Défi 4 écrire les vacances

Les souvenirs des vacances

En vacances le passé peut refaire surface. Racontez aujourd’hui un rituel des vacances : manger des glaces, ramasser des coquillages, faire voler un cerf-volant… bref restaurer la mémoire…

8 réponses à Défi 4 écrire les vacances

  1. shori dit :

    Le couple et la future mère se rendirent sur la plage. Henri, marchant légèrement en retrait, les écoutait parler gaiement. Il commençait à saisir la profondeur de leur amitié. Les deux femmes se connaissaient depuis l’enfance puisqu’elles avaient fréquenté la même école et étaient parties ensemble à certaines vacances. Elisa plongea la main dans l’eau et en sortit un coquillage.
    -Tu te souviens ? dit-elle en le montant à son amie.
    -Bien sûr, je n’ai jamais oublié nos concours de ramassage. C’était à celle qui en ramassait le plus qui gagnait une part de dessert supplémentaire. En même temps, nos mères adoraient en faire des colliers, et avaient trouvé la motivation parfaite pour nous mettre à contribution… Tu te souviens de la fois où tu avais ramassé un bernard-l’ermite ?
    -Oui, le sursaut que j’avais eu quand il avait sortit sa tête. Je l’avais déposé sur un rocher… Et la fois où tu ne regardais pas… je t’avais arrêté la main sur une pierre….
    -Et heureusement, sinon, j’aurais eu la main couverte d’épines. Mais je voulais tellement celui qui se trouvait derrière le rocher que je n’avais pas vu l’oursin qui se refermait et me tendait sa peau épineuse… En même temps, on en avait ramassé beaucoup cette année-là… elles en avaient fait deux colliers chacune non ?
    -Oui, même qu’elle en a donné un à Papa à notre retour. Ça me fait penser, il faudrait que je m’arrête dans une boutique de souvenirs sur le chemin du retour.

  2. Marc dit :

    Depuis que nous étions descendus Gare de l’Est, je n’ai cessé de penser à Paris et aux bords de Marne qui, deux jours et deux nuits durant m’avaient accueilli. J’avais fait la connaissance de Wilhelm dans le train et comme je ne savais pas bien où me rendre, il m’avait fraternellement proposé de le suivre. Les heures passées en sa compagnie, se sont incrustées dans ma mémoire comme autant de joyaux précieux dont je pourrais, aujourd’hui encore, décrire chacune des facettes. Wilhelm, polonais naturalisé depuis peu, avait dans la ville de nombreux amis dont l’existence était un tourbillon permanent de débauche et d’extravagance. Envahissant une gargote du bord de Marne dans laquelle ils étaient tous venus célébrer ses retrouvailles, je fis la connaissance de cette bande cosmopolite, chaleureuse et bruyante. Nous buvions des alcools forts et fumions sans cesse, et les mélodies qui parfois emplissaient la nuit firent de nombreuses fois chavirer mon âme. Prés du zinc, un jeune artiste essayait de monnayer une toile contre quelques bouteilles et proclamait haut et fort que l’assemblée n’était composée que de rustres incultes. Rires et quolibets avaient fusés et celui dont le rire couvrait tous les autres était celui de l’artiste lui-même. La frénésie et la désinvolture de ce monde m’était étrangère mais exerçait sur moi une fascination jubilatoire et envoûtante. Une jeune femme au teint pâle et au regard profond comme une encre était venue s’installer à mes côtés et m’avait instantanément pris la main. Madeleine. Nous nous étions aimés dès le premier soir et je m’étais perdu jusque dans son lit pour y savourer les délices de sa chair. Et y pétrir mon cœur. Au matin, j’avais trouvé Wilhelm, toujours ivre, à genoux auprès d’une beauté sublime qui se faisait appeler Lou. Il déclamait avec emphase des poèmes auxquels je ne comprenais rien. Nous avions à nouveau beaucoup bu et nous nous étions tous embarqués sur trois canots dont nous avions brisé les chaînes. Madeleine, assise entre mes cuisses, riait à belles dents, laissant une main nonchalante caresser la surface tendre de la rivière comme au soir elle caressa ma peau. Tandis que Wilhelm, qui s’était endormi, confiait ses rêves de Lou au courant qui le portait, Pablo avait fait tanguer sa barque, bercée du chant andalou qu’il avait entonné et que reprenions en chœur. Il y eut un plongeon, puis un autre et ce fût le signal d’une baignade collective dans les eaux tièdes de la Marne. Le soir nous conduisit à Montmartre. Chacune de nos irruptions dans les cabarets de la rue des Saules était saluée par des cris de joie et la fête reprenait de plus belle. Les rires, les chants, l’alcool et l’ether, que nous respirions à travers de larges mouchoirs, avaient déposé sur le gris du monde le voile opaque et joyeux de nos insouciances.
    Lorsqu’au matin, après un dernier fougueux baiser à Madeleine nous avions repris le train, j’avais fait promettre à Wilhelm, que nous reviendrions. Il avait juré.
    Le 17 mars, alors qu’au fond d’une tranchée il lisait Le Mercure de France, Wilhelm de Kostrowiztky, reçu un éclat d’obus qui lui perfora la tempe et le sortit de l’enfer de la guerre. En définitive, de cette permission, je ne saurais dire si c’est sa fantastique outrance qui peuple ma mémoire ou le seul souvenir d’avoir vécu quelques heures ferventes en compagnie de Guillaume Apollinaire.

