Troisième défi de la francophonie

 

Une rencontre

Voici le troisième défi de la francophonie  tourne autour d’une rencontre, dans la thématique  de notre œuvre initiale. Ou pour d’autres thèmes !

Vous pouvez commencer ici et reprendre les consignes précédentes ensuite, vous pouvez n’écrire que ce texte et continuer ensuite. Faites selon votre plaisir d’écrire.

Vous écrirez une rencontre, un instant de confrontation ou de communication, un échange. Cet épisode permet l’entrée d’un deuxième personnage, le héros peut être ou son antagoniste …

Le lieu importe peu c’est le personnage qui est central. Il agit, il pense, il parle … Le lecteur doit l’adopter.

Les deuxièmes textes sont ici

Bonne écriture,

à bientôt !

la plume de Rome

Les droits sont réservés sous la forme CC Creative Commons

7 réponses à Troisième défi de la francophonie

  1. Emilie dit :

    – Je t’ai vu de chez moi.
    – Quoi tu m’as vu ?
    Comme s’il ne savait pas de quoi je parle.
    – Ça te suffit pas de rien glander à l’école, en plus tu voles à l’étalage.
    – T’occupe c’est pas tes affaires, tu sais pas de quoi tu parles.
    – Je sais que j’ai entendu « Au voleur » et que je t’ai vu déguerpir.
    – Ouais c’est vrai mais il l’a bien cherché ce gros porc. Il est comme son étal, un gros tas de viande, pourri jusqu’à l’os. Gros enfoiré.
    – Attends, tu le voles et c’est lui l’enfoiré !?
    – Laisse tomber la faillotte, c’est pas tes oignons.
    – Je sais que les apparences sont parfois trompeuses mais là, j’ai du mal à piger.
    – Ah bien sûr, c’est facile pour toi, dans ta petite vie bien rangée, c’est ou blanc ou noir, pas de place pour les nuances, les gentils contre les méchants, c’est simple. Eh bien pas toujours, crois-moi.
    – Eh, j’en ai marre que tu me prennes pour une fille à papa. C’est pas parce que je fais pas chier tout le monde et que je me fais oublier que la vie est belle. Toi non plus tu sais pas de quoi tu parles avec tes préjugés à la con.
    Les larmes me montent aux yeux et j’accélère le pas. Je ne sais pas pourquoi je suis descendue mais c’était une connerie. Je marche vite, le regard droit devant mais j’entend ses pas qui me suivent.
    – T’habite dans le coin non ? T’es toute seule ? Il fait froid, tu me paies un chocolat ?
    Je ne réponds pas et continue mon chemin, mais je me retrouve vite devant la porte de mon immeuble. Après tout c’est moi qui suis venue le chercher…

  2. Marc dit :

    A mesure qu’on s’éloignait de la place d’Armes, la foule devenait moins dense et l’absence de circulation libérait la chaussée pour le plus grand bonheur des skaters et des rollers. Fatou le reconnut tout de suite. Il n’avait pas changé depuis l’été dernier. Ses deux poussettes empilées l’une sur l’autre, il avançait du même pas serein, sifflant un air qu’elle ne connaissait pas et qui tourbillonnait dans l’air vif de ce début d’hiver. Elle se demanda, un instant s’il se souviendrait d’elle. Elle força son allure pour arriver à sa hauteur.
    – Le Monsieur qui parle avec son chat ! dit Fatou
    – La dame qui danse avec son âme ! Bonjour Fatou, dit-il.
    Elle fut étonnée et flattée qu’il se souvint de son prénom. Elle aimait bien ce drôle de vieux bonhomme qui vivait dans la rue et dont les yeux exprimaient cette tendresse et cette humanité qui la touchaient tant. Elle se pencha pour lui déposer un baiser sur la joue comme le font les amis de toujours. Il se laissa faire, un peu embarrassé. Il y avait tellement longtemps. Il sentit le parfum de Fatou, fleuri et musqué, en toute harmonie avec la chaconne de Bach qu’il sifflotait à l’instant.
    Il demanda des nouvelles des filles, gardant le souvenir amusé des trois petites perles noires qu’il avait rencontrées quelques mois auparavant.
    – Vous savez où dormir cette nuit ? demanda Fatou.
    – Ne vous inquiétez pas pour nous, le chat et moi connaissons tous les recoins de cette ville et nous nous tenons chaud l’un l’autre. Chaleur animale.
    Il regardait Fatou et admirait son énergie et sa soif de vivre. S’il ignorait comment elle était arrivée là, il savait que le parcours de ces femmes qui parvenaient à atteindre l’Europe, avait été dangereux, périlleux, semé de souffrances, de privations et, pour beaucoup d’entre elles, fatal. La détermination et l’opiniâtreté de celles qui étaient parvenues à braver les dangers de cette migration forçaient le respect dont les autorités faisaient peu de cas. Les épreuves traversées, les sacrifices consentis pour venir à bout de ce projet insensé leur permettaient de relativiser les tracas et malheurs qu’elles subissaient ici. Fatou savait certainement que dans l’errance, dormir dehors n’était pas le pire.

