Logorallye de février

Pour ce logorallye de février

Il s’agit d’écrire un texte en utilisant cinq des six citations extraites de la recherche du temps perdu

* Nous nous asseyions entre les iris au bord de l’eau

* Quand j’arrivais aux Champs Élysées

* Elle entrouvrait les persiennes

* Donnez donc vos manteaux pour qu’on les remonte

* ce fut le duc seul qui me reçut dans sa bibliothèque.

* Alors commença une journée de folle agitation.

 

A vos plumes et prenez plaisir à jongler avec les mots .

Odile

 

 

 

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8 réponses à Logorallye de février

  1. Magnani dit :

    Texte de Janine

    C’est décidé, dès que j’arrive à Paris je fonce chez Amandine. Il faut qu’elle m’explique pourquoi elle n’a jamais répondu à mes lettres. Nous avions pourtant convenu de nous écrire chaque semaine afin que notre amour ne souffre pas trop de l’éloignement et ne s’étiole.
    Je savais depuis toujours que je n’étais pas le gendre que son père aurait souhaité. Pas assez fortuné, pas même un grand nom. Mon départ à l’étranger avait dû le réjouir. Lorsque j’avais reçu la bourse pour continuer mes études aux Etats-Unis j’y avais vu l’occasion de montrer ma valeur et de me faire accepter. Mais cela voulait dire partir, nous séparer. Ce fut un arrachement.
    Malgré mon emploi du temps chargé, j’écrivais régulièrement. Pas une seule réponse. Je refusais de me décourager, je persévérais. Pour me donner du courage je pensais et repensais aux moments heureux passés à ses côtés lorsque nous nous asseyions entre les iris au bord de l’eau. Le lac était calme et apaisant et ces iris jaunes autour desquels voletaient des libellules bleues nous ravissaient. Et puis il y avait l’émotion de chaque matin lorsqu’elle entrouvrait les persiennes de sa chambre et je voyais sa silhouette se détacher sur la candeur des rideaux. Elle sentait ma présence et agitait la main pour un salut. Je repensais aussi à ma frayeur la première fois que je me rendis à son domicile lors d’une fête qu’elle avait été autorisée à donner à l’occasion de son anniversaire et qu’une voix caverneuse avait résonné dans l’escalier «donnez vos manteaux pour qu’on les remonte». Ce jour-là j’avais compris que j’étais en territoire inconnu et hostile. Nous n’étions pas du même monde.
    Me voilà enfin devant son immeuble. Après avoir décliné mon identité au concierge et exposé le but de ma visite on me fit monter. Ce fut le duc seul qui me reçut dans sa bibliothèque. Il me toisa, et me transperça de son regard glacial. Après l’avoir salué avec respect et lui avoir annoncé mon retour des Etats-Unis et mes espoirs de carrière, je demandais à voir Amandine.
    Sans un mot il ouvrit un tiroir de son bureau et prit un paquet de lettres qu’il jeta à mes pieds. Je les reconnus, c’étaient les miennes, Amandine ne les avait jamais reçues.
    «Ma fille appartient désormais à Dieu.» Ce furent ses seules paroles. Il me fit reconduire.
    Alors commença une journée de folle agitation. Les pensées se bousculaient dans ma tête. Qu’avait-il voulu dire ? Qu’elle était entrée en religion ? Pire, qu’elle était morte ? Je n’y croyais pas. J’allais tout mettre en œuvre pour retrouver Amandine, je remuerai ciel et terre s’il le fallait, notre amour ne pouvait se terminer ainsi, sans un mot. Impossible.