  3. Fiorelia dit :

    Texte 4
    « Alors cette maison, elle te vient de ta grand-tante ?
    -Oui, Gertrude. C’était la demi-sœur de ma mère. Le père de ma mère avait eu une liaison et de cet adultère, était née Gertrude.
    -J’imagine le scandale à l’époque ! »
    Je regarde Jo qui grignote le reste du gâteau avec son café et je souris. J’adore ce que j’appelle sa coquetterie de l’œil gauche. Jo a un visage très expressif, sans doute très utile dans son métier de comédienne. On pourrait croire que ses sourcils ont chacun une vie propre. Celui de gauche a souvent tendance, quand elle est étonnée, réprobatrice ou furieuse, à s’élever haut, toujours plus haut sur le front alors que l’autre reste horizontal. Je me demande toujours où le sourcil gauche va s’arrêter et pourquoi le droit ne le suit pas. C’est assez surprenant, unique. Déjà toute petite, elle en jouait et j’essayais de l’imiter. J’y parvenais un peu mais au prix d’effort incroyable et de beaucoup de concentration alors que chez elle, c’était complètement naturelle.
    « Tu ne crois pas si bien dire. Mon grand-père a fini par la reconnaître assez tardivement et Gertrude est entrée dans la famille. Est-ce lié à ses origines scandaleuses mais Gertrude était assez loufoque, originale et décalée. Elle collectionnait les amants, ne s’est jamais mariée et n’a jamais voulu d’enfant.
    -C’est vrai qu’à cette époque, les femmes célibataires et plutôt libres, ce n’était pas forcément bien vu. Pour qu’elle te lègue sa maison, elle te considérait peut-être comme sa fille ?
    -Je ne sais pas. Elle est décédée, je n’étais pas très âgée. Mais je me souviens très bien d’elle. Elle avait des yeux noirs comme une nuit sans lune et si perçant ! Quand elle te regardait, tu avais l’impression qu’elle te sondait jusqu’au fond de l’âme. C’était impressionnant. Avec mes parents, on venait la voir pour les vacances. Chaque fois, elle m’amenait voir le lac. On s’asseyait côte à côte sur la rive, elle passait un bras autour de mes épaules et de l’autre, elle me désignait les feuilles de nénuphars. Elle commençait toujours par me raconter l’histoire de la petite Poucette abandonnée sur sa grande feuille verte dérivant au fil du courant. Puis elle embrayait sur d’autres contes.
    -J’imagine que tu devais être aux anges !
    -Oui, elle avait beaucoup d’imagination et savait raconter à merveille. Je pense qu’elle devait relater aussi d’autres sortes d’histoires. J’écoutais mes parents en cachette et ils avaient l’air de dire qu’elle était mal perçue par son entourage. Les voisines semblaient assez jalouses de cette femme « libre », comme tu dis, et aguicheuse et les hommes, qu’ils soient ignorés ou alors charmés puis dédaignés, finissaient aussi par la haïr.
    -Pas facile !
    -Oui elle a fini assez seule. En tout cas c’est ce qu’elle disait quand on venait. Je m’en souviens bien car ça me faisait de la peine.
    -Et c’est sans doute pour ça que tu as récupéré sa maison.
    -Oui mais apparemment la succession, comme tout le reste de sa vie, n’a pas été simple. Je n’ai jamais su qui exactement réclamait sa part mais, d’après ce qu’avait relaté le notaire à mes parents, je n’étais pas la seule héritière en lice. A la différence que moi, j’étais mineure, je ne réclamais rien et j’étais la seule reprise dans le testament. Bref, en l’absence d’héritiers légitimes formellement identifiés, j’ai hérité et j’ai récupéré la maison à ma majorité. »
    Jo ne répond rien. Ses yeux jusqu’à présent posés sur moi sont plissés en direction du jardin. Je vois lentement son sourire s’effacer et son visage se figer. Puis le sourcil gauche s’élève, suivi, pour la première fois à ma connaissance, par le droit, et là je comprends que c’est grave d’autant que la bouche s’ouvre en un O qui reste muet.
    Je suis dos à la fenêtre mais je suis sûre qu’elle a vu quelque chose que je n’ai pas du tout envie de voir. Je me retourne malgré moi et découvre une masse qui danse comme le balancier d’une horloge comtoise. Une masse noire, un bec jaune, et un œil vitreux. Pas de doute c’est encore un corbeau.
    Je me retourne vers Jo qui m’observe les sourcils froncés.
    « Vraiment très fort ton copain le chat ! Bon trêve de plaisanterie, tu vas arrêter de me prendre pour une quiche et m’expliquer ce qui se passe. »
    Je souris. Je sais que Jo l’aventurière est avec moi et que je ne suis plus seule.