  3. Odile zeller dit :

    Texte d’Odile

    La fillette s’arrête et lache la main de sa mère. Lola n’écoute plus, elle la voit, elle la contemple. Oh qu’elle est belle, splendide. Ce vert et ces yeux … on dirait qu’elle a quelque chose à dire. Une poupée, une poupée magnifique, elle…elle … trop belle. Si belle qu’elle n’y toucherait pas, qu’elle la mettrait sur son étagère, avec tous ses trésors, sa médaille de baptême et cette image avec le Pape que sa marraine lui a offerte. Oh si belle et cette lumière autour d’elle. On a eu raison de la mettre sous cloche. Personne ne doit l’abimer. Les tableaux étaient ennuyeux mais cette œuvre … l’harmonie des couleurs et la fantaisie des tissus. Jamais elle n’aurait imaginé qu’une si belle poupée puisse exister. Elle pourrait en demander une pareille pour Noël. Mais ça ne s’achète pas en magasin et même pas dans un musée. Ça n’a pas de prix.
    Sa marraine, la couturière, elle peut être … il faudrait que sa sœur Maria fasse une photo mais comme elle est fâchée … et n’aura pas de goûter.
    Eh Maria avec ton portable ou celui de Maman… oui tu ferais une photo de la poupée.
    Maria se retourne :
    La poupée ? Elle est moche, moche de moche … je veux bien mais tu me donnes ton gâteau … ok ?
    Lola hoche la tête, elle s’en moque de la croustade. Elle préfère les glaces mais avec la pluie, pas de glaces. Maman ne voudra jamais. Elle demandera un chocolat chaud et ce qui plaira à Maria.
    Avec la photo … une toute petite chance … une image de la belle poupée…

  4. martine dit :

    Texte de Martine

    Un rire énorme qui explose avec indécence, des cheveux bruns frisés comme un mouton que la tonte aurait oublié, une peau mate et des yeux noirs ronds et rieurs. Perchee sur des chaussures de tango à talons hauts qui ne semblent nullement la gêner dans les allées de terre et de pierres entre les tombes anciennes, vêtue d’une jupe en cuir noir moulante assez courte et d’un bustier rouge tres décolleté, c’est bien elle, cette argentine croisée une ou deux fois à Paris et que je fuyais alors pour la trouver vulgaire et bruyante. Je l’avais repérée au congrès, -difficile de faire autrement même avec trois mille personnes – mais qu’est ce qu’elle peut bien faire ici , dans l’allée russe du cimetière de Nice.
    – « Génial ! j’adore les cimetières et c’est la première fois que j’y rencontre quelqu’un de la société ! on aurait du apporter à boire . Cette vue c’est sublime . Ah il y a des moments où on a tout : la beauté, le soleil , l’éternité »
    Sur son visage un large sourire heureux comme si l’on se connaissait depuis toujours, comme si nous avions prévu ensemble cette escapade hors de l’amphithéâtre au milieu d’un exposé harassant et que nous partagions depuis et pour toujours une aventure commune. Mais comment s’appelle t-elle déjà ? j’essaie d’apercevoir son badge qu’elle a ôté, pas assez décoratif.

    Surprise , je ne parviens qu’à bredouiller des banalités à cette fille déconcertante que je ne connais pas et jusqu’alors ne souhaitait pas connaître : oui c’est tres beau, oui j’aime beaucoup les cimetières, paisibles, poétiques, oui celui ci jouit d’une vue imprenable sur la baie des anges et Nice. Quelle chance de profiter vivantes de cette dernière demeure ! est ce qu’elle a vu aussi le cimetière juif mitoyen ? Je me trouve idiote , trouve la situation saugrenue, n’ose lui demander son prénom devant la familiarité qu’elle deploie avec moi.
    Elle parle et parle encore d’elle, Un récit imagé et coloré évoque sa sœur, morte prématurément et enterrée au cimetière de la Recoleta à Buenos aires, de l’Argentine, des argentins , de ceux du congres et des autres, de Paris , de sa vie en France et jadis là bas , de sa « névrose » : « quand je suis dans un lieu magnifique comme ici et que je me sens heureuse, je pense aussitôt que je ne suis pas avec ma fille, ne profite pas d’elle ». Elle parle, j’ecoute et je voyage. Le temps passe , un coup de sifflet que nous n’entendons pas assises sur un banc de pierre. Je n’ai pas eu à lui demander son prénom, elle se nomme Silvia. Le soleil est déjà haut dans le ciel quand nous rejoignons la grille : elle est fermée à clé !

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