur ses partitions toutes les notes en violet, même les blanches et les noires !
    Évidemment, ils s’habillent tous les deux en violet : costumes, tailleurs, jupes, pantalons, vestes, manteaux, chapeaux, gants, écharpes et bonnets, tout est violet dans leurs armoires. À part l’uniforme de Viola pour l’école (qui est gris), seules les chemises de son père et quelques pièces de lingerie restent blanches. Sauf si…
    Un jour, sa mère – qui est très distraite – avait mis dans la machine à laver un de ses pulls violets avec des chemises et des sous-vêtements blancs. Catastrophe ! Toute la famille s’était retrouvée avec des chaussettes et des slips passés à la teinture parme. Sa mère était horrifiée. Son père – naturally – avait trouvé ça plutôt joli. C’était sûrement pour consoler sa femme. Le pull avait rétréci. Mais bon, il avait ajouté, ça n’est pas un drame, après tout ! Viola pourra encore le porter.
    Viola est la seule de la famille à qui l’on concède de porter du rose. Encore heureux qu’elle ne soit pas un garçon ! Pourtant, Viola déteste le rose, les poupées Barbie et leur garde-robe de star toute paillettes et rose fluo… Mais ça, ses parents ne s’en sont pas encore aperçus… Ils sont gentils, mais ils sont vraiment très distraits. Viola ne dit rien, elle ne voudrait surtout pas leur faire de peine.
    Alors, la nuit, sous ses draps rose bonbon, Viola rêve…
    en rouge coccinelle…
    en orange abricot…
    en jaune vanille…
    en vert sauterelle…
    en bleu ciel ou indigo…
    et quelquefois même, en noir réglisse !
    Mais c’est décidé ! Quand elle sera grande, elle sera infirmière en blanc ! Elle ira habiter à la montagne, dans un pays où elle verra la neige toute l’année. Et dans sa maison à elle, il n’y aura pas une seule fleur, pas une seule rayure, de couleur. Ni violet, ni autre ! Rien que du blanc pur, la non-couleur qui porte toutes les couleurs à la fois. Juste du blanc, couleur du départ, de l’envol, de la naissance et de la re-naissance.
    Quand elle sera grande, elle se fera appeler Bianca… Et quand elle sera très vieille, on l’appellera tout simplement “la Dame Blanche”.


    • Ludmilla dit :

      Surprenante cette couleur, tu la déclines avec élégance, un grand plaisir de lecture. Les parents de Viola ont peut-être vécu les derniers mots de la chanson ”
      I only want to see you – Only want to see you in the -Purple rain” pour s’en imprégner autant dans leur vie ! Je ne suis pas sûre que les notes de musique peintes en violet soient bien lisibles mais après tout pourquoi pas. Ce qui est sûr c’est qu’on a envie d’accompagner Viola, heu, Bianca, dans sa nouvelle vie d’indépendance ! Cette histoire est très réussie, j’adore !

  3. Ludmilla dit :

    Et oui Odile, violet magiquement glacial, dramatique même. La situation est bien décrite, les sentiments sont là ; j’ai particulièrement apprécié ce qu’il peut y avoir de symbolique avec le miroir (image de la trahison) et le carrelage (pour le côté glaçant).
    La chute frôle la rosserie et l’humiliation, ça convient tout à fait au contexte de ton histoire très réussie, bravo !

  4. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile
    Violet magique

    Elle n’aimait pas le violet ni le parme ni le mauve. Elle trouvait que ces couleurs ne lui convenaient pas, qu’elles faisaient demi-deuil ou vieille dame, une idée venue de l’enfance peut être. Jamais elle n’avait eu le moindre vêtement dans cette couleur-la. Mais devant le portant, elle hésitait, la coupe était parfaite, la matière splendide. Si seulement le modèle existait dans sa taille et dans une autre couleur, marine, rouge, rose … mais pas ce violet que la vendeuse appelait indigo. Elle mit la robe contre elle, grimaça et reposa le cintre. Non décidément.
    La vendeuse insista : « vous pouvez l’essayer … avec vos yeux verts… »
    Quand elle l’eut enfilée, la magie opéra, oui, elle lui allait à ravir, la couleur flattait son teint de rousse et faisait ressortir son regard. En plus, suite aux hésitations d’autres clientes, le prix avait baissé. Bref elle l’a achetée.
    Quand elle l’enfilait, elle se transformait. Juste un léger maquillage, un sourire et elle se sentait belle et légère. Son fiancé se faisait plus empressé, sa mère lui reconnaissait de la prestance. Bref c’était la tenue qu’elle mettait volontiers. Jusqu’à ce jour de doute…ou arrivant à un cocktail avec un léger retard, elle reconnut son mari en conversation avec une femme. De là où elle se tenait, il ne pouvait la voir mais elle a la faveur d’un miroir voyait cette femme habillée de sa robe ! sa robe portée par une autre … son mari passa le bras autour des épaules de l’autre,la serra contre lui. Sa robe, sa jolie robe violette et lui amoureux d’une autre … les larmes l’étouffèrent. Voir cette scène … ils s’aimaient et elle, elle… dans sa robe à elle.

    Elle avança, ferma les yeux pour ne pas les voir et se rendit au buffet chercher une coupe de champagne. Elle bavarda un instant avec une relation de travail avant de se retourner. Il n’y avait plus personne ni mari, ni maîtresse. L’entrée était vide, le miroir reflétait le carrelage. Elle chercha le couple dans l’assistance mais non que des femmes. Elle interrogea la responsable de la garde-robe. Non aucun homme n’était entré et personne ne portait de robe violette. Ce n’était plus la mode.
    Elle s’observa dans le miroir et détailla sa silhouette elle nota la forme relâchée, le tissu légèrement élimé et ce manque de pimpant. Mais pourtant à l’instant dans le miroir ?
    Elle chercha longtemps une même robe dans ce ton de violet, elle voulut même en faire une copie. Rien n’était possible. On lui proposait un violine ou un bordeaux, un marine. Quand elle décida de se séparer de sa robe préférée, son mari hocha la tête. « Eh oui on vieillit. Tu en trouveras une autre, une belle qui t’ira à ravir et te fera rajeunir.Ça te changera. »

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