Nouvelles pistes d’écriture

Voici de nouvelles propositions d’écriture :

Le jaune composition d’oz

Nous proposons d’écrire un texte à partir des éléments suivants

un prénom : Dorothée

Eune couleur : le jaune

et trois mots : archet, sablé et admiration

voilà pour le numéro 1

 

la deuxième proposition est conçue selon le même format

un prénom : Robert

un lieu : Paris

trois mots : hublot, dimanche, anthropophages

Vous pourrez mettre les textes en commentaire ou les envoyer

par mail à l’adresse habituelle : plumesdicietdailleurs@gmail.com

belle inspiration et à bientôt

Odile des Plumes

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17 réponses à Nouvelles pistes d’écriture

  1. Claude Klein dit :

    Une découverte.
    Après la salle sombre du cinéma d’art et d’essai, Paris, illuminé, fait cligner des yeux. Un soleil de printemps qui appelle les piétons.
    – Venez-vous promener. Dansez, valsez sur les trottoirs vides ! En ce dimanche d’avril,
    osez attaquer le bitume des rues désertées par les automobilistes. Vos corps ont
    besoin de se mouvoir et de célébrer le retour de la vie.
    Robert encore imprégné du destin de cet anthropophage suivi pas à pas pendant deux heures d’images lève les yeux et observe un nombre d’oiseaux inattendu dans les arbres aux feuilles à peine écloses. La crise virale qui touche le monde aurait-elle été bénéfique aux espèces ailées des grandes villes? Il remarque une bergeronnette et quelques mésanges bleues. En réfléchissant, il est obligé d’admettre que cela fait des années qu’il n’a pas vu ces espèces dans le Quartier Latin. Et ça ? C’est quoi ? Il sursaute. Des perroquets au Luxembourg ? Voyons, je rêve. En Amazonie, oui. J’en ai vu. Sous les Tropiques, sans aucun doute. Mais là, en plein Paris… Devant le Sénat ?…
    Son expression ahurie amuse un petit garçon.
    – Tu regardes les cacatoès. Tu sais ils sont arrivés par avion avec des touristes. Faut croire que la vue par le hublot leur a plu. Depuis leur arrivée, ils se sont installés dans les parcs parisiens. Soit ils se sont échappés, soit leurs maîtres les ont abandonnés. En tous cas, ils s’adaptent.
    – Comment tu sais ça, toi ?
    – Va voir sur YouTube. Salut !
    Robert se mit à tourner sur lui-même. Derviche improvisé, il laissa l’improbable de la Nature l’habiter quelques instants dans une danse inspirée. Joie. d’une renaissance inattendue.

  2. Claude Klein dit :

    TRANSFORMATION
    Nuit de février 2021. Il est minuit passé. Dans le jaune profond de l’éclairage public, de petits traits. Qu’est-ce donc ? Pas de lucioles en hiver, trop froid pour les mouches. Les traits s’épaississent. On dirait même qu’ils s’arrondissent ! Une invasion de nanorobots ? Non, pas possible. Nous n’y sommes pas encore !
    Mais alors ?…
    Ça y est, J’ai compris ! Il commence à neiger. C’est tout ? Et oui, c’est tout.
    Moi, Dorothée, native de 70 ans, je contemple le poudrage des toits orangés. Ils sont sablés maintenant par les flocons qui les recouvrent systématiquement, et virevoltant les transforment en crème fouettée.
    Fini les traits sombres que tracent les rebords des gouttières. Évanouies les vieilles cheminées plus ou moins fissurées. Plus d’arêtes accrochant le regard pour l’empêcher de se promener en suivant la courbe des tuiles patinées. La paysage est lisse. Il demande attention et même concentration si je veux resituer les formes connues contemplées chaque jour.
    Je le sais. Je passe encore des heures à comparer les différents styles architecturaux de ma ville. Celle-ci évolue. Elle est passée du gros village à l’urbain des tours et des immeubles 6 + combles. Les contrastes sont impressionnants. Ici des coups d’archets stridents, là une mélodie tout en nuances et sage comme une image d’Épinal comme ce paysage transformé par la visiteuse inattendue dans cet hiver par trop tiédasse. Je suis en admiration.

  3. Federica dit :

    Qu’ils sont beaux vos textes ! Un vrai plaisir de vous lire mesdames !

  4. Odile zeller dit :

    Proposition 2

    Dimanche 7 février
    Vol AF 1412 Kinshasa Paris

    Robert tend la main vers le café que lui a servi l’hôtesse. Le gobelet de plastique lui glisse entre les doigts. Il le rattrape de justesse. Il a mal dormi et baille.La cabine est pleine de passagers bruyants et de familles nombreuses en partance pour la mère patrie. Départ en vacances pense t’il. Il aurait dû suivre le conseil de son collègue et rester en mission une semaine supplémentaire. Il aurait bouclé sur place quelques rapports et évite ainsi le rush. La prochaine fois, soupire t’il en regardant défiler la mer de nuages à travers le hublot. La météo s’annonce maussade et en dessous des normales saisonnières. Les familles se rendent au ski, prendre le frais après une longue période chaude et humide.
    La chaleur ne le gêne pas, il s’est habitué. Il aime beaucoup la vie trépidante, la moiteur des foules, les scènes colorées, la foule bigarrée, toute cette animation de la rue africaine, cette tension proche de la violence et cette générosité des sourires .
    Il se souvient de la discussion au dîner juste avant son départ. Son collègue, sur un contrat local, vit à Kinshasa toute l’année. Il lui a fait judicieusement remarquer qu’il aime d’autant plus l’Afrique qu’il n’y reste qu’en temps limité. C’est vrai il le reconnaît. Il aime cette alternance entre son appartement du quartier Latin, le calme de son quatrième étage sur cour et l’hôtel à Kinshasa où la rumeur perce toute la nuit.
    A Paris il rédige en toute quiétude des articles publiés dans des revues prestigieuses sur l’évolution des tribus anthropophages au XX eme siècle. Il étudie surtout les Pygmées.
    Le chef de cabine appelle les passagers à redresser leurs sièges et à vérifier leurs ceintures de sécurité. Dans 20 minutes il sera à Roissy et dans deux heures reprendra sa vie parisienne, devra choisir entre le bus Air France surchargé ou le taxi taciturne ou mal embouché. Et dès qu’il aura inhalé les premières bouffées de la pollution hivernale il se prendra à rêver de repartir dans la brousse africaine à la recherche de quelques vieux Pygmées.

    • martine dit :

      ça parait presque étrange un/des voyages, un avion/un changement de climat en quelques heures/ on en rêve ! beau texte qui nous rend vivant avec précision et détails bien sentis ce qui, pour l’heure, n’est plus

  5. Odile zeller dit :

    Proposition 2
    Texte de Loretta

    Combien de fois en avait-il rêvé ? « Monter » à Paris… Robert n´avait que rarement quitté sa campagne, sinon pour quelques escapades le dimanche pour rejoindre la ville la plus proche en bus, une bière avec les amis, un ciné avec la copine du moment, un resto quand ses finances le lui permettaient… et puis, voilà que deux ou trois jours auparavant lui parvient cette réponse à sa candidature pour un poste dans un musée de la Capitale. Oh bien sûr, pas la mer à boire, il s´en faut mais pour la première fois il touche du doigt la possibilité de se tailler, lui aussi, une place au soleil sur le grand paquebot de la vie, de l´observer fendant les flots pour se diriger là où il croit pouvoir au mieux réaliser son destin. Et cette fois, ce n´est pas une place de troisième ordre, dans une cabine sans hublot mais un espace à lui, où il pourra faire valoir ses capacités de chercheur. Force est d´ailleurs de reconnaître que tout le mérite de l´opération ne lui revient pas, la déesse Fortune, pour laquelle d´ailleurs la mer, c´est bien connu, n´a pas de secrets, a décidé d´être à ses côtés dans cette aventure, mais au fond n´est-elle pas la compagne de voyage indispensable à toute traversée? Surtout si on considère la spécialité de Robert qui n´est pas des plus communes, l´étude des populations anthropophages de la planète…

    • martine estrade dit :

      très joli texte qui fait rêver et redonne l’idée du voyage et de la Fortune du destin.et cette notion que les chemins de la vie commencent par un seul pas bravo Loretta !

  6. Loretta Riedel dit :

    Sur la proposition 2, bravo Martine! Un Montmartre inhabituel et pourtant l´atmosphère y est. J´ai beaucoup aimé l´idée et le texte.

  7. Odile zeller dit :

    Première proposition
    Texte de Loretta

    C´était la première fois qu´elle se décidait à consulter un psy. Tout était parti d´un malaise intérieur dont elle aurait eu bien du mal à cerner l´origine bien qu´il eût pu naître de l´introspection à laquelle l´avait induite l´ennui de ces journées de confinement. Sinon, elle ne s´était que rarement attardée sur sa personne : la priorité était aux études, au travail, à la famille… Elle n´excluait naturellement pas qu´un sentiment de pudeur, qui lui interdisait de creuser trop à fond dans son inconscient, ne fût la source de ce détachement envers elle-même et n´ait contribué à amplifier les effets de ce qu´elle tendait à présent à appeler sa névrose. Et voilà qu´à cause de cet état d´âme, elle se sentait comme paralysée dans ses décisions, telle un violon que l´on aurait laissé là, abandonné sur une chaise et sans son archet.
    Elle avait malgré tout pris rendez-vous, succombant à une impulsion qui avait suivi une crise un peu plus profonde que les autres. Elle ne pouvait plus reculer à présent, elle se prépara et sortit de chez elle pour se rendre à pied au cabinet, marchant bien droite dans sa jupe bleu marine plissée et son chemisier d´un jaune sablé, telle une écolière mais quelque peu âgée et qui ne suscitait donc plus comme jadis les regards d´admiration sur son passage.
    La voilà qui contrôle le nom de la rue, le numéro, le nom sur l´interphone. Elle sonne, la serrure de la porte cochère fait un déclic, elle monte à l´étage. On lui ouvre la porte du cabinet, une jeune femme s´avance vers elle.
    « Bonjour, moi c´est Dorothée ».

    • Odile zeller dit :

      Cela me plaît beaucoup. Il y a une montée en puissance vers ce « moi c’est Dorothée. »
      Le malaise est bien décrit mais comme un halo qui l’entoure. L’introduction des mots est naturel. Merci

  8. martine dit :

    Proposition 2

    « Sous le ciel de Paris s’envole une chanson… »
    La voix de Robert s’élance dans les escaliers de Montmartre. Légèrement éraillée et avinée, on la reconnaitrait entre mille.
    Chaque dimanche , et même lors de ces dimanches étranges où il n’y a plus de touristes depuis plusieurs mois, Robert se tient fièrement tantôt sur la place du Tertre , tantôt devant la terrasse du restaurant « l’été en pente douce » , faisant la manche avec son orgue de barbarie et ses chansons,
    Aujourd’hui les peintres ont déserté la place du Tertre , esplanade vide entourée de restaurants fermés aux chaises empilées les unes sur les autres derrière les vitres des devantures. Le restaurant « l’été en pente douce » , est lui aussi fermé sine die en ce printemps resplendissant. Robert a beau occuper seul la scène des rues de Montmartre, il y chante toujours le ciel de Paris. Ce ciel de Paris, les habitants ne le voient plus que derrière leurs fenêtres , closes sur l’intérieur et l’intime, comme les hublots d’un avion. Les coronavirus anthropophages ont vidé les rues de la ville de leurs habitants.
    Paris ville morte, rendue à la nature et aux oiseaux et que l’on n’a jamais vue ainsi est désertée .
    Et chante l’orgue de barbarie de Robert, seul humain présent dehors, résistant aussi parce qu’il n’a nulle part où se confiner, par ce dimanche de la fin du mois de mars.

  9. Loretta Riedel dit :

    Deux textes très différents et inattendus. Atmosphère de confinement d´hiver très bien rendue, la cantatrice en jaune … il faut le faire! Merci

  10. martine dit :

    très vivant cette révolte ensoleillée de la cantatrice contre le noir, la norme , l’autorité
    bravo , très joli texte

  11. martine dit :

    Changer les couleurs du monde

    Le rideau jaune tentait à grand-peine d’ensoleiller la chambre. La couleur, ça change tout se disait Dorothée qui laissait libre cours, ces temps-ci, à son envie d’harmonies colorées explosives pour combattre la grisaille d’un hiver qui semblait ne jamais finir. Face à la fenêtre de la chambre sous les toits , sur la couverture de zinc gris qui lui faisait face, un vol de corneille se posait et s’éparpillait brisant le silence de croassements lugubres et grotesques.
    Dorothée ne se laisserait pas accabler ! Puisque l’on était condamné aux écrans par ces temps de solitude et de confinement, elle y trouverait la musique, l’antidote de la mélancolie. Dés qu’elle inscrivit sur you tube le nom de la violoncelliste qu’elle avait entendue avec admiration, invitée d’un congrès auquel elle participait, l’image de la jeune femme apparut, lumineuse et altière dans le geste que prolongeait l’archet.
    Dorothée fit bouillir de l’eau , mit une tasse et un sablé sur un plateau, lança la mélodie chatoyante et débridée, mélancolique et joyeuse d’un concert de Vivaldi qui d’une ruelle sombre vénitienne débouche sur une piazza baignée de lumière. Elle se sentit transportée dans la Serenissime , toujours hésitante entre ombre et lumière.
    Elle s’assit sur le canapé , trempa le sablé dans la tasse de thé, retrouvant un geste de l’enfance. Le thé , dit un proverbe, fait oublier le bruit du monde

  12. Odile zeller dit :

    Thème 1
    Intermède houleux

    Grande, moulée dans sa robe longue elle domine l’orchestre de sa haute stature. Sa chevelure est blanche, le drapé simple de la soie lui donne l’allure d’une déesse romaine. Dorothée est violoniste alto, elle manie l’archet avec une grande dextérité sans être premier violon. Quand elle joue, sa tête suit le mouvement sa main gauche nerveuse serre les cordes. Elle adore Chopin et Liszt, les romantiques et beaucoup moins l’opéra. Ce soir le baroque est au programme on attend la cantatrice, leur diva. Dorothée fait passer la boîte de sablés faits maison qu’elle a apporté pour fêter le premier dimanche de décembre. Le maestro se régale, il est nerveux et surveille sa montre. Les musiciens se servent du bout des doigts.
    Un grincement de la porte et le temps s’arrête. Dorothée, de dos, ne voit pas la raison de l’incident. Son ancienneté dans le groupe lui permet de deviner … Le maestro est figé, la bouche ouverte, son sablé suspendu en vol vers ses lèvres. Dorothée se tourne : la cantatrice entre drapée dans une longue tunique jaune d’or. Personne ne bouge. Le soleil de sa robe illumine toute la petite chapelle. En jaune c’est impossible tous les musiciens sont vêtus de noir.
    La chanteuse se place à côté de Dorothée, lui sourit et défie l’orchestre du regard.
    Dorothée passe le bras autour de sa taille, elle lui caresse la joue et murmure : j’adore le jaune, Barbara, c’est ma couleur préférée mais je te trouve une tunique noire. Tu vas te changer avant le début du concert. Dorothée emmène Barbara au vestiaire et lui trouve une robe noire.
    Quand elles reviennent, l’orchestre est en place, le maestro range ses partitions sur le pupitre. Il n’a pas un regard pour la cantatrice, son épouse.

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