Défi écrire les vacances

Photo Guernesey oz

Voici le nouveau défi

parlez dans votre texte d’eau, de mer, de rivière …

A vos plumes

les plumes en vacances !

21 réponses à Défi écrire les vacances

  1. Shori dit :

    Enfin, elle y était. L’horizon bleu et la douce mélodie du ressac des vagues lui rappelait à chaque instant qu’elle était enfin atteint sa destination, tout comme la marque que le soleil lui faisait gentiment sur son visage. Pour la première fois, elle avait pris l’avion et avait survolé une étendue d’eau sans être tétanisée par la peur. Elle repensait à toutes ces années où son mari lui avait proposé en vain d’aller se reposer à la mer. Elise trouvait toujours des excuses, elle n’osait pas lui avoué que ce moyen de transport la terrifiait. Après leur séparation, elle s’était enfin décidé à braver sa peur. Elle lui avait bien tenu tête lorsqu’il l’avait menacé. Il lui fallait maintenant affronter la seconde chose avec laquelle elle n’était pas à l’aise …

    La plage où elle se trouvait était une des rares qu’elle avait pu trouver avec du sable fin et elle s’en félicitait en sentant son pied qui s’enfonçait dans l’étendue sableuse. En revanche, elle était déjà la victime de moustiques, comme elle put le constater au nombre d’insectes qu’elle avait manqué d’écraser en dix minutes. La très légère odeur d’anti-moustiques lui paraissait plus compréhensible, à présent…

    Après quelques instants d’hésitation, elle se décida à aller constater par elle-même la température de cette eau cristalline. Il faudrait bien que j’y aille, se dit-elle. Après tout, je ne suis là que pour trois jours, autant que j’en profite. Elle se sentit comme enveloppée par la vague dans laquelle elle entra qui semblait l’inviter à pénétrer plus avant dans la créatrice, la grande bleue. Le pied fut d’abord effleuré, puis le mollet, les genoux… Rapidement, elle nageait avec bonheur en oubliant l’heure. Lorsqu’elle revient enfin sur la plage, la matinée était déjà bien avancée. L’heure affichée par sa montre lui fit prendre conscience qu’il ne lui restait peu de temps avant de retrouver une très vielle amie…

  2. AXELLE Besson dit :

    Pleine conscience des joies de la Presqu’île

    Je fais coulisser le verrou aussi doucement que possible, pousse le petit portail vert-gris et descends les quelques marches qui mènent à la mer. Sous mes pieds, les dalles de pierre sont fraiches et humides, pas encore réchauffées par les rayons naissants du soleil à l’horizon. Les quelques grains de sable présents crissent et roulent sous mes pieds secs. A la dernière marche toujours cette petite appréhension pour aller plus loin et avancer sur cet énorme tapis d’algues. Mais je le sais depuis longtemps, le contact est plus doux que l’apparence ne laisserait penser. Quelques mètres plus loin, un petit bout de plage de sable gris accueille mon empreinte. Les pieds dans l’eau fraîche, j’observe le soleil se lever, entraînant dans son sillage la chaleur, les bruits et les odeurs de la presqu’île de Giens.
    La nature, comme nous, prend son temps pour se réveiller. Je remonte m’asseoir dans mon fauteuil d’osier et les pieds sablés et « algués », posés sur le muret, je savoure les parfums des pins, des figuiers, des orangers qui se déploient et se mélangent à l’air marin dès les premiers rayons de soleil.
    Aux odeurs caractéristiques s’associent vite les sons car dans le calme matinal, le bruit de chaque animal est décuplé : le bourdon qui passe à toute allure, le poisson qui happe l’air ou son déjeuner à la surface de l’eau, les battements d’ailes d’une mouette silencieuse qui vole au dessus de moi. Puis avec les minutes qui passent, les bruits s’intensifient, se multiplient, se superposent : Le crissement des cigales débute dès que les premiers rayons les frôlent. Il est très vite suivi par le cri des mouettes rieuses, le jacassement des pies et le chant des coucous égarés dans la pinède.
    Le discret clapotis des vagues presque imperceptible à l’aube s’accélère et s’accentue dès que les premiers bateaux de pêcheurs passent au large.
    Et si le vent s’invite et vient caresser ses fines lamelles vertes, le chœur des roseaux s’élève également. C’est un subtil mélange composé du craquement des vieilles cannes et du bruissement des jeunes pousses ; quasi Indescriptible mais tellement reconnaissable !

