Quatrième défi de la francophonie

Merci d’avoir suivi nos défis. Voici le quatrième de la semaine de la francophonie.

Il s’agit de mettre en scène une rupture. C’est une surprise, un incident , un accident, une maladie, un événement qui change le cours normal des choses.

Votre texte peu s’insèrer dans l’écriture autour de notre statue- poupée ou être indépendant. A votre gré et à vos plumes… à votre clavier.

Les troisièmes textes sont ici

la plume de Rome

Les droits sont réservés sous la forme CC Creative Commons

7 réponses à Quatrième défi de la francophonie

  1. Emilie dit :

    – Monte, ma mère est au boulot.
    Arrivés chez moi personne ne parle, il regarde le bazar sur la table et détaille ma poupée.
    – C’est ta mère qui fait ça ? Elle les vend ?
    Je ne réponds pas.
    – Qu’est- ce que tu veux boire ?
    Il me suit dans la cuisine pendant que je prépare deux chocolats et que je sors un paquet de BN.
    On s’installe dans le salon.
    – Qu’est-ce qu’il t’a fait le charcutier ?
    – A moi rien, mais il prend ma mère pour une conne, il la gruge sur le poids et le prix des produits.
    – Comment c’est possible, tout est affiché ?
    – Oui, mais elle est aveugle.
    – Ah ouais merde.
    – Elle se rend compte de son manège mais il est le seul boucher de la ville… De toute façon ma mère est en mode hyper zen depuis qu’elle est devenue aveugle.
    – Elle est pas née comme ça ?
    – Non, elle a eu une tumeur au cerveau il y a 5 ans, un truc pas grave mais il fallait l’enlever. Le chirurgien s’est foiré et a sectionné le nerf optique. Après l’opération elle s’est réveillée elle y voyait plus rien. Au début il nous a dit que c’était momentané, que la vue allait revenir, mais c’était pour éviter le procès. Finalement il a réussi à moitié car elle a négocié un dédommagement à l’amiable. Pendant quelques mois elle a fait une méga déprime, elle sortait plus de son lit, elle buvait, l’enfer. Et puis un jour j’ai pété un câble. Je lui ai dit que si elle avait besoin d’un truc elle avait qu’à se débrouiller, que j’en avais marre de m’occuper d’elle, que ça devait être l’inverse.
    – Comment elle a fait après ?
    – Elle a appris à se déplacer avec une canne. Dans l’appart pas besoin elle le connaissait par cœur, en ville on l’a fait tous les deux au début. Petit à petit elle a repris goût à la vie, elle a compris que c’était pas la fin de tout. On vivait déjà tous les deux, mon père s’était barré depuis longtemps.
    – Et pour le boulot ?
    – Elle était traductrice. En utilisant des logiciels de lecture de texte et de reconnaissance vocale avec un clavier adapté elle s’en sort nickel. Elle a trouvé une association de soutien qui nous a bien aidé. Maintenant c’est elle qui aide les autres. Finalement elle a surmonté ça, c’est un truc de fou.
    – Carrément. Et toi c’est quoi ton problème ?
    – Moi j’y arrive pas. J’ai envie de tout péter. Péter la gueule du chirurgien qui continue d’opérer, péter la gueule des gens qui se foutent d’elle, de ceux qui profitent, comme ce gros porc de boucher.
    – Tu m’étonnes. En même temps il faut pas que ça te retombe sur la gueule, sinon ça sert à rien.
    – Ouais facile à dire mais je peux pas rester là sans rien faire, c’est trop dur. Il faut que ça sorte.
    – Ok mais faut trouver un moyen moins con que de voler à l’étalage, ça va rien changer.
    – Ouais mais ça m’a quand même fait grave du bien !
    Je réfléchis à un moyen de venger sa mère sans s’attirer des ennuis. Même si tout ça ne me concerne pas, j’ai moi aussi une tolérance très faible aux injustices de la vie.
    – De tout façon c’est pas ton problème à toi.
    – C’est vrai, mais moi non plus j’aime pas les gros cons. Pour l’instant il va falloir que tu partes, ma mère va pas tarder à rentrer du boulot. Laisse ton sweat ici, le rouge c’est trop flag.

  2. Marc dit :

    – J’ai rendez-vous avec des copines au jardin des Minimes, dit Fatou, vous voulez m’accompagner ?
    – Tant qu’il y a des dames ! a ironisé tout bas le chat, pelotonné sous une couverture au sommet de l’empilement des deux poussettes.
    – Je vous accompagnerai avec d’autant plus de plaisir que je m’y rendais aussi, ajouta Titi qui fit mine de n’avoir rien entendu, la Place d’Armes étant, pour l’heure, un peu encombrée, Momo et Saul se sont sans doute repliés aux Minimes pour leur partie de pétanque.
    Les deux frères si dissemblables, occupaient l’allée centrale du jardin et semblaient captivés par la trajectoire spectaculaire d’une boule adverse qui était venue subrepticement se coller au cochonnet.
    – Il va falloir tirer, dit Titi
    Momo et Saul abandonnèrent quelques instants le terrain de jeu pour saluer leur ami et promirent de le retrouver, dès qu’ils auraient emporté la partie
    Titi se dirigea vers le groupe de femmes qu’avait rejoint Fatou et qui faisait cercle autour d’une petite dame blonde visiblement agitée et qui, pour assécher ses larmes tamponnait de temps à autres, un mouchoir sous son nez. Parmi les cinq ou six femmes présentes, Titi reconnut Myriam, l’épouse de son ami Mokthar qui tentait de calmer la pleureuse, mais toutes avaient l’air bouleversées et sombres. On venait d’apprendre que Xinh, la jeune chinoise, avait disparu depuis hier soir et personne ne savait ce qu’il était advenu d’elle. Arrivée seule il y avait quelques mois, elle avait été prise en charge par une association qui l’hébergeait, la nourrissait et s’occupait de son dossier administratif. Hier soir, alors qu’elle devait passer en Préfecture, elle n’était pas rentrée. L’inquiétude avait deux visages et divisait le groupes de femmes. Les unes prétendaient qu’elle allait être placée en centre de rétention pour y être raccompagnée en Bulgarie, pays par lequel elle était entrée en Europe. Les autres voyaient dans cette disparition la main d’une Triade, l’une des sept mafias chinoises. Le téléphone de Xinh restait désespérément muet, et ses colocataires, toutes d’origines différentes, ne savaient strictement rien d’elle.
    Fatou lança un regard interrogateur à Titi qui lui répondit par un signe d’impuissance.
    – Un amoureux ? demanda-t-il à Myriam qu’il venait de saluer.
    – Tu ne la connais pas ! Xinh, c’est traditions, traditions. Elle rit, elle chante, il lui arrive de boire et de faire la fête, mais question bagatelle c’est niet, interdit, forbiden, tabou !
    Titi était songeur. C’était bien dans les manières de faire des triades que de venir réclamer son dû, si la réfugiée n’était pas en mesure de payer son passage..
    – Flics ou Mafia.. elle est dans de beaux draps ! a dit le chat.

  3. martine dit :

    Texte de Martine

    Hotel Windsor à Nice, dans le quartier anglais, en arrière du Palais de la Méditerranée , une jolie bâtisse de quelques chambres , chacune décorée par un artiste d’un thème différent , ouvrant par un balcon à jalousies sur un jardin exotique raffiné agrémenté d’une petite piscine au dessus de laquelle un haut parleur diffuse des enregistrements de chants d’oiseaux. Près de la piscine, une volière d’oiseaux rares , une fontaine et quelques tables dressées, un décor intime dans une jungle luxuriant.
    C’est dans cet hôtel que j’ai reservé une chambre avec Eléna, une collègue de Bilbao , rencontrée il y a trois ans dans un précédent congrès européen à Paris. Une rencontre « coup de foudre » devenue une amitié proche, Elena ayant acheté un appartement tout près de chez moi , sur l’île Saint-Louis, pour venir faire ses formations régulières à Paris.
    L’arrivée à l’hôtel est merveilleuse. En cette fin de juillet, le ciel est d’azur, le jardin de l’hôtel éclatant de verdure et de fleurs, sonore de bruits d’eau et de chants d’oiseaux, contraste comme un jardin d’Eden avec la grisaille parisienne quittée deux heures plus tôt. Une semaine ici, le début de l’éternité, une parenthèse dans la vie familiale et professionnelle ordonnée, un pur présent, un temps que d’habitude on ne vit pas,
    Je me sens heureuse, je me sens libre, je me sens insouciante et pleine d’enfance à déployer.
    Bien sûr ce n’est pas un hôtel proposé par le congrès : tout le monde loge au Royal, au Bellevue ou au Negresco parfois. Il a fait l’objet d’une recherche : pas si souvent que je m’absente une semaine.
    Est ce qu’Elena est arrivée ? qu’est ce qu’elle dit de l’hôtel Elena ? je suis ravie à l’idée de sa surprise à le découvrir, de son enthousiasme au moins aussi exalté que le mien. Telle n’est pourtant pas sa personnalité cependant .
    A la reception je m’enregistre pour la chambre et demande si quelqu’un est arrivée . Non mais une lettre m’attend de Bilbao. Elle arrive peut être plus tard, curieux qu’elle ne m’ait pas téléphoné. Je prends la lettre et monte dans notre chambre. Elle est décorée de Don Quichotte et Sancho Pansa peint sur les murs. Honneur à l’hispanisme d’Elena !
    J’ouvre les volets , contemple avec plaisir le jardin et la vue sur les élégantes maisons anglaises voisines, m’installe sur le lit et ouvre la lettre.
    Stupéfaite je lis et je relis, le sang reflue, le ciel d’un seul coup n’est plus bleu , les oiseaux ont cessé de chanter, je ne comprends pas mais c’est dit , Elena ne viendra pas. Elle ne veut plus de relation avec moi, j’ai émis des critiques envers un Maître qu’elle revère bien plus encore que je ne le pensais, un gourou à mes yeux, je les avais même oubliées exprimant là une opinion qui n’était pas seulement la mienne. Elle n’a plus envie de venir au congrès , ni de me voir , ni de voir les autres . Elle aspire au « Nirvana » et à ce qu’on la laisse seule. Elle m’est reconnaissante de beaucoup de choses mais ne veut plus me voir. J’essaie de téléphoner pour comprendre et l’appel sonne dans le vide sur ses différentes lignes. Je comprends qu’elle ne répondra pas. Je suis désemparée.
    Je regarde quichotte et un instant je pense repartir , je m’avance sur le balcon et reviennent le ciel bleu, l’eden , les chants d’oiseaux et un bout d’éternité devant moi. Tant pis , je vais tâcher de vivre ce congrès et cette semaine de liberté le mieux possible en oubliant Elena.. Les chagrins d’amitié c’est aussi douloureux que les peines d’amour.
    Je défais ma valise. Dedans il y a aussi ma poupée. Je l’ ai prise comme modèle pour en confectionner à mes filles en tissus provençaux et me faire pardonner ma longue inhabituelle absence . j’installe la poupée sur le lit d’Elena « Toi, tu vas me porter chance pour que cette semaine soit mon aventure »

    • Odile zeller dit :

      La défection et la colère d’Elena sont une surprise douloureuse. Une déception puisque tout était prêt. L’explication succincte de ce revirement ménage de la place à un suspense. Nous attendons donc la suite. Merci

  4. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    Une alarme retentit dans la galerie du Palais Barberini. La sonnerie stridente force les visiteurs à ouvrir la bouche. Les gardiens des salles poussent la foule vers la sortie. On descend vite, on se bouscule. Lola est à la traine, elle se bouche les oreilles et reste accroupie près de la jolie poupée. L’évacuation prend du temps. Lola ne voyant plus ni sa mère, ni sa sœur suit les derniers sortis à petits pas, serrant son sac à dos sous son bras. En bas elle entend les cris de sa mère «  ma fille, ma fille… où est ma fille ? » on la calme… Lola se rapproche et répond : «  je suis là maman, j’étais derrière… »
    Maria, Lola et leur mère se serrent les unes contre les autres.
    Dans la cour du palais, le public reste groupé. L’équipe du musée explique : les billets seront remboursés ou échangés, c’était une fausse alerte. Le système de sécurité a disjoncté et la sonnerie s’est déclenchée. Rien d’autre à signaler.
    Pour se remettre de leurs émotions la maman et les deux filles s’accordent un gâteau et un chocolat chaud avant de rentrer à Frascati.

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