Le rouge

Le rouge est mis !

Une couleur d’énergie, de violence, fermez les yeux et faites apparaître un écran rouge …  qu’y mettez vous.

une autre piste

le feu rouge … ça vous met en colère quand vous êtes pressé ?

Vous préférez le vin rouge ou le vin blanc ? Parce que c’est plus joli dans le verre ?

Et le rouge à lèvres très rouge, ça vous rappelle les clowns ? Le théâtre, un film ?

Écrivez en rouge, tout rouge.

bonne inspiration et à bientôt,

les plumes

Pour  lire du bleu c’est ici

licence Creative Commons 

11 réponses à Le rouge

  1. Monique, elle a toujours été lente, toujours un peu en décalage, en retard pour tout. Elle a passé son permis de conduire à 40 ans. Et là, sa vraie vie a commencé. Elle est tombée en amour avec une deux-chevaux rouge camion de pompier. Ensemble, elles ont voyagé. Beaucoup. Seulement voilà, la Deudeuche s’est un peu fatiguée. Le voisin de Monique est formel: il faut changer le moteur, ou alors changer de voiture. Mais ça, c’est hors de question ! Monique et sa Deudeuche, c’est à la vie, à la mort. Monique ne larguera pas sa Deudeuche à la casse. Point. Alors Monique s’est renseignée. Mettre un moteur neuf, c’est bien trop cher. Monique n’a pas beaucoup de sous, mais elle a du temps. C’est décidé: elle va s’y coller elle-même, toute seule s’il le faut. Elle va la réparer, la bichonner, sa titine. Oui, mais par où commencer ? D’abord, savoir comment c’est foutu, un moteur de bagnole. De 2-chevaux en particulier. Direction Internet pour trouver un manuel technique de l’époque. Une fois le bouquin potassé, contacter un club de fans de la 2-chevaux, pour discuter, trouver des contacts, des adresses. Ensuite, aller sur place, faire les casses, les garages de villages pour trouver des pièces. Et puis, se lancer. Démonter, nettoyer, changer, remonter… Finalement, Monique y a pris goût, à la mécanique. Elle adore ça, mettre les mains dans la graisse et le cambouis. Et puis, elle a tout son temps. Elle passe le plus clair de ses journées dans le garage, ou bien dans la cour, quand il fait beau, le nez sous le capot. Emportée par sa nouvelle passion pour la mécanique et son amour immodéré pour sa Deudeuche, Monique en a peut-être fait un peu trop…? Elle y a mis un turbo.
    Demain, c’est le Grand Jour : elles sont prêtes toutes les deux pour leur première sortie…

    Waouh ! Ça y est ! On est parties !
    Je crois que Monique ne se rend pas bien compte de ce qu’elle a fait, là ! OK on va y aller tranquille. Je sors du garage, tout doucement, pour ne pas l’effrayer, manquerait plus que je la plaque au guidon ou qu’elle passe par le toit ! Là, tout doux ma belle ! On sort de la cour, clignotant à gauche, en avant toute ! Elle passe la seconde, c’est bon, ça roule. Hop, la troisième en douceur. Je sens que ça part là, attention !! Même plus besoin de prendre de l’élan dans la descente… On passe la quatrième et c’est parti ! Ça décolle. Waouh !!! C’est grisant la vitesse ! J’en avais rêvé. Monique l’a fait. Monique, elle, elle est aux anges…

  2. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    Rouge passion

    La salle est plongée dans l’obscurité et les spectateurs se taisent. Le guitariste commence à jouer. Lorsque Soledad entre dans la lumière quelques applaudissements fusent. Sa longue jupe rouge, semblable à un grand coquelicot, ondule au rythme de ses jambes nerveuses qui se dévoilent, ses talons claquent sur le tablao. Alors Sebastian la rejoint, l’air farouche et le menton volontaire. Vêtu de noir, son corps très mince est sanglé dans une large ceinture bordeaux. Il exécute un zapateado qui crépite sur les planches, une mèche de cheveux glisse sur son front et il la rejette en arrière d’un coup de tête nerveux.
    Les deux danseurs se frôlent, s’enroulent et s’éloignent comme s’ils s’évitaient, puis ils se cherchent à nouveau. Ils miment tour à tour l’amour, la passion, la colère, la mort.
    Parfois le danseur ressemble à un torero dans l’arène. Ou bien est-ce les toreros qui ressemblent à des danseurs de flamenco lorsqu’ils esquivent le taureau et virevoltent devant ses cornes ?
    Tous exécutent la même danse
    La jupe rouge de Soledad devient un soleil et la danse est celle de la Vie.