    Le soleil est haut ; la nature est prête ; l’humain peut faire son apparition : Au loin, les paddles glissent tels des ombres à la surface de la mer… c’est un moyen de locomotion comme un autre ici ! On y met son sac, son pique-nique et même son chien.
    Puis arrive le premier nageur qui trouble le clapotis de la mer. Ira-t-il jusqu’à la bouée jaune, le graal de tout nageur en vacances… Mais au fait à quelle distance est-elle cette fameuse bouée jaune ? Les nageurs semblent fatigués quand ils en reviennent ; elle doit être loin !
    Trois cents mètres de la côte, certifient les porteurs du permis bateau… soit, mais à partir de la plage ou de la pointe… grand débat qui anime chaque été !
    Le nageur de ce matin part d’un bon crawl, l’espoir est là ! le cri des mouettes redouble semblant l’encourager. Mais finalement il s’arrête, se retourne, et reste immobile quelques instants ; sans doute pour admirer l’immensité et profiter du calme encore présent.
    Il a juste le temps… d’une minute à l’autre la nature va s’éclipser derrière les activités des vacanciers : odeurs d’essence des bateaux, jet ski qui filent, bruits d’éclaboussure, de ballons, discussion des groupes en canoë, colère d’enfants, cris de joie, moteur d’avion publicitaire, chiens qui aboient, remontrance de parents, accent marseillais et rigolade familiale.
    Il sera alors temps de quitter mon poste d’observation, de rejoindre mon clan qui s’éveille également et de participer au brouhaha et aux senteurs amicales et familiales.
    Odeur de crème solaire, de viande grillée, de produit anti-moustique, d’ail, de romarin, de gâteau au chocolat ou de tarte au citron.
    Le bruit du lave-vaisselle qu’on vide, le couinement du mécanisme d’ouverture des volets, les commentaires enflammés en lisant le dernier Voici, Marie claire, Psychologie, les plongeons dans la piscine, les « il fait trop chaud », les « qu’est ce qu’on mange ? », les « oh je me suis encore fait piquée », le grincement des chaises longues qu’on déplace, les discussions sur les voyages, sur les passions de certains, sur les doutes des autres, le bruit étouffé d’une orange trop mûre qui tombe de l’arbre, les chansons qui nous font danser, le cliquetis des canards en plastique qui se heurtent, les karaokés improvisés, le filet d’eau qui s’écoule dans la piscine et surtout, surtout, le son des verres qui s’entrechoquent et le chœur du clan qui s’élève « à nos vacances » !

  3. Marc dit :

    Pour la coque, il avait utilisé un épais morceau d’écorce de pin qu’il avait consciencieusement sculpté jusqu’à ce qu’il épouse la forme parfaite et la ligne pure d’un robuste voilier. Il l’avait poli à l’aide de sable fin qu’il faisait glisser dans la paume de ses mains et l’avait frotté délicatement jusqu’à ce que la coque devienne parfaitement lisse et propre. Sur le pont qu’il avait réservé à cet effet, il planta un mat agrémenté de sa baume, chacun taillé dans un solide roseau aux proportions qui convenaient. Le mat, légèrement décalé vers la proue, assurait la stabilité de l’ouvrage et conférait à l’ensemble une sensible harmonie qui lui tira un soupir de contentement. Quand il eut terminé, il se demanda s’il devait confectionner une voile puis décida que c’était inutile. Si le bateau devait chavirer dans le courant ou sous la vague, une voile l’empêcherait immanquablement de se redresser. Par ailleurs, l’absence de voile donnait un aspect romantique au navire et Ludovic pensa instantanément aux différents vaisseaux fantômes qui peuplaient son univers et hantaient les livres dont il se repaissait à longueur de journée.
    En posant sa nef à la surface de l’eau et sans la quitter des yeux, Ludovic laissa son imagination s’emparer de sa conscience pour suivre, avec elle, les pérégrinations de son bateau. Il finit par embarquer lui-même et appareiller pour une héroïque aventure en solitaire qui le conduirait, il en était certain, jusqu’à la mer. Il affronta des tempêtes, passa des cascades, se perdit dans des brumes épaisses et poisseuses comme de la mousse, et des trombes d’eau s’abattirent sur lui, faisant tanguer son bâtiment comme un fétu de paille dans l’ouragan. Il fit vingt naufrages et vingt fois se remit à flots. Il aborda des rivages inconnus et combattit des monstres improbables à la terrifiante férocité. A l’issue d’un combat sans merci contre une bande de pirates qui voulaient s’emparer de son navire, un inexorable tourbillon l’entraîna vers le fond et vida la baignoire.