  2. Mireille dit :

    Chaque jour, quand j’arrivais aux Champs Élysées, mon cœur battait la chamade. Je savais que dans quelques minutes, quelques rues, j’allais la voir. À huit heures précises, elle entrouvrait les persiennes et me saluait d’un sourire. J’attendais ce moment, bien en vue sur le trottoir. Je pouvais alors rejoindre mon travail, serein.
    Les traits délicats de son visage accompagnaient ma journée. Toutes les nuits je rêvais d’elle. Les yeux ouverts. Je nous voyais au bord d’un lac de mes montagnes. Mari et femme. Nous nous asseyions entre les iris au bord de l’eau calme qui pourtant avait été un volcan. Nous nous amusions comme des enfants à regarder les nuages défiler.
    Ce matin-là, j’avais pris une décision, irrévocable, j’allais demander la main de celle qui avait conquis mon cœur. J’actionnais le heurtoir de la lourde porte. Une femme âgée, vêtue d’une longue robe noire, du tablier et de la coiffe de servante entrebâilla la porte. Je lui annonçais mon intention de rencontrer le maitre des lieux pour une requête d’ordre privé. Elle me répondit qu’elle allait voir si Monsieur le duc pouvait me recevoir ou s’il délèguerait cette entrevue à son intendant. Un noble ! Je n’avais jamais imaginé une telle aventure ! Je patientais sous le porche. Enfin elle me fit entrer dans le hall, immense, baigné de lumière, carrelé de marbre blanc. Elle me priait de la suivre quand sur ma droite j’entendis une voix éraillée me crier
    ” Donnez donc vos manteaux pour qu’on les remonte”
    Stupéfait, je m’immobilisai. Je n’avais pas de manteau ! j’avais simplement revêtu mes habits du dimanche, troqué mes sabots contre des chaussures et j’inaugurais ma casquette neuve. Je tournai la tête et découvris un magnifique perroquet qui me narguait dans sa cage dorée. Je n’en avais jamais vu. La femme de chambre haussa les épaules sans s’arrêter. Je la suivis dans l’escalier. Ce fut le duc seul qui me reçut dans sa bibliothèque. Il était en train d’écrire. Le nombre de livres qui tapissaient les murs m’impressionnait.
    ” Oui ?” m’engagea-t-il à m’exprimer. Il avait reposé sa plume dans l’encrier. Poliment j’ôtai mon couvre-chef avant de me lancer. Debout, et lui assis, je formulai ma demande, à toute vitesse, dans un souffle. Je lui assurai que je prendrai grand soin de sa fille et qu’elle ne manquerait de rien. J’avais osé l’impensable. Je vis ses yeux sourire avec ironie. Son regard ajouta que j’exagérais, moi le petit bougnat du quartier, même si j’étais un nouveau riche, de me hasarder à une telle demande. Mais il ne prononça pas ces paroles. Il observait maintenant mes mains nerveuses qui trituraient ma casquette. Je me retenais de vérifier si toute la poussière noire du charbon avait bien disparu sous mes ongles.
    Il se leva lentement, fit le tour de son bureau, se positionna face à moi et me dit simplement :
    “Je n’ai pas, je n’ai jamais eu d’enfant. Vous devez parler de Louisette la petite camériste de la duchesse, mon épouse.”

  3. Odile zeller dit :

    Texte de Loretta

    Les quelques journées destinées à laisser leur trace dans le sillon d´une vie ont presque toujours la particularité de commencer de la plus anodine des manières.
    Rien, ce matin-là, ne m´avait laissé présager que les pièces qui s´apprêtaient à forger mon destin auraient sous peu trouvé leur agencement.
    Je m´étirai, me levai et me dirigeai vers la fenêtre pour contrôler la couleur du ciel. J´entrevis Désirée. Elle entrouvrait les persiennes, son regard s´attardant sur la maison lui faisant face, la mienne. J´arrivai à déceler dans son visage ce que je me plus à interpréter comme une moue de douleur, j´aurais voulu lui tendre les bras et lui crier : « Te souviens – tu, nous nous asseyions entre les iris au bord de l´eau, tout semblait si évident, aplani, d´une criante simplicité…. »
    Je me souviens que je repartis le soir même pour Paris, le cœur rempli des certitudes de l´extrême jeunesse. Comme toujours quand j´arrivais aux Champs Elysées, le crépuscule, particulièrement brillant en cette soirée d´automne, les lampions commençant à éclairer les trottoirs, l´agitation de la foule s´apprêtant à prendre possession de la scène, tout cela fit en sorte que mon corps fut lentement envahi d´une joyeuse ivresse.
    Je me rendis au rendez – vous fixé de longue date : Ce fut le duc seul qui me reçut dans sa bibliothèque. Encore en proie à l´excitation du moment, je n´y allai pas par quatre chemins et, brusquant un peu l´aristocratique retenue de mon illustre interlocuteur, j´allai droit au but.
    Je n´aurais pu prévoir, à cet instant – là (mais seulement bien après, à la lumière de l´expérience de l´âge mûr), les réactions en chaîne qu´aurait déclenchées ma précipitation à l´occasion de cette rencontre.
    Mais tout cela, c´était hier. À présent, au travers des lamelles de mes volets, ne quittant pas Désirée des yeux, me remémorant toute mon impétuosité et ingénuité, je pris la première décision irrévocable de ma vie. Alors commença une journée de folle agitation.

  4. Odile zeller dit :

    Nous nous asseyions entre les iris au bord de l’eau. Marie déployait la nappe blanche, pendant que je surveillais les enfants qui voulaient tremper les pieds dans la Seine. Ensuite je sortais la boisson du coffre de l’automobile, une Citroën toute neuve que j’avais emprunté au patron. Monsieur acceptait que je la sorte afin de rôder le moteur. Les enfants chantonnaient les refrains de la guinguette toute proche, ravis. Nous devions rentrer tôt mais ils avaient obtenu le droit à une limonade avant e repartir. Nous avons traversé le Bois et quand j’arrivais aux Champs Elysées les petits dormaient. Marie les porta jusqu’à leurs lits.
    Comme chaque fois Marie entrouvrait les persiennes pour aérer les salons où planait une odeur de fumoir, comme souvent après le repas familial du samedi midi.
    Le dimanche après midi se terminait dans un silence agréable. Monsieur conduisait là De Dion Bouton jusqu’à Saint Cloud. Madame se promenait ombrelle à la main dans le Parc et j’avais quartier libre.
    Mais ce jour-là dès que j’eus rangé la Citroën au garage, commença une folle agitation. Des voix criaient : la voiture attention la voiture … un choc, des hurlements … une explosion brisa les vociférations e la voix de Madame : Marie, Marie … des voix d’hommes couvraient les appels de Madame. Je ne prêtais guère attention à ce vacarme. Marie n’entendrait pas : « Donnez donc vos manteaux qu’on les remonte. »
    Dans le tumulte j’entendis la voix de Monsieur qui hurlait : Gédéon mais où est donc Gédéon ?
    Des cris : Au secours , à l’aide … mais qu’on appelle la police … au feu …
    Je passais la tête à la fenêtre. Un accident … deux voitures dont la Dion. Un panache de fumée s’échappait du moteur de l’autre, des flammes montaient du carburateur … je descendais quatre à quatre, gagnais la chaussée et tentais de séparer un noeud de corps. Les poings cognaient. Les coups pleuvaient. Ces dames hurlaient au abord de la rixe. Madame prit un ton sec pour m’accueillir : Ah enfin vous voilà ! Mais où étiez vous ? Allez, Gédéon, aidez Monsieur ….
    Je réussis à séparer les combattants. Monsieur, que je dégageais le dernier, était tombé à terre, son chapeau gisait dans le caniveau et sa chemise était déchirée. Les autres : un bourgeois très élégant se tenait la joue. Son chauffeur restait en position de combat, poings levés.
    Marcellin, mon Dieu, Marcellin mais …
    Gédéon, je vous prie .., ramassez mon couvre-chef … pas un mot avec ces gens. Nous rentrons. Occupez vous de l’automobile, je vous prie.
    Il me fallut quelque temps et l’aide de Marcellin pour pousser le véhicule. J’évaluais les dégâts et l fâcheuse posture dans laquelle s’était mis Monsieur. Priorité à droite … aucune trace de freinage.
    Marcellin semblait désespéré. Il serait renvoyé et perdrait une bonne place. Tout ça pour un aristo… qui ne savait pas conduire. Sa phrase resta en suspens. Monsieur était ressorti et m’intimât l’ordre de le suivre.
    La soirée fut morose … nous allions Marie et moi perdre nos places et serions le soir même à la rue.
    Le lendemain ce fut le duc seul qui me reçut dans sa bibliothèque. Il allait me signifier mon congé …Marie suivrait …
    « Gédéon… vous avez assisté à cette malencontreuse affaire … je ne souhaite pas qu’il soit fait la moindre publicité … je compte sur votre loyauté et … faites le nécessaire… je veux que l’automobile soit réparée pour jeudi … nous sortons et sans bourse délier … vous pouvez disposer Gédéon…
    Et c’est ainsi que je devins un mois plus tard le chauffeur attitré du banquier Rothschild et Marie la femme de chambre de son épouse ….

  5. Marie-Pierre dit :

    J’aimais passer les dimanches avec Mathilde. Nous nous asseyions entre les iris au bord de l’eau et nous parlions de notre semaine. Nous imitions tous ceux que nous avions croisés et c’était drôle.
    Quand j’arrivais aux Champs Élysées le soir, je me sentais plein d’énergie pour affronter la semaine. Maman toujours me recevait froidement. Elle était jalouse de Mathilde. Elle entrouvrait les persiennes et disait :
    – Donnez donc vos manteaux pour qu’on les remonte.
    Je n’avais pourtant pas l’habitude de porter plusieurs manteaux. Sa jalousie la rendait ridicule, mais je ne disais rien. Je ne voulais pas gâcher une si belle journée.
    Et un dimanche soir, Maman n’ouvrit pas la porte. Ce fut le duc seul qui me reçut dans sa bibliothèque. Maman n’ouvrirait plus jamais la porte. Elle était morte. Le cœur. On me dit de me coucher que je la verrais demain. J’obéis et demain arriva
    Alors commença une journée de folle agitation… Il y avait tellement de choses à faire que je n’avais pas le temps de penser que Maman était morte et que je ne passerais pas le prochain dimanche avec Mathilde.

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