  3. Odile zeller dit :

    Antonio Rossi est un rouge, un PC, un costaud au tempérament sanguin. S’il n’était sicilien, on l’aurait entraîné dans les Brigades Rouges. Dans sa jeunesse, il avait eu quelques soucis avec la police. Trop fougueux, trop violent dans les manifestations derrière le drapeau rouge.
    En colère, ses yeux vibraient en noir, la fièvre colorait ses joues d’un bleu rouge. On préférait alors s’enfouir plutôt que d’affronter ses épaules de taureau et son couteau. Il avait un torse massif, la tête enfoncée dans un cou toujours entouré d’un foulard de coton rouge, qui lui servait à essuyer la sueur qui perlait de son front. Des jambes courtes mais solides faisaient qu’il pouvait vous rattraper à la course. On avait peur de sa force et de son caractère colérique.
    Il est boucher, le meilleur de la ville et n’a pas son pareil pour vider une bête et vous préparer les meilleurs morceaux à braiser ou à rôtir . Chasseur hors pair, on le laisse tirer le premier et achever les animaux blessés.
    Quand on a retrouvé la belle Maria, égorgée, baignant dans une flaque de sang noir, la police n’a pas hésité c’etait lui. La fine entaille fatale … le trahissait …
    l’arrêter fut une opération délicate. On l’attira à l’écart et son meilleur copain de chasse lui passa les menottes par surprise, dans le dos. Dans sa chemise rouge et son tablier maculé de sang, il s’est débattu comme un diable, lardant certains bras de vilaines estafilades. Il hurlait, criait, refusait de toutes ses forces de monter dans la camionnette. Il fallut quatre carabinieri pour le maîtriser et l’enfourner sur la tôle de la voiture comme un rôti mis au four. A l’arrivee un kilomètre plus loin, ils se mirent à six pour faire sortir son corps, rouge et meurtri.
    Il tempêtait, insultait tous les policiers qui avaient été ses meilleurs clients. Lui ôter son tablier pour faire analyser les traces au laboratoire fut difficile. Il donnait des coups dès qu’on l’approchait, demandant en hurlant ce qu’on lui reprochait. Il garda son foulard rouge. On le laissa en cellule plusieurs heures sans boire ni manger.
    A sa sortie, encore rouge de colère il avoua toute une série de meurtres qu’on savait commandités par la mafia et qui étaient prescrits. On le fit manger un peu pour l’amener à d’autres aveux. Rien n’y fit.
    Quand le lendemain, après une nuit de cauchemar, où ses hurlements avaient tenu éveillé tout le voisinage et où il avait révélé toutes les liaisons qu’il avait eues avec les plus belles femmes de la ville, on le sortit de sa cellule, couvert de sang, les poings rougis de ces coups donnés aux murs et à la grille, il semblait assommé, hagard.
    Quand on lui montra finalement la photo de Maria, il se jeta au sol, martelant le pavé de ses mains parce que Maria, criait t’il entre ses sanglots, Maria il l’aimait et elle aussi.