  4. Olmedo dit :

    il faisait bleu outre mer ,il était beau ce regard de roche brun qui écorche l’âme de son aspérité frottant la peau à son contact…quelques nuages flottaient en surface comme du cotons qui se désagrège dans le ciel à force d’être chauffé par un soleil ardent…rien ne bouge à part la brise d’un souffle humain qui souffle un léger soupir de sourd,aveuglé de lumière,au milieu d’un été,immense et sans horizon,presque désertique…la solitude.

  5. Fiorelia dit :

    « Ah Jack ! Enfin te voilà ! Tu ne m’en voudras pas mais j’ai commencé à picorer sans toi. Dis moi à une époque, il me semble que tu étais toujours en tête lors de nos escapades en montagne, non ? »
    Souriante, les pieds dans le ruisseau, Jo me provoque.
    Je ne réponds pas et me contente de poser mon sac à dos à côté du sien.
    Quand Jo m’a proposé cette balade en montagne, je n’ai pensé qu’à la joie de reformer notre duo. Jo et Jack, les aventurières aux surnoms de garçons. Bref j’ai dit oui et je suis là. Des années que je ne n’ai pas crapahuté en montagne. Alors les premiers dénivelés sont vraiment difficiles. Je souffle comme un bœuf. Mes muscles sont tétanisés, mes pieds douloureux et je suis trempée de sueur. Bref je souffle… et je souffre. Dans mes souvenirs, la première heure est toujours laborieuse. Normalement après ça va mieux…Enfin, ça c’était avant.
    Je me déchausse et plonge mes pieds dans l’eau. Glaciale bien sûr. Transparente aussi. Les pieds de Jo sont cramoisis, les miens ne devraient pas tarder à le devenir.
    Le spectacle est toujours aussi grandiose que dans ma mémoire. Le cirque de Gavarnie se dresse au fond de la vallée, paroi verticale, imposante et majestueuse. Paroi plus grise peut-être que dans mon souvenir. Il me semble bien que les glaciers étaient plus étendus auparavant. Les névés venaient émailler la muraille de taches blanches. Ils ont fondu, c’est sûr ! La cascade, elle, est encore là et chute toujours d’aussi haut. J’admire les arbres au premier plan, l’herbe verte parsemée d’iris violet, de chardon bleu et de minuscules fleurs jaunes. Je voudrais savoir peindre pour m’imprégner encore plus de ce paysage.
    Jo a parfaitement choisi le lieu pour notre premier arrêt. Elle s’est installée tout à côté du ruisseau. Il coule avec douceur à cet endroit plat et sans obstacle. C’est reposant. En aval, sur une plage de galets, j’aperçois un cairn et j’imagine le gamin fatigué de jeter les cailloux dans l’eau qui a construit cette petite montagne de pierres. Un peu plus loin en amont, des rochers viennent perturber le cours du ruisseau qui s’énerve et postillonne sa colère produisant des vaguelettes argentées.

