Défi 5 écrire les vacances

Le temps des vacances, le temps des retrouvailles en famille, des photos, des lettres, des messages, des selfies et même encore des cartes postales…

mettez en scène cette dimension des vacances dans votre texte ou dans un nouveau texte.

A vos plumes et à demain

la plume vacancière

8 réponses à Défi 5 écrire les vacances

  1. Fiorelia dit :

    Texte 5
    «En fait pour tout te dire, cela fait déjà quelques mois que cela dure. Mais impossible de me souvenir la date exacte. Ce qui est certain, c’est que ça a commencé ici dans le jardin de ma grande tante. Au début, je n’y ai pas prêté attention. J’ai pensé qu’un chat ou un animal quelconque abandonnait ses proies dans mon jardin. Et puis un jour, j’ai découvert un cadavre sur mon paillasson en ville chez moi. Là je ne pouvais plus me voiler la face. Ce n’était pas un hasard et je devais me rendre à l’évidence : c’était bien à moi qu’on en voulait.
    -Tu es allée voir la police ? me demande Jo qui connaît déjà la réponse.
    -Et pour leur dire quoi ? Que je trouve des cadavres de souris, de mulots et autres oiseaux devant le seuil de mes portes ? Ils vont me prendre pour une folle. A juste titre peut-être, vu que moi-même je me pose parfois la question. Dans la rue, je me sens observée. Je me retourne et je suis seule. Je deviens complètement paranoïaque. »
    Jo me fixe et je vois à son regard qu’elle s’inquiète pour moi.
    « J’ai tenté de découvrir qui pouvait m’en vouloir. Un temps, j’ai même soupçonné un promoteur immobilier qui me harcelait pour racheter la maison de Gertrude. J’ai fini par aller le voir.
    -Et ?
    -il m’a foutu à la porte. Après j’ai essayé de retrouver l’héritier qui avait revendiqué la maison de Gertrude mais le notaire a trouvé un prétexte bidon pour ne pas me dévoiler son identité. Je ne sais plus ce qui s’est passé après mais je crois que ça s’est mal terminé. »
    Jo ne me quitte pas des yeux et je vois qu’elle s’inquiète pour… elle. Incroyable, je lui fais peur.
    « Et tu attends quoi ? Que ce malade s’en prenne à toi ou qu’il parvienne à te rendre dingue ?
    -Maintenant, toi aussi tu as vu ces cadavres alors je suis sûre que je ne rêve pas. C’est déjà un progrès. La preuve, et je viens de le décider, je n’irai pas consulter !
    -Bon OK tu n’iras peut-être pas consulter mais demain, je t’accompagne au commissariat et tu déposes plainte.
    -Ah non demain c’est impossible. Je voulais te faire la surprise mais demain c’est les cousinades et on y va ensemble !
    -Les cousinades ?
    -Oui une réunion de famille. Une rencontre annuelle qui parfois tourne au cauchemar entre les marmots qui braillent, les vieux secrets de famille qui émergent à l’apéro, les rivalités entre cousins, la mayonnaise qui a tourné, le champagne trop vert.
    -Et pourquoi on y va alors ?
    -Parce que je veux un regard extérieur capable d’identifier un possible corbeau si tu vois ce que je veux dire… »