  4. Marc dit :

    Je n’aime pas ça.
    Je n’aime pas ça du tout.
    Ils sont venus chercher Manuel il y a plus de vingt minutes et il n’est toujours pas revenu.
    On attend quoi ici ?
    Un rayon de soleil chauffé à blanc passe le seuil de ma cellule. Dehors ce doit être une étuve, on entend une foule qui hurle et les éclats d’une fanfare lointaine, il y a probablement un stade à proximité d’ici. Ça commence à être long et ma patience est à bout.
    Faut que je me calme, mais il y a quelque chose qui déconne et ça m’énerve ! J’ai une grosse envie de défoncer cette porte et d’aller voir ce qu’ils fabriquent avec Manuel.
    J’entends quelqu’un qui vient. C’est pas trop tôt !
    On ouvre, la fournaise m’éblouit. Je me fige un instant pour que mes yeux s’habituent à la lumière éclatante et ce que je devine à travers la poussière incandescente qui vole devant moi, me pétrifie. Le corps inerte de Manuel est tiré par de solides gaillards qui l’emportent en laissant derrière eux un long fleuve de sang écarlate. Il faut que je file d’ici le plus vite possible. Je baisse la tête et fonce droit devant. Une clameur s’élève qui me stoppe brutalement dans un nuage de sable brûlant et, devant moi, un gringalet habillé comme un sapin de Noël me regarde en levant le menton. Je tourne sur moi-même, cherche la sortie, ignorant le petit bonhomme qui subitement se met à agiter ostensiblement son manteau à mon intention.
    Il veut quoi l’avorton ? Bien décidé à régler son compte au minus en collant qui me provoque je reprends ma course redoublant de vitesse. Arrivé devant lui, au lieu de recevoir le coup de boule qu’il mérite, il fait une agaçante pirouette et je découvre en même temps que je l’entends la foule qui me regarde et qui crie : « Olé ! »

  5. Marc dit :

    Lorsque la cellule du Parti Communiste Révolutionnaire se réunissait chez Garance, nous en profitions pour apporter notre linge à laver. La perspective d’une hypothétique clandestinité exigeait de la prudence et pendant que la ronéo éditait des centaines de tracts enflammés, Garance, pour en couvrir le bruit, mettait en route son antique lave-linge. Dans le vacarme des machines nous rédigions sans discontinuer d’interminables pamphlets contre l’impérialisme américain et ses laquais inféodés, martyre des peuples opprimés, et, tout en buvant des hectolitres d’un infâme café, nous faisions avancer la Révolution sous un épais nuage de fumée qui envahissait la minuscule cuisine de Garance.
    Garance était particulièrement belle et dans ses yeux, il y avait tout l’espoir d’un nouveau monde dans lequel, disait-elle citant Mao Tsé-Tong, on reconnaîtrait « que la moitié du ciel repose sur les épaules des femmes … et pas sur leurs culs ! » ajoutait-elle.
    Raymond, secrétaire de la cellule et vieux prof aux cheveux filasse et aux lunettes perpétuellement embuées la reprenait :
    -La lutte des classes, pontifiait-il, transcende la lutte des sexes, libérer les masses de l’oppression capitaliste c’est libérer les femmes.
    -Sauf que dans les manifs, il n’y a pas que les bourgeois pour nous peloter les fesses! répondait-elle.
    A peine âgés de dix-huit ans, elle et moi étions les plus jeunes de la section, je la regardais intimidé par tant de beauté et d’à propos, sans pourtant jamais oser m’adresser à elle.
    -Tu veux bien m’aider à étendre le linge ? me demanda-t-elle un jour.
    Dans l’étroit réduit qui lui servait de salle de bain, je frôlais sans cesse sa main dans le tambour de la machine et lorsque j’en sortis une culotte de dentelle rouge carmin, mon visage s’empourpra immédiatement. Dans un joyeux éclat de rire, elle s’empara de la culotte et la fit tournoyer au dessus de sa tête en chantant : Avanti o popolo a la riscossa, bandiera rossa, bandiera rossa !
    Avant de nous rendre à une manifestation, seules mes lèvres sur les siennes parviennent désormais à la faire taire et calmer nos fou-rires lorsque, dans sa toujours splendide nudité, elle enfile devant moi des sous-vêtements de dentelle rouge carmin.

  6. Odile zeller dit :

    Carmin, magenta, sang, bordeaux, vermillon, il flambe, il claque. Il participe de toutes les guerres et de toutes les révolutions. Joyeux, énergique, plein de vie il explose, il avertit. Rouge cerise, rouge framboise il est savoureux, on le croque avec plaisir.
    Croix Rouge, drapeau Suisse ou indonésien il se repère de loin … stop, feu Rouge il interdit. Finalement on l’aime bien mais pas autant que le bleu. A deux en mariage ils font violet, prune, un mélange ambigu qui n’est pas toujours réussi. Couleur religieuse aussi le Rouge est cardinal alors que le violet n’est qu épiscopal.
    Et bleu blanc rouge … le cocorico national

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *