Atelier 24 avril

Le texte de ce jour doit commencer par

« Et pourtant … »

le thème doit porter sur un accident dans les transports.

la dernière phrase est : » il ne prendra plus jamais cette direction. »

bonne inspiration et

à vos plumes

Odile

 

 

 

Hits: 61

5 réponses à Atelier 24 avril

  1. Odile zeller dit :

    Texte de Janine

    Et pourtant… ce jour-là le soleil était radieux, le ciel d’un bleu tendre, la température douce, je n’avais aucune raison d’être angoissée, et pourtant… ma vieille ennemie était bien là, elle ne m’avait pas quittée de la journée, compagne fidèle depuis la naissance, plus mort que vif de Fabrice. Deux mois d’hôpital, deux mois à attendre et espérer. Alors l’angoisse je connais. Aussi je me demandais bien ce que me réservait le sort ce jour-là.

    Les années s’étaient écoulées, tout était rentré dans l’ordre, mais quand mon fils sortait avec ses copains je ne m’endormais que quand il était rentré. Et ce soir-la il était sorti. Finalement vers 2h du matin, j’avais entendu la porte d’entrée et, rassurée, je m’étais endormie… jusqu’à ce qu’il vienne frapper à la porte de notre chambre, se plaignant de fortes douleurs à un genou. Un genou, ça ? On aurait dit un ballon de rugby tellement il était gonflé. Il avoua avoir eu un accident avec la voiture. Les explications étaient confuses et avaient du mal à sortir. Après quelques inévitables imprécations du père nous partîmes tous les trois aux urgences.
    Après sa soirée au pub, sans doute copieusement arrosée, il avait pris la voie du retour en empruntant l’avenue de la Pinède, une artère spectaculaires avec ses magnifiques pins parasols presque centenaires, surtout celui qui se dresse… en plein milieu de la chaussée, à un croisement pas même bien éclairé. Alors, à 2h du mat’ quand le sommeil et la bière embrument le cerveau, quoi de plus facile que d’aller s’y cogner. La rencontre avait été brutale, le tronc du pin, couvert de cicatrices en témoignait, mais il en avait vu d’autres. Pour mon fils c’était une première. Heureusement ce n’était pas un fana de la vitesse ce qui sans doute le sauva. Un jeune policier qui rentrait chez lui vint à son secours, il l’aida à s’extirper du véhicule, désormais bon pour la casse, et il l’accompagna à la maison.
    Dans la salle d’attente des urgences nous étions entourés de parents dans notre cas, certains étaient des habitués et chacun y allait de ses anecdotes les plus dramatiques. Je fermais les écoutilles, j’avais eu ma dose d’angoisse.
    Grâce au ciel l’imprudent s’en sortait à bon compte, il n’avait rien de cassé, juste une très forte contusion au genou, aussi le retour à la maison fut plus détendu.
    Le lendemain matin le policier qui lui avait porté secours sonna à notre porte et demanda à parler à mon fils en tête à tête aussi je les laissai seuls. Il sut trouver le ton et les mots justes pour lui faire prendre conscience du danger qu’il avait couru, des conséquences désastreuses qui auraient pu s’ensuivre et des responsabilités qu’il avait envers lui-même et les autres. Il fut très convaincant, avec sans doute des exemples précis, il en avait vu tellement d’accidentés de tous âges. Fabrice comprit la leçon.
    S’il ne renonça pas à ses soirées entre copains, il décida de ne prendre plus jamais cette direction, celle de l’insouciance et de l’inconscience, et même l’avenue de la Pinède. Plus jamais.

  2. Marie-Pierre dit :

    Et pourtant j’étais sûre d’avoir pris mon roman avec moi ! Je me revois le prendre sur la table de nuit et le mettre dans mon sac. Cela devait être hier car ce matin il n’y est pas. Comme mon portefeuille et mon portable y sont, je doute avoir été victime d’un pickpocket. Ou alors ce serait un pickpocket d’un genre particulier qui vole des livres de poche jaunis. Non, mon roman m’attend à la maison avec le marque-page à la page 248. Je vais donc devoir me coltiner la ligne 7 de la Gare de l’Est à Tolbiac sans autre distraction que les passagers. Pour une fois que j’avais pu m’asseoir !

    Très vite la rame déborde. Je ne trouve aucun regard. Tout le monde regarde en bas ou en haut. Un chemisier en soie vert pomme finit par capter mon attention. Une très jolie couleur… mais impossible de le mettre en machine… moi je le ruinerais en un jour avec ma transpiration… Sa propriétaire ne semble pas avoir ce problème… Elle se tient à une poignée et ses aisselles ont la même couleur que le reste. Il y en a qui ont de la chance. Je bouge mon regard d’un millimètre et remarque un gobelet en carton… Du Café ? Du Choco… Je n’ai pas le temps de penser plus longtemps : l’accident se produit.

    Le métro freine brutalement, toute la rame ondule et le contenu du gobelet gicle sur le chemisier de soie vert pomme. Du Cappuccino. La femme pousse un hurlement… Le porteur du gobelet s’inquiète : est-elle brûlée ? Elle le regarde avec mépris et lui parle des propriétés de la soie, du teinturier et de sa présentation dans une heure. Son petit ami est avocat, elle va lui faire payer tout en triple. Penaud, le porteur du gobelet bafouille des excuses. Elle se met à l’insulter et à le maudire. Lentement, il se glisse vers une porte pour disparaître dès qu’elles pourront s’ouvrir. Les passagers, compatissants, le laisser filer. La femme au chemisier ruiné continue de l’humilier.

    Il est rouge, au bord des larmes : il ne prendra plus jamais cette direction.

  3. Odile zeller dit :

    Et pourtant la gare était un terminus et toutes les locomotives devaient ralentir.
    Le petit garçon montre du doigt l’accident. Il rit, crie bêtise bêtise … Sa maman essaie de le calmer, de lui parler du goûter, d’une glace qu’elle pourrait lui offrir. Il ne veut pas quitter le trottoir, il continue à pointer la lamentable tragédie. Elle voudrait s’éloigner au plus vite, emmener le petit Michka ailleurs, dans un coin tranquille, dans un parc. Mais tous les jours il réclame de prendre ce chemin, de longer les quais et de s’extasier de la puissance des locomotives. Il aime leur sifflement et la vapeur de leurs cheminées.
    Des années plus tard il reviendra ici même, pour quitter la ville. Il sera refoulé et emprisonné… un opposant au régime, chanceux de s’en tirer à si bon compte.
    Des années durant il fera des détours pour éviter de longer la gare, un lieu de sinistre mémoire. Plus tard il partira en touriste mais pas en train … pas de cette gare jamais au grand jamais il ne prendra plus cette direction.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.