  2. Marc dit :

    Lorsque Simon et Corinne Lefranc reçurent une carte postale à leur nom datée du 17 août 1939, ils crurent tout d’abord à une plaisanterie. Mais le numismate qui se proposa pour expertiser le document certifia qu’il s’agissait bien d’un authentique timbre frappé d’une non moins authentique flamme. Le plus étonnant c’est qu’en 1939, ni les parents de Simon, ni ceux de Corinne n’étaient nés et que, dans leurs souvenirs, aucun de leurs aïeux ne portaient le même prénom qu’eux. La carte postale, sur laquelle figuraient les premiers baigneurs de la plage du Touquet, leur souhaitait de bonnes vacances en précisant qu’il faisait beau et que le soleil brillait « abondamment ». Les deux signatures apposées en marge du texte n’évoquaient rien pour les Lefranc qui n’avaient dans leurs relations pas plus de Lucette que de Raymond. Sans faire mention de ces détails que Corinne et Simon n’avaient d’ailleurs pas révélés, la presse locale se saisit de l’affaire faisant des gorges chaudes de la lenteur de la Poste en titrant : « UNE CARTE POSTALE MET SOIXANTE-DIX ANS À PARVENIR À SES DESTINATAIRES ! ».
    Corinne et Simon que la chose avait étonnés, avaient rangé précieusement l’étrange missive et l’avaient plus ou moins oubliée dans un tiroir du buffet.
    Or l’année suivante, lorsque Corinne eût extrait de sa boite aux lettres une carte du Touquet, datée du 17 août 1949 au dos de laquelle la même main avait écrit : « Ici il fait beau et le soleil brille abondamment. Je vous souhaite de bonnes vacances et vous embrasse bien fort, signé Raymond. Moi aussi, signé Lucette », Corinne eût un sursaut de frayeur et se demanda par quel phénomène étrange une telle chose pouvait arriver. Le point de vue du photographe était rigoureusement le même, seule la physionomie des gens sur la plage changeait et s’était quelque peu modernisée. Une année passa et une nouvelle carte postée le 17 août 1959 arriva au domicile de Corinne et de Simon Lefranc qui, de ce jour, attendirent chaque année l’arrivée de ces cartes qui avait été postées tous les dix ans. Elles parvinrent à leur adresse chaque année le 17 août avec une régularité de métronome et les Lefranc avaient désormais sous les yeux une collection de huit photographies révélant l’évolution de la plage du Touquet, et au dos desquelles figuraient les mêmes phrases calligraphiées et immuables. Il n’y avait aucune explication rationnelle à ce phénomène. Tous les mages, sorciers, devins, appelés à la rescousse n’avaient fait que proférer des inepties faisant référence à une prétendue quatrième dimension ou à un sort jeté par un mage bantou hystérique et schizophrène. Les experts de la Poste se penchèrent sur le problème et reconnurent que les aléas de leur organisation pouvaient, à de très très rares exceptions, occasionner ce genre de désagrément, mais que, précisaient-ils, en aucune manière le service public de distribution du courrier ne pouvait être sérieusement et pertinemment mis en cause dans cette affaire. Depuis trois ans la presse parisienne et quelques chaînes de télévision couvraient chaque année l’évènement. On écrivait des articles défendant des thèses plus ou moins fantaisistes. On fit des enquêtes, des reportages et le nombre de curieux qui se précipitaient au Touquet à la mi-août ne cessa d’augmenter. Les uns voulant figurer sur la carte postale, les autres surveiller les usagers de la Grande Poste ou tout simplement se trouver au cœur de l’évènement.
    Le Maire du Touquet posa un regard admiratif sur l’homme qui se tenait en face de lui.
    – Pendant des lustres, lui dit-il, nous avons dépensé des fortunes pour attirer les touristes sur nos plages après le 15 août et vous avec un expert bidon, un infographiste et huit cartes postales de collection…
    Le chargé de communication en rougit de plaisir.
    – Et si vous saviez, Monsieur le Maire, ce qu’on peut faire avec les réseaux sociaux…

  3. Clementy dit :

    Claire se laissa envelopper par les bras de Rémi. Jérémie et Aurore la regardaient en silence, pas tout à fait sûrs de comprendre ce qui venait de se passer sous leurs yeux. Claire se redressa soudain, sa mère n’aurait pas prise sur elle :
    « Bon, alors et ce pique-nique, on le finit ? »
    Elle avait lancé cette question par défi. Quand elle était enfant, les disparitions de sa mère bouleversaient son quotidien, malgré tous les efforts de son père. C’en était fini, sa mère ne pouvait plus, comme avant, faire peser sur elle ses absences au gré de ses fuites et de ses retours. Elle était adulte, elle avait sa vie en main, elle ne devait rien à cette mère qui lui avait pris son enfance.
    « J’ai bien mangé.
    – Pour ma part, je suis repue. Je vote en faveur d’une pause. J’ai même une activité tranquille à vous proposer, totalement désuète, et vous allez adorer !
    – Attention ! C’est encore une idée saugrenue d’Aurore ! Pour ma part, pas plus tard qu’hier, j’ai eu droit à une séance de méditation et j’ai failli m’endormir ! Je ne suis pas prêt pour la zénitude, tu le sais, ma belle !
    – Arrête tes bêtises, Jérémie ! C’est sérieux ! C’est une activité qui demande un peu d’implication et d’amour pour son prochain…
    – Mais moi, j’aime ma prochaine, surtout quand elle te ressemble !
    – Mais tu es incorrigible ! »
    Claire écoutait les chamailleries de Jérémie et Aurore. Elle voulait à toute force revenir auprès d’eux comme elle l’était le matin même, partager de simples moments avec eux.
    « Aurore, ne te laisse pas perturber par cet impertinent de Jérémie et dis-nous ce que tu nous proposes !
    – Tu as raison ! J’ai tout un tas de cartes postales et je vous propose d’en écrire aux gens que vous aimez !
    – Ecrire des cartes postales ! Je comprends pourquoi tu avais parlé d’une activité désuète ! Pour quoi faire ? J’ai déjà posté des photos sur Insta aujourd’hui !
    – Jérémie ! Là, je te parle d’écrire quelque chose à quelqu’un en particulier, à qui tu as envie de faire plaisir, pas un message impersonnel adressé à des dizaines de personnes en même temps !
    – Laisse Aurore, Jérémie est irrécupérable ! Je le sais, on se connait depuis dix ans et j’ai été son coloc’. Moi, ça me dit bien, ton idée. Ça te tente, Claire ? Claire ?
    – Euh, oui, pourquoi pas ? Allons-y ! »
    Aurore avait déjà étalé les cartes postales sur le paréo. Certaines représentaient des paysages, les calanques, bien sûr, mais aussi la Sainte Victoire, la Bonne Mère vue du port, des reproductions de Chagall ou Van Gogh ou des murs recouverts de lierre et de glycines. Au moins deux dizaines de cartes s’offraient à eux. Claire s’étonna, un peu trop nerveuse :
    « Pourquoi tant de cartes ?
    – J’aime bien les acheter et quand j’ai un moment de calme et que je pense à quelqu’un, je lui envoie un petit mot. Quand je partais en colo, ma grande sœur cachait toujours une carte dans mon sac. Je ne la trouvais pas toujours tout de suite et le moment de la découverte était toujours un moment particulier. Je me savais aimée. »
    Claire regardait cette drôle de fille qui ne ressemblait à aucune des amies précédentes de Jérémie ni à aucune autre personne qu’elle fréquentait. Elle pourrait peut-être apprendre à l’apprécier. Elle prit une carte. Sans hésiter elle avait choisi une vue de Notre Dame de la Garde depuis le Vieux port. C’était pour elle depuis toujours une vision qui lui donnait une sensation de plénitude et de paix. La basilique veillait sur Marseille et ses habitants et lui procurait un sentiment de sécurité. Elle commença à écrire à une des deux seules personnes qui pouvaient comprendre les sentiments ambivalents, d’amour et de crainte, de colère et d’espoir, qui l’habitaient depuis la visite de sa mère, même si cette personne n’était plus là pour la chérir.
    « Mon très cher papé,
    Aujourd’hui j’ai eu une visite totalement inattendue et j’ai trouvé une longue lettre de toi que je n’ai pas encore lue. Maman, ta fille, est revenue. Je ne sais pas quoi penser ni quoi faire. Je voudrais m’assoir sur tes genoux et regarder la mer, comme avant, quand la vie était simple ».

    • Odile zeller dit :

      Un beau texte, l’émotion est sous-jacente. Le personnage d’aurore prend une dimension plus particulière. Les garçons sont moins étoffés. La crise avec la maman semble dépassée. Il émane une énergie positive de ce texte. Merci

  4. Odile zeller dit :

    En passant devant le pêle-mêle de photos suspendu au mur de l’escalier, Marine identifie un à un tous les visages sauf une tête cachée par la casquette et l’épaule de Victoire. Un cousin ? Un ami, un passant ? Elle ne sait plus. C’était au retour d’une excursion dans une île de la baie Cezembre ou Agot, elle ne sait plus. Ils étaient heureux et repus de mer et de soleil. Elle soupire … le bon temps, simple, facile … on se laissait vivre, les parents … elle baille et rejoint sa chambre.
    Vic range la fameuse bouteille dans la bibliothèque avant de monter se coucher. Elle s’interroge, elle aurait aimé découvrir le message seule. La présence de Marine la gêne sans qu’elle comprenne pourquoi. Une petite voix suggère d’oublier l’objet jusqu’au départ de Marine. Elle n’a pas dit combien de temps elle pensait rester. Vic habite sur place, difficile de prétexter le retour des vacances. Son séjour de vacances à elle est plus tard quand les touristes sont partis et qu’elle peut souffler. Elle ferme alors la boutique d’antiquités et explore une nouvelle destination en quête de trésors. Elle a une prédilection pour les pays de l’Europe de l’Est, ceux où on peut encore trouver des curiosités.
    La bouteille oui … elle pourrait même ne pas l’ouvrir et la mettre en vitrine. Elle repousse l’idée avant de sombrer dans le sommeil.
    Le lendemain une odeur de café la réveille. Marine est une lève tôt et adepte du café à la romaine, elle, Vic est plutôt thé.

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