  6. Clementy dit :

    Texte 1
    Claire se demandait si elle allait tenir trois heures sans avoir mal au cœur. Elle n’avait pas été très enthousiaste quand Rémi avait proposé de faire une ballade en mer pour rejoindre la calanque de Sugiton en partant du vieux port de Marseille. Elle aurait préféré aller en voiture jusqu’à Luminy puis descendre le chemin à pied pour découvrir au détour de chaque lacet la calanque cachée au creux des rochers. Invisible depuis le haut de la falaise, elle se laisse approcher tout doucement par le marcheur et dévoile presque humblement, derrière les pins opiniâtres qui s’obstinent à croître entre les rochers, une première crique, puis une deuxième, encaissée entre les murs de pierre. Claire aimait cette découverte lente, presque amoureuse, de ce lieu qui avait bercé son enfance. Elle n’aimait pas prendre le bateau, mais elle n’avait pas eu le cœur de décevoir Rémi qui voulait profiter de toutes les occasions possibles pour sortir son voilier. Il est vrai qu’il savait rendre la course agréable. Claire n’avait rien objecté et était partie avec Rémi, Jérémie et Aurore.
    La mer était calme, presque parfaite. Rémi manœuvrait de manière à prendre le vent. Elle aimait le regarder faire. Il avait changé depuis leurs dernières vacances ensemble. Elle n’aurait pas su expliquer en quoi celui qu’elle avait sous les yeux était différent du garçon avec lequel elle avait passé ses vacances à la montagne en février. Peut-être avait-il gagné en assurance ? Ils n’avaient pas encore eu le temps de discuter depuis l’arrivée de Claire, à Marseille, la veille. Elle savait qu’ils auraient « leur » soirée de confidences à cœur ouvert, une tradition qu’ils respectaient sans faiblir à chaque vacance passée ensemble depuis qu’ils avaient quitté leur école de commerce. C’était leur soupape, nécessaire pour passer de la vie trépidante de leur quotidien, chacun pris par des responsabilités de plus en plus lourdes, à une espèce de lâcher prise propre aux vacances. Sa vie était presque entièrement accaparée par son métier. Elle prit conscience que ni l’un ni l’autre n’avait réussi à construire une relation amoureuse un peu stable. Elle n’avait pas envie d’y penser. Pour l’heure, elle se contentait de le regarder et d’engranger tous les petits détails avec lesquels elle le taquinerait dans l’intimité de leurs bavardages.
    Quant à elle, elle aurait bien aimé avoir plus d’assurance sur ce bateau qui tanguait doucement au gré des vagues. Elle ne se sentait pas en sécurité en mer et son inquiétude se traduisait souvent par un mal au cœur qui gâchait le plaisir de la sortie en bateau pour tout le monde. Pour se changer les idées, elle décida de tout savoir de cette nouvelle venue dans le groupe, Aurore, l’amie de Jérémie. Elle avait remplacé Julie dans le cœur du garçon, qui avait elle-même pris la suite de Coralie. Claire avait renoncé à retenir les prénoms de toutes celles qui avaient partagé quelques jours de vacances aux côtés de Jérémie en leur compagnie. Jérémie était doué d’une ardeur folâtre que Claire lui enviait parfois : chaque conquête était la femme de sa vie, chaque rupture était dramatique mais ouvrait la voie à une nouvelle rencontre.
    « Que fais-tu dans la vie, Aurore ?
    – Rien. Je vis. Ça prend du temps. »
    Claire étouffa son rire quand elle se rendit compte qu’Aurore parlait sérieusement. Allons bon, c’était original. Aurore allait peut-être les changer des jeunes femmes fréquentées habituellement par Jérémie, si souvent habitée par une volonté de réussir dévorante. Comme elle-même au fond.
    « D’accord. Et tu vis où ?
    – Regarde ! L’eau change de couleur à l’approche de la côte ! Le turquoise se mêle à l’émeraude et plus loin se fond en un bleu azur. Quelle transparence ! »
    Claire ne trouvait rien à répondre. Sa crainte du mal de mer l’avait détournée du spectacle des vagues qui venaient frapper le bateau et cogner légèrement la coque. Elle baissa les yeux vers la mer et se laissa bercer par le clapotis. Le soleil commençait à être haut dans le ciel et chauffait agréablement la peau. Dans moins d’une heure pourtant il serait trop fort et Claire ne quitterait pas son ample tunique à manche longue et son chapeau. Elle l’aimait et s’en protégeait. Ses rayons traversaient la surface de l’eau pour éclabousser de lumière les poissons colorés. Le voilier approchait de la calanque qui semblait s’offrir d’un coup au regard. Mais Claire savait qu’il faudrait être persévérant pour en découvrir tous les recoins. Peut-être Aurore avait-elle raison ? Il fallait vivre, tout simplement.

  7. martine estrade dit :

    déjà très excitant, une très bonne accroche , on attend la suite
    martine

  8. martine estrade dit :

    défi1 de martine

    Rêver l’eau

    L’eau ! L’eau manque.
    En ce mois d’août en haute provence , la canicule frappe. Les fleurs des oliviers ont été brûlées par le soleil, ne laissant survivre que quelques olives et la récolte ne sera pas bonne. Au Moulin de la Cascade, à Lurs en Provence , on évoque avec nostalgie à chaque vente et à chaque client la récolte à venir si désastreuse comparée à celle que l’on écoule, cueillie l’automne passée , exceptionnelle en abondance.

    Pourtant, l’automne dernier , à la remise des olives au moulin pour la presse des olives et la production d’huile on entendait des plaintes sempiternelles sur le fait que les fruits, gorgés d’eau par les orages quotidiens de l’été passé, même s’ils étaient en abondance, auraient un rendement en huile ridicule.
    Il avait plu tous les soirs l’année précédente, des orages d’été mobilisaient des trombes d’eau qui duraient une heure. Le paysage même s’en était transformé. La garrigue avait fait place à une végétation fleurie d’un vert intense. Pour un peu, l’on se fut cru en Normandie dans le bocage. La Durance habituellement filandreuse au sein d’une large vallée de galets se déployait, lourde d’eau , charriant des troncs d’arbres morts. L’eau conditionne tout, à commencer par le paysage qui nous entoure et cette expérience physique, sensorielle, absolue et irréfutable se révélait bouleversante. Les caprices du déréglement climatique nous sidéraient.

    Cette année la Provence ressemble à « la Provence ». A celle de Pagnol ou de Giono, si sèche, si aromatique, si bruissante du chant des cigales le jour ou des grillons la nuit. La Provence est redevenue ce lieu où l’on se terre volets fermés pour la sieste, langueur interminable au sein de ces heures chaudes qui nous interdissent tout mouvement, où l’on attend la fraîche, cette heure de fin de journée où l’on pourra enfin sortir. Il faudra alors se rendre au jardin et y arroser les plantes pour leur rendre vie.
    Ensuite, un peu plus tard, lorsque la nature aura à peine étanché sa soif ou juste à peine assuré sa survie, il sera possible de s’asseoir au jardin et au plaisir de la longue soirée jusqu’à la fin du jour.
    A l’arrivée de la nuit, les étoiles apparaitront par milliers dans un ciel presque transparent, augurant à nouveau et encore d’un lendemain écrasé de chaleur où rêver l’eau.

    Rêver l’eau, la désirer infiniment : ainsi s’affirme dans la jouissance et le drame le Destin provençal.

  9. Odile zeller dit :

    A LA MER
    de Bernard M.

    La semaine dernière, avec Momo, nous sommes partis en voyage. C’était une idée de la Mairie qui voulait montrer la mer aux enfants du quartier qui ne partent jamais en vacances. Nous, ça ne nous arrangeait pas trop. Ce premier jour des vacances, on voulait tous aller chez Martial pour jouer à la console. Et en plus c’était mon anniversaire, j’avais dix ans. On voulait fêter ça entre nous. Mais les parents ont trouvé que l’idée de cette sortie était sympa. Et comme c’était gratuit, ils nous ont tous inscrits pour cette « belle journée de détente ».

    A 8 h le car est arrivé. Le même que celui qui nous emmène à l’école. Mais là, il devait nous emmener en Normandie, vers Treta. Toutes les mamans étaient émues comme si elles devaient plus nous revoir. Faut pas pousser ! Une journée sans nous ça se fait. Nous, on peut tenir plus longtemps. Mais il y en avait qui pleuraient déjà plein de larmes. La honte ! On a fait semblant de pas les voir.

    A 8 h30 on nous tous a mis dans le car avec les pique-niques et les accompagnatrices. Et puis on a pris l’autoroute. Au bout d’un moment Juju a vomi tout son déjeuner. L’accompagnatrice était pas contente et le chauffeur non plus, parce qu’il ne pouvait pas s’arrêter pour nettoyer un peu. On a continué à rouler malgré l’odeur et enfin on a aperçu la mer.
    -Mais elle est à dache votre flotte et en plus elle est même pas bleue ! a commenté Momo, visiblement déçu.
    La responsable a fait semblant de ne pas entendre et nous a dit que c’était la Manche. On était bien contents de savoir ça, mais on s’en doutait un peu. La plage était énorme avec des cabines de bain toutes pareilles et toutes fermées. Bien sûr il n’y avait personne vu le temps, sauf quelques cavaliers qui faisaient mumuse dans les vagues. Les filles ont trouvé que c’était super cool. La dame nous a conseillé de bien admirer au passage les très belles maisons du bord de mer ( qu’on n’aura jamais ! ) et les grands hôtels de luxe ( où on n’ira jamais non plus !)
    Elle est gentille de montrer ça aux pauvres. On a bien fait de venir !

    Quand on est sortis du car un peu plus loin, à l’écart, sur une plage plus petite, il y avait un vent terrible ! Momo a vu sa caquette toute neuve, achetée pour l’occasion, s’envoler d’un coup. Heureusement il a pu la rattraper dans une flaque d’eau. Il a préféré la remettre toute dégoulinante bien enfoncée sur sa tête. Il est prudent Momo.
    -Ce soir, si je reviens sans ma casquette, je me fais tuer, il a dit.
    Il exagère. Son père aurait sans doute gueulé un peu. C’est tout. Sauf si, comme à chaque fin de mois, il est rond comme une queue de pelle. Et ça lui arrive souvent !

    La responsable du groupe a dit qu’il fallait en profiter pour respirer à pleins poumons parce que l’air du large c’est bon pour la santé. On lui a fait plaisir. On a respiré comme elle disait. Comme ça, Juju a fini de vomir son déjeuner. Il en avait gardé un peu sur lui. On a ensuite enlevé nos baskets pour voir si l’eau était chaude. Elle ne l’était pas. On est tous revenus vite fait vers nos sacs. Certains avaient déjà mouillé tout le pantalon. En plus il n’y avait pas de soleil et ceux qui n’avaient pas de pull ont commencé à avoir froid. La chef du groupe a dit que ça allait s’améliorer en mieux et que cet après-midi on allait tous pouvoir faire trempette et qu’on allait bien s’amuser. Elle est optimiste ! Mais avant il a fallu trouver un endroit pour pique-niquer. C’est le chauffeur qui nous a indiqué où aller. Il y avait une sorte de hangar au bout de la plage. On s’est tous réfugiés dessous. Il était temps car il a commencé à pleuvoir sec.
    -Ne vous inquiétez pas les enfants, ça ne dure jamais très longtemps, a dit la dame.

    On lui a fait confiance et on a déballé les mangers que nous avaient donnés nos mamans avant de partir. Moi j’avais du jambon avec du pain et puis du saucisson avec du pain, de la « vache qui rit » avec du pain, des bananes, des gaufrettes et des biscuits. J’avais en plus deux grandes bouteilles de Coca. Ma mère avait prévu large. Des fois qu’il ferait très chaud sur la plage, elle ne voulait pas me récupérer le soir complètement desendraté. C’est ce qu’elle a dit. Max avait du pâté avec du pain et Martial que du pain. Il avait fait tomber par terre tout son jambon dans une flaque d’huile. On a été sympa, on lui en a redonné un peu du nôtre, là où c’est le gras avec la couenne. Il a bien aimé. Pour nous remercier, il a sorti son appareil de photo numérique qu’il a eu en cadeau au Super-U en échange de tous les points collectionnés par sa mère. On a tous fait un sourire. Il nous a montré la photo. C’était un peu sombre, mais on voyait bien quand même la mer avec les vagues derrière nous.

    Et puis à un moment il y a eu un grand rayon de soleil. La dame a dit qu’il fallait vite enfiler les maillots de bain, parce qu’ici le soleil ça ne dure jamais longtemps non plus. Moi, j’avais déjà mon maillot sur moi. En fait j’avais piqué le bermuda de mon frère, celui qu’on n’a pas le droit de mettre à la piscine. Mais ici c’est permis. Il n’y a pas de maître-nageur pour contrôler si tu as le bon maillot. Mathis, lui, avait oublié le sien. Il disait qu’il pouvait très bien se baigner à poil, que ça ne le gênait pas du tout et qu’il avait déjà fait ça. Mais la dame a dit que non, qu’il y avait des filles et que c’était pas possible. Elle lui en a prêté un qu’elle avait pris en réserve au cas où. Quand on l’a vu avec, on a tous éclaté de rire. C’était au moins du quinze ans. Il fallait qu’il le tienne à deux mains en marchant, sinon ça lui tombait sur les pieds. Il est resté comme ça toute l’après-midi. Il a pas pu jouer au ballon dans l’eau avec nous, sinon le maillot il aurait foutu le camp. Les filles de leur côté, sont allées mettre leurs maillots en se cachant dans un coin du hangar. On avait ordre de pas regarder vers elles et d’admirer uniquement la mer et les vagues et les mouettes.

    Quand tout le monde a été prêt, on nous a dit qu’on pouvait y aller. Alors on s’est tous donné la main pour entrer dans l’eau, sauf la dame qui nous a dit qu’elle nous surveillait et qu’il ne fallait pas aller trop loin, surtout si on ne savait pas nager. On risquait pas d’aller trop loin, la flotte était gelée et on voulait pas mourir tout de suite. Tout à coup la pluie a recommencé à tomber. Mais comme on était déjà tous mouillés, on a continué à jouer au ballon. On s’est bien éclatés.

    A un moment la dame sous son parapluie nous a dit de sortir, mais nous on a répondu que si on était à la mer c’était pour en profiter, qu’on restait encore un peu dans l’eau, que c’était super et on lui a tous tourné le dos pour regarder les bateaux qui passaient au loin. Elle est allée illico chercher la responsable en chef qui est arrivée comme une fusée en gueulant pour bien montrer qui c’est la Chef ici ! Nous, on est sortis sans se presser pour bien lui montrer qu’on avait le temps et que c’était pas la peine de nous faire une pendule ! A ce moment, Jules a remarqué qu’il avait oublié de poser sa montre avant d’aller dans l’eau et qu’elle ne marchait plus. L’ennui c’est qu’elle est comme lui la montre, pas totalement étanche ! Il a intérêt à ne rien dire à la maison. C’était son cadeau d’anniversaire. Il risque d’avoir les félicitations de sa mozer. Et la mozer de Jules, c’est bien connu dans tout le quartier, c’est pas la tendresse à tous les étages ! Comme il dit souvent : « ma mozer, pour un oui ou pour un non, elle devient vite claqueuse ! » On veut bien le croire. En attendant, nous autres, on s’est pas attardés, il faisait un peu frisquet. Même pour faire les malins devant les filles on n’a pas eu envie de jouer trop longtemps les Tarzan. On leur montrera notre musculature plus tard aux nanas, quand nous serons au chaud. On a filé au hangar pour se sécher. Jules avait oublié sa serviette. Décidément, le pauvre vieux, c’était pas son jour. Mais comme c’est un bon copain, on lui a prêté une des nôtres qui n’était pas trop mouillée et ensuite il l’a filée à Jojo qui trouvait plus la sienne. Les filles se sont re-isolées dans leur coin pour enlever les maillots. Il a fallu une fois de plus regarder la mer, les vagues et les mouettes… On connaissait déjà !

    Et puis on est partis pour Tetra

    Treta c’est une plage avec une falaise et un morceau pointu de la falaise qui s’est détaché dans la mer. Il y a même un grand trou.
    – Tout ça un jour ça va se casser la gueule, c’est sûr, c’est mathématique, a dit Martial.
    Par précaution il a vite fait une photo pour se souvenir comment c’était avant de s’écrouler. Ensuite on a écouté la dame qui nous expliquait que beaucoup de grands peintres « pressionnistes » étaient venus là parce que la lumière change souvent. Ça c’est vrai, ça change souvent. Quand il pleut pas, c’est qu’il va bientôt pleuvoir ou qu’il vient juste de pleuvoir ! En plus on se fait mal aux pieds, il n’y a même pas de sable sur cette plage, rien que des galets. Les filles en ont ramassés pour donner aux parents comme souvenirs. Martine, elle, n’avait pas trouvé de crabe à ramener pour mettre dans son aquarium avec son poisson rouge. Elle était très déçue. Nous aussi. On n’a pas eu le droit de se rebaigner parce que la plage est trop en pente et que c’était déjà tard. Alors on a joué au foot comme on le fait chez nous dans la cité. Au bout d’un moment le chauffeur a dit qu’il était temps d’y aller. On était bien de son avis car en plus la pluie recommençait. C’est vraiment un coin pourri ! On s’est réfugiés dans le car. Là au moins on était au sec pour dire bonjour aux passants sous leurs parapluies ou pour leur faire des grimaces. Et parfois les deux en même temps. On a bien rigolé. Mieux que sur la plage !