  4. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile
    De retour chez Victoire, elles repassent leurs souvenirs d’enfance : les escalades dans les rochers, l’expédition secrète dans une grotte à marée basse.
    „ tu te rappelles notre panique quand ton frère a demandé à Rémi où était passé son petit frère.
    – oh oui … les appels, la peur de se trouver coincer par l’eau… et finalement il n’était même pas venu !
    Marine prend un air rêveur.
    – c’était le bon temps, pas de soucis et une grande liberté!
    – parle pour toi, la touriste de passage, l‘estivante… pour moi surveillance continue … dès que je faisais quelque chose… maman le savait tout de suite et …
    – Quand même on s’est bien amusé… et tous perdus de vue … il n’y a que toi… les autres François, Catherine, Jean Pierre plus de nouvelles …
    – tu sais mon meilleur souvenir … les glaces du mercredi … ton grand père nous emmenait tous et on avait le droit de prendre deux boules … en pleine semaine … quand on est gosse … un vrai bonheur … et maman ne trouvait rien à redire.

    – Eh si on te préparait un lit …
    Elles sortent draps et oreillers, montent à l’étage en riant puis en déballant les sacs du pique-nique, la bouteille à la mer sort de la besace.
    – Eh Vic, c’est quoi ça ?
    Victoria hoche la tête …
    – je l’ai trouvée à la fosse aux veaux, dans les rochers, j’avais oublié …

    Marine s’étonne
    – Tu ne l’as pas ouverte ?
    – Non tu as ouvert la porte … au fait, tu viens de où, toi ? Retour en France ?
    Le visage de Marine s’assombrit.
    – On en parle demain, ce soir j’ai pas envie …
    – Comme tu veux … quelles serviettes, tu veux hortensias ou pois de senteurs ?
    – Bleu ou rose c’est ça ? Plutôt bleu … je tombe de sommeil …
    – air de la mer ou décalage horaire ?
    – Bonne nuit Vic et merci …merci

  5. Clementy dit :

    Texte 4
    Claire se sentait incapable de faire un pas en direction de sa mère. Elle ne comprenait pas comment celle-ci avait pu surgir dans cette crique à l’instant précis où elle-même et ses amis s’y trouvaient. C’était un mauvais rêve dont elle allait se réveiller. Sa mère posa la main sur son épaule, hésitante, et un frêle sourire se posa sur son visage. Claire ne cilla pas. La main légère de sa mère pesait comme une masse.
    « Que fais-tu là, maman ? »
    Elle n’attendait aucune réponse. Elle avait appris depuis bien longtemps à ne rien attendre de sa mère. Depuis que celle-ci avait disparu sans prévenir, mais bien avant aussi, quand ses absences rythmaient la vie de famille. Du jour au lendemain, elle partait. Parfois Claire s’endormait dans leur maison de vacances, ses deux parents dans leur chambre à côté de la sienne, et le matin, elle trouvait son père, pensif, debout devant la fenêtre de la cuisine. Il semblait s’éveiller quand elle passait ses bras autour de sa taille pour lui dire bonjour. « Maman ne sera pas là aujourd’hui ! C’est moi qui vais m’occuper de toi, qu’est-ce que tu aimerais faire, ma toute belle ? » Derrière une apparente jovialité, la question rituelle de son père masquait à peine un désespoir las. « Je voudrais faire une promenade à vélo avec toi et à la fin on fera la course et je vais te battre à plate couture ! » Claire n’avait jamais rien trouvé d’autre que le vélo et les courses avec son père pour conjurer la tristesse et lancer au ciel des éclats de rire capables de disperser les orages. Elle appuyait avec la force de ses jambes d’enfant sur les pédales et regardait la terre des chemins glisser à toute allure sous ses roues, rejoindre ce qu’elle appelait « le champ des oublis ». Quand elle faisait du vélo avec son père, sa colère enfantine renvoyait sa mère au fond de ce champ et elle l’y laissait jusqu’au retour attendu, mais jamais espéré, de la figure maternelle. Quand elle descendait de son vélo, Claire forçait un peu sa joie d’avoir encore une fois franchi le portail de la maison avant son père. Selon leur accord tacite ils allaient pouvoir organiser leur vie à deux comme si presque tout allait de soi.
    Claire regardait sa mère. Elle avait vieilli. La folie qui avait étrangement préservé sa jeunesse pendant si longtemps, malgré les traitements et les errances, semblait avoir décidé de se montrer en surface comme si rien ne pouvait plus la maintenir cachée. Autour des yeux et de la bouche, les rides s’épanouissaient en de longs sillons amers. Les lèvres fines disparaissaient derrière un sourire vacillant qu’une simple pensée pouvait souffler. Mais c’est dans les yeux de sa mère que Claire retrouvait la fêlure qui avait fracassé son enfance et ses premiers pas vers une vie d’adulte. Le voile placide qui les recouvrait se déchirait parfois, transpercé par un éclat, avant de retomber, immobile, sur les iris vert d’eau, presque délavés à force de transparence. Claire savait maintenant. Elle n’était plus l’enfant qui voulait croire que le soleil était à l’origine du mirage qui tirait les yeux de sa mère hors du monde.
    Claire sentit le bras de Rémi sur ses épaules. Il l’avait tirée contre lui dans un geste protecteur.
    « Vous êtes seule ? Vous voulez vous installer avec nous ? » Claire se remit à respirer, elle avait retenu son souffle depuis l’apparition de sa mère. Rémi prenait les choses en main. Elle comprenait maintenant pourquoi elle lui était si attachée. Il était si solide.
    « Non, c’est gentil de votre part. Je ne voudrais pas perturber votre escapade. » Elle avait un sourire intermittent, semblable à la flamme d’une bougie dans un courant d’air. « Claire, je suis chez ton père. On pourra se voir si tu le souhaites. Viens que je t’embrasse. » Elle posa sur la joue de Claire qui n’avait pas bougé un pâle baiser et s’en retourna comme elle était venue, fragile, dévastatrice.

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