    Pour nous faire plaisir et pour nous faire tenir tranquille, le chauffeur a mis un film, un truc qui s’appelait « Belle et Sébastien ». C’est l’histoire d’un gamin et d’un chien. On a regardé cinq minutes et puis basta. C’était nul, archi nul. Il n’y a que les filles qui ont aimé, à cause du gros clébard poilu et du gamin qu’elles trouvaient super mignon. Nous les garçons on aurait bien sûr préféré Star Wars. Mais bon, c’est pas grave, Il faut s’adapter. On a sorti tout ce qu’il fallait pour écouter notre musique à nous. La dame a essayé de nous faire chanter une chanson bien nunuche de son époque. Elle a fait un bide ! Logique ! On avait déjà tous les écouteurs dans les oreilles. Avant d’arriver, Juju a encore eu le temps de vomir tout son chocolat et son petit pain. Mais cette fois on n’a rien dit à la dame.

    Sur le parking toutes les mamans étaient là. Elles nous ont fait coucou en faisant de grands signes et en nous envoyant des bisous. Re-la honte ! Avant de nous laisser descendre, la dame de la Mairie nous a demandé si nous étions contents de notre journée . On a tous dit que oui. Alors elle a promis que la prochaine fois elle nous emmènerait encore en Normandie, parce qu’il y a encore plein de belles choses à voir qu’on n’avait pas eu le temps de voir. On n’en doute pas. Merci Madame !

    Mais cette première journée des vacances n’est pas finie. Une fois à la maison il va falloir encore tout raconter en détail aux parents qui étaient si tristes de nous voir partir ce matin et qui maintenant sont si heureux de nous récupérer. Je vais leur dire que c’était super…qu’on a bien profité…que la Normandie c’est vraiment chouette…surtout pour le climat… que Treta c’est pour les grands peintres qui aiment la lumière quand il pleut… etc…etc .. Je vais les faire rêver un peu. Normal !

    Eux, ils ne partent jamais en voyage!

    ———–

  10. Odile zeller dit :

    Texte d‘Anne Marie

    Elle s’avance sur la plage, ondine moderne en combinaison étanche. Sa queue de cheval oscille dans les rafales. Elle porte sa planche avec grâce vers le nez de la marée.
    Je soupire.
    La veinarde.Vingt nœuds de vent. Juste ce que j’aime.
    Je sens les larmes me monter aux yeux. Je me mords la lèvre. Ça passe. Juste un effort d’ajustement. Je vais naviguer à travers elle. Chacun de ses mouvements sera mien. Facile. Et sans se mouiller ! Un sourire.
    Elle pose sa planche sur l’eau et manœuvre son gréement pour prendre le vent. Hop, elle est partie et file déjà vers le large. Mon cœur se dilate. Moment d’extase où, calée dans les footstraps, accrochée au harnais, j’entends le chuintement de l’air qui célèbre ses noces avec la mer sous ma planche qui déjauge. Face à moi l’immensité liquide et dense, dont je suis une parcelle. Une des pièces du puzzle. Joie pure. Surgissent dans ma mémoire des runs fabuleux dans des eaux glassy exotiques. Des heures à filer dans le vent et jouer sur les reflets de la mer.
    Je la vois amorcer une courbe élégante au loin, puis passer son jibe en pleine vitesse pour repartir sous l’autre amure.Elle revient.Le contact est rompu. Elle s’arrête au bord pour faire quelques réglages dans la voile. Elle va repartir, les yeux brillants d’excitation.
    Quel naufrage que la vieillesse !

  11. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile
    Les pieds dans le sable, elle avance vers le bord de la plage en se faufilant entre les rochers qui colonisent la mer à la lisière de l’eau. Les bigorneaux accrochés sous les algues attendent le retour de la marée. En se penchant pour ramasser un coquillage, elle aperçoit le fond d’une bouteille. Mentalement elle rabroue le touriste étourdi qui a abandonné du verre à la mer. Mais la bouteille n’est pas vide, elle distingue à l’intérieur un message soigneusement roulé et encore sec. Le bouchon semble avoir préservé l’étanchéité du contenu. Un instant elle hésite, vérifie que personne ne la voit et s’empare de la bouteille à la mer comme un conspirateur prendrait connaissance d’un message secret.
    Elle n’aurait jamais cru qu’on confie encore ainsi des flacons à la mer. Pour elle ce n’était qu’invention de romanciers à la fibre romantique. Elle glisse l’objet dans sa besace. Elle sait déjà qu’elle ne résistera pas à la tentation et déjà se met en quête d’un ouvre-bouteille dans le premier supermarché de l’île. Elle s’interroge sur la langue de la lettre, sur son origine.

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